Hello ladies and gentlemen ! J'avais prévue de poster ce chapitre plus tôt, mais j'ai eu quelques difficultés à finir ce chapitre. Pas par manque d'inspiration, mais plutôt, parce que j'avais pas une minute à moi. Pourtant, je me suis démené pour pouvoir le poster cette semaine. Bref, passons aux choses sérieuses !
Réponses aux reviews :
Lucie
Hey ! Je suis contente que ce chapitre t'ait plu. C'est toujours un plaisir d'avoir ton avis.
Je n'aime pas les personnages « parfait ». Je préfère que mes personnages aient leur défaut. Le gros défaut d'Anne, c'est qu'elle est impulsive, et j'aime jouer sur ça. Ça promet de grosses disputes avec Sébastien, François et Marie loll
Tu as raison, elle ne peut pas lui résister longtemps. Elle finit toujours par lui donner tout ce qu'il veut, et c'est pareil pour lui. A quoi est-ce que ça va nous mener ? Mystère... En tout cas, les chapitres à venir seront très agités à cause de ces deux-là.
Je ne pouvais pas passer à cotés de la blessure de Sébastien. En plus, ça sert bien mon intrigue, puisque ça va rapprocher certains personnages. Anne va, bien entendu, être très affecté par ce qu'il arrive à son « beau français », mais elle tentera tout de même d'y faire face à sa manière. C'est une femme forte, après tout.
Profites de la suite, et à bientôt ;)
Lois
Merci pour ta review. C'est vrai que c'est triste pour Anne, et ça ne va pas s'arranger avant plusieurs chapitres, mais je peux t'assurer que le fin sera heureuse. Pour une fois, je ne tuerais pas mes personnages principaux.
Profites de la suite :D
Lola
Oh, ne t'inquiète. Notre Sébastien est un dur à cuire ;) Je serais incapable de le tuer. Néanmoins, ça ne veut pas dire qu'il ne souffrira pas. Je suis une auteure sadique :D
Profites de la suite !
Bonne lecture, et on se retrouve en bas !
Chapitre 4
Sébastien fut aussitôt emmené dans les appartements de Nostradamus. Je ne l'ai pas lâché d'une semelle. Je fus bien assez tôt rejointe par François, Catherine, et Marie. J'étais dans un tel état de panique que je ne tenait plus en place.
- Anne, assis-toi ou tu vas déconcentrer Nostradamus ! Me fit François, agacé.
J'ai obéi, et me suis laissé tomber sur une chaise. La reine me jeta un regard noir qui ne m'effraya pas le moins du monde. Néanmoins, j'avais quand même peur. Peur de perdre Sébastien. Je serais tout simplement perdu sans lui.
Du coin de l'oeil, je vis Nostradamus échanger un long regard lourd de signification. La reine dit quelque chose que personne d'autre que moi ne sembla entendre : « la guerre atteindra le château... ». Qu'entendait-elle par là ? Je l'ignorais, et je l'interrogerai là-dessus dès que possible.
Le roi entra précipitamment dans la pièce, inquiet. Il s'enquit immédiatement de l'état de son fils.
- Sa blessure est grave, lui apprit Nostradamus. Je vais essayer de le soigner, mais je ne peux rien vous garantir.
J'ai poussé un long soupir sonore qui ne passa pas inaperçue.
- Père..., retentit une voix faiblarde qui me fit me redresser immédiatement.
Je me suis approchée du lit pour mieux le voir. Ses yeux étaient toujours clos, et sa respiration était difficile. J'avais de la peine pour lui.
- Les anglais... sont sortis de Calais... Pour nous affronter. On a pas réussi à … atteindre les navires. Ce fut un massacre.
Les anglais, bien sûr. Une profonde colère m'assaillit aussitôt.
- Maudits anglais ! Grognai-je en détournant le regard de Sébastien. Il faudrait les exterminer !
Tous les regards se tournèrent vers moi. Je les ignorais.
- Anne, sors, m' « ordonna » François.
- Quoi ? Non !
Voyant que je ne le ferais pas de gré, il employa la force en tentant de me pousser vers la porte. Seulement, je fis de la résistance. Il finit par abandonner en remarquant que je ne me laisserais pas faire.
- Si tu veux que Sébastien survive, tu ferais mieux de sortir, car tu ne fais que déconcentrer Nostradamus, me lança t-il.
Je fus blessé par ces simples propos. Je n'étais pas la bienvenue, et je le sentais.
- Ça va, j'ai compris ! Répliquai-je avec un ton froid, et sec.
Je me dirigeais déjà vers la porte d'un pas rapide lorsque...
- Anne...
Je me suis retournée, mais ne me suis guère approcher de son lit. Je ne voulais pas déranger plus.
- Qu'y a-t-il ? Lui demandai-je doucement.
- Ne me laisses pas...
- Je n'ai guère le choix. Je ne suis pas la bienvenue. Je reviendrais plus tard, quand il y aura moins de monde.
