Le seul chapitre ou il y aura réellement de l'action.
14 Janvier CE 72
(POV Cagalli)
Aujourd'hui était un jour spécial car Athrun prenait enfin son service à mes côtés. Je devais donc le présenter aux émirs et c'était pour cela qu'une réunion avait été prévue tôt ce matin-là. Une réunion au cours de laquelle Ledonir allait annoncer son départ et leur présenter son remplaçant, c'est-à-dire lui. Une réunion où les émirs allaient sans doute le harceler de questions pour comprendre le choix de mon ancien garde du corps. Une réunion où ils s'étonneraient sûrement de son âge et feraient tout pour tester ses capacités. Athrun n'ayant absolument pas le gabarit de Ledonir, ils risquaient fortement d'en douter.
Cependant je ne me faisais pas de soucis, je savais très bien qu'il passerait tous leurs tests avec brio. Athrun n'était pas un amateur : c'était un soldat doué et très entrainé, mais aussi un excellent pilote. Et ça, ils ne le savaient pas et j'allais faire en sorte qu'ils ne l'apprennent jamais.
S'il réussissait leurs tests, il devait m'accompagner l'après-midi même à l'inauguration du mémorial de l'île d'Onogoro. C'était là que le gouvernement de mon père s'était sacrifié pour empêcher l'Alliance Terrestre de prendre notre mass-driver.
Ledonir venait nous chercher dans quelques minutes et déjà Athrun commençait à arpenter le couloir. Je l'observai en souriant : j'étais certaine qu'il les impressionnerait tous alors que lui semblait beaucoup plus angoissé, il n'avait pas l'air sûr de lui. Je lui attrapai la main alors qu'il allait faire un nouvel aller-retour dans le couloir.
« Tout va bien se passer Athrun ! »
Il haussa les épaules et repartit arpenter le couloir. J'en profitai pour le détailler : il portait une veste noire, qui avait l'air très solide, par-dessus un tee-shirt blanc qui laissait deviner son torse, un pantalon marron foncé presque, très simple, ainsi qu'une paire de chaussures noire, type running. Je sentais qu'il avait choisi sa tenue avec soin comme s'il savait ce qui l'attendait.
La seule chose qui me frappa fut qu'elle mettait en valeur sa minceur. Il n'avait pas encore repris de poids et c'était le seul point qui pourrait réellement alerter les émirs sur son endurance. Non, il n'avait vraiment pas la carrure de Ledonir et ils pourraient craindre, à première vue, qu'il ne serait pas assez résistant pour me protéger. Cependant Athrun n'était pas sans ressources, et son agilité, ses réflexes et sa précision compenseraient la force de Ledonir. Je savais qu'il serait parfait pour ce poste et les émirs l'admettraient aussi rapidement.
« Il n'a vraiment pas changé, m'annonça Kira en rigolant. »
Je sursautai légèrement, il m'avait surprise. Je tournai la tête dans sa direction : Lacus était à côté de lui et ils regardaient Athrun, tout aussi amusé que moi. Mon frère l'interpella et il s'arrêta avant de se retourner vers nous.
« Arrête de tourner en rond, tu vas finir par nous donner le tournis ! »
C'est à ce moment là que la porte d'entrée s'ouvrit et Ledonir entra dans le manoir. Il me regarda et me demanda :
« Vous-êtes prêts ?
- On va dire ça, oui …»
Athrun se renfrogna et nous partîmes.
Nous entrâmes tous les trois dans la salle de réunion : Ledonir en tête et Athrun derrière moi. Je m'avançai jusqu'à ma place mais restai debout. Ledonir et Athrun me suivirent et se placèrent tous les deux à ma droite : mon futur ancien garde du corps à côté de moi et mon futur protecteur à sa droite. Il respectait déjà le code en vigueur, la première impression serait bonne. Je sentis tous les regards se river vers lui au moment où il releva la tête pour leur faire face. Il était serein, concentré et sûr de lui. Enfin, il paraissait. Je savais que ce n'était qu'une façade car il n'avait pas cessé de s'angoisser depuis notre départ.
