Chapitre 3 – Biographies

Une pluie torrentielle s'abattit sur New-York. Le deuxième jour de cour s'annonçait déjà ennuyant et tous les élèves paraissaient dépités. Abigail tirait une face aigrie, comme à son habitude. A la cantine, tout le monde était silencieux et mangeait doucement. La pluie claquait sur le plafond. La mine fatiguée, les filles pensaient à leurs histoires passées au lycée. Cette nouvelle et dernière année leur paraissait, aujourd'hui, d'un ennui mortel.

Kate Alexandra Udinov de son nom entier, est la fille de Katherina Udinov, née Lewinsky, et Alexander Udinov, une fille d'aristocrate Russe et d'un entrepreneur pétrolier qui a fait fortune. Elle a reçu une éducation exigeante et complète : elle sait jouer du piano et du violon, a un goût prononcé pour l'œnologie et la gastronomie. Outre ces divers talents et affections, Kate a un tempérament impulsif et parfois colérique, ce qui fait d'elle une jeune fille très paradoxale. Elle connait Abigail, Anna et Diana depuis la maternelle, leurs parents les ayant inscrites dans les mêmes écoles depuis qu'elles étaient tout bébé. Kate a eu quelques petits copains durant ses années lycée mais rien de sérieux. Elle est classée par Forbes Magazine « Plus riche héritière en devenir de la planète » depuis 2013, année durant laquelle son père a triplé son chiffre d'affaires. Certains médias la nomment Princesse de l'Empire Warkoff, qui est le nom de la société de son père Warkoff Society. Sa famille a connu une histoire d'envergure mondiale dans les médias. Alexander Udinov a entretenu un an avant sa naissance une liaison avec une ancienne amie de sa femme, Shelley Slyth qui lui a donné son premier enfant né d'adultère : Jonas Slyth. PDG d'une entreprise de cosmétiques, Shelley mène une vie aisée à New-York avec son fils, mais le père de Kate n'a jamais voulu le reconnaître, jugeant son histoire avec Shelley « de moment d'égarement ». Néanmoins, Kate s'entend très bien avec son demi-frère, avec qui elle a passé sa scolarité.

D'un coup de fourchette hasardeux, Kate joua avec une boulette de pomme de terre, le bruit de la pluie la rendait dépressive. Elle regarda son amie Anna en train de jouer sur son téléphone, aussi impassible que ses amies sur ce qu'il se passait autour d'elles.

Anna Bellebranche était une fille de bonne famille elle aussi. Fille cadette de Prudence Bellebranche, née Jefferson, et Henri Bellebranche, elle a toujours vécu à New-York. Son père tient une compagnie d'assurance dont il est le CEO, Bellebranche Assurances, et sa mère est professeure de littérature appliquée à la fac de Yale. Elle a une sœur, Louise, âgée de 24 ans et diplômée d'un Master en communication, qui a créé une entreprise de Médias-communications, Bellebranche Médias, d'envergure internationale. Anna a déjà fait du mannequinat pour Gucci et Dior lors d'occasions spéciales, elle avait été repérée et son statut social faisait d'elle « Une jeune femme en devenir » pour l'homme qui la voulait dans le défilé. Entre autres, c'est une fille calme et réservée en général, même si elle a le talent de la scène. Elle pratique le piano et la danse contemporaine.

Entre deux tweets, elle avala une bouchée de pomme de terre et fit défiler son actualité. Elle leva les yeux vers Diana qui fixait son écran de téléphone, sans rien dire, la face sans expression. Elle devait attendre un message d'Ethan.

Diana Carter était une des filles les plus connues à New-York dans le quartier de l'Upper East Side. Aînée des enfants Carter et seule fille, elle était appréciée de tous, par sa gentillesse et sa compassion. Cela ne faisait pas d'elle une victime, elle était bonne et droite à la fois, terre à terre et sûre d'elle. Il fallait l'avoir en amie, pas en ennemie. Daniel Carter, son père, est le CEO de Carter Global, une entreprise internationale de finances et de banques. Sa mère, Mary Carter, née Stevenson, est trader à la Wall Street et grande économiste des Etats-Unis. Diana participe à des compétitions d'équitation et est conviée à des brunchs organisés par des grandes figures peoples et intellectuelles de New-York, soit parce qu'elles sont amies avec ses parents, soient parce qu'ils aimeraient le devenir. Dans tous les cas de figures, Diana est une fille simple mais élégante, intelligente et aimante. Son petit frère, Isaac, entre en première année de lycée.