Et je sortis sans attendre aucune réponse de sa part. Une fois dehors, je laissais échapper quelques larmes qui inondèrent mes joues, puis un sanglot. J'étais blessé, j'avais peur, et j'étais triste. La souffrance broyait mon cœur, et coupait ma respiration. J'avais l'impression d'étouffer. Prise d'un vertige, j'ai dû me raccrocher au mur pour éviter de tomber. Mes jambes finirent par ne plus pouvoir me soutenir, et je me laissai glisser jusqu'au sol. Mes larmes laissaient des traces foncés sur le sol de pierre. Je les comptais, essayant de penser à autre chose. Quarante-deux... Soixante et un... Quatre-vingt... Cent cinquante... Etc. A un moment, je finis par arrêter de compter, lassée. Il m'était impossible d'arrêter de penser à Sébastien. Mes pleurs semblaient ne plus vouloir s'arrêter, torturant mes yeux et mon nez. J'étais tout simplement en train de faire une crise d'angoisse. Que se passerait-il si je perdais Sébastien ? Que deviendrais-je sans lui ? C'est là que je compris. Sans lui, ma vie n'avait aucun sens. Il était mon monde, mon soleil, la raison de mon existence. Non, les autres avaient raison. Nous ne pouvions être que de simples amis. Des amis ne se comportent pas de la sorte ensembles. C'est là que je me rendis alors compte de mes sentiments, de la façon dont mon « coeur » ( car pour moi, le cœur n'est que l'organe qui permet au sang ) réagit à sa vue, à son toucher, à son odeur... C'est idiot, car je ne crois pas en l'amour. Pour moi, ce n'est sûrement qu'un processus développé par le cerveau pour trouver un individu du sexe opposé apte à la reproduction. Pourtant, le fait est que j'aime Sébastien. Je ne crois pas en l'amour, mais je l'aime, saisissez l'ironie de la chose. Je ne dois pas vraiment être normale.
Voilà seulement que tu t'en rend compte ! Rit ma conscience.
Je me fiche de ton avis.
Oh, pauvre Anne Stuart... Tu penses à l'homme que tu aimes en train d'agoniser. Tu as bien changé. Autrefois, tu aurais tenu tête à quiconque t'aurait dit de sortir de cette pièce. Et là, tu as obéi sagement, comme une idiote. Si Sébastien meurt, tu ne seras pas là pour lui dire tes adieux !Qu'attends-tu pour retourner auprès de lui, et les défier ? Autrefois, tu n'aurais pas hésité. Tu es devenu faible.
Je devais admettre qu'elle n'avait pas tellement tord. J'aurais agi différemment autrefois. J'étais faible.
Tu peux être forte et retourner dans cette chambre, ou rester là à pleurer et t'apitoyer sur ton sort, me proposa ma conscience.
J'ai pris une profonde respiration, emplie d'un nouveau sentiment de puissance, et me suis relevée d'un bond. Au même moment, François, Catherine, Marie, et le roi sortaient de la pièce. J'ai essuyé mes larmes rageusement avant qu'ils ne les remarquent. Je ressentis une profonde colère contre François, et Marie. Je leur en voulaient à tous les deux. Ils marquèrent un temps d'arrêt en me voyant, alors que le roi et la reine poursuivaient leur chemin. Je les ai regardé avec le regard le plus froid que j'avais en stock.
- Anne, j'aimerais te parler, me fit Marie avec un air empressée.
- Plus tard. Je n'ai pas que ça à faire. Si je me souviens bien, tu n'as eu besoin de moi pour conclure une alliance avec le Portugal.
Je la laissai sans voix. J'en ai profité alors pour lui passer devant, et entrer dans la chambre. J'ai fermé la porte avant qu'ils ne puissent dire quelque chose, ou même me retenir. Nostradamus était toujours là, en train de soigner Sébastien. Il releva la tête lorsqu'il m'entendit entrer.
- Je fais de mon mieux, sachez-le, assura t-il.
- Ne vous inquiétez pas, Nostradamus. Je ne doute pas de vous, et de vos capacités. Je sais que vous ferez de votre mieux. J'ai juste peur pour lui. S'il meurt... Je ne m'en remettrais pas.
- Je comprends. Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour le sauver.
- Merci.
D'un geste, il m'invita à m'asseoir près de lui. Je me suis exécutée. Il me montra alors la blessure de Sébastien. Un fin filet de sang coulait encore de ses blessures, mais rien de grave. Nostradamus avait réussi à stopper l'hémorragie.
- La blessure aurait pu être plus grave, m'apprit Nostradamus. La lame qui lui a infligé cette blessure a, heureusement, épargné ses intestins. Si le coup avait été porté un peu plus haut, il n'aurait pas survécu. D'ailleurs, s'il n'avait pas réussi à revenir, il aurait agoniser pendant des jours avant de mourir, dévoré par des loups.
- Ce que vous dites là est assez effrayant, vous savez. Néanmoins, je trouve cela assez intéressant. J'ai toujours voulu en savoir plus sur la médecine.
- Alors, en attendant qu'il se réveille, je peux vous apprendre quelques petites choses.
J'ai souri. Je n'avais jamais vraiment osé lui demander de m'enseigner quelques notions.
- Le chirurgien de notre bon roi, Ambroise Paré, m'a appris quelques notions de chirurgie, mais je préfère m'en tenir à la préparation de remèdes, et à la médecine plutôt qu'à la chirurgie.
Pendant environ trois heures, il m'apprit de nombreuses choses. Des choses dont j'ignorais tout. Par exemple que la suie des cheminées guérissaient les inflammations, et les engelures, que la poudre d'ardoise, la corne de sabot de cheval, les écailles d'huître calcinés ajoutés à de la graisse de porc ou de beurre servaient de pommades contre les contusions, et les douleurs. Plus Nostradamus m'énonçait les propriétés d'ingrédients qui semblaient ordinaires, plus j'étais fascinée. Je buvais ses paroles sans jamais l'interrompre, sauf pour lui poser des questions. J'appris grâce à lui que même les excréments étaient utilisés comme remède. Ceux d'animaux servaient à soigner des piqûres d'insectes, de jaunisse, de crachements de sang... Certains animaux, comme les scorpions, les cloportes ou les araignées pouvaient guérir la fièvre, les hémorragies, et même les otites ! Autant de choses que je n'avais jamais appris dans les livres. Je n'avais jamais eu le plaisir de pouvoir ouvrir un livre de médecine. En fait, ils étaient très rares. L'imprimerie n'existait que depuis très peu de temps. Néanmoins, j'avais eu le loisir de me renseigner sur les travaux de Leonard Da Vinci. J'avais été fasciné par ses esquisses du corps humain, tel que l'homme de Vitruve. J'avais également vu quelques dessins de son œuvre anatomique, et ça m'avait fasciné. C'était difficile d'imaginer que l'on avait de telles choses à l'intérieur de nous. Je n'avais jamais soupçonné l'existence du pancréas avant tout ça.