Ledonir s'éclaircît la voix et elle résonna dans toute la pièce.
« Je dois assurer l'entraînement des soldats d'ORB, je ne peux plus protéger efficacement Cagalli. »
Il s'arrêta quelques secondes et les émirs le regardèrent étonnés. Il continua :
« Voici Alex Dino, l'un de mes meilleurs éléments et à partir d'aujourd'hui, il me remplacera.
- Ce petit jeune ? Son nouveau garde du corps ? Vous vous foutez de nous, Kisaka ?! Commença Yuuna sur un ton moqueur. Il est à peine plus grand qu'elle ! Et regardez-le, il est maigre comme un clou ! Il n'a aucune résistance, ça se voit tout de suite ! »
Toujours le premier à parler, et toujours le premier à dire des inepties ! Pour qui se prenait-il pour le juger sur son physique ? Pensait-il que seule la force faisait un bon garde du corps ? Stupide. Comme d'habitude, il avait dit ce qu'il pensait, sans même réfléchir à la portée de ses paroles. Il venait de discréditer à la fois Ledonir et moi. Je m'apprêtais à lui répondre de modérer ses paroles lorsque la voix grave de mon protecteur actuel lui rétorqua :
« Je sais très bien ce que je fais, Yuuna. Vous pouvez vous gardez vos remarques sans fondements. »
Mon « fiancé » se recula dans son siège. S'il avait pu, je pense qu'il aurait même souhaité disparaître tant ces paroles étaient chargées de reproches et d'indignation.
« Il est parfaitement capable de tenir ce rôle et si vous ne l'en croyez pas à la hauteur, testez le, le défia-t-il. Vous verrez bien que vous avez eu tort de le sous-estimer.
- C'est ce que nous comptons faire, Kisaka, intervint Unato. Non pas pour les stupides raisons que mon fils vous a données, mais parce qu'il est de notre devoir de nous assurer que notre représentante ne court aucun danger. »
Il se retourna vers Athrun, et lui demanda :
« Quel âge avez-vous, Monsieur Dino ?
- Seize ans.
- En quoi êtes-vous qualifié pour protéger la représentante d'Orb ?
- J'ai servi deux ans dans l'armée, en tant que tireur d'élite. J'ai une bonne expérience du combat au corps à corps et les raids de plusieurs semaines ne m'effrayaient pas. J'ai déjà effectué des missions de protection, notamment pour mes généraux. J'ai aussi des notions en langues, en électronique, en mécanique, toujours utiles en cas de problème.
- Pourquoi vous êtes-vous engagé dans l'armée si jeune ? Vous n'aviez que quatorze ans.
- Mes parents étaient sur Junius Seven lorsque la tragédie a eu lieu. Je me suis engagé pour finir mes études tout en subsistant à mes besoins et servir pour le pays qui m'a accueilli.
- Il ne vous reste plus qu'à nous prouver que vous êtes le parfait candidat, conclût Akihio Sahaku, le seul émir survivant du gouvernement de mon père à avoir été réélu. »
Il lui fit un sourire et continua :
« Dans une demi-heure vous serrez soumis à des tests de combat rapproché, et à distance. Nous verrons votre valeur à ce moment là. D'ici là, veuillez aller choisir une arme dans le corps de garde à côté, puis vous présenter au champ de tir.
- Bien Monsieur, lui répondit simplement Athrun. »
Sa voix était enfin remplie d'assurance et il ne semblait pas inquiet le moins du monde. Ce type de tests devait sans doute faire partie de son entraînement quotidien à ZAFT, et s'ils espéraient l'effrayer, ils avaient échoué. Ledonir posa sa main sur son épaule en lui ordonnant d'une voix paisible :
« Suis-moi, Alex. »
Il lui emboîta le pas et je fis de même. Seul Unato et Akihio me suivirent, les autres s'étant directement dirigés vers le champ de tir. Une fois au corps de garde, nous entrâmes tous. Je me plaçai contre le mur avec les deux émirs et Athrun s'avança vers le râtelier où il opta sans la moindre hésitation pour un révolver. Il s'agissait d'un modèle assez petit, léger, qu'il maniait d'une seule main sans aucune gêne. C'était, à quelques détails prés, la même arme que celle qu'il portait lorsque je l'avais rencontré. Son arme de prédilection sûrement. Il se retourna vers nous et commenta son choix, sans que les émirs ne le lui demandent.
