Les jambes tremblantes, Harry descendit du véhicule qui l'avait amené jusqu'à leurs studios où Simon avait programmé leur rendez-vous. Derrière lui, Louis mis à son tour pied à terre et posa une main réconfortante sur l'épaule de son meilleur ami. A ce contact, le bouclé s'arrêta dans son élan et se retourna, cherchant le regard de l'ainé.

« Tout va bien se passer, Harry. » Rassura Louis, resserrant son emprise sur le jeune homme.

« J'ai fait une connerie, il est temps d'assumer… »

La voix qui se voulait forte trembla sous la peur mêlée à l'impatience qui parcourrait le plus jeune. Son désir le plus cher était de s'enfuir en courant vers l'horizon mais la curiosité le poussait à avancer et à affronter son destin. Il était confus, perdu au milieu des sentiments contradictoires qui semblaient s'amuser à chatouiller ses entrailles. Et le visage de Louis à quelques centimètres du sien n'aidait en rien.

« Je serais là, quoi qu'il arrive. Même dans les moments les plus difficiles, tu n'auras qu'à te retourner et je serai là. »

Ces quelques mots, ces paroles empreintes de sincérité et d'affection, ces phrases regorgeant de promesses devenues mantras à force d'être réitérées. Harry les connaissait pas cœur, aurait pu les réciter les yeux fermés mais cependant, la crainte persistait. Il avait été con, il avait tiré sur la corde jusqu'à ce qu'elle casse. Il espérait simplement que malgré les embuches qu'il avait lui-même placées sur son parcours, Louis serait effectivement là pour le rattraper lorsqu'il tomberait.

Alors, pour se donner le courage qui lui faisait défaut, il mit ses pensées en sourdine et laissa son cœur prendre le commandement. Il baissa sa garde, refoula les interrogations. S'avançant de quelques pas, il encercla de ses bras le cou de son meilleur ami et, s'y accrochant comme à une bouée de sauvetage, il se cala contre le corps de celui qui ne tarda pas à rendre l'étreinte en enlaçant sa taille avec tout autant de vigueur.

Ils restèrent comme cela un bon moment, tous deux ayant perdus la notion du temps. Finalement, presque à regret, Louis se détacha et déposa un léger baiser sur le front de son ami.

« Allez, n'aggravons pas ton cas en étant en retard. »

Installés dans de luxueux fauteuils en face du bureau de leur manager, les deux chanteurs observaient Simon Cowell faire les cent pas dans la pièce. Le visage de leur interlocuteur était impassible, fermé. Entouré par un silence pesant, Harry avait l'impression que les battements de son cœur affolé se répercutaient bruyamment sur les murs du local. Cela devait faire cinq minutes qu'ils attendaient et visiblement, toute cette espèce de mise en scène destinée à les impressionner exaspérait Louis qui se redressa sur son siège et regarda l'homme.

« Simon, est-ce qu'on pourrait arrêter tout ce cirque et aller droit au but ? »

« Arrêter tout ce cirque ? Je te signale, Louis, que si ton ami n'avait pas enchaîné conneries sur conneries, on n'en serait pas là ! » s'écria Simon, l'énervement s'emparant de ses traits.

« Je suis désolé… » murmura Harry, les yeux baissés sur ses genoux.

« S'excuser ne va rien arranger ! » tonna-t-il en s'installant à son tour. « Bon sang, Harry. Je pensais que je pouvais te faire confiance ! Vous m'aviez promis que vous feriez tout ce qu'il fallait pour que ce groupe fonctionne mais visiblement, ce n'est plus dans tes priorités… S'amuser avec de parfaites inconnues doit-être tellement plus amusant ! » Ironisa-t-il, le regard rivé sur l'adolescent qui lui faisait face, n'osant pas lever la tête vers son mentor.

« La presse se déchaîne depuis hier. On ne parle que de tes aventures dans tous les magazines people, sur Internet, les réseaux sociaux… Twitter a été pris d'assaut, les commentaires et les critiques pleuvent ! Et je ne te parle même pas de la réputation qui suit le groupe, désormais. »

« Simon, je suis parfaitement conscient que nous sommes face à une situation critique mais il est encore temps de tout arranger. S'énerver n'aidera en rien… » tenta d'apaiser Louis, suppliant des yeux ce dernier.

« Tu me demandes de ne pas m'énerver ? Et comment veux-tu que je réagisse, Louis ? Si tu as une solution miracle, je suis on ne peut plus curieux et impatient de l'entendre parce que moi, je suis à cours d'idée ! Comment peux-tu être aussi insolent alors que tu es tout autant responsable ? » Accusa Simon, sa voix aussi tranchante qu'une lame.

« Pardon ? » murmura Louis, l'incompréhension s'emparant de son esprit.

« Tu voyais qu'il n'allait pas bien ! Tu savais qu'il cachait quelque chose ! On en était tous conscient et tu n'as rien fait. Tu es son meilleur ami, son pilier et tu n'as pas cherché à l'arrêter et à l'empêcher de faire des conneries alors que c'est ton rôle. Tu es le plus âgé Louis, tu es censé veiller sur ces garçons, les empêcher de dérailler et les garder sur le droit chemin ! »

« Je… Je… » balbutia le concerné, trop secoué pour parvenir à former une phrase complète.

Ses tentatives furent arrêtées par Harry qui se releva brutalement, son siège tanguant violement derrière lui sous l'effet du choc.

« Louis n'a rien avoir là-dedans ! Comment osez-vous insinuer qu'il est responsable de quoi que ce soit ? Vous n'avez aucun droit de lui reprocher de ne pas s'occuper de nous ! Il est extrêmement présent pour chaque membre du groupe, il est constamment là lorsqu'on a besoin de lui. Tout cela est de ma faute, ma seule et unique faute. Je ne vous permettrai pas de remettre l'intégrité et l'investissement de Louis en compte, n'y comptez même pas ! » Menaça Harry, tremblant sous l'intensité de la colère qui emplissait chaque cellule de son corps.