- Vous avez des apprentis, Nostradamus ? L'interrogeai-je à un moment, assez curieuse.
- Non, mais vu votre soif de connaissance, je serai ravi de vous avoir comme apprentie.
Un large sourire étira mes lèvres. Je n'avais même pas eu à lui proposer explicitement. Quand j étais petite, mon rêve était de devenir médecin. Peut-être qu'avec un peu de chance, ce rêve deviendrait réalité.
- Je ne vous décevrai pas ! M'exclamai-je avec un enthousiasme qu'on ne me connaissait pas.
- Je sais, et c'est pour ça que je vais vous tester dès maintenant. Savez-vous recoudre un être humain ?
- Oui, je l'ai appris grâce à mon père. Il voulait que je sache ça au cas où...
Nostradamus fouilla dans un tiroir et dénicha du fil et une aiguille qu'il me tendit. Si j'avais bien compris, j'allais devoir recoudre Sébastien. Rien que d'y penser, j'en avais des frissons.
- Il ne va pas souffrir, n'est-ce pas ? Lui demandai-je, légèrement inquiète.
- Non, il est profondément endormie. Je lui ai administré un puissant somnifère.
J'ai poussé un soupir de soulagement. Je me suis assise sur une chaise tout près du lit, et ai inspecté la blessure de Sébastien pendant quelques minutes. Nostradamus m'observait, attendant que je m'y mette. J'ai décidé de ne pas le faire attendre plus longtemps. Avec des gestes lents, et minutieux, j'ai recousu la plaie en évitant de me rappeler de qui il s'agissait.
- Très bon travail ! Me félicita Nostradamus. Maintenant, laissons-le se réveiller tout seul. Nous allons devoir patienter un peu, même si je sais que c'est pas votre fort.
- Ah, vous l'avez remarquer ! Je suis du genre impatiente, c'est vrai. Ça me rend susceptible, et irritable.
Il sourit. C'est la première fois que je le voyais vraiment sourire. Nostradamus était un homme qui était toujours sérieux. Je savais que les épreuves qu'ils avaient dû passés l'avaient profondément marqué.
- Vous êtes en colère contre Marie, dit-il sans que je ne sache s'il s'agissait d'une affirmation ou d'une question.
- En effet. Elle a oublié ce pourquoi elle est ici : se marier avec François. A peine revenues à la cour, elle gâche déjà tout en promettant sa main au bâtard du Portugal. C'est de l'idiotie ! Je suis sensée être sa conseillère, donc pas définition, de la conseiller sur les décisions à prendre, mais... Elle ne m'a rien dit ! Je détestes être mise à l'écart de la sorte, et ne pas pouvoir contrôler la situation. Mais, il est trop tard, je suppose. Il n'y a plus rien à faire puisqu'elle a déjà accepter.
- Vous ne partirez pas au Portugal, assura t-il avec conviction.
J'ai froncé les sourcils, interloqué par sa certitude.
- Comment pouvez-vous en être si sûr ? Lui demandai-je.
- Vous n'avez donc jamais entendu parler de mes pouvoirs...
- Hum... Si, mais... Comment dire ? … Je ne crois pas en ce genre de choses. Je ne crois même pas en Dieu.
Il parut surpris par mes propos. Les personnes non croyantes étaient rares, et étaient considérés comme des hérétiques. Je faisais alors semblant d'y croire, ne voulant pas finir comme Jeanne d'Arc.
- J'ai le pouvoir de divination, affirma t-il. Je suis capable de voir des choses sur le futurs. Ce sont des prophéties, mais j'ai parfois des visions. Vous, je vous vois avoir un enfant. Une jolie fille que vous nommerez Blanche. J'ignore qui sera le père.
- Impressionnant, mais je ne peux pas vérifier vos prédictions.
- Marie n'épousera jamais Thomas du Portugal car il sera tué bien avant.
J'ai écarquillé les yeux en entendant ça. C'était tout simplement irréaliste !
- Je sais que vous êtes trop rationnel pour y croire, Anne, mais bientôt, vous verrez que j'ai raison.
Il avait l'air tellement sûr de lui ! Pourtant, je ne pouvais croire ce qu'il me disait.
- Sébastien a de la fièvre ! S'exclama t-il brusquement
Je me suis aussitôt élancée vers lui pour prendre sa température. Il était brûlant de fièvre. Un hoquet de stupeur s'échappa de ma gorge.
- Sa blessure s'est infectée, m'informa Nostradamus. Il faut rouvrir la plaie, et la nettoyer. Sinon, il fera une septicémie.
- Bon sang ! Si on ne le soigne pas à temps, il mourra, n'est-ce pas ?
Le regard plein de sous-entendus qu'il me lança m'effraya au plus haut point. Il me fit signe de lui donner un ciseau chirurgical qui se trouvait près de moi. Je le lui donnai avec les mains tremblantes. Il coupa les fils avec une habileté stupéfiante. Aussitôt, du sang et du pue s'échappèrent de sa blessure avec abondance. Avec un épais tissus blanc, j'ai épongé tant bien que mal, tandis que Nostradamus préparait un cataplasme à base de farine d'orge, de l'eau, et du miel.