« C'est un révolver léger et maniable qui permet une excellente précision à courte et moyenne distance, la longue distance n'étant de toute façon pas précise avec des armes de poing. Il se cache facilement sous une veste, se dégaine rapidement et la sécurité peut s'enlever de la main qui dégaine. Il dispose de deux modes : automatique et coup par coup. Je préfère le manuel étant donné le peu de balles dont je dispose en tenue civile. »
Il avait pris deux chargeurs : un qu'il plaça dans son arme pendant son commentaire d'un geste rapide et précis, sans même prendre la peine de la regarder, et l'autre qu'il rangea dans une petite poche, facile à ouvrir, à l'intérieur de sa veste.
Ledonir tourna la tête dans ma direction et je vis un petit sourire se former sur ses lèvres : il avait fait un sans faute pour le moment. Athrun reprit :
« Où pourrais-je la tester ?
- Sur le champ de tir où nous allons nous rendre immédiatement, lui expliqua Ledonir. Suis-moi. »
Nous sortîmes dans le même ordre qu'à notre arrivée et nous dirigeâmes vers le terrain d'entraînement des militaires. C'était une grande étendue de sable, bordée par une falaise non loin de laquelle se trouvaient des cibles plus ou moins éloignées. Il n'y avait aucune végétation jusqu'aux cibles et seules des douilles vides jonchaient le sol. Quelques hommes de Ledonir nous attendaient déjà et nous les rejoignîmes. Ce dernier prit la parole :
« Premier test : ta rapidité et ta précision. Tu vois ces cibles là-bas ? »
Athrun hocha la tête.
« Tu dois toutes les toucher le plus rapidement possible. »
Nous nous éloignâmes de lui et il dégaina son arme d'un geste fluide. Ses balles traversèrent une à une les cibles en leur centre sans qu'il ne prenne la peine de s'octroyer quelques secondes pour ajuster son tir. Je me retournai en direction des émirs, aucun d'eux ne parlait, et ils regardaient les cibles avec incrédulité. Yuuna quant à lui commençait à se décomposer, se rendait-il compte qu'il avait parlé un peu trop vite ?
Athrun revint prés de nous, le visage décontracté comme s'il n'avait fourni aucun effort.
« Deuxième test : corps à corps. L'un de mes hommes va te défier, avec un couteau d'entrainement. Le premier qui touche un point vital gagne. Vous continuerez par un combat à main nue qui se terminera soit par un KO, soit par une immobilisation.
- Puis-je vous demander une faveur, avant de commencer Kisaka ? L'interrompis Yuuna, d'une voix pompeuse »
Que préparait-il encore ?
« Je vous écoute, Yuuna, lui répondis calmement Ledonir. »
Je le savais énervé, mais il n'en laissa rien paraître. Athrun quand à lui regardait mon « fiancé » d'un air étonné, je l'avais pourtant prévenu qu'il était un peu prétentieux et surtout risible. Il se demandait sans doute ce qu'il voulait faire.
« J'aimerais le tester moi-même. J'ai aussi été entrainé à ce style de combat et je pense avoir trouvé en lui un adversaire intéressant.
- Allez-vous changer. Nous n'attendons plus que vous. »
Athrun et moi le suivîmes du regard tandis qu'il repartait dans le bâtiment. J'étais interloquée par sa demande. Décidément, il était plus stupide que je ne l'avais pensé. Pourquoi risquait-il ainsi de se ridiculiser alors qu'il aurait pu rester simplement avec les émirs ? Il n'avait aucune chance contre Athrun. Pensait-il réellement qu'il ferait le poids contre un militaire bien entrainé juste en ayant suivi des cours de combat rapproché ? Ou alors il m'avait bien caché son jeu ?