Diana leva les yeux au ciel et souffla, Ethan ne lui envoyait plus de messages.

Abigail Anderson était la dernière fille du groupe. Arrivée en première année de lycée, elle était d'abord étudiante au Ghana. Sa mère, Antoinette Anderson, née Tubgirl, est d'origine burkinabè et son père Gabriel est américain d'origine ghanéenne. Son père a lancé une origine d'import-export dans les débuts de la mondialisation, puis la valeur de l'entreprise a monté en bourse et il a fait fortune. Gabriel a hérité de l'entreprise et a perpétré la fortune de son père, leur chiffre d'affaire est colossal, c'est la première FTN d'import-export mondiale. Anderson Consolidated fait d'Abigail une des « futures héritières » les plus riches du monde aux côtés de Diana en 2e place et Kate en 1ère.

-J'ai un nouveau dans ma classe au fait, lâcha Abigail d'un ton dédaigneux.

-Qui ça ? S'exclamèrent les trois filles en levant leurs têtes de leurs téléphones.

Abigail, surprise de cette attention soudaine, sursauta. Elle sourit et lança :

-Il s'appelle Cody Solan. Je ne sais rien d'autre, il est plutôt mignon, un mètre quatre-vingt-huit je dirais, plutôt musclé et les cheveux bruns avec des mèches blondes. Il a les yeux bleus et il s'habille classe. Un bon parti je dirai, il avait des lunettes Burberry et une sacoche Armani en cuir noir, le modèle automne qui n'est pas encore sorti.

-Beau, grand, avec des relations et riche ? Je le veux, souffla Kate en souriant tout à coup excitée.

-Il parlait avec une fille à la pause, je ne l'avais jamais vue, c'est sûrement sa sœur. Elle a sûrement l'âge de ton frère Diana, Jessica, Vanessa je ne sais plus. Elle est plutôt mignonne mais elle est courte par rapport à son frère, un mètre soixante-cinq je dirais.

-Je vais essayer de le pêcho, lança Kate en riant.

Diana souffla et replaça une mèche de ses cheveux anxieusement. Elle dirait bien à son amie qu'être célibataire serait plus simple, mais vu le contexte, elle paraîtrait aigrie.

-Je vais aux toilettes, je reviens, lança Diana en se levant.

-Ok, on bouge pas, répondit Kate en sirotant sa brique de jus de fruit.

Diana sortit du réfectoire et se dirigea vers les toilettes. Elle poussa la porte mais elle était fermée.

-Evidemment, souffla-t-elle en expirant tout son dépit.

Elle poussa la porte des toilettes des hommes, vides. Elle se lava les mains et sortit sa trousse de maquillage, se remit un peu d'eye-liner et de rouge à lèvre, couleur rouge clair. Ses cheveux n'étaient pas emmêlés et toujours coiffés, parfait. Soudain, une chasse d'eau s'abattit derrière elle dans les toilettes fermées et la porte s'ouvrit avec fracas. Un jeune inconnu sortit des toilettes et parut surpris de croiser Diana.

-Oh désolé, je croyais que c'était les toilettes des…

-C'est bien ça, les miennes sont fermées… Le coupa Diana, je suis Diana, je suis en dernière année.

L'inconnu se lava les mains vigoureusement et se les sécha. Il se tourna vers elle et sourit de toutes ses dents.

-Cody Solan, je viens d'arriver. Diana… Diana Carter ?

-Oui, avoua-t-elle en esquissant un sourire satisfait.

-J'ai lu des trucs sur toi, si jeune et pourtant si brillante…

-New York Times, cita-t-elle.

-… une fleur délicate et un esprit si vif…

-Forbes Magazine, continua-t-elle en riant.

-J'ose espérer que ces flatteries ne soient que de vaines et rapides retranscriptions de la réalité, dit-il en souriant.

Elle rougit et attrapa son sac.

-A plus tard, Cody Solan, lâcha-t-elle en sortant des toilettes.

Son frère entra au même moment et la bouscula.

-Qu'est-ce tu fous ici Diana ? Lança-t-il presqu'agressivement.

Elle le dévisagea lui et son ami, puis partit sans prendre la peine de lui répondre.

-Le 17 Septembre, je veux l'immeuble en entier, rénové ET entièrement ! Ordonna Ethan au téléphone.