- Ce traitement mondificatif devrait faire suppurer la plaie, et désinfecter efficacement, m'assura t-il en me montrant sa préparation.
- Traitement mondificatif ? Qu'est-ce que c'est ?
- C'est un traitement qui vise à désinfecter les plaies. Dans ce genre de préparation, on utilise communément de l'arsenic, de l'orge, du miel, de la fleur de cuivre, etc... C'est très efficace.
J'ai écarter le tissus de la plaie pour le laisser regarder. Il me fit signe d'essuyer les liquides qui s'écoulaient. Je me suis exécutée jusqu'à ce qu'il me dise d'arrêter. Là, il utilisa le contenu d'un bol qui traînait par là dont je reconnus les ingrédients : du jaune d'œuf, de l'huile de rose, et apparemment, de la térébenthine.
- Ambroise Paré utilise ceci pour désinfecter les plaies ouvertes, m'apprit-il avant de s'emparer d'un fil et d'une aiguille.
Il recousit la blessure rapidement avant d'appliquer son « traitement mondificatif », et recouvrir le tout par un fin tissus blanc servant de bandage. Le cataplasme était fini !
- Il faudra le changer toutes les trois heures, m'annonça t-il en rangeant quelque peu son matériel.
- C'est fascinant !
J'avais tellement de questions en tête ! J'avais tant de choses à apprendre de lui.
- Dites-moi, Nostradamus, que faudrait-il pour favoriser la cicatrisation ?
- Dans ce cas-là, j'utiliserais plutôt un traitement consolidatif, visant à cicatriser une plaie dont les bords ont été suturés. L'onguent brun serait efficace. Il est à base de cire, d'huile, de momie, d'encens, de farine de fénugrec, de galles, de noix de cyprès, de poix, et de naval. Je compte d'ailleurs en faire un pour Sébastien.
- Comment faites-vous pour retenir tout ça ? Ça doit être assez compliqué.
- C'est une question d'habitude, et puis, j'ai étudié longtemps pour en savoir autant.
Pendant près de deux heures, je lui ai posé de nombreuses questions sur ses études, et bien entendu, sur ses connaissances. Il m'apprit de nombreuses choses, et même à préparer des onguents, et des cataplasmes. Je n'avais jamais été autant dans mon élément. Ça me passionnait réellement.
- Je dois avouer que c'est mieux d'apprendre avec quelqu'un plutôt qu'avec des livres, souris-je. Mes yeux sont moins fatigués, et c'est plus ludique.
- Mais, les livres sont à l'origine de toutes ces connaissances.
En effet, oui.
- Vous devriez aller vous reposer, Anne. Il est tard.
- Hors de question. Je reste avec lui. Je ne le quitterais pas tant qu'il ne sera pas rétabli. S'il lui arrive quelque chose alors que je ne suis pas là, je m'en voudrais terriblement.
Je ne m'en remettrais pas, tout simplement. J'avais besoin de lui. Il était mon ami le plus cher.
- Vous l'aimez, n'est-ce pas ? M'interrogea soudainement Notradamus.
- Il m'est précieux, en effet.
- Là n'est pas la question...
J'ai froncé les sourcils, et me préparer déjà à lui répondre lorsqu'un petit gémissement à peine audible attira mon attention. Je me suis élancée au coté de Sébastien, et lui prit la main.
- Sébastien ? Sébastien ! Bon sang, tu vas bien ?
- Je me sens.. à moitié mort... Comment crois-tu que je me sens ? Ne me laisses pas, je t'en prie.
Nostradamus lui prit de nouveau sa température. Vu son expression désappointé, ce n'était guère bon. Il remplit d'eau un seau, et trempa un tissus noire à l'intérieur avant de l'appliquer sur le front de Sébastien.
- Je ne te laisserai pas, tu m'entends, lui soufflai-je doucement. Je suis là, avec toi, et personne -non, personne ! - ne m'obligera à te quitter. Je ne quitterais pas cette pièce tant que tu ne seras pas rétablie, même si je dois coucher à même le sol, ou ne plus manger.
Voyant que la conversation devenait trop intime pour lui, Nostradamus quitta la pièce pour nous donner un peu d'intimité. Sébastien ouvrit les yeux difficilement.
- Je ne veux pas que tu fasses ça pour moi, Anne. Vas te reposer, occupes-toi de Marie, et des affaires du royaume. Ne t'embarrasses pas de moi. Je vais mourir, je le sens.
- Non, tu ne mourras pas ! M'écriai-je, en larmes, avant que ma voix ne faiblisse. Si … Si tu meurs, je te suivrai dans la tombe. Je n'existe pas sans toi, vois-tu.
- Que veux-tu dire ?
- Je t'aime, idiot ! Moi, l'imbécile qui ne croit pas en l'amour, t'aimes, toi, l'andouille qui ne comprends rien à l'amour. Il a fallut que tu sois aux portes de la mort pour que je m'en rendes compte. Tu vois à quel point je suis bornée !
Il cligna des yeux plusieurs fois, semblant ne pas comprendre, puis il esquissa un sourire. Il tendit son autre main vers moi, mais la douleur le stoppa. Je lui ai jeté un regard désapprobateur et l'ai obligé à reposer son bras sur le lit.
- Ta blessure est grave, lui appris-je. Nostradamus et moi avons fait de notre mieux pour éviter te soigner. Ta plaie était infectée, donc nous avons dû préparer un cataplasme, et...
Je me suis arrêtée en voyant qu'il n'écoutait pas un traître mot de ce que je disais. Il me dévisageait avec une telle intensité que j'en fus assez gêné. J'ai détourné le regard en réprimant le rouge qui me montaient aux joues. Il défit l'emprise que j'avais sur sa main, et la tendit vers mon visage, m'obligeant à le regarder.