En retournant la tête vers le champ de tir, je croisai le regard d'Athrun. Il n'avait aucun à priori et attendait patiemment son retour. Il était calme, posé et semblait prêt à toute éventualité.
Quelques secondes plus tard Yuuna revint, un uniforme de soldat sur le dos et un couteau en bois dans la main. Il affichait un air sûr de lui, et toisait Athrun. Lorsqu'il tourna la tête vers moi et me fis un sourire, je compris ce qu'il comptait faire. Il voulait m'impressionner ! S'il pensait qu'il réussirait, il était totalement à côté de la plaque. Je détournai la tête en faisait un sourire amusé et me concentrai sur le combat à venir.
Il s'avança d'une démarche vaniteuse, le sourire aux lèvres comme s'il se savait déjà vainqueur. Il se plaça devant Athrun et commença à gesticuler dans tous les sens pointant son arme en face de lui. Il était vraiment ridicule et je peinais à me retenir d'éclater de rire. Athrun se mit en garde, l'observa quelques secondes et attendit qu'il se jette sur lui. Il esquiva son attaque avec grâce et désarma mon idiot de « fiancé » d'un geste mesuré, comme s'il se retenait .Yuuna ne méritait vraiment pas sa gentillesse : il l'avait méprisé et traité comme un simple gamin et Athrun retenait sa force pour ne pas le blesser. Je l'admirais pour ça : il ne laissait jamais ses sentiments influer sur les combats, il restait toujours calme et objectif.
Il se recula, ne voulant pas pointer son arme contre un soldat désarmé mais Yuuna ne sembla pas apprécier son geste, ramassa son couteau et se précipita vers lui en hurlant. Pendant un court instant, la panique s'empara de moi et au moment où j'ouvris la bouche pour crier son prénom, Athrun fit un pas sur le côté, esquiva le lame d'un mouvement souple, lui attrapa le bras droit et le jeta au sol. Une seconde plus tard, Athrun le maintenait au sol, le genou gauche appuyé faiblement sur son torse et la pointe de son couteau au niveau de son cœur.
Il se releva lentement et Yuuna se précipita dans les vestiaires en jurant qu'il lui revaudrait cet affront. Comme seule réponse, il haussa les épaules et retourna se placer au centre de la zone de combat, toujours calme et posé. Il demanda à Ledonir subitement :
« Vous me présentez mon premier adversaire ?
- Daigen, c'est à toi. »
Un homme aussi grand et imposant que Ledonir s'avança, mais Athrun ne broncha pas. Il se mit en garde et l'homme fit de même. Ils s'observèrent pendant plusieurs minutes jusqu'à ce que Daigen charge dans sa direction. Athrun resta en garde, et je le vis changer légèrement sa position : il se pencha plus en avant, ne tenant presque que sur la pointe des pieds. L'homme s'approchait dangereusement de lui et Athrun n'avait toujours pas bougé. Ce ne fut que lorsque qu'il se trouva environ à un mètre de lui qu'il se décala sur le côté.
Pendant quelques secondes son adversaire sembla continuer sa course, mais me surpris en s'arrêtant étonnamment vite pour son poids. Il lança un grand coup de taille en direction d'Athrun, qui le dévia avec sa lame avant de se glisser derrière lui. L'homme lâcha soudainement son couteau et je remarquai que mon futur protecteur appuyait légèrement la pointe de sa lame dans son dos.
Ils s'éloignèrent l'un de l'autre, Athrun déposa son arme au sol et ils se remirent en garde tous les deux. Un combat aux poings avec une telle différence de gabarit m'effrayait. J'avais l'impression que cet homme pouvait mettre à terre Athrun d'une seule gifle. Il devait au moins faire le double de son poids et je craignis un instant qu'il ne le blesse. Je me ressaisis immédiatement. Même s'il n'était pas aussi musclé que lui, il avait au moins un avantage : il était agile et se déplaçai par conséquent plus rapidement que lui. Athrun n'avait cependant pas d'autre choix que d'esquiver ou de dévier ses coups tandis que les siens seraient pratiquement sans effet.
