Et un an après, la suite.

Mais cette fois-ci, j'annonce une bonne nouvelle (je crois). Je n'ai plus de concours à passer cette année. Je suis prof à temps complet, je suis installée, je n'ai plus à m'inquiéter d'autres délais que ceux concernant mon travail au collège.

Je peux donc enfin revenir à la fanfiction.

Je vous promets plus d'interactions entre Severus et Hermione dans le prochain chapitre. Il est vrai que pour l'instant, ça ressemble plutôt à une histoire d'horreur, mais elle est en fait assez romantique. Il faut juste laisser les choses s'installer.

J'ai écrit ce chapitre sur fond de « Danse Macabre » de Camille Saint-Saëns et principalement de nuit... Mauvaise idée. Je me suis moi-même faite peur. J'espère que vous ressentirez un trouble similaire en lisant ce texte. Bonne lecture !

Hermione aurait voulu partir aux aurores sans que personne au Terrier ne se rende compte de son absence, mais même très tôt le matin, quand le ciel était encore d'un bleu sombre et froid, toute la famille Weasley était déjà sur le pied de guerre ce jour-là.

Molly se surpassa et offrit à sa quasi-fille adoptive un petit-déjeuner digne d'un palace (et en quantité suffisante pour nourrir tout un régiment). Arthur, de son côté, resta silencieux, comme à son habitude. Il prit néanmoins le temps de prendre son café aux côté de la jeune sorcière, tout en lui adressant ça et là des sourires complices et encourageants. Elle savait qu'il attendait des confidences de sa part, notamment en ce qui concernait ses parents qu'elle n'avait toujours pas vus depuis plus d'un an. Mais elle n'était pas capable de parler de la situation de manière franche et ouverte. S'effacer de la mémoire de ses propres parents, et leur donner une nouvelle identité, une nouvelle vie, sans leur accord : pour quel genre de monstre serait-elle passée auprès de personnes dont la vie entière tournait de leur progéniture ?

George se montra une dernière fois facétieux, en lui offrant, en guise de cadeau d'adieu, une boîte de farce et attrapes, histoire de « surprendre cette vieille chouette de McGonagall ». Hermione rit, comme les autres, de manière un peu forcée, et promit de tester au moins une de ses inventions sur Madame Pince.

Ginny, cependant, eut l'air parfaitement misérable. Elle était si heureuse auprès de Harry, désormais, qu'elle ne parvenait pas à comprendre ce qui pouvait pousser son amie à s'éloigner d'un pareil bonheur domestique, qu'elle aurait pu avoir en restant avec Ron. Pour elle, le départ pour l'apprentissage revenait à rentrer au couvent : après des années de privation plus ou moins justifiées, Hermione ne pouvait ressortir que vieille et aigrie de ses études. Elle pleura donc abondamment, et demanda à plusieurs reprises, sans malice, mais sans délicatesse, si la jeune apprentie voulait réellement s'enterrer au château pendant ce qui devait être la plus belle époque de sa vie.

Seul Harry parvint à la faire taire avant que notre héroïne ne fonde en larmes et se décourage.

« Tu sais bien qu'Hermione n'a jamais été aussi heureuse que quand elle travaille. Elle est sur le point de réaliser son rêve, tu devrais te réjouir pour elle », lui dit-il avec douceur.

« Et puis, je reviendrai souvent. Je ne suis plus une élève normale, après tout. », ajouta-t-elle d'un air confiant. Et elle se garda bien de dire qu'on pourrait pourtant tenter de l'empêcher de quitter l'enceinte sécurisée du château...

Elle serra fort dans ses bras son ami aux yeux verts. Son tout premier véritable ami. Puis elle alla fondre dans l'étreinte de Ron.

Comme il avait grandi depuis la première année. Et comme il avait changé depuis l'été précédent ! C'était un homme, un homme réfléchi dont la stature était rassurante. «Quiconque aura le droit de se réfugier dans ces bras sera chanceuse », se dit-elle avec nostalgie. Quand son regard croisa le sien, il dut y lire de l'appréhension, puisqu'il lui murmura, tout en esquissant un de ses fameux sourires de travers : « Tu fais le bon choix ». La sorcière se mordit l'intérieur des joues pour ne pas éclater en sanglots. Quel homme serait capable de reconnaître qu'il n'est pas la meilleure option pour la femme qu'il aime ?

