PRESENT -Novembre
« Hey Bobby ! » S'exclama Dean en jetant ses clefs dans le compotier sur la desserte de l'entrée. Il prit l'homme dans ses bras et celui ci le serra contre lui.
« Salut gamin. »
« Qu'est ce que tu fais là ? Sam t'a laissé entrer ? »
« Bien sur qu'il m'a laissé entrer ! » S'exclama Bobby « Et qu'est ce que je fais là ? J'ai entendu dire qu'un de mes crétins préférés était de retour en ville. »
Dean se passa la main derrière a nuque d'un air gêné. « Désolé j'ai pas pensé à... »
« Prendre ton téléphone pour me prévenir depuis deux mois que tu es rentré ? Merci j'ai vu. Sam s'en est chargé pour toi. »
Dean sourit et suivit Bobby dans le salon. La télévision était allumée et il y avait une bière ouverte sur la table basse.
«Sam est là ? » Demanda Dean en se débarrassant de sa veste de cuir. Bobby secoua la tête et lui tendit une bière. « Il est à la bibliothèque. »
« Comme d'habitude. » Fit Dean en s'asseyant sur le canapé, imité par Bobby. « Comment tu vas vieil homme ? »
« Le vieil homme va bien merci de t'en soucier, mais je suis là pour parler de toi gamin. »
« Je vais bien. » Répondit Dean en décapsulant sa bière.
Bobby fronça les sourcils. « Tu es parti un an sans quasiment donner de nouvelles, tu reviens pour trouver l'amour de ta vie avec un autre et que sais je encore et tu prétends que tu vas bien ? »
Dean soupira et tenta de regarder partout sauf vers Bobby mais l'homme le cherchait des yeux et il n'arrivait pas à lui échapper. C'était exactement comme avant, après la mort de papa, quand Sam était tellement hors de contrôle qu'il n'arrivait plus à rien avec lui, quand Bobby avait posé son vieux sac de voyage et son van dans l'allée de leur résidence temporaire et avait pris les choses en main. A l'époque, il avait eut exactement le même regard calme et agacé à la fois.
« Épargne moi tes connerie gamin ! »
C'était cette voix bourrue, ce ton de commandement qui lui rappelait parfois son père qui avait fissuré la carapace de Dean à l'époque, et il se souvenait du soulagement et de la honte qu'il avait eut à pleurer pour la première fois depuis des mois. La seule fois pour toutes les années à venir. Il avait fallut gérer Sammy, et son propre chagrin, apprendre à oublier le trou dans sa poitrine et à sourire assez grand pour que personne ne le voie. Dean pouvait se sortir de presque toutes les situations avec un sourire et un clin d'œil, mais pas face à Bobby.
Bobby voyait en lui aussi clair que dans les livres qu'il traduisait à longueur de journée ou dans les moteurs qu'il réparait à temps perdu. Il ne pouvait pas mentir à Bobby et tout ce que son père d'adoption avait à faire pour obtenir la plus complète des confessions était d'attendre en sirotant patiemment sa bière.
« Ça ne va pas. En fait... » Les mots sortaient de sa bouche aussi difficilement que du verre pilé. « En fait rien ne va. »
« Bon début gamin. » Et Bobby leva sa bière pour entrechoquer le goulot avec celle de Dean.
…...
Deux ans plus tôt -NOVEMBRE
La nuit des garçons dans l'Impala fut moins confortable que celle des filles mais même Castiel avait refusé de rentrer chez lui.
« Ce sont mes amies aussi, si elles ont un souci je veux être là. »
Il n'y eut pas de soucis et au matin, transis de froid ils furent heureux de pouvoir s'extirper de la voiture pour aller chercher café, bagels et donuts.
Dean réveilla Charlie en l'appelant pour lui demander quels étaient leurs donuts préférés et elle faillit l'envoyer bouler avant que l'appel du ventre ne la ramène à la raison. Jess était déjà réveillée quand Sam toqua à sa porte. Elle avait les cheveux emmêlés et des cernes sous les yeux.
« Ça va ? » Demanda-t-il doucement après l'avoir embrassé.
Elle hocha la tête et glissa ses pieds dans ses chaussons pour le suivre chez Meg et Charlie d'où sortait une odeur de café prometteuse. Mais avant qu'il toque à leur porte, elle le retint par la manche.
« Sam... Pourquoi tu n'es pas resté cette nuit ? » Elle avait l'air malheureuse.
D'une manière générale, Jess avait toujours l'air un petit peu triste et Sam était fier de pouvoir la faire sourire et rire, mais il n'avait encore jamais été la cause de sa tristesse.
« Je ne voulais pas que tu penses que je tirais avantage de la situation. » Répondit il honnêtement. Elle s'attendait sûrement à autre chose car elle se mordit les lèvres pour ne pas pleurer. « Jess, je voulais juste ne pas te faire peur ! »
« Et les autres fois ? Sam, ça fait deux mois et tu n'as pas essayé de me toucher, pas une seule fois ! »
Il dut se concentrer très fort pour ne pas rire. Il passa ses mains dans les cheveux de la jeune fille, plantant ses yeux dans les siens.
« J'ai envie de toi, Jess, très envie même, mais puisqu'on attends de nous qu'on vive presque comme des adultes, je pensais faire les choses bien, comme un adulte, et ne pas te sauter dessus dès le troisième rendez vous ! »
« Je voulais que tu me sautes dessus avant même le premier rendez vous ! » Ronchonna-t-elle. Cela le fit rire et il l'embrassa. Elle sortait de la douche et sentait bon. « Deux mois d'attente c'est pas faire les choses bien, c'est de la torture ! »
Ils sursautèrent quand la porte derrière eux s'ouvrit sur Charlie, un bagel à la main.
« Vous prenez une chambre ou vous venez manger ? »
Ils se sourirent et entrèrent dans le petit appartement. Castiel et Meg étaient assis en tailleur sur le lit de la jeune fille, Dean vautré sur le canapé et entre eux la table basse couverte de nourriture. La télévision était allumée sur une chaîne de dessins animés qu'ils ne regardaient pas. Meg tenait contre elle un verre où chuintait une aspirine et se massait les tempes.
Jess s'installa sur le canapé à coté de Dean, Sam par terre, adossé à ses jambes. Dean sourit en voyant avec quel naturel elle lui tendait un café tandis qu'elle lui caressait les cheveux de sa main libre, enroulant distraitement une mèche autour de ses doigts avant de la lâcher. Il y avait une sorte d'admiration béate et réciproque entre eux que Dean n'avait encore jamais vue entre Sam et ses ex. Le gamin était beau, leur père lui avait appris à être un gentleman et Dean lui avait appris quand cesser de l'être. Il était intelligent, sans doute plus que Dean le serait jamais, et attentionné.
Il regarda Jess, elle était jolie, douce et travailleuse. Et elle était cheerleader ce qui ne gâchait absolument rien.
« Qu'est ce qu'il y a ? » Demanda Jess en croisant son regard. Dean secoua la tête en souriant.