- Si je dois mourir, alors... Donnes-moi un dernier baiser, quémanda t-il en me suppliant des yeux.
- Tu ne vas pas mourir, Bash ! Mais, je te donnerais ce baiser quand même... parce que tu le mérites après tout ce que tu as vécu.
Avec une douceur dont je ne me croyait pas capable, j'ai caressé sa joue, avant de déposer mes lèvres sur les siennes. Je le sentis me serrer contre lui, et passer une de ses mains dans mes cheveux. Le baiser fut assez court, mais il ne s'arrêta pas là. Il m'obligea à me baisser plus près de lui, et fourra sa tête dans mon cou, respirant mon odeur, puis il embrassa la naissance de mes épaules. Un frisson me parcourut. Cela me rappelait des souvenirs. Des souvenirs qui me firent rougir. Je l'ai repoussé, ne voulant pas qu'il se fasse mal.
- Ne bouges pas trop, lui conseillai-je.
Il tendit la main vers ma joue, et la caressa tendrement. Je ne pus m'empêcher de frissonner de nouveau.
- Je t'aime aussi, Anne, murmura t-il en esquissant un sourire crispé par la douleur. Depuis que je t'ai rencontré, je ne vois que par toi.
- Ne dis pas ça comme un adieu, je t'en prie. Ne meurs pas après une telle déclaration. J'ai besoin de toi, moi !
Les larmes ravageaient mes joues, et tombaient sur le sol.
- Sèches tes larmes, ma douce. J'ai une bonne raison de vivre. Allez, viens te reposer près de moi.
Il tapota le peu de place qui le séparait du bord du lit, m'invitant à m'allonger près de lui. Avec une certaine hésitation, je m'exécutai. Il me serra contre lui alors je posais ma tête sur son torse. Je le sentis me caresser tendrement mes cheveux. Et puis, je dû m'endormir, puisque je ne me souvins de rien de plus.
Lorsque je m'éveillai, j'étais toujours près de Sébastien, mais nous n'étions plus seuls. Marie et François étaient à notre chevet, et nous regardaient avec un air attendri.
- Que faites-vous là de si bonne heure ? M'enquis-je, encore à moitié endormie.
- On voulait s'enquérir de l'état de Sébastien, me renseigna François.
- « on » ? Vous êtes un couple maintenant ?
François et Marie échangèrent un regard alors que je m'asseyais, croyant que je ne les voyais pas.
- Je pourrais te poser la même question, riposta t-il avec un sourire victorieux. Mais, tu changerais de sujet.
- Non, tu as tord, mon cher. Je ne changerais pas de sujet. Mais, toi, c'est exactement ce que tu viens de faire, ce qui suggère que tu as quelque chose à cacher. N'est-ce pas ?
- Je sais pourtant qu'il ne faut jamais jouer avec ta clairvoyance, mais c'est plus fort que moi !
Touché ! Il ne pouvait plus reculer maintenant.
- Alors, que se passe t-il entre vous ? Les interrogeai-je avec une certaine appréhension.
- On s'est embrassés... à plusieurs reprises, admit Marie en rougissant quelque peu.
- J'en étais sûre ! Était-ce avant, ou après la demande de Thomas ?
Elle baissa les yeux au sol, honteuse.
- Avant, et après, assuma t-elle.
- Marie, c'est de la folie !
Et je mesurais mes propos, car les mots qui me venaient à l'esprit était pas très plaisant.
- Je n'ai pas eu le choix pour Thomas, estima t-elle. J'ai fait ce qui me semblait juste pour l'Écosse.
- On a toujours le choix. Je te l'ai toujours dit. Tu es en train d'aggraver une situation déjà complexe, et qui pourrait se terminer par une guerre.
- Est-ce moi la reine, ou toi ?
Cette réflexion me laissa sans voix. Jamais elle n'avait osé me dire une telle chose. J'en fus blessée.
- Si vous voulez... vous disputer, allez donc ailleurs, gronda Sébastien qui venait d'ouvrir les yeux.
- Je n'ai plus rien à dire, et je ne dirais plus rien, décrétai-je, résignée.
Sébastien me lança un regard interloqué. Il ne comprenait pas la situation puisqu'il avait rater le début de la conversation
- Anne, nous avons besoin de ton aide, m'informa François. Thomas est tout sauf un homme bien. Il est violent envers ses valets, et envers Marie. Il utilise un souffre-douleur pour la punir lorsqu'elle lui dit quelque chose qui ne lui plaît pas.
- Oh, vous voulez mon aide ? Ricanai-je avec un air désinvolte. Mais, dites-moi, ne vous avais-je pas prévenue ? Il me semble bien que si. N'est-ce pas moi que l'on a mise à l'écart pour produire de telles idioties ? Oh, mais si. Maintenant que vous avez besoin de moi, vous ne pouvez plus vous permettre d'être négligeant. Non, car je dois toujours réparer les pots cassés. Anne Stuart, la bâtarde qui sert de bonne à la reine, sa demi-sœur. C'est hilarant, vous ne trouvez pas ? Eh oui, Marie, chaque acte a des conséquences. Je croyais que tu avais retenue mes leçons. Je m'étais lourdement trompé. Mon enseignement ne te sers à rien, alors... Je crois qu'on va en rester là. Père avait tord de croire que je pourrais t'aider à devenir un bon souverain. J'ai faillit à ma tâche, et je l'assume. Tu devras te débrouiller seule dorénavant. J'ai revu mes priorités, vois-tu. Je ne bougerais pas d'ici, et je resterais avec Sébastien.
- Anne..., commença t-elle, blessée.