« Alors, apportez-moi des solutions ! Amenez-moi des pistes pour que je ne passe pas une nuit blanche supplémentaire à me demander ce à quoi j'ai bien pu penser le jour où je vous ai fait signer un contrat avec ma maison de disque ! » Renchérit Simon, abattant ses poings sur la table.

« Je regrette ce que j'ai fait, d'accord ? Evidemment que je réalise que c'était la pire des bêtises et que les conséquences risquent d'être lourdes mais malheureusement, je ne peux ni revenir en arrière, ni faire de miracle. »

« Eh bien dans ce cas, il fallait réfléchir avant d'agir ! On doit impérativement mettre une stratégie en place si nous voulons éviter la catastrophe. Tu dois prouver que tu n'es pas l'adolescent joueur et sans cœur que tu te plais à exposer et que tu es réellement capable de t'investir dans une relation sérieuse. »

« Et qu'est-ce vous voulez que je fasse ? Prétendre sortir avec Louis ? » Ironisa le jeune homme en se laissant tomber dans son fauteuil.

Simon s'apprêta à ouvrir la bouche pour chasser la raillerie du bouclé quand il fut coupé dans son élan. Lentement, il leva le regard vers les deux chanteurs en face de lui et laissa ses yeux naviguer entre leurs deux visages. Un silence pesant s'était installé. Aucun des deux jeunes garçons n'osaient respirer, conscients que des combinaisons et des liens qu'ils n'auraient pas pu entrapercevoir en rêve se formaient dans l'esprit de leur manager. Quand ils aperçurent une étincelle briller dans les orbes foncés de l'homme, ils se tendirent dans leur fauteuil. Qu'est-ce qui allait bien encore pouvoir leur arriver…

« Et pourquoi pas ? »

« Excusez-moi ? » reprit Harry, craignant de comprendre où il voulait en venir.

« Ce n'est pas une mauvaise idée, pas une mauvaise idée du tout… » Continua Simon, poursuivant ses réflexions. « Voilà comment nous allons contrer les rumeurs : nous allons en faire naître d'autres ! »

« Vous ne pouvez pas sérieusement envisager cette possibilité… » implora Louis, anticipant la suite.

« Ecoutez-moi bien, voici ce que nous allons faire. Vous allez agir comme un couple, vous êtes déjà très proches, ça ne devrait pas vous demander beaucoup d'efforts ! Je veux que vous soyez plus complices que jamais, je veux que vous passiez la moindre seconde de votre temps ensemble. Je veux vous voir vous sourire, rire, vous prendre dans les bras l'un de l'autre… Bref, vous avez carte blanche tant que vous respectez les bases de cette idée. » Instruisit Simon, la confiance ayant retrouvée sa place parmi ses traits.

« Mais enfin, c'est ridicule ! Ça ne marchera jamais ! » Contra Louis, s'interrogeant sérieusement sur la santé mentale de son mentor.

Harry essaya tant bien que mal de refouler le serrement qui lui traversa le cœur lors de l'objection de son meilleur ami.

« Les fans sont déjà amoureux de votre 'bromance', ils vont adorer cette nouvelle relation plus sérieuse ! Et une fois que le phénomène Larry Stylinson se sera propagé et amplifié, les rumeurs sur les aventures d'Harry cesseront. C'est un plan génial, absolument infaillible ! Toutes ces jeunes filles vont reprendre confiance en vous.»

« Vous ne pouvez décemment pas nous obliger à agir comme cela ! » Intervint à nouveau Louis.

« Je ne peux pas vous contraindre à sortir ensemble et, de toutes façons, je ne le ferais pas. Vous m'avez profondément déçu mais vous restez mes protégés. Je ne vous abandonnerez pas aussi facilement, nous allons nous battre jusqu'au bout !» Encouragea le manager, désirant de cette façon apporter aux adolescents l'assurance et la volonté qui leur manquait.

« Simon… Je vois quelqu'un actuellement. Nous ne nous sommes rencontrés que très récemment mais j'espère vraiment que notre histoire va continuer. C'est en sa compagnie que j'aimerais me dévoiler au grand jour, vous comprenez ? » Expliqua presque timidement Louis, redoutant la réaction de l'homme qui ne tarda pas à arriver.

« Sache, jeune Tomlinson, que je contrefiche de tes états d'âmes. Je suis très heureux pour toi et je te souhaite tout le bonheur du monde mais je crains que tu ne doives remettre tout ce romantisme écœurant à plus tard. Votre priorité doit rester le groupe ! » Répondit Simon, froid et tranchant comme du verre.

Aïe… Cette fois, Harry ne put retenir une grimace lorsque les mots de son meilleur ami s'échappèrent de ses lèvres. Il souhaitait un avenir avec elle alors qu'il ne la connaissait que depuis la veille, ça ne ressemblait pas à son Louis. Généralement, c'était Harry qui devait le convaincre de ne pas directement rompre avec ses petites-amies et d'apprendre réellement à les connaître. Cette fille était-elle réellement parvenue à transformer le jeune homme en quelques heures ? Eleanor… Sa mâchoire se serra et ses muscles se raidirent rien qu'à la pensée du visage de la demoiselle. Parce qu'évidemment, Louis s'était fait un plaisir et un devoir de lui demander son adresse Twitter et s'était empressé de montrer plusieurs photos aux garçons. Il devait bien l'avouer, elle était pleine de charme, jolie comme un cœur. Selon les dires de l'ainé, elle était amusante, intelligente, naturelle et la répartie ne lui faisait pas défaut. Pour résumer, une fille parfaite… Harry aurait partagé son avis, il y a quelques semaines à peine. Cependant, désormais, la seule chose qui lui apparaissait quand il songeait à la jeune fille était sa propre faiblesse. Sa convoitise, sa jalousie, sa rage, sa rancœur, son impuissance, sa douleur. Oui, Louis Tomlinson, tu me fais mal. Si seulement tu pouvais imaginer ne fusse qu'un aperçut de cette putain de blessure que tu élargis un peu plus à chaque fois que tu ouvres la bouche et que tu prononces ces quelques syllabes. Eleanor… Tu n'as strictement rien fait pour que je te porte une telle haine, mais je suis au regret de t'annoncer que tu es la personne que je déteste le plus dans cet univers.