« Rien, vous êtes mignons c'est tout. »
Jess sourit à son tour et se pencha par dessus Sam pour récupérer son café sur la table basse. Charlie imita Sam et s'installa par terre son dos contre les jambes de Dean.
« Si je te caresse la tête, tu ronronnes ? » Se moqua-t-il en prenant le donut qu'elle lui tendait.
« Bien sur ! »
« C'est pas souvent qu'on voit une chauve souris qui ronronne. » Commenta Castiel en désignant le pyjama Batman que Charlie n'avait pas quitté. Elle lui tira la langue et réclama qu'on lui allume sa console. Meg s'étira hors de son lit et lui fit glisser la manette sous la table avant d'appuyer sur le bouton pour relancer une partie de Crash Bandicoot.
Charlie y avait tellement joué qu'elle réussit à finir un niveau tout en buvant son café avant que Dean se lève pour récupérer la seconde manette.
« Multijoueur ? »
Charlie hocha la tête.
« Vous avez quel âge ? » Grogna Meg depuis son lit. « Passe moi le beurre de cacahuète Clarence ! »
Castiel s'exécuta, ajoutant au pot une cuillère avant de le lui tendre. « On a jamais passé l'âge de jouer aux jeux vidéos ! »
« Yeah ! » S'exclamèrent Dean et Charlie dans un bel ensemble en levant chacun un poing en l'air manquant de renverser le café de Jess. Dean finit par passer ses jambes au dessus des épaules de Charlie, la plaquant contre le canapé dans le vague espoir de la déstabiliser assez pour lui faire perdre une partie.
« J'ai déjà essayé ça Mc Queen, ça marche pas ! » Se moqua Meg qui entamait son second café maintenant que la nausée de sa gueule de bois s'était dissipée.
« Occupe toi de ton cul Park Avenue ! » Rétorqua l'autre focalisé sur le jeu.
Presque deux ans après, Dean se souvenait de cette matinée avec bonheur. Il s'en souvenait comme du jour où Meg et lui avaient échangé leurs dernières piques amicales avant que pour une raison inconnue elle ne le prenne en grippe (mais s'il était parfaitement honnête, il savait pourquoi elle s'était comporté comme ça avec lui par la suite.)
C'était ce matin là qu'elle avait décidé de l'opération « Mardis en soutif » et Sam avait fait remarquer qu'elle allait avoir froid. Ce qui lui avait valut un regard étonné de la jeune fille.
« Je te parle d'aller en cours en soutien gorge et la seule chose qui te vient c'est que je vais avoir froid ? »
« Qu'est ce qui devrait me venir ? C'est pas comme si j'avais le besoin pressant de l'arracher avec mes dents ! »
Meg roula des yeux tandis que le visage de Charlie se tordait dans une expression perplexe.
« Ça doit pas être facile à enlever avec les dents... » Fit elle en y réfléchissant.
« On peut. » Répondirent les deux Winchester en chœur.
« Je ne veux même pas savoir qui t'a appris à faire ça. » Ronchonna Castiel à l'intention de Dean. Le garçon aux yeux verts lui envoya un baiser à travers la pièce et un clin d'œil.
Meg soupira et désigna Sam du doigt. « Jess, garde le celui là, sincèrement garde le ! » La blonde sourit et hocha la tête.
« J'y compte. »
« Donc le mardi en soutif ? Ça m'intéressait moi ! » Pépia Charlie.
« Tu veux t'exhiber Chaton ? » Se moqua Dean.
«Arrête de m'appeler comme ça ! » Grogna -t-elle « Son idée est bonne ! On ne devrait pas apprendre aux filles à se rhabiller pour éviter d'être harcelées ou pire. On devrait vous apprendre à vous à la garder dans votre pantalon ! »
« En quoi se trimbaler en soutif tout les mardis va-t-il apprendre aux garçons à se maîtriser ? » Demanda Jess perplexe.
« Parce que le premier qui nous touche on lui défonce la gueule ! » Répondit Charlie en sautant sur ses pieds, renversant Dean au passage. Mal coiffée et toujours affublée de son pyjama Batman elle était plus drôle que menaçante. Meg et Castiel se mirent à rire jusqu'à ce qu'elle leur lance une de ses bottes cloutées à la figure.
« C'est une question de publicité » Dit Meg calmement en lui renvoyant la botte. «Une façon d'attirer l'attention sur le message que l'on veut faire passer. »
Castiel sourit et lui prit son café des mains. « Toi tu arrêtes les excitants avant d'en faire ton projet de fin d'année pour ton cour de communication. »
Il réalisa trop tard qu'il venait de lui donner une idée qu'elle n'avait pas encore eut. « Clarence, tu es un génie ! » S'exclama la jeune fille avec un grand eut un gémissement pitoyable.
« Pourquoi il a fallut que tu dises ça ? » Se plaignit elle.
« Il dit toujours ce qu'il ne faut pas au très mauvais moment. » Répondit Dean.
« Plaque le ! »
« Nan. Il a d'autres qualités. »
« Ça vous dérange si je continue à vivre quand vous parlez de moi ? » Ronchonna Castiel en croisant les bras. Dean lui envoya un nouveau baiser.
Plus tard ce jour là, Sam et lui rentraient chez eux dans l'Impala après avoir déposé Castiel au RoadHouse pour le service d'après midi.
« Sam » Commença Dean. Il n'était pas bon avec les mots, ne l'avait jamais été, même avec quelqu'un d'aussi proche de lui que Sam. « Je ne veux pas te voir recommencer. »
Sam savait de quoi il parlait. C'était une pierre d'achoppement entre eux, peut être la seule.
« Je recommence rien Dean, je vais bien. »
« Oui eh bien... continue comme ça. Jess est une fille bien, fais pas tout foirer. »
Sam sourit doucement. A chaque fois que Dean quittait la route des yeux pour le regarder il entendait presque la voix de son père lui crier de regarder devant lui.
« Qu'est ce que tu crains ? Que je lui brise le cœur ou que je recommence à déconner ? »
« Je dis juste... ce qu'il s'est passé après la mort de papa, j'ai pas envie de revivre ça. » Dit Dean en gardant ses yeux sur la route. Ils arrivaient chez eux et il se gara juste au bout de l'allée de la petite maison.
« Moi non plus. » Dit Sam. Ils restèrent silencieux un instant.
« Dean ? »
« Oui ? »
« Est ce que tu étouffes toujours ? Est ce que c'est toujours aussi difficile ? »
Dean prit une minute pour y réfléchir, pour chercher la réponse quelque part en lui où il n'avait pas envie d'aller. « Les choses vont mieux maintenant. C'est moins dur que ça ne l'a été. » Finit il par dire.
« Mais ? »
« Mais ouais, la plupart du temps j'ai quand même l'impression que je devrais te prendre sous le bras et me tirer d'ici, laisser toute cette merde derrière nous. Me la jouer Bonnie et Clyde avec mon petit frère, juste pour pouvoir respirer un peu. Pas me sentir enfermé dans une vie minable qui n'a rien avoir avec ce dont je rêvais quand j'étais môme. »
Sam eut un petit rire. Pour la première fois de la journée, Dean put voir ses fossettes. « Ça serait cool comme vie. »
« Ouais... Toi moi, la route... Sauver des gens, chasser des choses... »
« Chasser ? Genre quoi ? »
« Sais pas... juste... des choses. »
Sam sourit encore. « Ça serait une vie cool. » Dit il.
