Remus poussa un profond soupir. Transi de froid, il enfouit ses doigts gourds dans les poches de son manteau élimé. Depuis combien de temps était-il là ? Deux heures ? Trois ? Quatre ? Il avait cessé de compter lorsque la neige qui tombait avait commencé à former à tapis uniforme. L'heure de sa relève devrait bientôt arriver.

Il lui sembla pourtant qu'une éternité s'écoula avant d'entendre un craquement discret dans la rue voisine. Tonks émergea de la ruelle, enveloppée dans un énorme manteau et un bonnet enfoncé sur ses cheveux teints en noir. Elle vint le rejoindre sur le banc couvert de neige.

— Il est sorti ?

Un nuage de buée se forma dans l'air lorsqu'elle ouvrit la bouche. Gelé, Remus secoua négativement le menton.

— Il est resté cloîtré toute la journée.

— Cette surveillance est inutile, soupira la jeune femme.

Elle s'affala contre le dossier, un air maussade scotché sur le visage. Tonks détestait l'inactivité, et ces missions de garde l'exaspéraient. Mais elle n'avait pas le choix, comme eux tous. Lorsque Dumbledore demandait, ils faisaient. Même si parfois ils ne comprenaient pas le but de ses ordres. Ils lui faisaient confiance.

— Tu peux rentrer, marmonna Tonks. Molly a fait un bon chocolat chaud, ça te réchauffera.

Malgré ces paroles, Remus ne bougea pas. Il l'observait du coin de l'œil, admirant les courbes volontaires de son visage, ses yeux déterminés fixés sur la maison à l'angle de la rue, ses lèvres plissées en une moue d'ennui.

— Je peux rester un petit peu, finit-il par dire. On ne sera pas trop de deux.

La jeune femme sourit avec reconnaissance, éclairant et apaisant son visage. Remus resta coi, mais il ne pouvait s'empêcher de l'admirer à la dérobée. Ce pli décidé entre ses sourcils, ce nez droit à moitié enfoui dans son écharpe, ces pommettes hautes rougies par le froid, il ne parvenait pas à les quitter des yeux.

Lorsqu'il prit soudain conscience de son attitude pour le moins étrange et inappropriée, il se leva brusquement. Cela ne se faisait pas de dévisager ainsi les gens. Et encore moins une femme plus jeune que lui de plus de dix ans. C'était bizarre, anormal, malsain même.

— Je vais y aller finalement, un chocolat chaud me fera le plus grand bien. Bon courage.

Sans s'attarder davantage, il tourna les talons et gagna la ruelle voisine pour transplaner. Il n'osa pas se retourner pour regarder son visage. Et si elle l'avait vu ? Elle devait à coup sûr trouver son intérêt répugnant.

En disparaissant, Remus musela son cœur. Quels que soient les semblants de sentiments qu'il commençait à ressentir pour la jeune sorcière, il se devait de les étouffer. Ce n'était pas approprié.

Tonks était une collègue. Rien d'autre.