- Non, ne dit rien ! Ma décision est prise, fin de l'histoire. Je ne suis plus ta conseillère. Dès maintenant, je ne serais plus que ta demi-sœur bâtarde. Père me pardonnera.
Les larmes menaçaient de s'échapper de ses grands yeux écarquillés. Je m'en voulais de la faire souffrir de la sorte, mais c'était un mal nécessaire.
- Anne, tu ne devrais pas être aussi dure, me réprimanda François.
- Si, au contraire. Il faut qu'elle comprenne.
Marie quitta subitement la pièce, en larmes. François me fusilla du regard avant de la suivre. Sûrement pour la réconforter. J'ai poussé un long soupir avant de me tourner vers Sébastien qui était rester muet jusque là.
- Tu es vraiment têtue, Anne, affirma t-il avec un air amusé.
- Je suis réaliste, voilà tout.
Nostradamus choisit ce moment pour entrer, les mains prises par des pots pleins d'ingrédients en tout genre. Je l'ai aussitôt rejoint pour l'aider. Il accepta avec plaisir, et me donna quelques pots. Il m'indiqua une petite table à l'autre bout de la pièce. J'ai posé les pots soigneusement. Il me remercia avec chaleur.
- Comment va t-il ? Me demanda t-il avec intérêt.
- Son état est stable, et il est de nouveau conscient. Avez-vous changé son cataplasme pendant mon sommeil ?
- Oui, en effet. Tous les trois heures, comme prévu. D'ailleurs, il est temps de le changer.
Il prépara sa fameuse mixture, alors que je prenais un nouveau bout de tissus blanc, et que je rejoignais Sébastien. J'ai défait son cataplasme avec soin, évitant de le faire souffrir.
- Que fais-tu, Anne ?
- Je te soigne, mon beau français.
La plaie n'était pas très belle à voir. Elle était rouge, chaude au toucher, et gonflée. Nostradamus me rejoint quelques secondes plus tard, son bol entre les mains. Il examina la blessure.
- Que pouvez-vous en conclure ? M'interrogea t-il, tel un professeur.
- D'après mes observations, il a toujours de la fièvre, et la blessure semble être pleine de pu. J'en conclus donc que l'infection est toujours là, et qu'il y a toujours risque de septicémie.
- Oui, c'est parfait. Très bonnes observations. Appliquons ce nouveau cataplasme, et si celui-ci a aussi peu d'effet, nous essayerons une autre méthode.
Il nettoya la blessure, et appliqua de nouveau sa mixture, avant de m'indiquer d'appliquer le tissus par dessus. Sébastien nous regardait faire sans comprendre, mais intrigué. Lorsque Nostradamus et moi avons finis, j'ai trempé un fin tissus dans un seau d'eau fraîche, et l'ai appliqué sur le front brûlant de Sébastien.
- Pourquoi est-ce que tu joues les médecins ? Sourit Sébastien avec difficulté.
- Je suis l'apprentie de Nostradamus.
Son sourire s'élargit quelque peu. Il savait très bien que je rêvais d'apprendre la médecine.
- Est-elle douée ? Demanda t-il à Nostradamus.
- Oui. C'est une très bonne élève, pleine de volonté, et qui a déjà de vastes connaissances en anatomie. Je n'aurais pu choisir meilleure apprentie.
- Vous me flattez ! M'exclamai-je, un peu gênée.
Ils levèrent les yeux au ciel en cœur, ce qui m'amusa.
- Je ne fais que dire la vérité, prétendit Nostradamus, sérieux.
- Je connais votre honnêteté, alors je ne remettrais pas vos affirmations en doute, admis-je. J'ai juste très peu confiance en mes capacités.
- Vous ne devriez pas. Vous avez des capacités que peu de personnes à cette cour ont.
Pourtant, je pensais le contraire. Je me trouvais trop ordinaire, banale, et sans importance. Je n'avais pas confiance en moi, même si je prétendais le contraire en public.
- Ne doutez pas autant de vous, Anne, me conseilla t-il. Le doute, c'est ce qui vous bloque. Personne d'autre que vous doutent de votre intelligence, pas même la reine. Elle vous voie comme une femme maligne, et cultivée.
- Vous êtes très convaincant.
Malheureusement, il était rare qu'on réussisse à me convaincre de quelque chose.
- Je t'ai toujours dit de te fier à tes capacités, mais tu es une vraie tête de mule, rappela Sébastien.
- C'est pas faux. Comment vas-tu ?
- Comme hier, avec une petite amélioration. Mais, comme il y a toujours un mieux avant de mourir, je ne m'y fierai pas.
J'ai poussé un long soupir, agacé.
- Tu ne mourras pas, c'est clair ? Grommelai-je. Je ne te laisserais pas mourir. Tu m'as dit, il y a peu, que la mort te faisait peur parce qu'elle est imprévisible, et qu'on ne peut lutter contre. Tu avais tord, parce qu'on peut lutter contre la mort. Tu as juste besoin de volonté ! Si tu veux vivre, alors tu vivras !
- Je ne voudrais pas paraître alarmiste, mais il n'est pas sorti d'affaire, intervint Nostradamus. L'infection peut toujours se généraliser, causant une septicémie.
- Il ne mourra pas, Nostradamus. Vous êtes un excellent médecin. Je ne doute pas de vos capacités, et je suis certaine que vous faites de votre mieux pour sauver Sébastien.