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Les mois de Février et Mars avaient passé comme un joli rêve. Dean avait vendu des disques et Castiel des cappuccino. Le championnat universitaire de Basket avait commencé et Jess partageait son temps entre l'entraînement de cheerleader, ses cours et Sam. Elle était épuisée mais Sam aimait la voir revenir de l'entraînement, les joues rouges et un grand sourire aux lèvres.
Dans ses moments où l'endorphine la rendait joyeuse, elle ne pensait pas à ce qu'elle ferait si elle échouait à ses examens. Elle ne pensait pas à sa famille, loin là bas à Chicago ni à combien ils lui manquaient tous. Elle se penchait sur Sam quand elle le retrouvait à la bibliothèque pour l'embrasser, ou se hissait sur la pointe des pieds pour faire de même quand il venait la chercher au gymnase, et elle ne pensait à rien de triste.
En ce début du mois d'Avril, il faisait désormais assez beau pour qu'elle ne se change pas en sortant de l'entraînement et Sam ne l'aurait avoué pour rien au monde mais ses jambes nues dans sa mini jupe bleue atteignait aisément le haut de la liste de ses fantasmes personnels. Elle avait un grand sourire et se précipita vers lui en riant pour l'embrasser.
« Ça s'est bien passé ? »
Elle hocha la tête. « Très, personne n'a été blessée cette fois. »
Sam sourit et passa un bras autour de ses épaules. « Alors j'imagine que rien ne contre indique une soirée pizza ? Je meurs de faim. » Il regardait où il mettait les pieds et ne vit pas Jess sourire en passant un bras autour de sa taille.
« J'avais d'autres idées que la pizza. » Dit elle.
« Tu veux manger autre chose ou... Oh. Oh... »
Jess adorait la demi seconde d'hésitation qu'il avait toujours quand elle lui faisait une proposition malhonnête, et la façon dont il baissait la tête en rougissant quand il comprenait ce qu'elle avait en tête. Ça ne durait jamais et elle finissait régulièrement allongée sur le lit à murmurer son nom comme si c'était le seul mot qu'elle connaissait. Et d'accord, peut être que des fois elle était un peu au dessus du murmure. Sam lui rendit son sourire. Au delà de son adorable et brève naïveté, elle aimait la lueur de défi qui passait toujours dans ses yeux dans des cas comme ça.
« Le dernier à la maison est un schtroumph. » Déclara-t-il.
Comment cette blague idiote qu'ils étaient seuls à comprendre pouvait elle être à la fois encore amusante et grossièrement excitante ? Il était déjà parti en courant. Elle aurait pu le rattraper si l'entraînement ne l'avait pas déjà épuisée, et si elle l'avait vraiment voulut. Elle arriva à la résidence quelques secondes après lui, juste le temps qu'il s'adosse à la porte et reprenne son souffle avant qu'elle l'embrasse goulûment.
« Tu as triché ! » L'accusa-t-elle
"Oh oh, et tu vas me secouer les pompoms ?"
"C'est MA parade, chéri, ne m'oblige pas à répéter le lancer de bâton !" S'amusa-t-elle en glissant les mains vers son entrejambe tandis qu'il cherchait la poignée de la porte.
« Jess... Pas ici ! On va nous voir. »
« Tant mieux. C'est vraiment dommage que personne d'autre que moi n'ait le plaisir de te voir comme ça. » Dit elle en se pressant contre lui, cachant sa main à quiconque passerait par là.
La porte s'ouvrit derrière lui et ils trébuchèrent dans le hall d'entrée, toujours étroitement collés l'un à l'autre. Il prit son visage entre ses grandes mains pour l'embrasser et Jess s'abandonna à sa bouche et sa langue, incapable de trouver la volonté de bouger de là. Il leur faudrait monter un étage et marcher plusieurs mètres, ouvrir encore une porte avant d'être dans l'intimité de son appartement et c'était loin. Beaucoup trop loin pour l'envie qu'elle avait de lui, là, tout de suite, dans le couloir. Elle sentit ses mains glisser de son visage à ses hanches puis sous sa jupe sans que leurs lèvres se séparent le moindre instant.
Une voix inconnue leur jeta de prendre une chambre et c'est exactement ce qu'ils firent, Jess traînant Sam dans l'escalier au pas de course, fouillant fébrilement dans son sac pour y trouver ses clefs entre sa serviette et le jean qu'elle y avait fourré deux heures auparavant. Elle pouvait sentir les mains de son petit ami sur ses cuisses tandis qu'elle mettait la clef dans la serrure et il la retourna dans ses bras avant même que la porte soit complètement ouverte pour la pousser à l'intérieur. Il ne la lâcha qu'un bref instant pour fermer à clef derrière eux avant de la pousser sur le lit avec un sourire prédateur. Il rampa littéralement au dessus d'elle en se léchant les lèvres et elle s'empressa de le débarrasser de sa veste tandis qu'il passait les mains sous le haut de sa tenue de cheerleader.
« T'as pas idée de l'effet que ça me fait. » Dit il d'une voix rauque en tirant sur le tissus qu'il avait remonté jusqu'au dessus de ses seins.
« Oh si j'ai une vague idée. » S'amusa-t-elle, sa cuisse effleurant l'entrejambe du jeune homme qui donnait en effet une indication assez précise de son état d'excitation. Elle le laissa retirer le haut de sa tenue avant d'enrouler ses jambes autour de ses hanches et de se redresser sur les coudes pour l'embrasser, profitant de son moment inattention pour le retourner sous elle. Être cheerleader avait quelques avantages dont celui d'être assez musclée pour pouvoir manœuvrer Sam dans la position qu'elle voulait. Elle s'installa à califourchon au dessus de lui et entreprit de déboutonner lentement sa chemise s'arrêtant juste après avoir dévoilé ses pectoraux. Le corps de Sam ne cessait de l'émerveiller. Il y avait quelque chose de cruellement injuste chez cet homme. Personne ne devrait avoir le droit de cumuler un corps pareil, des yeux pareils, ces fossettes et d'être en plus intelligent et gentil. Mais c'était une injustice dont Jess était une des rares bénéficiaires et elle s'en contentait parfaitement. Surtout quand les grandes mains de Sam caressaient ses hanches, un toucher fantomatique sur son ventre avant que ses pouces passent doucement sur ses tétons. Elle soupira et continua de le déshabiller, ses mains tremblaient d'anticipation un peu plus à chaque toucher, à chaque baiser qu'il déposait sur le premier morceau d'elle qui passait à portée de ses lèvres.
