Basé sur la deuxième strophe de La mort des amants de Baudelaire. Je ne me fais toujours pas et je ne me ferais jamais d'argent là-dessus.
« Usant à l'envie leurs chaleurs dernières,
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux. »
C'était souvent la nuit, à la chaleur blafarde des torches qui s'éteignent, qu'ils s'unissaient et s'étreignaient, dans le secret des couvertures. Les peaux blanches se dévoilaient sous le toucher délicat de main fébriles et de lèvres entrouvertes.
Cette nuit était la dernière, et à bien des égards, la première. Les angles, les courbes, les creux et les pleins, toutes ces zones vierges, se faisaient explorer pour la première fois.
Jamais ils ne furent plus proches l'un de l'autre que cette nuit là. L'éternité en une minute avec pour bande son le doux froissement des draps et le plaisir suintant des gémissements.
- Regardes.
La nuit n'était pas encore tout à fait finie, le ciel était comme une chape de pétrole où brillait des diamants et un joyau en forme de croissant.
Là, sur le mur dépourvu de tableaux séculaires, sur ce simple mur vide, deux silhouettes s'esquissaient à la lueur des flambeaux. Le dessin changea subitement l'un des hommes avait posé sa tête sur l'épaule de l'autre.
Severus exhala contre le cou de Sirius. Bientôt, l'aube remplacerait la noirceur.
-Une ombre chinoise.
En effet, de doux dessins à l'encre de Chine, sans aucune signification particulière. Sirius retraça les lignes des yeux. Ils glissèrent sur la courbe d'une nuque penchée, caressèrent la cambrure d'un dos, remontèrent à partir d'une croupe bombée. Et puis ses oreilles prirent le relais…
-Je t'aime.
Les mots furent prononcés doucement, presque étouffés dans l'espace entre la bouche et la peau du cou.
Ca aussi c'était une première.
-Je t'aime, moi aussi.
Peut être qu'après tout, il n'y avait pas d'autres significations pour ce jeu d'ombres chinoises. Les lendemains tragiques n'existent plus, ne reste que la douceur lumineuse de l'instant présent.
« Je t'aime ».