« Alors, qu'est-ce que vous en dites ? Harry ? » Repris Simon, tout aussi anxieux que survolté.

« Je… »

Ne penses pas que j'ignore que ta présence me sera particulièrement douloureuse, qu'observer tes traits et tes sourires ne sera qu'une esquisse de ce qu'elle pourra posséder entièrement mais si elle détient ton cœur, je me contenterais de ton corps. Même si c'est factice, même si ce n'est qu'une image. Tu veux me blesser Tomlinson, on peut jouer à deux à ce jeu. Je regrette seulement devoir te priver d'elle alors que tu ne sais même pas que tu es précisément la raison de tous mes ennuis.

« J'accepte » murmura enfin le bouclé, défiant son meilleur ami du regard.

Celui-ci sonda quelques instants les orbes émeraudes, tentant d'y dénicher une lueur d'explication, de solution, d'éclaircissement, de justification. Pourtant, le seul sentiment qu'il y décela fut de la tristesse et un infini appel au secours. Se sentant étrangement coupable sans pouvoir en définir la raison, Louis redirigea son attention vers le manager et acquiesça d'un faible signe de tête.

Une fois à l'extérieur du bureau, Louis s'adossa au mur le plus proche et soupira lourdement, la tête entre les mains. Il frotta ses tempes, essayant tant bien que mal de mettre de l'ordre dans ses pensées. Cela ne faisait que quatre heures qu'il était levé et il avait l'impression d'avoir traversé plus d'épreuves et accusé plus de chocs que dans toute sa vie.

« Lou…Si j'avais su qu'on en arriverait là, jamais je n'aurais couché avec cette fille. Je regrette sincèrement, encore une fois. » Chuchota Harry, se tenant à quelques mètres de son ami, n'osant pas s'approcher.

« Ouais, sans doute. En attendant, le mal est fait… »

« Tu avais dit que tu serais toujours là, que tu ne m'abandonnerais jamais ! Tu as promis, Lou, tu l'as juré ! » s'exclama-t-il, frissonnant sous la voix froide et glacée de l'ainé.

Doucement, Louis releva les yeux et scruta le visage du jeune homme qui lui faisait face. Comment ne pas voir le mal être et la culpabilité qui en irradiait. Bordel, Harry ! Mais qu'est-ce que tu me caches ? Au fond, peut-être n'avait-il besoin que de protection, sa protection… Et Louis serait là.

« Je ne vais nulle part, Hazza. Je suis à tes côtés et j'y resterai ! Seulement, j'ai besoin de respirer un peu. La matinée a été longue, je veux juste me changer les idées. Je te retrouve à l'appartement » répondit-il avant de s'avancer vers la sortie, se retournant une dernière fois vers le benjamin.

Une larme, fine et incolore, unique, quitta le regard brillant du jeune chanteur et dévala doucement sa joue rosie. Ce signe de détresse n'échappa pas à Louis, malgré la discrétion qui le caractérisait. Cette petite perle d'eau renfermait bien trop d'émotions brutes pour passer inaperçue. Hésitant, l'ainé ralentit légèrement son rythme, luttant contre ses pensées contradictoires. Oui, ce qu'il désirait le plus au monde en cet instant était de rejoindre son meilleur ami et de le serrer dans ses bras, lui assurant que tout irait bien. Mais il ne pouvait pas, il n'était pas assez fort. Lui aussi se battait contre ses démons intérieurs…

Souriante, Eleanor quittait le campus de l'université de Londres entourée de quelques amis proches. Des rires emplissaient sa voix et, même à ses propres oreilles, le son cristallin semblait étranger. Oui, elle était heureuse. Ou, du moins, en voie de guérison… Elle avait découvert avec soulagement qu'il y avait encore quelques personnes au côté de qui elle pouvait se contenter d'être naturelle. Cette jeune femme, pourtant en piètre état, n'était pas encore totalement détruite. Et elle n'allait pas laisser au passé la chance de saccager son avenir. Elle s'était éloignée de sa famille pour échapper à une vie qu'elle ne désirait pas et derrière ses airs de princesse, elle n'était en fin de compte qu'une petite fille qui tentait de jouer à l'adulte. Son objectif principal ? Entrer dans le monde par la grande porte. Mais la première étape pour atteindre le sommet était de se sentir à l'aise et en sécurité dans sa nouvelle ville. Etant méfiante de nature et rebelle en raison des aléas de la vie, Eleanor partait du mauvais pied mais se révélait être une battante hors pair. C'est exactement pour cela qu'elle se délectait autant de chaque instant partagé avec sa famille adoptive, ce groupe d'amis qui l'aidait à se relever, à retrouver son équilibre et qui serait un jour témoin de sa magnifique ascension.