Elle effleura son tatouage, un pentagramme pris dans un soleil, du bout des ongles le faisant frissonner, puis atteignit enfin les derniers boutons. Il se redressa pour se débarrasser du vêtement encombrant et s'assit sur le lit, ses bras autour de Jess, les jambes de la jeune fille toujours autour de ses hanches. Il saisit une poignée de cheveux pour lui incliner la tête sur le coté et poser un baiser possessif dans son cou. Sous l'oreille il sentait la dernière note de son parfum et la sueur de l'entraînement qui réactivait l'odeur de son déodorant, de son savon. Toutes ces odeurs dont il s'emplit en fermant les yeux une seconde tandis qu'elle caressait son dos nu, ses épaules, et le tirait elle aussi par les cheveux pour écraser leurs bouches l'une contre l'autre. Ils se pressèrent l'un contre l'autre, bougeant les hanches, se caressant, chacun cherchant à augmenter la frustration de l'autre. Jess craqua la première et le repoussa jusqu'à ce qu'il soit complètement allongé sur le lit. Elle pouvait deviner même sans le regarder qu'il résistait à l'envie de se couvrir le visage de ses mains pour cacher un sourire gêné tandis qu'elle lui enlevait pantalon et sous vêtement d'un même mouvement. Elle prit soin de laisser ses ongles effleurer tout le long de ses jambes pour le faire frissonner et soupirer avant de remonter jusqu'à son membre qu'elle prit en bouche.
Elle aurait voulut enregistrer le gémissement de Sam et en faire son réveil matin. Mais à la réflexion, avec un réveil pareil elle ne serait jamais sortie du lit. Elle n'arrêta ce qu'elle faisait que quand il la repoussa violemment pour la retourner sous lui et l'embrasser, il sentit son propre goût dans la bouche de Jess et cette seule pensée suffit presque à le faire jouir.
« Les dames d'abord on avait dit ! » S'amusa-t-il. Il s'attira un grognement frustré.
« Alors dépêche toi avant que je m'endorme ! »
Jess savait que c'était une mauvaise idée de le provoquer, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. C'était juste trop tentant et ça valait absolument les longues minutes qu'il allait passer à juste embrasser et mordiller chaque partie de son corps, ses soupirs lui indiquant ce qu'elle aimait ou non. Peut être même que si elle aimait autant le provoquer c'était pour voir jusqu'où il pourrait se retenir. La réponse était : longtemps, beaucoup trop longtemps à son goût. Bien avant qu'il soit prêt à lui accorder quoi que ce soit elle n'était plus qu'un amas de gémissements et de suppliques auxquelles il faisait la sourde oreille.
Elle se débattit en riant pour repasser sur lui mais il ne la laissa pas faire, plaqua ses mains au dessus de sa tête et l'embrassa à nouveau. « Faut pas jouer quand on n'aime pas perdre. » Se moqua-t-il. Ses cheveux longs effleuraient le front de Jess et tout son corps était tellement sensibilisé par ses caresses que ce seul contact suffit à la faire frissonner. La façon dont il ondulait sur elle sans jamais s'aventurer entre ses jambes était forcément une invention de Satan juste à son intention. Et Jess était relativement prête à signer pour la damnation éternelle si seulement Sam voulait bien faire autre chose de ses mains que la plaquer au lit.
Il fallut qu'elle supplie presque pour qu'il se rende à ses réclamations et la pénètre enfin. Il recueillit son premier cris sur ses lèvres, la serrant contre lui si fort qu'il lui aurait coupé le souffle si elle ne l'avait pas déjà retenu. Un coup de rein après l'autre il la fit s'abandonner entre ses bras jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'une masse de plaisir gémissante et que leur monde se réduise à eux et éventuellement le lit dans lequel ils étaient. C'était comme si tous ses sens étaient pleins de Jess, son odeur, ses soupirs, le goût de sa peau, le blond de ses cheveux et ses lèvres rouges d'avoir été trop embrassées. Son monde se réduisait à elle, à leurs corps enlacés mouvant ensemble comme une seule et même vague. Son cœur battait à une vitesse folle, il respirait à peine soulevé par des ondes de plaisir tandis qu'il allait et venait en elle. Ils s'étaient redressés et c'était à présent elle qui le chevauchait ses ongles enfoncés dans les épaules de Sam, il sentait sous ses mains les muscles du dos de la jeune fille onduler en même temps qu'elle, et leurs deux ventres se contracter en rythme. Il étouffa ses gémissements entre ses seins et il la sentit se contracter autour de lui emportée par son orgasme.
Il ne savait pas si c'était les ongles de Jess dans son épaule, l'entendre soupirer de plaisir près de son oreille, ou la douceur de ses seins sous sa langue qui le firent jouir. Probablement un peu de tout ça à la fois et pourtant ça n'avait rien de comparable avec le bonheur qui éclot dans sa poitrine quand, quelques minutes plus tard, alors qu'ils reprenaient leur esprit et leur souffle, empêtrés dans les draps et l'un dans l'autre, elle murmura « Je t'aime » pour la première fois.
Il roula sur elle en souriant, l'enfonçant dans le matelas et écarta ses cheveux emmêlés de son visage et de son cou luisant de sueur pour y planter encore un baiser plus long et plus doux que les précédents. Ils restèrent comme ça un instant jusqu'à ce que le poids de Sam empêche Jess de respirer.
« Sam, tu pèses une tonne ! »
« C'est que du muscle ! » Protesta-t-il.
« Je sais, mais ça te rend pas plus léger. Dégage tu m'étouffes ! »
« J'ai toujours envie de pizza. » Finit par dire Sam après avoir récupéré l'usage de tout ses neurones.
« Ton romantisme m'émerveille Winchester. »
« Ne mens pas je sais que tu en rêves aussi. »
Jess hocha la tête et se débattit avec sa jupe en se demandant où étaient passés ses sous vêtements ( et pour la moitié d'entre eux à quel moment les avait elle perdus). Elle avait besoin d'une douche, de dormir et de manger. Pas nécessairement dans cet ordre là et la douche pouvait encore attendre au point où elle en était. Elle avait un grand sourire sur le visage qu'elle n'arrivait pas à faire disparaître. Il était parfaitement accordé à celui de Sam. Ils eurent un bref moment de parfaite communion où ils réalisèrent à quel point ils étaient heureux et Sam étira sa grande carcasse jusqu'à elle pour l'embrasser doucement. « Je t'aime. »
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Meg avait des ennuis. Ce n'était pas une situation nouvelle en soi mais elle avait perdu l'habitude d'être convoquée dans le bureau du principal. Pardon, du Doyen.
Il la regardait droit dans les yeux depuis l'autre coté de son imposant bureau, ses doigts formant une pyramide devant son menton. Il cherchait ses mots avec soin et manifestement il n'avait pas plus envie qu'elle d'être là. Meg avait été élevée dans un monde où l'obtention du respect de ses pairs passait par la capacité à fixer quelqu'un du regard sans se sentir gêné ni cligner des yeux. Elle avait été tellement bonne dans cette discipline qu'au lycée elle pouvait faire pleurer les secondes en moins d'une minute.
Mais le Doyen Crowley n'était pas fait du même matériau que les gens qu'elle avait côtoyé toute sa vie. Elle pouvait continuer à lui lancer des regards noirs, il ne flanchait pas.