« Tu es un garçon exceptionnel », souffla-t-elle. Elle remarqua un peu de douleur dans ses yeux. C'était normal : le terme de « garçon » niait parfaitement son évolution, ainsi que la gravité de leur situation. Il n'était plus le gamin qui avait pris sa défense quand elle s'était faite traiter de sang-de-bourbe. Ce n'étaient plus de simples amours adolescentes dont il s'agissait. C'était plus profond, et plus retentissant que cela. C'était la fin d'une histoire qui pourrait être la seule pour elle : car après tout, qui voudrait d'un pareil rat de bibliothèque, bûcheur et ennuyeux ?

Elle recula, puis, après un dernier signe de la main à toute la famille, elle disparut dans un « pop » familier.


Ce qui la frappa, lorsqu'elle arriva à l'entrée du parc de Poudlard, fut le silence qui y régnait. L'air était encore un peu froid, et le sol humide de rosée. Dans cette atmosphère brumeuse, les chants d'oiseaux étaient rares. Et pas d'exclamations admiratives, pas de questions, pas de rires, pas de chants. Rien. Hermione Granger, héroïne de guerre, qui avait fait face à Bellatrix Lestrange et à Voldemort, qui avait chevauché un dragon non apprivoisé, eu soudain peur.

« Toute seule », dit-elle à haute voix, comme pour remplir le silence.

Elle avait toujours connu le château habité. Même sous le terrible règne de Rogue, il y avait des enfants, de la vie. Et puis, elle n'avait jamais été vraiment toute seule. Harry et Ron l'avaient toujours accompagnée. C'était donc la première fois qu'Hermione voyait l'école de magie pour ce qu'elle était vraiment : une grande bâtisse médiévale, rehaussée çà et là de détails gothiques, froide et austère, implantée dans un milieu franchement hostile, peuplé de créatures dangereuses... Jamais elle n'avait ressenti une telle terreur à l'idée de rentrer dans Poudlard : était-ce à cause de cette solitude nouvelle, ou bien parce que son instinct tentait de l'avertir de quelque chose ?

Quoi qu'il en soit, elle osa, avant d'aller à la grande porte, diriger ses yeux vers les étroites fenêtres qui donnaient sur les cachots. Elle ne put se retenir de crier lorsqu'elle aperçut ses yeux noirs enfoncés dans des orbites presque aussi sombre la fixer depuis l'obscurité.

Mais où avait-elle mis les pieds ? S'était-elle prise pour une héroïne, une sauveuse ? Quelle bêtise ! Elle n'était pas une aventurière, elle ne cherchait pas le danger. C'étaient les garçons qui l'emportaient dans leurs histoires. C'était pour eux qu'elle était courageuse. Seule, Hermione aspirait simplement à une vie tranquille et pourtant, elle avait l'impression de se livrer à un agresseur.

Heureusement, McGonagall l'attendait dans le hall d'entrée avec un sourire chaleureux.

« Bienvenue ma chère ! », s'exclama-t-elle après avoir serré brièvement dans ses bras son apprentie. « Comment allez-vous ? », lui demanda-t-elle. Avant même qu'Hermione pût répondre, elle poursuivit : N'ayez crainte : dans quelques jours, les élèves seront là, et ces lieux ne vous paraîtront plus si étrangers ».

Elle l'invita ensuite à venir découvrir ses nouveau appartements. Ils étaient dissimulés derrière une tapisserie représentant un dragon blanc comme celui de Gringott à notre héroïne. « Il s'appelle Clovis », dit la directrice comme s'il se fût agi d'un animal de compagnie. « Le mot de passe est : Souviens-toi du vase de Soisson. Vous lui ferez un immense plaisir si vous parvenez à le lui dire en ancien français. », ajouta-t-elle avec un petit rire.

En entendant la voix de la directrice, le dragon releva la tête, puis l'abaissa en signe de respect, et la tapisserie sembla se relever d'elle-même, pour révéler une petite porte en bois sombre, que la sorcière s'empressa d'ouvrir.

Lorsqu'elle entra pour la première fois dans ses appartements, Hermione fut surprise de ne rien retrouver de ce qui faisait la chaleur des salles de la tour Griffondor. Ici, tout était noir, froid, lugubre. Les meubles étaient disposés le long des murs, ce qui laissait un grand vide au milieu du salon. Certes, la pièce principale dans laquelle elle se tenait était impeccablement propre, et sans nul doute les autres pièces avaient été elles aussi astiquées soigneusement par les elfes de maison, mais tout cela n'avait rien de très personnel, ni de très accueillant.