Une fois qu'elle eut enlacé ses compagnons et leur avoir souhaité une bonne après-midi, la demoiselle leur faussa compagnie et se dirigea vers son petit appartement de la périphérie londonienne. Elle errait le long des rues, laissant son regard vagabonder sur les vitrines des magasins qui l'entouraient, perdue dans ses pensées. Frissonnant sous une bise glaciale, Eleanor resserra machinalement son écharpe autour de son cou frêle. Sans qu'elle s'en aperçoive, ses pas la guidèrent vers le centre de la route. Toujours profondément enfouie dans une brume de réflexion, elle ne remarqua pas qu'un véhicule venait de s'engager sur la chaussée et se dirigeait droit vers elle. Les coups de klaxon ne la perturbèrent pas davantage. La seule chose qui parvint à l'extirper de sa torpeur fût son portable qui vibra dans sa main et le nom de Louis qui illumina l'écran. Lorsqu'elle releva les yeux, ses pupilles rencontrèrent la voiture et elle se précipita sur le trottoir. Tu viens de me sauver la vie, Tomlinson…

A bout de souffle, la jeune femme essayait tant bien que mal de se remettre de sa frayeur, sa respiration retrouvant progressivement un rythme régulier. Elle attendit encore quelques secondes avant de porter son téléphone à hauteur de ses yeux, sachant pertinemment que cela n'aiderait en rien les battements déchaînés de son cœur.

Alors, cette interrogation ?

-Lou XX

Elle se figea un instant, assimilant qu'il s'était souvenu des petits détails insignifiants de sa vie.

Louis, combien de fois vais-je devoir t'expliquer qu'une conversation débute par bonjour…

-Eleanor XX

Elle poursuivit son trajet jusqu'à son appartement, impatiente quant à la réponse de l'intéressé.

Et à combien de reprises vais-je être obligé de souligner qu'on ne répond à une question en changent de sujet ?

-Lou XX

Tant que tu ne feras pas preuve d'un minimum de politesse, cher Tomlinson, le même refrain tournera en boucle :)

-Eleanor XX

Et je suppose que te dire que là, tout de suite, je meurs d'envie de t'arracher tes vêtements et de t'embrasser ne correspond pas vraiment à ta vision de la politesse…

-Lou XX

Eleanor éclata de rire, la plaisanterie l'amusant au plus haut point. Attendez… Il plaisantait, n'est-ce pas ?

Pas vraiment, non, mais c'était bien essayé :)

Tu mérites toujours un second rendez-vous…

-Eleanor XX

Et qui est-ce que je dois remercier, cette fois ? :)

-Lou XX

Ton humour, veinard !

-Eleanor XX

A quelques dizaines de mètres de là, deux autres personnes flânaient également sur les trottoirs de la capitale. Zayn et Liam, plaisantant allégrement, parcouraient les rues commerçantes, leurs bras regorgeant de sacs aux enseignes prestigieuses. Alors qu'ils venaient de quitter un énième magasin, le pakistanais s'apitoya sur son pauvre sort :

« Ils n'ont jamais ma taille ! Ou que j'aille, c'est la même chose, à croire qu'ils se sont donnés le mot… »

« Oui, sans doute ! Fais attention, ça pourrait être un complot » ironisa gentiment Liam en ébouriffant les cheveux de son meilleur ami.

Se dégageant du mieux qu'il put de l'emprise de son cadet, le métis lui tira la langue, s'éloignant de quelques pas pour lui faire comprendre son mécontentement. Sa mauvaise humeur factice ne s'éternisa cependant pas. Ne pouvant résister aux yeux de chien battu de son compagnon qui s'excusa théâtralement, allant presque jusqu'à mettre un genou au sol, un sourire fissura son masque et sa malice reprit le dessus.

« Je te déteste, Payne ! » Lança-t-il, joueur.

« Moi aussi je t'aime, grincheux ! » répondit-il en passant un bras autour des épaules du jeune homme.

Attendri par le geste affectif, Zayn cala ses sacs remplis de récents achats sur un seul bras et entoura la taille de Liam de l'autre. Etroitement liés, ils continuèrent leur promenade dans la capitale. La quiétude silencieuse qui s'était installée entre les deux compères fut malgré tout de courte durée, Zayn ne pouvait s'empêcher de reprendre ses lamentations.

« En plus, ils n'avaient même plus le t-shirt dans la couleur que je voulais ! »

« Le bleu est tout aussi beau que le blanc, tu sais » tenta courageusement de le raisonner Liam.

« Oui mais je le préférais en blanc, tu m'as dit que ça faisait toujours ressortir mes yeux… » gémit le pakistanais, semblant réellement attristé par le manque de stock du magasin.

Etrangement touché par la remarque du jeune homme, l'ainé resserra son emprise sur ses épaules. Alors comme ça, Zayn accordait une telle importance à ses dires ? Son meilleur ami devrait pourtant pertinemment savoir qu'il était éblouissant quel que soit la teinte qu'il porte.

« Tu n'as aucunement besoin de blanc pour être présentable ! Tu charmes tout le monde en un battement de cils ! »

« Alors, tu me trouves canon en fait ? » s'amusa ce dernier, aux dépends du plus jeune.

« Je n'ai pas dit ça ! C'est juste qu'il suffit que tu entres dans une pièce pour que toutes les personnes présentent s'extasie sur ta beauté » essaya d'expliquer Liam.

« Jaloux, Payne ? Tu sais pourtant qu'il n'y a que toi dans mon cœur… » riposta le métis, une moue adorable sur le visage.

« Va te faire voir, Malik ! » répliqua Liam, sans pour autant briser leur proximité. Il se sentait bien, tout contre le torse de son meilleur ami. Leurs instants isolés et privilégies lui avait manqués pendant la tournée où l'intimité n'était pas de mise. Ils étaient heureux de bénéficier de repos pour rattraper le temps perdu. De plus, leurs fans londoniens ne s'étonnaient plus de croiser leurs idoles en rue et ne s'élançaient plus vers eux en hurlant. C'était donc dans la tranquillité qu'ils se retrouvaient délicieusement.

Sur le trottoir opposé, une jeune fille à la longue chevelure brune fit glisser sa clé dans la serrure de son immeuble et ouvrit la porte. Au moment où elle s'avança pour pénétrer dans l'établissement, une voix aigüe retentit au milieu de la rue, attirant l'attention de nombreux passants dont les deux chanteurs.