« Mademoiselle Marsters, vous comprenez sans doute pourquoi je vous ai demandé de venir ici aujourd'hui. »
« A cause de ça ? » Demanda-t-elle en désignant sa poitrine du doigt. Elle ne portait qu'un soutien gorge bleu et une veste de cuir qui lui collait désagréablement à la peau. Il hocha la tête sans un regard pour ses seins. Meg devait accorder une chose à cet homme, il savait comment éviter les ennuis. Un seul regard sur elle et elle aurait été en droit de porter plainte contre lui. Ils le savaient tout les deux et il s'obstinait à la regarder dans les yeux.
« L'université a un règlement très clair au niveau vestimentaire mademoiselle Marsters. Je comprends votre mouvement et pourquoi vous le faites, mais vous êtes en violation manifeste et volontaire du règlement. »
« Ça fait plus de deux mois, pourquoi ça vous dérange seulement maintenant ? » Demanda Meg en croisant les bras.
« J'ai demandé aux professeurs un rapport sur l'étendue de votre mouvement. Au cours de la semaine écoulée un quart des étudiantes sont arrivées en cour en soutien gorge. »
Meg sourit. « Je n'y suis pour rien si elles n'ont pas comprit que le Mardi en soutif devait se restreindre au mardi. »
« Là n'est pas la question. »Répliqua Crowley avec un léger sourire. « Je ne doute pas que vous sachiez ce que vous faites. J'ai consulté votre dossier et ce n'est pas la première fois que vous menez un tel mouvement. Et sans doute pas la dernière. Je ne vous cache pas que je n'ai aucune inquiétude quand à votre future carrière, mais ces jeunes filles se mettent en danger à cause de vous. »
« Les garçons qui les toucheront se mettent en danger. On a apprit à ces filles à se défendre. » Répliqua Meg.
« Oui j'en ai entendu parler. Il semble que votre petite amie, mademoiselle Bradbury ait envoyé un de ses camarades de cour à l'hôpital le mois dernier. »
« Il avait la main sous sa jupe et personne n'est mort de prendre un coup de bombe lacrymogène dans la plus, ce n'est pas ma petite amie. » Répondit Meg.
« Oh ? Dommage pour vous. Pour ce qu'il en est de la bombe lacrymogène, puis je vous suggérer de lui enseigner comment l'on s'en sert avant que je le fasse ? Ce jeune homme a eut besoin de neuf points de suture après qu'elle l'ait littéralement frappé avec la bombe et sa famille envisage de porter plainte. »
« Qu'ils le fassent, je serais ravie de voir Charlie leur parler de leur fils dans une salle d'interrogatoire. Et je sais qu'elle va adorer ça. »
« Mademoiselle Marsters, la situation est grave. »
Meg commençait à perdre patience. « Non, vous savez ce qui est grave ? Que ce soit moi qui soit dans votre bureau alors que seize filles se sont faites violer sur ce campus l'an dernier et qu'est ce que vous avez fait pour elles ? Rien ! »
« Nous avons... »
« Vous n'avez rien fait pour l'empêcher, et rien pour les aider après ! » S'emporta Meg. « Ce que je fais est peut être stupide mais moi au moins je fais quelque chose plutôt que de rester tranquillement assis à mon bureau de patriarche en attendant que les choses se tassent ! »Elle s'était levée et avait frappé du poing sur le bureau. Juste assez fort pour faire frémir la liasse de papier que Crowley y avait déposé.
Il joignit une fois de plus les doigts en pyramide devant sa bouche, ses yeux lui enjoignaient de s'asseoir et, pour la première fois depuis longtemps, Meg s'exécuta.
« Et que suggéreriez vous que je fasse ? »
Meg avait une longue liste de suggestions et assez de temps devant elle pour les lui exposer toutes.
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Mai et Juin passèrent avec leurs lots de beau temps et de jours de pluie. Leur vie s'était installée dans une routine bienheureuse. Le Roadhouse semblait être devenu leur repère officieux et il se passait rarement un jour sans que l'un ou plusieurs d'entre eux ne s'y trouve. Ils y révisaient dans le brouhaha réconfortant des discussions et l'odeur du café, ils y tenaient conférence et tentaient d'obliger Meg à se rhabiller tout les mardis. Il avait fallut l'intervention exaspérée d'Ellen pour que la jeune fille s'y résolve. Toute l'université la connaissait désormais comme « la fille au soutif » ce qui faisait beaucoup rire Jess. L'assemblée extraordinaire et le discours du Doyen Crowley six semaines plus tôt avait eut l'intérêt de clarifier la situation et les intentions de Meg sans réellement changer quoi que ce soit au comportement des garçons de l'université.
« C'est des mecs Meg, tu ne peux pas t'attendre à tous les changer en deux mois ! » Avait commenté Dean. Elle lui avait jeté un regard noir comme toujours depuis quelques mois et lui avait demandé poliment de fermer sa gueule. Il n'avait plus abordé le sujet.
Les partiels de fin d'année creusèrent de gros cernes sous les yeux de Jess et Charlie. La quantité de café bue par Sam devint astronomique et Dean passa la majorité de ses soirées de Juin assis sur le lit de Castiel à lui poser des questions issues de ses fiches dont il ne comprenait pas la réponse au grand désespoir de l'étudiant. A les voir tous stresser pour quelque chose d'aussi trivial qu'un examen avait quelque chose de doux amer pour Dean. Pour rien au monde il ne se serait mis dans leur situation. Obtenir son diplôme à la sortie du lycée avait nécessité plus que sa part de coups de pied au cul délivrés par Bobby et il gèlerait en enfer avant que Dean repose ses fesses sur un banc d'école. Et pourtant, même s'il était parfaitement satisfait de sa vie, il regardait Castiel se lever chaque matin à une heure indécente pour réviser et il se demandait quelle forme de satisfaction perverse il y trouvait ?
« J'aime apprendre. » Répondit un soir Castiel à sa question non formulée.
« Moi j'aime vivre. » Grommela Dean. Il s'était vautré sur le lit de son amant pendant que celui ci révisait, entouré de gros livres, ouverts sur son bureau. Castiel sourit.
« Je suis vivant tu sais. »
« Je sais, ça me fascine. »
« Pourquoi ? » demanda Castiel l'air perplexe. « Ça n'a rien de fascinant de me voir étudier, je ne vois même pas ce que tu fais encore ici d'ailleurs. »
Dean sourit et posa le livre qu'il lisait (que Castiel soit occupé lui permettait de fouiller sans vergogne dans sa bibliothèque et il trouvait que Guerre et Paix était un titre honteusement mensonger tellement ce bouquin était chiant !)
« Ce qui est fascinant. » Dit il posément « C'est que tu prennes tout ça tellement au sérieux, comme s'il n'y avait pas plus important dans la vie que d'avoir ton diplôme. Et le pire c'est que tu aimes sincèrement ça. »
« J'ai besoin d'un diplôme pour pas finir ma vie en mendiant sous un pont. » Fit remarquer Castiel.