Son frère entra dans la pièce, deux verres de whisky à la main. Les jumeaux Walton étaient d'un raffinement sans renom, louées étaient leurs qualités dans leur milieu chic. D'une habileté travaillée, Gabriel servit les deux verres sans renverser et de deux coups rapides. Il passa une main dans ses cheveux et réajusta sa cravate. Leurs parents étaient en voyage d'affaires en Europe. Nés de Léna Walton, née Bellisirano, et François Walton, les jumeaux Walton étaient connus dans le quartier de l'Upper East Side de Manhattan. L'un, Ethan, était impulsif, autoritaire, et brillant à s'en mordre les dents. Il avait réponse à tout et savait déjà miser en bourse. Il était calculateur, joueur et manipulateur. Néanmoins, il était un ami fidèle et loyal. Ses amis l'adoraient, mais son côté méprisant envers les classes pauvres faisaient de lui un personnage détestable et les démocrates le descendaient déjà dans les journaux, alors qu'il avait à peine 18 ans. Au contraire, les Républicains du Congrès l'invitaient souvent à des Galas et à des soirées privées, pour l'insérer dans des milieux secrets de riches hommes d'Etats. Officiellement, Ethan n'avait pas d'argent, seulement le compte de son père. Son père était le CEO d'une entreprise de Télécommunications, Walton Entreprise, qui avait de nombreuses FTN dans de nombreux pays, rattachées aux communications, à l'agriculture, et à la recherche-développement. En outre, il fait dur tir à l'arme à feu, au fusil et au revolver.

Gabriel lui, était plus sage, plus posé et discret. Il avait hérité de la diplomatie de sa mère et du compte en banque de son père. Lorsque son frère avait des problèmes, il les réglait souvent avec une liasse de billet, et Ethan était sorti d'affaire. Il n'a jamais eu de petite amie officielle, les rumeurs courent sur une homosexualité éventuelle. A méditer, les filles de Saint-François se l'arracheraient s'il oserait dire en public qu'il chercherait l'amour. Gabriel est sympathique et plutôt sournois, quoique son apparence chic et propre le ferait passer pour un parfait gentleman, il est maître en art martiaux.

Ethan raccrocha et jeta son téléphone sur le sofa.

-Eh bien mon frère, qu'est-ce qui vous énerve tant ? Demanda Gabriel en lui tendant un verre.

-La fête du 17 risque d'être repoussée au 24 si mon entrepreneur ne finit pas le boulot, les artistes peintres se plaignent de ne pas avoir assez d'équipements, ragea-t-il.

-C'est à l'entreprise de leur fournir de l'équipement, nous payons pour le travail effectué, fit remarquer Gabriel.

-C'est ce que je me tue à dire à leur chef de chantier depuis vingt minutes ! Il m'a saoulé.

-Je les rappellerai plus tard, le rassura Gabriel.

Ils trinquèrent et burent leur verre d'une traite. Ethan rit et secoua la tête.

-Je dois appeler Diana.

-Tu t'es excusé auprès de Kyle ? Demanda Gabriel en arquant un sourcil peu convaincu.

-Pas encore.

Il leva les yeux au ciel et se posa sur un fauteuil. Il regarda sa sacoche.

-On a un DM à faire en économie, je ferai bien de m'y mettre, lança Gabriel, tu n'aurais pas le livre sur les économies de marché changeantes ? Demanda Ethan.

-Sur mon lit, lâcha Gabriel en se servant un autre verre.

Ethan poussa la porte de la chambre de son frère et récupéra le livre sur le lit. Il entendait son frère allumer la télévision murale dans le salon.

-Tiens, tiens… Murmura Ethan en voyant l'ordinateur de son frère sur son bureau.

Il l'ouvrit, un code fut demandé.

-Trop facile, 2-2-0-7-8.

Le bureau s'afficha, il avait un mail non-lu Ethan regarda par-delà la porte, Gabriel était sûrement encore devant la télévision à chercher une chaîne de musique classique. Il ouvrit le mail.

« Cher Gabriel

Il me tarde de te voir enfin, apprendre que je finirai mes études à New-York me réjouis d'autant plus sachant que je pourrai enfin passer du temps auprès de toi. La Californie me manquera bien sûr, mais le hasard fait bien les choses comme on dit, mes parents devaient passer beaucoup de temps à New-York. Nous nous reverrons en cours je l'espère. »

Le mail n'était pas signé. Ethan ne pouvait pas le rendre non-lu, il le supprima et pria pour que son frère ne l'attendisse pas trop. Il sortit de la chambre avec l'ouvrage d'économie et alla dans la sienne pour travailler.