« Mademoiselle Calder ! Mademoiselle, attendez ! » hurla une femme en traversant en courant. Essoufflée, elle rejoignit la jeune fille qui l'observait, se demandant clairement ce que pouvait lui vouloir cette étrangère.

S'en suivit une conversation agitée à voix basse, remplie de murmures et de chuchotements pressants et suppliants de la part de l'adulte. L'adolescente resta prostrée un long moment, ne semblant pas comprendre ce qu'il se passait. Enfin son visage s'éclaira, visualisant enfin ce qu'on lui proposait. Cependant, elle se décolora rapidement et secoua frénétiquement la tête, semblant quelque peu effrayée ou rebutée par une chose quelconque. Après avoir refusé une nouvelle fois les avances enthousiastes, elle finit par s'emparer de la carte colorée que son interlocutrice lui tendit avant de disparaitre dans le bâtiment.

Les deux garçons s'étaient arrêtés dans leur élan et observaient discrètement la scène, à l'écart. Quelque chose les interpellait, une alarme raisonnait dans leur esprit, remuant leurs pensées et les exhortant à agir mais ils n'en connaissaient pas la raison. Soudain, les pièces du puzzle s'assemblèrent et Liam se ficha. Les courtes minutes qui accueillaient la conversation devinrent soudainement interminables lorsque la vérité s'imposa à lui.

« Zayn… C'est Eleanor ! » s'exclama-t-il en désignant la concernée.

Le pakistanais tenta de se souvenir des photos que Louis leur avait montrés la veille et, effectivement, c'était bien la jeune fille en question qui se tenait à quelques pas d'eux. C'était donc ça… Pourtant, autre chose l'interpellait et il ne tarda pas à découvrir quoi. Il s'empara de son portefeuille dans sa poche arrière avant d'y fouiller rapidement et d'en extraire une carte de visite verte fluo, portant le nom d'un célèbre magazine people anglais pour lequel les garçons avaient donné une interview il y a plusieurs mois.

Alors pourquoi est-ce qu'Eleanor Calder venait d'accepter ce même document ? N'était-elle pas étudiante en sciences politiques ? Comment pourrait-elle venir en aide à cette revue ?

La réponse, si simple, était cependant bien trop horrible et cruelle pour s'imposer dans l'esprit des garçons. Elle ne voulait aucun mal à Louis, si ?

Alors que Zayn ouvrit la bouche pour interroger son ami, il fut interrompu par un coup sec tiré sur sa manche. Devant lui se trouvait une adolescente d'une quinzaine d'années qui les fixa longuement avant de prononcer trois phrases. Une dizaine de mots qui, une nouvelle fois, bouleverseraient une vie et causeraient un cataclysme. Quelques syllabes qui détruiraient un homme. Une suite de lettres qui briserait une âme.

« Liam, je suis ta plus grande fan ! Mais je ne comprends pas ce que tu fais avec cet arabe… Après tout, ce sont tous des terroristes, non ? »

Pendant quelques secondes, le monde s'arrêta. La terre cessa de tourner. Le soleil perdit de son éclat. La clarté s'obscurcit. Chaque muscle du corps du jeune homme se tendit à l'extrême alors que son cœur battait follement dans sa poitrine. Les mots défilaient en boucle dans son esprit, ricochant sur son cerveau, constamment plus intensément. Il avait mal, il souffrait. Lentement, il se brisait. Là, devant cette enfant qui venait de lâcher le plus simplement et le plus naturellement possible cette bombe, il s'effondrait, tombait, abandonnait les armes. « Terroriste… Terroriste… Terroriste… »

Comme pour remuer le couteau dans la plaie, avec une gentillesse apparente déconcertante, elle s'appuya sur le bout de ses orteils et, se penchant en avant, déposa un baiser sur la joue de Liam avant de lui adresser un regard empli de mépris et de haine, comme un dernier salut avant de s'éloigner nonchalamment. Fuir… Zayn aurait aimé en être capable. S'écarter de quelques pas, repousser le monde, refuser la réalité, tourner le dos à la vérité. Pourtant, il se trouvait toujours au même endroit, assommé, tenant par miracle sur ses jambes agitées de tremblements incontrôlables.

Liam contemplait également la scène, ses pensées se bousculant. Alors qu'il combattait la brume d'incompréhension qui s'était emparé de ses capacités de raisonnement, il débattait intérieurement sur la conduite à adopter. Son premier instinct était de rattraper l'adolescente et de lui arracher les yeux. Il voulait la blesser physiquement, doutant de pouvoir l'atteindre psychologiquement, en vengeance des propos horribles et dénués de sens qu'elle venait de proférer. Mais il s'arrêta dans son élan, jetant un coup d'œil au visage impassible et froid de son meilleur ami. Oh oui, il rêvait de pouvoir la meurtrir, la heurter, la détruire mais, en ce moment, sa priorité restait le jeune homme à ses côtés qui luttait pour conserver son équilibre.

Il attrapa la main de Zayn, silencieusement, et le conduit vers leur voiture qui les attendait à quelques centaines de mètres, liant ses doigts à ceux du pakistanais. Le trajet fut vide de parole, de regard. Une fois installé dans le véhicule, Zayn se défit de l'emprise de son ami et se pelotonna contre sa fenêtre, s'écartant volontairement. Il avait besoin d'espace… Il savait que Liam se sentirait sans doute rejeté, ce n'était pas son intention. Il aurait aimé lui faire comprendre que ce n'était pas de sa faute mais, pour l'instant, sa voix semblait l'avoir déserté. Une fois arrivé devant leur bâtiment, il courut presque s'enfermer dans sa chambre, laissant un Liam désemparé debout dans le hall.