Dean haussa les épaules. « J'ai pas de diplôme et je crève pas de faim sous un pont. »
« Toi c'est différent. »
« En quoi ? »
Castiel sourit et s'étira sur sa chaise. « Tu es différent. Tu ne vois pas les choses de la même façon, je ne sais pas pourquoi. Tu vois la vie comme une aventure dans laquelle il faut sauter à pied joints ou mourir. Je vois la vie comme... une rivière qui passe tranquillement. »
« Les rivières débordent au printemps et gèlent en hiver. C'est pas si tranquille que ça. » fit remarquer Dean. Castiel se leva de son bureau pour venir s'asseoir à coté de lui sur le lit.
« Je sais. C'est toi qui trouve ma rivière ennuyeuse. »
« J'ai pas dit ça. » Protesta Dean en s'approchant de lui, les yeux déjà mi clos dans l'attente d'un baiser.
« Mais tu le penses. » Murmura Castiel contre ses lèvres. Dean l'embrassa doucement, sa joue mal rasée piquait celle de Castiel et il s'enivra de l'odeur si caractéristique de son compagnon. « J'aimerais que tu puisses vivre ton aventure sur une rivière, comme ça je n'aurais pas peur que tu me quittes quand tu me trouveras ennuyeux. »
Dean s'écarta de lui et sourit. Castiel aimait chacun de ses sourires mais celui ci, qui tordait curieusement sa bouche comme s'il essayait de le retenir avait une place spéciale dans son cœur. C'était celui que Dean ne pouvait pas retenir quand Castiel disait quelque chose qui le touchait.
«Est ce que tu me prévois des chutes d'eau ? Des rapides ? Une avalanche surprise ? »
Castiel sourit à son tour. «Je peux essayer. »
« Alors j'en suis. » Dit Dean en le prenant par le menton pour l'embrasser à nouveau, sur les lèvres cette fois.
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C'était étrange pour Charlie de se dire qu'une année avait déjà passé. Pas exactement un an, dix mois pour être exacte. C'était le jour de l'affichage des résultats et elle n'avait pas dormi de la nuit. Sa bourse dépendait de ces résultats et elle n'imaginait pas quitter Ocean Avenue. Elle ne pouvait pas quitter Ocean Avenue. Pas maintenant qu'elle avait dix huit ans et qu'en l'absence de tuteur, elle était seule, sans nulle part où aller. Meg lui avait proposé de l'héberger durant l'été.
«La maison des Hampton est tellement grande que tu peux même t'arranger pour ne pas me voir pendant deux mois ! »
Charlie avait ri. « Je t'ai vue tout les jours depuis un an, et sans doute tout les jours de l'an prochain, je peux survivre deux mois d'horreur avec toi dans une villa des Hampton ! »
Meg avait souri de toutes ses dents et la discussion avait été close. Clore les discussions avant de vraiment les commencer était devenu une habitude pour elles. Que ce soit au sujet des Mardi en soutif (« T'es pas obligée de me suivre Punky, mais moi je m'y tiens. »), ou du baiser qu'elles avaient échangé en Janvier (« On en avait envie toute les deux c'est tout, inutile d'aller chercher plus loin »). Restait que Charlie n'avait aucune idée de ce qu'elle ferait si par malheur cette journée révélait qu'elle s'était plantée quelque part, remettant en question sa bourse et tout son avenir.
Ce matin là, quand Castiel et Dean toquèrent à leur porte apportant avec eux leur ration hebdomadaire de bagels et de donuts, Meg sortait de la douche et son maquillage ne cachait pas ses nuits sans sommeil. Elle avait le teint cireux et, comme d'habitude, elle embrassa Castiel sur les deux joues en ignorant délibérément Dean. Celui ci ne fit pas de remarque. Il avait finit par s'y habituer. Il se dévoua pour tirer Sam et Jess du lit.
C'était le 3 juillet et il était neuf heures du matin. La dernière heure avant l'affichage des résultats sembla s'étirer en longueur délibérément, les dernières secondes devaient en vouloir personnellement à Charlie.
« Ça va aller. » Dit Meg en lui serrant la main. Charlie hocha la tête et s'avança devant le tableau affichage du département ingénierie. Elle ferma les yeux avant d'être assez près pour lire les noms sur les listes et chercher le sien. Elle n'osait pas les rouvrir, la tête lui tournait et ses mains tremblaient. Elle sentit une main peser sur son épaule et sursauta. Autour d'elle, les gens se bousculaient et poussaient qui des exclamations de joie, qui des plaintes de déception. Au bout de la main elle croisa le regard de son professeur de physique. Balthazar avait l'air concerné.
« Un soucis mademoiselle Bradbury ? »
Elle secoua la tête en déglutissant péniblement. « Non juste... Un peu peur de regarder. »
Il sourit et lâcha son épaule. « Parfois il faut juste sauter le pas. » Dit il gentiment en pointant son doigt sur une liste. Charlie fit le point au bout de son ongle.
BRADBURY CHARLIE ADMISE
Son cri de joie s'étrangla dans sa gorge et quand elle se retourna vers ses amis, Balthazar avait disparu. Elle se jeta dans les bras de Meg. « J'ai réussit ! J'ai réussit ! »
« Bien sur que tu as réussit Punky ! T'es la plus brillante idiote de la fac ! »
Sam et Jess levaient le pouce en l'air et Charlie se jeta sur Dean en sautillant d'excitation. « J'ai réussit Batman, j'ai réussit ! »
Il sourit et lui ébouriffa les cheveux. « Bien joué Chaton. »
« Arrête de m'appeler comme ça ! » Protesta-t-elle. Il sourit juste.
MILTON CASTIEL ADMIS
C'était un soulagement sans être une surprise, Castiel avait tellement travaillé qu'être recalé aurait juste paru hors de propos. Dean ne le dit pas, mais le baiser dont il le gratifia exprima toute sa fierté. Castiel était juste trop fatigué pour être réellement heureux de ses résultats, mais curieusement, l'approbation de Dean était quelque chose qu'aucune charge de fatigue ne pouvait ruiner pour lui.
MOORE JESSICA ADMISE
Elle n'avait pas réalisé jusqu'à cet instant à quel point elle était stressée. Elle sentit seulement la main de Sam serrer son épaule et pour la première fois depuis des semaines le contact ne fut qu'agréable et pas vaguement douloureux à cause de ses muscles trop tendus. Il la serra dans ses bras et murmura à son oreille « Félicitations. » Et elle se mit à pleurer doucement de soulagement. Il ne chercha pas à essuyer ses larmes. Elles avaient besoin de couler.
WINCHESTER SAMUEL ADMIS
Il serrait Jess dans ses bras et soupira de soulagement lui aussi. Après toutes les nuits sans sommeil et l'impression constante que rien de ce qu'il apprenait ne lui restait en mémoire, finalement, il avait sa récompense. Un seul mot de cinq lettres qui lui confirmait qu'il avait eut raison de tant se battre pour intégrer une université prestigieuse. Dean lui fit un clin d'œil plein de fierté.
MARSTERS MEGAN ADMISE
Charlie l'embrassa sur la joue avec un bruit sonore tandis que Meg sortait son téléphone de sa poche. Pour une fois la ligne ne sonnait pas occupée sur la côte Est.