« Vous êtes autorisée à arranger les lieux comme il vous plaira, bien entendu », signala McGonagall, comme si elle lisait dans les pensées de sa jeune apprentie.

« Bien sûr. Mais cela me va très bien pour le moment », assura Hermione. Après des mois de camping sauvage l'année dernière, elle n'allait certainement pas se plaindre de ce qu'elle avait maintenant.

« J'aurais aimé vous donner une chambre plus confortable », reprit la directrice, « mais beaucoup d'entre elles sont encore en cours de réfection. Nous ne savons d'ailleurs exactement le nombre de salles qui ont été détruites durant la bataille ».

« Cela me va très bien. », répéta Hermione, avant d'entendre un souffle mécontent venant de l'entrée. Elle ajouta, amusée : « Et puis, Clovis me paraît être un gardien expérimenté. Je suis ravie d'être ici en sa compagnie. » Son sourire s'allongea, lorsqu'elle entendit un petit grognement satisfait lui répondre.


Puisque la directrice avait rendez-vous avec le professeur Flitwick, Hermione se retrouva seule pendant l'après-midi. Elle erra dans les couloirs, croisant ça et là des portraits familiers, qui la saluaient comme une héroïne. Rusard, occupé à accrocher les tableaux restant, se contenta de découvrir ses dents dans une parodie de sourire, avant de reprendre sa besogne.

Certaines choses ne changeront jamais, se dit-elle.

Arrivée devant le grand hall, elle fit un effort pour ne pas être envahie par la panique. Lorsqu'elle poussa les portes, elle se trouva un instant projetée dans le passée. Elle revit les blessés et les cadavres qui jonchaient le sol, Molly Wealsey recroquevillée au-dessus du corps de son fils. Elle entendit les cris de douleur et de désespoir retentir dans ses oreilles. Incapable de faire la différence entre le délire et la réalité, elle se les boucha avec les mains, s'accroupit, et ferma les yeux. Une main effleura son bras, l'amenant à rouvrir les yeux en toute hâte.

C'était la main d'un elfe. Le petit être la regardait avec de grand yeux mi-émerveillés, mi-inquiets.

« Miss Granger va bien ? »

Hermione hocha la tête lentement.

« Biny peut aider Miss Granger ? », reprit la créature, pleine de sollicitude.

« Comment Biny connaît-il mon nom ? », demanda-t-elle enfin.

« Biny était là pendant la bataille. Biny était là aussi pendant que Miss Granger n'était qu'une petite sorcière. Biny est très admiratif. Biny peut-il aider Miss Granger ? », fit-il de sa petite voix.

Il avait donc connu l'époque peu glorieuse de son front de libération des elfes. La plupart ne lui en avaient pas été très reconnaissants. Il faut dire qu'elle avait singulièrement manqué de subtilité, même pour une Griffondor.

Hermione se força à sourire.

« Je veux bien une tasse de thé, Biny. »

Le petit elfe sembla ravi de pouvoir être utile. Avant qu'il ne disparaisse, elle s'empressa de rajouter : « Et c'est Hermione. »

La créature acquiesça : « Biny rapporte vite une tasse de thé à Miss Hermione Granger. », avant de partir pour les cuisines.

Une fois à nouveau seule, elle contempla la grande salle. Les tables avaient été remises à leur place. Il manquait encore beaucoup de tableaux et de fioritures telles que les aimait Dumbledore, pour que cette pièce ressemble à la celle de son enfance. Mais au moins, tout était net. Au fond, se trouvait la table des professeurs. Maintenant, au centre siégerait Minerva. Le regard d'Hermione se posa aussitôt à la place de Rogue. Qui, maintenant, s'assiérait à côté de Mme Pince ? Son cœur se serra malgré elle. Il avait tout à fait le droit d'être à nouveau là. Pire : techniquement, il avait même le droit de présider la table.

Elle réfléchit encore un peu, avant de se rendre compte qu'elle avait la réponse à sa précédente question : qui s'assiérait à l'ancienne place de Rogue ?

Elle.

Elle était, à sa connaissance, la seule personne qui avait été recrutée cette année, même si le nombre d'heures de cours qu'elle devrait dispenser représentaient peu de choses. Une forme de nausée la reprit, mais Biny réapparut vite une pleine tasse de thé fumante, et un grand sourire sur les lèvres.

« Biny est revenu vite. », dit-il fièrement.

« Biny est parfait », ajouta Hermione en lui souriant.