Après le départ de Louis, Harry se dirigea à son tour vers la sortie des studios et pénétra dans la voiture. Visiblement, le jeune homme était parti à pied, son corps frêle n'étant nulle part en vue. Soupirant, il indiqua au chauffeur de la ramener chez lui. Il replia ses jambes contre son torse et les entoura de ses bras, s'enfonçant dans son siège. Là, à l'instant, un câlin de son meilleur ami aurait été le remède parfait à sa tristesse et à son désespoir. Malheureusement, le mécheux en avait décidé autrement… Il ne voulait plus continuer à se morfondre sur son sort, il était l'unique responsable de cette situation. Il regrettait mais n'avait aucun possibilité de revenir en arrière et d'effacer cette nuit de pêchés.

Un bâillement s'échappa de ses lèvres, il ne chercha même pas à l'étouffer. Il était épuisé, aussi bien physiquement que moralement. Il avait simplement besoin de repos, de fermer les yeux et de tomber dans un sommeil réparateur. Seulement, la chance ne semblait pas être présente à ses côtés aujourd'hui… Alors que ses paupières s'alourdissaient et qu'il sentait ses forces le quitter, bercé par le ronronnement du moteur, une vibration l'arracha à sa quiétude. Poussant un juron silencieux, il se pencha et attrapa son portable dans sa poche. Il jeta un rapide coup d'œil vers la notification qui emplissait son écran, décidé à ignorer la personne qui le détournait de ses songes, mais se ficha soudainement. Oh, merde…

Allongé en travers de son lit au milieu des multiples couvertures qui s'amoncelaient, Niall ouvrit péniblement les yeux. Ses pupilles protestèrent à l'abondance soudaine de lumière vive et ses paupières se refermèrent automatiquement. Il devina aisément que le soleil devait être levé depuis plusieurs heures et qu'il avait sans doute déjà perdu une grosse partie de sa journée. Après tout, il était en vacances. Pourquoi se priver ? Il était amusant de constater qu'il y avait des choses auxquelles on ne s'habitue pas, les réveils particulièrement matinaux en faisaient partie. La dernière occasion qu'il avait eu de profiter d'une nuit complète était trop éloignée pour se rappeler à sa mémoire et c'est avec joie qu'il s'aperçut que personne ne pourrait le forcer à quitter ses draps aujourd'hui. Du moins, c'est ce qu'il pensait avant que la porte de sa chambre ne s'ouvre à la volée et que Liam ne se laisse tomber lourdement à ses côtés. Instinctivement, Niall s'enfonça sous ses plaids et glissa sa tête sous son oreiller.

« Encore au lit, Belle au bois dormant ? » taquina Liam avant de s'emparer de la boule de plumes qui protégeait son ami et de glisser le coussin derrière lui, s'adossant au mur contre lequel reposait le lit.

« Oui, et tu viens de m'arracher à un superbe rêve ! T'as pas envie de sortir, que je puisse reprendre où j'en étais ? » marmonna le blond, espérant de cette façon retrouver les bras de Morphée.

« Désolé mon grand, j'ai bien peur de ne pas pouvoir supporter la solitude pour le moment… » murmura le concerné.

Soudainement, le plus jeune émergea de ses couvertures et se redressa, intrigué. Liam détestait reconnaître ses faiblesses et le fait qu'il annonçait ses craintes sans tabou ne présageait rien de bon. Le sommeil appelait Niall, le suppliait de venir le retrouver afin qu'il s'échappe ensemble au pays des rêves et des contes de fée mais la réalité, plus intimidante et surtout plus puissante, lui criait qu'il était temps d'agir. S'il laissait passer cette opportunité de découvrir ce qui rongeait son ami, il ne se le pardonnerait pas.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? » interrogea-t-il doucement, posant une main sur l'épaule du jeune homme.

Ce dernier soupira, baissant les yeux vers ses genoux, cherchant le courage de revivre cette situation difficile. Le regard glacial de son meilleur ami lui revint en mémoire, sa colonne vertébrale agitée de frissons.

« Ce matin, Zayn et moi avons décidé d'aller faire les boutiques. Il disait qu'il n'avait plus rien à se mettre, et c'était une occasion de prendre l'air. Tout se déroulait normalement, il se plaignait, je me moquais de lui, on rigolait… »

Niall sourit, attendrit, imaginant sans difficulté la scène. Il sentit cependant le corps de son ami se tendre, signalant que c'était ici que les choses se corsaient.

« Mais soudainement, on a croisé une fan. Elle s'est approchée, elle a révélé qu'elle m'adorait et ensuite… Après ça, elle s'est tournée vers Zayn et a comparé les arabes à des terroristes. »

Seul le silence suivit la déclaration de Liam. La tête toujours penchée, il releva ses iris pour rencontrer les pupilles dilatées sous l'effet du choc et de la colère du blond. Il fut heureux de remarquer que le benjamin percevait l'horreur de la situation. Le jeune Irlandais s'enfonça dans son mutisme, aucun son ne franchissant ses lèvres. Lentement, il commença à trembler, la rage parcourant son corps à moitié dévêtu. Il ne comprenait pas. Comment pouvait-on blesser intentionnellement quelqu'un de la sorte ? Cette fille ne connaissait Zayn ni d'Eve ni d'Adam, pour qui se prenait-elle ? Qu'est-ce qui lui permettait de s'introduire dans leur vie pour bouleverser leur univers déjà chamboulé ?

Il se souvint cependant de l'immense détresse qui envahissait la voix de Liam, s'insultant intérieurement de privilégier sa surprise à la tristesse et aux craintes de son ami. Il attrapa la main de ce dernier et la serra fortement entre ses doigts. Il sentait que l'histoire ne se terminait pas là, un second évènement avait dû se produire pour contrarier autant le châtain.

« Où est-il maintenant ? Il doit avoir besoin de soutien… » demanda Niall, inquiet pour le métis.