Je reportai mon attention sur le combat qui s'engageait. Ils tournaient tous deux en cercles, s'observant l'un l'autre. Athrun devait sans doute attendre le moindre mouvement de son adversaire pour riposter. Tout du moins, c'était ce que je pensais jusqu'à ce qu'il s'élance vers son adversaire. Pourquoi faisait-il ça ? L'homme se mis en garde, prêt à attraper son bras pour le projeter à terre, mais Athrun s'arrêta juste avant et son adversaire en fût déséquilibré. Il en profita pour attraper son bras et l'attirer vers lui.
L'homme commença à chuter et pourtant Athrun se recula. Je ne compris tout d'abord pas la raison de son soudain recul, et ce ne fut qu'en baissant les yeux vers ses pieds que je remarquai que son adversaire lui avait attrapé la cheville et le faisait chuter au sol. Je crûs un instant que sa tête aillait heurter le sol, mais il parvint à se rattraper sur ses mains.
Son adversaire se releva le premier et s'avança en direction d'Athrun, poing en avant. Cependant ce dernier roula sur le côté au moment où son poing volait vers lui, et il se releva rapidement pendant que Daigen se remettait en garde. Ils se firent de nouveau face et échangèrent plusieurs séries de coups. Athrun les esquivaient tandis son adversaire bloquait les siens.
Ils continuèrent à s'échanger des coups jusqu'à que l'un d'entre eux touche Athrun au front. Il se recula et son adversaire se jeta vers lui. Je fermai les yeux, ne voulant pas voir ce qui allait se passer. Mais la curiosité prit le dessus sur ma peur, et je rouvris les yeux pour le voir se ressaisir, frapper Daigen en plein plexus, se glisser derrière lui et lancer le tranchant de sa main contre sa nuque. Son adversaire tomba au sol, assommé et le décompte de Ledonir commença. A 10 il était toujours à terre et je me pris à sourire. Malgré la différence de gabarit il s'en était sorti, prouvant ainsi aux émirs que la force brute n'était pas l'unique qualité requise chez un garde du corps. Athrun n'était peut-être pas baraqué mais il le compensait par sa précision, sa rapidité et son agilité.
Daigen se réveilla juste après et Athrun l'aida à s'adosser à un mur. Les émirs vinrent à sa rencontre et Akihio lui tendit la main qu'il accepta.
« Votre habileté au combat est surprenante. Soyez présent cet après-midi, vous assurerez la protection de la représentante avec les conseils de notre bien-aimé Kisaka.
- Je vous remercie. Je serai là. »
Ils partirent et je remarquai que Yuuna n'était pas revenu depuis sa déconfiture. Athrun se retourna vers moi et me fit un grand sourire. Nous nous retrouvâmes seuls avec Ledonir, qui nous invita au restaurant pour fêter la réussite d'Athrun.
Après le repas, nous retournâmes au gouvernement pour qu'ils y préparent l'après-midi. Nous nous installâmes dans une petite salle sombre et insonorisée où je savais que nos espions se réunissaient régulièrement pour préparer leurs missions. Une carte d'état major de l'île d'Onogoro était posée sur la table, mes deux gardes du corps discutaient de la meilleure façon de me protéger. Ils repéraient les positions possibles d'hypothétiques snipers, les endroits où la foule se tiendrait et le chemin que je parcourrais. Les voir tous les deux se préoccuper de ma sécurité, me donnait l'impression que j'étais le centre de leur monde, de deux façons différentes bien sûr.
Ledonir semblait surpris par la rapidité avec laquelle Athrun apprenait : quelques indices lui suffisaient pour deviner ce qu'il attendait de lui. Il posait beaucoup de questions et écoutait attentivement les réponses.
Le voyage jusqu'à Onogoro se passa sans incident. Au début, Athrun observait tout ce qui se passait autour de lui, il semblait complètement aux aguets, recherchant chaque détail insolite. Ledonir lui conseilla de se détacher un peu, de garder une vision générale de la scène. Je le vis essayer de suivre le conseil de Ledonir, mais retomba rapidement dans une concentration extrême sur la circulation. Il était prêt à dégainer son arme au moindre écart d'une voiture nous côtoyant. Il me faisait rire, et il ne semblait même pas s'en rendre compte.