Elle commença à boire son thé, lorsqu'elle se rendit compte que le petit elfe était toujours à ses côtés. D'un signe de la main, elle l'invita à prendre place à côté d'elle sur le banc des Griffondors, en pensant qu'il n'accepterait probablement pas. A tort. Avec un petit couinement de plaisir, il sauta près d'elle, et contempla à son tour le plafond.

« Le professeur McGonagall n'a pas encore réparé le plafond », soupira Biny.

« Tu le regrettes ? », demanda Hermione en sirotant son thé.

« Tout le monde le regrette. Biny n'est pas le seul. Les gens à Poudlard sont si tristes... Mais Miss Hermione Granger est là, maintenant. », ajouta-t-il avec un grand sourire.

« Je ne vais pas changer grand-chose. Il faut attendre que les élèves reviennent pour le château soit plus animé », répondit-elle distraitement.

« Miss Hermione Granger est là comme le voulait le directeur. Miss Hermione Granger est si gentille, elle soigné le directeur. Le directeur est content que Miss Hermione Granger soit là. Si le directeur est content, nous sommes tous contents. », dit le petit elfe, en descendant du banc.

« Le direc... », commença la sorcière, mais elle fut interrompue par une voix familière qui l'interpella :

« Hermione ! Ça alors ! Si je pensais te revoir si vite ! »


Avant même d'avoir pu esquisser une réponse, la jeune femme sentit qu'elle était soulevée de terre, et à demi étouffée dans ce qui devait être de la fourrure et des poils de barbe.

« Hagrid ! », fit-elle enfin lorsqu'il la déposa à terre. « Je suis tellement contente de vous revoir ! »

Un grand sourire se dessina sur le visage de son ami. Lui n'avait pas changé. Il paraissait toujours être aussi jovial et de bonne humeur. Elle discuta avec lui jusqu'au dîner de ses vacances, de la reconstruction de sa cabane, et des différents avancements qu'avaient connus sa vie depuis la dernière fois où elle l'avait vu. Sa relation avec Mme Maxime, notamment.

Mais avant qu'elle puisse en apprendre plus, le reste des professeurs présents dans l'établissement arriva avec la directrice pour le repas.

Hermione ne s'était pas rendu compte que le temps avait fini par passer, en compagnie du petit elfe de maison, puis aux côtés de son seul ami présent, et que l'heure du dîner était arrivé.

Elle prit donc place à la grande table, et écouta, sans grande passion les conversations menées par les professeurs. Certains d'entre eux lui posaient quelques questions sur les modalités de son apprentissage, mais pour la plupart, ils n'étaient intéressés que par des histoires de leur époque, des personnes dont la sorcière n'avait probablement jamais entendu parlé, de menus aménagements dont leurs salles de classe devraient bénéficier, etc...

Elle eut soudain l'impression d'être en terre étrangère. Même ces personnes qu'elle avait certes connues de loin lui paraissent être des personnes nouvelles, avec lesquelles il était pour l'instant impossible de converser.

Peut-être que Ginny avait raison, en fin de compte. Elle allait s'enterrer ici et ressortir vieillie avant l'heure.

La dernière bouchée de tarte avalée, elle s'excusa, et partit tandis que les autres s'apprêtaient à commander des tisanes ou des digestifs.


Après ce morne repas, Hermione se promena sans but, trouvant un maigre réconfort dans le fait de reconnaître les couloirs qu'elle arpentait. Arrivée au septième étage, elle fut prise d'une idée un peu folle.

Elle arpenta le couloir à trois reprises, en pensant fort à la dernière fois où elle y était entrée : tout était en feu, la pièce elle-même, les murs, avaient dû brûler. Ron, Harry et elle s'étaient même demandés si le feu continuerait à y brûler éternellement, puisqu'il était impossible de l'atteindre par l'extérieur.

Pourtant, elle entendit les murs crépiter, et trembler, et une porte apparut devant elle.

La salle sur demande.

Hermione se servit de sa baguette pour ouvrir à une distance raisonnable la porte de bois devant elle, et elle se rendit compte que plus rien ne brûlait.

Intriguée, elle s'avança, curieuse de de savoir quelle forme la salle prendrait, cette fois-ci. Elle-même n'avait plus aucune idée de ce qu'elle désirait, ou de ce dont elle avait besoin. Elle fut bien déçue, une fois à l'intérieur : il n'y avait que de la cendre. La pièce entière était roussie, et des pents de pierre étaient tombés. Ce n'était qu'une ruine. Une vaste ruine. Cela devait correspondre à la dimension originelle de la salle sur demande, mais elle ne semblait plus capable de se transformer comme elle l'avait fait des siècles durant.