« Je ne suis pas à la hauteur… » souffla Liam, se dégageant de son emprise. Ses yeux scintillaient, des larmes s'accumulant aux bords de ses fines paupières. Alors qu'il poursuivit, elles dévalèrent ses joues, la douleur s'attardant dans son être comme les perles salées sur son visage.

« Vous m'avez surnommé 'Daddy Direction', vous pensez pouvoir vous reposer sur moi, vous confier quand il y a un problème mais je ne suis pas assez fort. Lorsqu'une réelle crise se présente, je suis incapable de réagir. »

D'un geste rageur, il essuya ses pommettes, tenant de retrouver contenance.

« Elle était là, seule, inoffensive et elle l'a détruit. En quelques phrases, elle l'a brisé. Et moi, je suis resté planté là. Je n'ai pas bougé le petit doigt. J'ai rien fait, bordel ! J'aurais pu l'attraper, la frapper, l'engueuler, appeler un agent et rien… Je me suis contenté d'être spectateur de l'anéantissement de mon meilleur ami. Bon sang, qui s'abaisse à ce niveau ? »

Ses sanglots redoublèrent, le secouant violement. Il n'essaya pas de le cacher, à quoi cela servirait-il ? Il se sentait vidé de toute substance, de toute vigueur, de toute force.

« Je suis faible… »

Aussitôt, Niall sauta sur ses pieds et s'agenouilla face au lit, forçant Liam à le regarder.

« Je t'interdit de dire une telle chose ! Tu crois que tu as mal agit ? Pourquoi tu ne comprends pas que tu as, au contraire, eu la meilleure des réactions possibles ? Etrangler cette idiote n'aurait servi à rien, même si elle le méritait complètement. Oui, tu aurais pu faire naître un scandale, lui hurler dessus ou lui interdire l'accès à nos concerts mais tu as choisi d'être fort. Il aurait été facile de céder à la faiblesse et de te laisser prendre à son jeu, mais tu t'es battu jusqu'au bout, tu as gardé la tête froide et c'est exactement pour ça que tu occupes cette position dans notre groupe. C'est la raison précise qui nous pousse à nous livrer à toi, à te faire confiance. On sait que tu auras une réponse lucide et raisonnable à nos questions. Tu es notre pilier, à toi seul tu nous maintiens ensemble. Alors, que je ne t'entende plus jamais te rabaisser. Ecoute bien ce que je vais dire Liam : personne ne peut nous abattre. Tant que nous sommes unis, rien de peut nous atteindre. »

Alors que Liam entrouvrait la bouche pour remercier son ami, la porte s'ouvrit une nouvelle fois à la volée et ce fut au tour d'Harry de pénétrer dans la pièce. Il referma le panneau de bois et s'y adossa, las, enfuyant sa tête entre ses mains.

« Harry ? Tout va bien ? » s'inquiéta aussitôt Liam, ses instincts protecteurs refaisant surface.

Le lourd soupir qu'il reçut en retour répondit à sa question avec plus d'intensité qu'une simple négation.

« Comment s'est passé le rendez-vous avec Simon ? » interrogea Niall, reprenant place sur le lit.

Doucement, en parfaite synchronisation avec son ardeur et sa vitalité, ses jambes l'abandonnèrent et il se laissa glisser le long du mur, cédant à son corps un repos éphémère. Il devinait les regards épouvantés de ses compagnons et les milliers d'inquiétudes qui bourdonnaient au centre de leurs pensées. Il ne désirait pas devenir un fardeau supplémentaire, une masse ajoutée, la goutte d'eau qui était à l'origine du débordement du vase. Non, il voulait simplement oublier et recommencer à zéro mais ce n'était pas possible. Alors, il écarta la honte et la déception qui le hantait et affronta son destin.

« J'imagine qu'il était en colère ? » sonda Niall, hésitant à percer le tourbillon de réflexions dans lequel était plongé le benjamin.

Harry ignorait qui de Louis ou de leur manager était mentionné, mais quoi qu'il en soit, la réponse était identique : « C'est le moins qu'on puisse dire… »

Les deux ainés sursautèrent légèrement à l'angoisse et à la tristesse qui suintait dans la voix du bouclé, percevant nettement son malaise. D'un même mouvement, ils se redressèrent et s'installèrent au sol, de chaque côté du concerné. Liam passa un bras rassurant autour de ses frêles épaules alors que Niall posa une main sur son genou, exprimant également son soutien. Ils attendirent patiemment qu'Harry trouve la force de commencer son récit.

« Il ne comprend pas pourquoi j'ai agi de la sorte, il est persuadé que c'est de la faute de Louis. Il l'a accusé de ne pas assez s'occuper de nous, de ne pas veiller sur nous. Il pense que nos priorités ont changé, il veut qu'on se reconcentre sur la musique et uniquement là-dessus. »

Les deux spectateurs hochèrent la tête, compréhensifs. Le troisième chanteur réfléchissait, débattant sur la meilleure approche pour annoncer la suite.

« Et en ce qui concerne la presse… D'après lui, le moyen le plus efficace pour faire disparaître des rumeurs et d'en faire naître de nouvelles. Il est conscient que nos fans apprécient l'image Larry Stylinson, alors… Il nous a demandé d'agir comme un couple. »

Il ferma étroitement les paupières, attendant les réactions. Pendant les quelques secondes qui suivirent, il imagina les pires scénarios. Ces amis accepteraient-ils de rester dans un groupe parmi lequel évoluaient deux prétendus homosexuels ? Il craignait les insultes, les critiques, les réprimandes. Lorsqu'il comprit que seul le silence répondrait à sa tirade, il ouvrit les yeux, examinant les expressions des garçons.

« Quoi, qu'est-ce qui vous fait rire ? » s'exclama-t-il, médusé quant aux sourires qui ornaient les visages tournés vers lui.