« Allo ? »
« Papa... Je suis admise en seconde année. » Annonça-t-elle avec entrain.
Il y eut un blanc que le brouhaha autour d'elle ne parvint pas à combler. Elle regardait par terre en se mordillant un ongle, chaque demi seconde douchait un peu plus sa joie.
« C'est une raison pour me déranger ? J'ai du travail Meg, je te vois dans deux semaines. »
Meg raccrocha, les larmes aux yeux. « Moi aussi je suis fière de moi. » Grogna-t-elle, une grosse boule dans la gorge. Elle s'essuya le nez sur son avant bras, regrettant de ne pas porter de manches longues.
« Ça va ? » S'enquit Charlie en passant un bras autour de ses épaules. Meg hocha la tête, une demi seconde trop tard et se força à sourire.
« Répondeur. » Dit elle. Elle savait que Charlie ne la croyait pas mais la jeune fille eut la délicatesse de ne rien dire. Ils s'éloignèrent tout les six des panneaux d'affichage. Elle sentit la main de Dean dans son dos et le repoussa d'un mouvement d'épaule rageur. Mais elle avait eut le temps de lui glisser un coup d'œil assassin avant qu'il efface la compassion de son visage.
Ils firent la fête à la fraternité ce soir là et Meg se procura de l'herbe. Beaucoup. Elle fuma à l'extérieur et ne rentra que quand elle eut la tête dans le coton, la bouche pâteuse et un verre de rhum coca dans la main. Ce qu'il se passa ce soir là, elle n'en garda aucun souvenir. Elle se souvint juste qu'en rentrant, avant de s'évanouir sur son lit elle avait embrassé Charlie. Elle ne se souvenait pas de la réaction de sa compagne de chambre, juste de s'être endormie avec la sensation du devoir accompli. Quand elle se réveilla, tard le lendemain, le petit appartement était vide et son estomac beaucoup trop plein à son goût. Elle vomit ce qui lui sembla être une semaine de nourriture et resta assise par terre près des toilettes attendant le nouvel assaut de la nausée. Quelqu'un frappa à la porte et elle maudit mentalement cette personne qui qu'elle soit pour l'obliger à se lever malgré les protestations de son estomac. Elle voulut refermer la porte sur Dean sitôt après l'avoir reconnu mais il avait déjà glissé un pied dans l'appartement. Elle le laissa entrer avec un grognement avant de retourner s'installer près des toilettes.
« Qu'est ce que tu fous là Mc Queen ? » Grogna-t-elle.
«J'ai emmené les autres à la plage et je suis revenu te chercher. »
« Retourne faire des mamours à ton mec, j'ai pas besoin de toi. » Grogna-t-elle en appuyant son front douloureux contre le carrelage frais du mur.
« Je sais. » Dit Dean en s'accroupissant à coté d'elle. « Mais il n'y a que toi et moi Park Avenue, tu peux laisser tomber la guerre deux minutes que je m'occupe de toi ? »
« Pourquoi tu t'occuperais de moi. » Grogna-t-elle.
Il soupira. « Parce qu'on était amis avant que tu décides de me détester. »
« J'te déteste pas. »
« Je sais. Mais continue à faire semblant, je m'en fiche. »
Ils restèrent silencieux un moment, elle dans la salle de bain, lui assis par terre dans l'encadrement de la porte.
« Je suis désolé, pour ton père. » Dit Dean finalement.
« Tu sais rien sur mon père. » Grogna Meg.
Il sourit, cet insupportable sourire goguenard. « Alistair Marsters ? Tu parles à un mec qui a vu tout ses films. Même les très crades ! »
Meg gloussa et le mouvement inattendu lui provoqua une nouvelle vague de nausées. Elle sentit Dean lui tenir les cheveux loin du visage pendant qu'elle vomissait à nouveau, puis il lui tendit un verre d'eau pour se rincer la bouche.
« Je sais ce que c'est d'avoir l'impression de n'être jamais à la hauteur pour son père. » Dit Dean beaucoup plus tard quand il eut réussit à l'envoyer à la douche et à la faire boire quelques gorgées d'eau.
« En ce qui me concerne, c'est pas juste une impression. »
Il hocha la tête en signe d'approbation. Elle s'était recouchée et il s'était allongé sur le canapé. Ils ne se regardaient pas, pouvaient presque prétendre qu'ils n'étaient pas dans la même pièce. C'était propice aux confidences.
« Peut être qu'un jour tu te rendras compte que tu t'es plantée, et qu'au final ton père était fier de toi. » Dit il pensivement. Meg grogna sa désapprobation.
« Comment est mort ton père ? »
« Connement. » Répondit Dean. « Il avait bu. Il a eut un accident de voiture. Et j'ai rien pu faire pour le sauver. »
« Tu te sens coupable. » Constata Meg. Elle commençait à avoir la migraine. Dean hocha la tête doucement. Elle s'endormit et il ne la réveilla que le soir venu.
« Viens Park Avenue, tu vas louper les feux d'artifice. »
C'était le 4 juillet. Il faisait chaud. Ils retrouvèrent leurs amis sur la plage et il y avait tellement de feu d'artifice que c'était comme si le ciel se consumait lentement dans une débauche de couleurs et de paillettes.
« Ça a été une bonne année. » Dit Jess les yeux rivés sur le ciel. Castiel et Sam hochèrent la tête. Charlie leur tendit une bière à chacun et leva la sienne.
« A l'année écoulée, et à la prochaine. »
Ils levèrent tous leurs bières même Meg malgré sa gueule de bois. Assis dans le sable, Dean regardait les feux d'artifice. Il se souvenait en avoir tiré quelques uns dans un champ des années auparavant. Il se souvenait du sourire ravi de Sam et de la façon dont son frère avait sautillé sur place d'excitation.
C'était longtemps auparavant, comme dans une autre vie. Et maintenant... Il sourit en regardant son frère debout dans le sable qui tenait Jess dans ses bras.
« Un penny pour tes pensées ? » Demanda Castiel en s'asseyant maladroitement à coté de lui en tenant sa bière bien haut pour ne pas y faire entrer de sable.
« Je me disais... On a Fossettes et Blondie, La Princesse et la Punk, si elles se décident un jour... Comment tu crois qu'on devrait nous appeler ? »
Castiel avait les yeux fixés sur les feux d'artifice qui éclairaient son visage de plusieurs couleurs. « Je ne sais pas. » Dit il d'un ton rêveur. « Pourquoi pas … La mer et le sable ? Puisque tu ne restes jamais en place et que moi je ne bouge jamais... »
Dean prit une gorgée de sa bière désormais tiède. « Ça a l'air foutu d'avance. »
« Ça vaut quand même le coup d'essayer. » Castiel se tourna vers lui. « Non ? »
« Si. » Fit Dean.
Ils ne virent pas le bouquet final mais peu leur importait. Il y aurait d'autres 4 Juillet, et ils voulaient profiter du baiser qu'ils échangèrent. Pour une fois il semblait à Dean qu'il était exactement où il devait être au moment le plus important. Pour une fois.