« J'étais pareil quand j'ai commencé, m'avoua Ledonir avant d'éclater de rire. »
Un rire franc mais extrêmement court. Il semblait décontracté mais restait vigilant, même lorsqu'il plaisantait avec moi. L'instant d'après, la voiture s'arrêta.
Athrun sortit et le chauffeur vint m'ouvrir la porte. Ledonir sortit à son tour et je le suivis, un bouquet de chrysanthèmes blancs dans les bras. La place était noire de monde et les photographes se ruèrent vers moi. Je les laissai faire et me dirigeai vers le mémorial, impassible.
Il fallait monter un grand escalier avant de l'atteindre car il dominait l'océan. En haut de l'escalier se trouvait un grand monument en marbre composé d'un demi-cercle haut comme ma cheville sur lequel reposait une pierre tombale gravée des noms des émirs morts pour leur patrie. Je me retournai vers la foule et commença :
« Ici reposent des hommes qui ont donné leur vie pour que leur pays vive, libre, et c'est grâce à leur sacrifice qu'ORB est encore là aujourd'hui. Ils se sont battus pour nos idéaux et il est de notre devoir, à tous, de les poursuivre pour honorer leur mémoire. »
Je m'arrêtai pour les laisser s'imprégner de ces quelques phrases et surtout parce que je commençai à me souvenir des dernières paroles de mon père. Je savais que Ledonir était derrière moi, les bras croisés dans le dos, observant nonchalamment les alentours. Athrun quant à lui se trouvait sur le dernière marche de l'escalier et scrutai la foule. Il était concentré sur sa mission et ne remarqua même pas mon regard. Cela me vexa un peu, mais je comprenais très bien pourquoi il agissait comme ça.
Je repris :
« Mon père m'a dit un jour « Si tu tues le fils de quelqu'un, sa mère te haïra, et si tu es tuée par quelqu'un, je haïrai cette personne. ». Tout son enseignement est résumé dans cette phrase : la guerre que nous venons de traverser nous a arraché beaucoup de nos proches, un fils, une femme, un père pour vos enfants.
Mais je vous en conjure, ne cherchez pas à vous venger, car la vengeance ne vous apportera rien. Ne cherchez pas un coupable pour cette guerre car nous en sommes tous responsables.
Je ne vous demande pas d'oublier, mais simplement de pardonner et d'apprendre de cette guerre. Nous pouvons tous vivre ensemble, Coordinateurs et Naturels, malgré les différences et les traumatismes passés. Notre patrie en est la preuve vivante et j'espère que vous continuerez à croire en la force de notre nation. ORB est un pays neutre, qui ne souffre pas de maître, et qui refuse toute discrimination. Mon père et ses émirs étaient ORB et leur esprit guide chacun de nos pas. »
Je me retournai vers le mémorial et le silence régna sur la place. Je m'accroupis et déposai la gerbe de fleurs l'intérieur du cercle. Uzumi Nara Athha. L'image de mon père, sur ce ponton métallique, s'éloignant au fur et à mesure que le Kusanagi accélérait me revint en mémoire et les larmes me montèrent aux yeux. Je les fermai et une larme coula le long de ma joue.
« Tu me manques… »
Je me relevai, pleurant silencieusement et me dirigeai vers la voiture. Ledonir m'emboîta le pas tandis qu'Athrun marchai devant. Quelques murmures s'élevèrent dans la foule. Ils semblaient compatissants même si je ne les comprenais pas. Les flashs des journalistes avaient cessé et je les en remerciai.
Nous montâmes dans la voiture et j'attendis que nous ayons dépassé la foule pour éclater en sanglots sur l'épaule d'Athrun. Il me serra contre lui en me murmurant des paroles rassurantes.
Lorsque je relevai la tête, je vis qu'Athrun s'était endormi. Je souris, me rappelant de la journée intense qu'il avait passé et de son visage fatigué dès le matin. Il avait finalement réussi à se détacher quelques minutes.