Un petit rire s'échappa de la gorge du blond alors qu'il déclara : « On a toujours été persuadé que Louis et toi finiriez ensembles ! Voilà, maintenant, c'est fait ! »

Incrédule, il assimila les paroles du jeune homme en se tournant vers Liam, espérant un autre discours.

« Mais enfin Harry, pourquoi tu fais la tête ? Je ne vois pas où est le problème, vous passez déjà tout votre temps réunis. »

« Vous ne comprenez pas… Après l'entrevue, on s'est légèrement prit la tête et il est parti. Je ne sais pas où il est, ni ce qu'il fait. Il est fâché, il m'en veut. Il a clairement dit que c'est Eleanor qu'il veut présenter comme la personne qui partage sa vie, pas moi ! »

« Il connait cette fille depuis deux jours, ne te fais de soucis pour elle. Ça va passer, ce n'est qu'une nouvelle lubie » tenta de rassurer Liam, resserrant son emprise sur le jeune garçon.

« J'espère… »

« Qu'est-ce qu'on peut faire pour te remonter le moral ? » demanda Niall, soucieux du bien-être de son ami.

Aussitôt, Harry fut rappelé à la réalité. Le message qu'il avait reçu dans la voiture un peu plus tôt dans la journée lui revint en mémoire, tout comme la principale raison de sa venue. Comme si la situation n'était pas déjà assez compliquée, il fallait en plus que ses vieux démons reviennent le hanter.

« Justement, je m'étais dit qu'une soirée détente nous ferait du bien. Il y a un nouveau bar qui a ouvert il y a quelques semaines près d'ici. Ça vous dirait d'aller y boire un verre ce soir ? »

Niall s'agita avec excitation, approuvant vigoureusement. Liam accepta également, se redressant et se faufilant par la porte, lançant que ça aiderait surement Zayn à se changer les idées avant de disparaître dans les couloirs. Harry envoya un regard interrogateur à Niall qui lui expliqua la situation en quelques mots, avant de mettre le jeune garçon à la porte. Il voulait profiter de quelques heures de sommeil supplémentaires avant d'aller s'amuser ce soir.

S'amuser… Harry aurait aimé en être capable. Malheureusement, la sortie prévue n'avait rien de spontanée. S'il avait accepté de suivre les recommandations de son maître chanteur, c'était uniquement dans le but d'aider son groupe à garder la tête hors de l'eau. Il savait qu'il coulerait en se rendant au lieu de rendez-vous, mais entre la survie de ses meilleurs amis et sa propre quiétude, le choix était vite fait.

Retournant dans son appartement partagé, il attrapa son portable et composa le numéro de Louis. Sans grande surprise, il tomba sur le répondeur, de faibles étincelles d'espoir s'éteignant pourtant douloureusement dans sa poitrine. Le bip significateur résonna dans ses oreilles et il commença à laisser parler son cœur. C'était le mieux qu'il puisse faire…

« Lou… Je ne sais pas par quoi commencer. Je comprends parfaitement que tu sois énervé, tu en as tous les droits. Mais, s'il te plait, reviens. On ne sait pas où tu es, ni si tu vas bien. Donne-nous simplement un signe de vie, d'accord ? Ce n'est pas la même chose sans toi… Tu me manques. C'est pas par vague, c'est constant. Quand tu n'es pas là, à chaque seconde, je pense à toi. Tu es mon meilleur ami et j'ai besoin de toi près de moi. Même si je t'ai déçu, je sais que c'est réciproque. Prends tout le temps dont tu as besoin pour réfléchir, sache juste que nous sortons ce soir. On va boire un verre au bar à côté de la place, au cas où tu voudrais nous rejoindre… Prends soin de toi, mon Lou. »

D'un pas résolu, Liam se dirigea vers la cage d'escaliers et entreprit la descente des quelques marches qui le séparait de l'appartement de son meilleur ami. Cependant, au fil des secondes qui s'écoulaient, sa détermination déclinait. Il désirait revoir Zayn, s'assurer qu'il allait bien, vérifier que la douleur avait abandonné son regard sombre et que les traces de larmes avaient disparu de ses joues. Le bien-être du jeune homme était devenu une nécessité. Il ne supportait pas de le savoir blessé ou affaibli, même psychologiquement, et savoir qu'il était impuissant face au malaise de l'ainé le déchirait davantage. Au fond, il n'était qu'un enfant, et qui pourrait consciemment faire souffrir une telle créature ?

Alors qu'il atteignait finalement sa destination, il traversa le salon et s'avança vers la porte grise qui camouflait son ange. Légèrement craintif de ce qu'il pourrait découvrir de l'autre côté de la paroi, il tenta de se rassurer en se rappelant que ce n'était pas la première fois que les critiques abondaient. Ils pouvaient gérer la situation. Ensembles, ils étaient capables de tout… Après s'être rempli les poumons d'oxygène, il s'empara de la poignée et l'actionna, ne prenant pas la peine de frapper.

Aux prises avec ses pensées, ses orbes perdus sur le sol, le jeune chateur ne perçut pas l'entrée de son meilleur ami dans son repère. Le bruit des pas de Liam sembla également se fondre dans le silence ambiant, seule la pression de la main du benjamin sur son épaule fit lever la tête à l'adolescent. Lentement, il retrouva pied dans la réalité et réalisa la présence du visiteur. Son énervement semblait envolé, ses pupilles brillantes d'inquiétude et d'incompréhension.

L'esprit toujours embrumé, Zayn laissa son corps agir et se faufila doucement dans les bras accueillants de son ami, l'attirant à ses côtés sur le lit.

« Je suis là, tout va bien… » murmura Liam au creux de son oreille, berçant le corps blottit contre son torse. « Je suis là et je ne t'abandonnerai pas...»