La jeune sorcière porta la main à sa bouche, et tenta d'étouffer un sanglot.

Tous ses souvenirs liés à la bataille, mais aussi ceux, plus joyeux, liés à l'armée de Dumbledore, étaient morts. Elle avait même pitié pour cette étrange entité qui avait abrité ses amis, en leur fournissant des hamacs et de quoi se soigner quand les Carrow les poursuivaient.

« Ce n'est pas beau à voir, hein ? »

Hermione se figea en entendait cette voix si aisément reconnaissable. Elle se retourna vivement, mais ne vit rien.

« Georges ? », appela-t-elle.

« Mauvaise pioche. », murmura la voix à son oreille.

Trop pétrifiée pour crier, elle regarda sans comprendre la créature qui se tenait debout à côté d'elle.

Trop diaphane pour être vivant, mais avec des traits trop changés par la mort pour être un fantôme, il se tenait, une main négligemment rangée dans sa poche, comme à son habitude, avec un sourire goguenard qui, au milieu de ce visage légèrement dégradé, paraissait sinistre. Fred Weasley.

« Pas terrible non plus. », dit-il d'un air dégagé, en se désignant, « Je n'y peux rien. Tu verrais l'état dans lequel sont les autres ! »

Hermione était toujours interloquée.

« Je suis sûr que tu as une foule de questions qui se bousculent dans cette grosse tête de bosseuse, Granger ! Allez, vas-y, lance-toi ! ». Devant l'aphasie de son amie, il poursuivit avec une voix de fausset « Oh, Fred ! Mais tu es mort ! Tu es un fantôme ? Pourquoi tu ne l'as pas dit ? Ne serais-tu pas en décomposition ? »

« Fred ? », lâcha-t-elle dans un souffle.

« La guerre a donc ramolli tes neurones ? », lui répondit-il, sarcastique.

« Qu'est-ce que tu fais là ? »

« Je te fais peur, je crois. C'est le seul truc amusant que je puisse faire ces dernier temps. », dit-il en s'avançant.

« Tu es mort, j'ai vu ton cadavre. »

« Oh oui, je suis raide. MAIS je suis là. » Il se rembrunit. « Je suis là pour longtemps. Franchement, je sais que ça serait le paradis pour toi, mais passer l'éternité à Poudlard, ce n'est pas ce que j'espérais. »

Hermione sourit un peu malgré elle. Non, ce n'était décidément pas l'endroit pour Fred.

« Mais maintenant tu peux faire autant de farces que tu veux. Aider les nouveaux et te moquer des professeurs... Tu vas faire de la concurrence à Peeves. »

« Nan, nan. » lui dit-il, en tirant sur la peau de son bras. « Je ne peux pas, je ne suis pas un fantôme. »

L'horreur s'empara de la sorcière lorsqu'elle vit la peau se détacher lentement avec un bruit de viande dégoûtant.

« Je ne suis même pas autorisé à sortir », ajouta-t-il, « mais ici, on ne peut pas me repérer... »

« Qui t'empêche de venir ? », demanda-t-elle

«... Je pense que c'est parce que cette pièce aussi devrait être morte... », poursuivit-il sans prêter attention à Hermione.

« Qu'est-ce que tu es ? »

« … et pourtant elle est là. Délabrée, comme moi. »

« Fred ! », cria-t-elle paniquée, pour attirer son attention. Il parut revenir à lui.

« Écoute Hermione, ce château est fou. Fou. Et tout ceux qui y vivent sont fous. Et toi aussi, tu vas devenir folle si tu restes ici. »

« De quoi parles-tu ? »

« Il a l'œil sur toi, mais eux aussi. Ils sont tous fous Hermione. Va-t-en ! » conseilla-t-il une dernière fois. Et quand Hermione voulut lui parler de nouveau, Fred n'était plus là. Il n'y avait qu'elle, dans cette salle pleine de cendres.

C'est moi qui suis folle ! J'ai rêvé ! Ce n'est pas possible, ce n'est pas rationnel !

Elle s'enfuit vers ses appartements en courant.


Comment poursuivre ses études ici, quand tout semblait dément autour d'elle ?

Assise dans le petit salon noir qui était maintenant le sien, elle ne parvenait pas à se concentrer sur sa situation. Elle avait allumé toutes les bougies qui étaient à sa disposition, mais elle craignait à chaque instant que ne survienne un autre fantôme de la bataille de Poudlard.