J'espérais, néanmoins, ne pas me tromper. S'il y avait bien une chose que j'avais découverte malgré moi, c'est que, parfois, des choses arrivent sans qu'on ne sache pourquoi. Je n'ai jamais vraiment compris pourquoi mon père était mort. Je l'avais vu mourir sous mes yeux, alors que je venais lui apporter la nouvelle de la naissance de Marie. Il m'avait fait promettre de lui apprendre tout ce qu'il m'avait appris, et avait dit : « La couronne nous est venue avec une femme, elle s'en ira avec une femme ! », avant de s'éteindre d'une simple fièvre sans importance. Il aurait pu aisément survivre s'il en avait eu la volonté, mais... Sa couronne était trop lourde pour lui. Il ne la supportais tout simplement plus. Il avait abandonné la vie au profit de la mort. Je ne voulais pas que Sébastien fasse de même. Je ne voulais pas encore perdre un être cher.
- Tu devrais dormir, lançai-je à Sébastien d'un ton neutre. Tu guériras plus vite si tu te reposes.
Il hocha la tête de façon peu perceptible, et ferma les yeux, comme écrasé par la fatigue. Je l'ai regardé pendant quelques secondes, inquiète, avant de me détourner. Je m'assis sur une chaise non loin de là, et m'endormit comme une masse, exténuée.
Lorsque je m'éveillai de nouveau, François était là avec un air préoccupé, et Nostradamus prenait la température de Sébastien. Je me suis levée d'un bond pour voir de quoi il en retournait. Trois pairs d'yeux se braquèrent sur moi, surpris de ne pas m'avoir vu me réveiller.
- La fièvre est tombé, m'apprit Nostradamus.
J'ai poussé un soupir de soulagement peu discret. Sébastien tenta de se relever, déclarant qu'il allait enfin pouvoir sortir mais Nostradamus le repoussa d'autorité sur son lit.
- Non ! Vous survivrez si vous ne rouvrez pas la blessure, si vous vous reposez, et si vous prenez mes remèdes.
- Si je passe une minute de plus dans ce lit...
- Sébastien ! Intervins-je avec un ton autoritaire. Si tu te lèves de ce lit, je te le ferais amèrement regretter, et tu sais très bien que je ne plaisantes pas.
Il se renfrogna. Satisfait, Nostradamus quitta la pièce. François en profita pour prendre sa place, alors que je restais debout.
- Tu avais promis de m'apporter du vin ! Lança Sébastien à l'intention de François avec un air amusé.
Il allait nettement mieux, ce qui me rassurait beaucoup. Il le méritait peut-être son vin, finalement ! Avec un sourire énorme, j'ai sorti une toute petite bouteille de vin d'une de mes bottes, et lui ai tendu. Il cligna des yeux plusieurs fois, surpris, avant de l'accepter et de boire une gorgée.
- Ça n'a pas l'air d'aller fort, supposa Sébastien en regardant François. C'est Thomas, c'est ça ? On m'a dit pour... ton enquête sur lui.
- Tu enquêtes sur lui ? Soufflai-je, ravie.
François hocha la tête.
- Je n'ai pas de preuves, mais mon instinct me dit que cet homme est un monstre. On murmure à la cour du Portugal qu'il a tué sa première femme.
Des frissons me parcoururent. C'était pire que ce que je pensais...
- S'ils n'ont pas trouvé de preuves là-bas, comment tu vas faire ici ? Le questionna Sébastien.
- Je n'en sais rien... Mais je me dois d'essayer. Je ne peux pas laisser Marie...
- Mais si, vous pouvez !
Surpris par cette voix inconnu, j'ai vivement tourné la tête vers la porte. Le fameux Thomas. Il n'avait pas l'air si impressionnant. Juste un bâtard qui se prenait pour un noble.
- Et vous devez, ajouta ce dernier d'un ton sans appel.
François se leva et s'approcha de lui avec un air menaçant. Je fis de même, ayant peur qu'ils en viennent aux mains.
- Vous posez des questions me concernant, affirma Thomas. Vous pensez que je ne le saurais pas.
- Non, j'espérais que vous le sauriez, répliqua François, ce qui me fit sourire.
- Et pourquoi ?
- Parce que votre future femme a la France pour ami. Son bien-être importera toujours à notre pays.
Mon sourire s'élargit. François développait clairement des sentiments pour Marie, et semblait jaloux de Thomas. Intéressant...
- C'est une menace ? L'interrogea Thomas.
Voyant que François ne répondait pas, il continua :
- S'il arrive quoi que ce soit à Marie Stuart, désormais, que ferez-vous ?
Mon sang ne fit qu'un tour. La colère montait en moi comme de la lave. Il ne payait rien pour attendre !
- J'espère que nous n'aurons pas à le savoir, lâcha François avec un ton peu amical. Ne l'espérez-vous pas pour votre fiancée ?
- S'il arrive quoi que ce soit à Marie, ce sera mon problème. Elle n'est plus à vous, elle m'appartient ! Peu importe les caresses que vous lui volaient. Vous resterez toujours ce petit prince impuissant qui n'a pas été capable d'envoyer quelques hommes défendre son pays.
Furieux, François tenta de se jeter sur lui, mais il fut retenu par Sébastien que je n'avais pas vu se lever. Un cri de douleur lui échappa, alors que je repoussai Thomas en direction de la porte.
- Pour votre gouverne, Marie est ma sœur ! Éclatai-je en prenant une voix beaucoup plus aigu qu'à l'accoutumée. Si quelque chose doit lui arriver, je n'hésiterais pas à vous tuer de mes propres mains, même si je dois y laisser la vie. Elle n'est pas vôtre, vous entendez ? Marie est à moi. Et si vous osez la frapper... Personne ne saura me retenir de vous étriper. Et si vous n'avez pas compris, c'était une menace.