…...
PRESENT
"Est ce que ça te semble comme un point final mon garçon?" Demanda Bobby quand Dean eut finit de lui raconter toute l'histoire.
Le jeune homme haussa les épaules en tournant sa bière chaude entre ses mains, le regard perdu dans le vide de ses souvenirs. Le rejet de Castiel était encore cuisant et douloureux comme un coup de fouet sur un coup de soleil. "Non." Dit il finalement. "C'est plus comme... Une virgule dans une phrase. Une pause avant d'avoir le fin mot de l'histoire."
Bobby sourit. "Alors bats toi un peu pour lui."
"J'ai essayé."
"Pas assez fort." Décréta Bobby. "Il a raison de t'en vouloir et s'il ne t'avait pas mis à la porte je pense que j'aurais perdu de l'estime pour ce garçon. Mais il ne mérite pas de souffrir parce qu'il est tombé amoureux d'un abruti."
"Il n'est pas amoureux de moi." Dit Dean en posant sa bière sur la table basse. « Sinon il ne m'aurait pas remplacé si facilement. Moi je ne l'ai pas remplacé. Il n'est pas... il ne m'aime plus. »
Bobby eut un reniflement méprisant.
"Laisse les adultes juger de ça mon garçon."
Dean sourit.
Il lui fallut plusieurs jours avant d'enfin composer le numéro de Castiel mais il raccrocha avant la première sonnerie. Il répéta ce manège plusieurs fois sans jamais atteindre ne serait ce que sa messagerie jusqu'à ce qu'un jour, pris d'une impulsion, il se rende au RoadHouse.
Castiel était là. Il servait un client et Dean en profita pour le regarder sans être vu. Il était toujours beau, toujours souriant, les cheveux toujours orientés dans vingt huit directions différentes. Il faisait trop sombre pour qu'il puisse voir ses yeux mais il pouvait les peindre de mémoire, leur bleu, leur éclat, la frange des cils.
"Qu'est ce que tu fais là, Dean?" Demanda Castiel d'un ton froid.
Il ne sut pas quoi répondre. C'était trop tard à présent pour lui dire où il avait passé un an et pourquoi, trop tard sans doute pour espérer qu'il lui pardonne son abandon.
"J'étais venu... Te demander pardon, j'imagine. » Dean s'accouda au bar et Castiel posa une tasse de café devant lui. Comme si rien n'avait changé, comme s'ils ne jouaient pas la comédie de la politesse pour ne pas importuner les autres clients. Castiel avait l'air triste.
« J'ai attendu ce moment pendant des mois... » Soupira le jeune homme. « Je t'imaginais, passant la porte pour t'excuser, te jeter à mes pieds et m'expliquer pourquoi je me suis réveillé un matin avec une place vide à coté de moi alors que je m'étais endormi la veille persuadé que tout allait bien et que tu m'aimais. »
« Mais je t'aime... » s'écria Dean en lui saisissant la main.
« Alors pourquoi tu es parti ? » Cria Castiel. Les conversations autour d'eux s'arrêtèrent une seconde puis reprirent. « Pourquoi Dean ? »
Il y avait des larmes dans les yeux de Castiel et une grosse boule dans la gorge de Dean. Il ne savait pas quoi dire. « De quoi as tu eut peur ? » Demanda Castiel plus bas. « Qu'est ce que j'ai fait pour que tu aies besoin de me fuir ? »
Dean eut un grognement de frustration. « J'ai étouffé d'accord... J'ai eut peur de ce que je ressentais. »
« Alors tu es parti... »
« Oui. » Dean serrait les poings sur le bar, luttant contre l'envie de partir pour abréger cette conversation. Il n'avait pas envie d'en parler, pas envie d'exposer cette part de lui , trop personnelle pour quiconque d'autre que lui y ait accès. Ni Sam, ni Castiel ni personne.
« J'ai eut tort de croire que je pourrais te changer." Murmura Castiel en baissant la tête. " J'aurais du apprendre à t'aimer comme tu étais, j'aurais eut moins mal de te voir partir."
« Ne dis pas ça... Tu n'as jamais essayé de me changer ! Personne ne le pourrait c'est juste moi qui... »
Castiel frappa du plat de la main sur le comptoir pour l'interrompre . Ses yeux bleus étaient de nouveau froids et furieux.
« Tais toi ! » Cria-t-il en pointant un doigt accusateur sur Dean. « N'utilise pas le « c'est pas toi c'est moi » pour abréger cette conversation ! Ne m'insulte pas en plus de me briser le cœur ! »
Dean eut un soupir exaspéré et leva les yeux au ciel en se passant une main sur le menton. Castiel ne pouvait pas s'empêcher de regarder ses lèvres.
« Je déteste ça Cas... Je déteste être revenu pour toi, être là à tenter de me racheter et tout ce que tu fais c'est m'échapper ! C'est comme si j'essayais de retenir du sable au creux de ma main ! »
Castiel ne dit rien pendant une minute. Il avait les yeux plantés dans ceux de Dean, incapable de déterminer ce qu'il ressentait. Il était blessé, en colère, et frustré. Il avait envie de l'embrasser, de caresser son visage, de l'allonger sous une lumière vive pour compter chaque nouvelle tache de rousseur sur son nez et ses joues.
« Essayer de t'oublier, avec tout les autres, c'était comme de retenir de l'eau entre mes doigts. » Dit il finalement en baissant les yeux. « Je n'ai pas réussit et c'est pour ça que je t'en veux tant. Je t'en veux parce que je t'aime tellement que je suis prêt à te pardonner alors que tu m'as fait du mal et que je ne sais même pas pourquoi. »
Dean avait la gorge sèche. Il n'était pas sur d'avoir bien entendu, pas certain de bien interpréter le changement de ton de Castiel, l'affaissement de ses épaules. Est ce qu'il venait d'avouer qu'il l'aimait toujours ? Est ce qu'il lui offrait une chance de se racheter ?
« Alors fais le... Pardonne moi. » Il ne savait pas quoi dire d'autre. Il lui aurait fallut tellement de temps, tellement de moyens différents que les mots pour exprimer ce qu'il ressentait qu'il en était presque muet.
Il voulait tellement tout effacer, se réveiller ce matin là,un an auparavant, et au lieu de prendre sa veste pour partir, se retourner dans le lit, serrer Castiel dans ses bras et s'obliger à rester. A passer un an avec lui, un jour après l'autre, et ne pas se retrouver là, aujourd'hui, à chercher en vain un contact avec lui, de part et d'autre d'un bar collant.
« Donne moi une raison, une seule bonne raison de faire ça. » Répondit Castiel une lueur de défi dans le regard.
Les mots ne vinrent pas. Ils restèrent coincés dans la gorge de Dean. Il ouvrit la bouche pour parler, mais l'instant passa sans qu'il dise quoi que ce soit et il vit la lueur d'espoir mourir dans les yeux de Castiel.
« Merci d'être passé, mais j'ai du travail. » Dit Castiel en s'écartant du bar. Il tourna le dos à Dean et la conversation fut close.