Et si elle avait tout imaginé ?

Si la salle sur demande n'existait véritablement plus ? Et si elle n'avait fait que rêver, ou délirer ? N'avait-elle pas un peu de fièvre ? Peut-être était-ce encore à cause de la blessure que lui avait infligée Rogue ?

Elle posa la main sur son front, mais n'eut pas la sensation que celui-ci était particulièrement chaud.

Est-ce que je peux rester ici ?

Elle regarda la photo qu'elle avait posée sur le bureau cet après-midi : sur celle-ci figuraient, souriants, les parents d'Hermione.

Ils ont besoin de moi...

Elle avait accepté un apprentissage à Poudlard en grande partie pour bénéficier des lumières, et surtout du laboratoire de Slughorn, et sauver ses parents. Et elle avait pris des engagements auprès de Minerva. Si elle abandonnait maintenant ce qu'elle avait accepté, certes la famille Weasley serait folle de joie, mais elle abandonnerait tous les autres.

Tous les autres, y compris lui...

Lui aussi méritait d'être aidé. Si elle ne venait pas à son secours, qui le ferait ?

Et que ferait-il ? Sa présence entre les murs de l'école avait semblé le rassurer, la dernière fois qu'elle l'avait vu. Quelle serait sa réaction lorsqu'il se rendrait compte qu'elle serait partie ?

Non, il fallait rester. Aussi pénible, aussi effrayant que cela puisse être.

Qu'est-ce qu'elle n'aurait pas donné pour avoir Harry et Ron auprès d'elle ?

Elle comprenait maintenant : à Poudlard, elle avait été presque constamment en danger de mort. Elle avait y vu un basilic, des détraqueurs, des mangemorts, Voldemort, et d'autres créatures effrayantes, mais à chaque fois, elle avait ses amis auprès d'elle. Elle n'avait jamais vraiment été seule.

Elle se mit à rire doucement. Peut-être que ce n'était pas tant la situation actuelle qui l'effrayait, mais le simple fait de grandir. Devenir adulte, c'était quitter cette atmosphère un peu anormale qui est celle d'un pensionnat. Ron, Harry, Ginny, retardaient encore le moment de cette révélation en vivant tous ensemble dans la maison des Weasley, mais certainement, eux aussi, allaient être confrontés à cette réalité.

Il est temps de grandir, maintenant, Hermione.

Décidée à ne plus se lamenter sur son sort, la jeune femme se donna une petite claque énergique sur les cuisses, avant de partir dormir. Demain, elle établirait un plan de recherche, et tout irait mieux.


La nuit était déjà bien avancée quand Hermione émergea de son sommeil, probablement parce qu'elle avait un peu froid. Elle pensa un instant à tirer vers elle les couvertures qu'elle avait repoussées au pied de son lit, mais elle n'en fit rien après avoir jeté un coup d'oeil dans sa chambre.

Au départ, elle ne savait pas encore très bien si elle était réveillée ou pas, et si la silhouette sombre qu'elle voyait vaguement se découper dans l'entrebâillement de la pièce était réelle ou pas. Elle se releva un peu, et cligna des yeux. Il n'y avait plus rien. Pourtant... Elle sentait quelque chose.

Elle s'allongea à nouveau, mais elle ne pouvait pas dormir avec cette sensation d'être observée.

« Je sais que vous êtes là ! », finit-elle par crier dans le vide. Puis, comme un enfant qui vient de faire une bêtise, elle se dépêcha de fermer les yeux quand elle entendit le souffle rauque de son ancien professeur. Ce son se rapprocha, encore et encore, jusqu'à ce qu'elle ne se contente plus seulement d'entendre son souffle, mais également de le sentir sur son visage.

Un peu de courage, Hermione !

Elle ouvrit les yeux pour voir le visage cadavérique de Rogue à quelques centimètres du sien.

« Je suis à l'abri. Je suis là. Qu'est-ce que vous me voulez maintenant ? », demanda-t-elle d'une voix tremblotante, mais pourtant douce.

Il la fixa pendant un instant, d'un air impénétrable, sans se saisir de sa baguette, puis il se contenta de ramener la couverture qui était aux pieds d'Hermione sur ses épaules. Il fit attention à bien rabattre de chaque côté le tissu pour que l'air frais ne s'engouffre pas dans le lit. Puis il s'éloigna sans un bruit dans l'obscurité.