Je l'ai poussé un peu plus fort vers la porte, mais il me repoussa et me frappa violemment au visage. La force du choc m'envoya au sol. Je ne pu retenir un petit cri mêlant surprise et douleur. J'ai essuyé rageusement le sang qui maculaient mes lèvres, avant de me lever d'un bond, et de lui sauter dessus pour le frapper, mais... François me retint par la taille. Je me suis débattu pour tenter de lui échapper, en vain. Il me tenait trop fermement pour que je puisse lui échapper. Thomas lâcha un grognement méprisant à notre encontre et sortit de la pièce. Je cessai de me débattre en poussant un cri rageur.
- Ça va, Anne ? S'enquit François en me lâchant pour examiner mon visage. Il t'a bien amoché.
Il n'aurait jamais dû dire ça, puisque aussitôt, nous fûmes rejoint par Sébastien qui écarta François d'un geste pour voir mon visage à son tour. Je vis la colère gagner son visage. En effet, il n'avait pas dû me rater, et la vive douleur que je ressentais à présent semblait le confirmer.
- Si tu ne le tues pas, je le ferais ! Grogna Sébastien à l'intention de François. Cet homme est un monstre.
- Oh, non, non, non ! Chantonnai-je avec un sourire sournois. Celui-là est pour moi. S'il croit pouvoir te menacer, François, menacer Marie, et me frapper impunément, c'est qu'il ne sait pas à qui il a affaire. J'en fais une affaire personnelle.
Je sentais le bas de mon visage gonfler peu à peu, et la douleur devenir de plus en plus vive. Je pris un tissus et le trempai dans un seau d'eau fraîche. Je posai le tissus doucement sur la partie blessée de mon visage, et ai retenu un cri de douleur. Quelques larmes coulèrent sur mes joues, témoignant de la douleur qui me torturait. Repérant un miroir sur une petite table à l'autre bout de la pièce, j'en ai profité pour me voir. Je n'aurais jamais dû... Toute une partie de mon visage commençait à gonfler en prenant une teinte rouge violacée. J'ai lâché un hoquet de stupeur, et ai laissé tomber le miroir qui, heureusement, atterrit sur un coussin au sol. C'était pas beau à voir.
- Il m'a défiguré ! M'écriai-je avec des yeux ronds comme des soucoupes. Il faudrait une tonne de maquillage pour cacher ça !
Nostradamus choisit ce moment pour entrer.
- Sébastien, vous... Anne, qu'est-il arrivé à votre visage ?
- J'ai eu un petit différend avec notre cher ami Thomas du Portugal, ironisai-je en esquissant un sourire crispé par la douleur.
- C'est lui qui vous a fait ça ? Qu'est-il arrivé ?
Je lui ai alors raconté ce qu'il s'était passé. Nostradamus parut assez peu surpris par le comportement de Thomas. Il devait connaître les rumeurs sur son compte.
- Je vais appliquer une rondelle d'oignon sur votre hématome, me dit-il en coupant le légume en deux.
- Un oignon ? Grimaça François.
- L'oignon empêche la formation d'un bleu, rétorquai-je avec un air savant.
François leva les yeux au ciel, et se retint de rire lorsque Nostradamus m'appliqua la fameuse rondelle d'oignon sur le coup que j'avais reçu. Mes larmes ne tardèrent pas à recouvrir mes joues, provoquant l'hilarité générale.
- Arrêtez de vous moquer, voulez-vous, maugréai-je en les fusillant du regard. Si cela arrive un jour, comptez sur moi pour vous ridiculiser.
Ils savaient que je ne plaisantais pas, alors ils arrêtèrent de rire. Nostradamus me dit de tenir fermement l'oignon contre ma joue. Je m'exécutais en essuyant mes larmes de l'autre main.
- Combien de temps dois-je rester comme ça ? Lui demandai-je en retenant une grimace de dégoût en sentant l'odeur.
- Seulement quelques minutes. Je vous dirais quand vous pourrez l'enlever.
J'ai opiné de la tête, rassuré que ça ne dure pas des heures. J'aurais eu l'air chouette avec un oignon devant tout le monde car... Oh non, j'avais oublié le bal costumé ! Quelle horreur !
- Comment vais-je faire pour le bal costumé, les gars ? M'écriai-je tout à coup à l'intention de Sébastien et François. Je ne peux pas me présenter défigurée de la sorte.
- Je m'en occupe, sourit François. Je vais te trouver un déguisement digne de toi.
- Choisis quelque chose de simple, d'accord ?
Il hocha la tête en camouflant un sourire.
- Pourrais-tu me ramener quelque chose également, s'il te plaît ? Lui demanda Sébastien. Je n'ai pas envie de rester ici alors que tout le monde s'amuse.
- Pas de problème !
François sortit de la pièce avec un large sourire qui ne présageait rien de bon, mais cela m'importait peu.
- Tu ne devrais pas être debout, intervins-je, légèrement inquiète. Et encore moins aller à ce bal. Tu ne t'es pas encore remis de cette blessure, et il faut à tout prix éviter de la rouvrir.
- Elle n'a pas tord, approuva Nostradamus.
- Je serais prudent, ne vous inquiétez pas, assura Sébastien, sûr de lui.
Nostradamus et moi échangeâmes un regard inquiet. Sébastien n'était pas du genre à faire très attention. Loin de là ! Il prenait souvent des risques inconsidérés pour ses proches.
- Vous ne me ferez pas changer d'avis, ajouta t-il en voyant nos expressions.
- Je le sais bien, soupirai-je.
Je craignais qu'il ne s'en prenne à Thomas, et surtout, qu'il rouvre sa blessure. Il avait déjà frôlé la mort, et je ne voulais pas qu'il recommence. J'avais peur pour lui.
- Il est temps de retirer l'oignon, m'informa Nostradamus.
Je me suis exécuté avec plaisir, voulant écarter le plus vite possible de mon visage cet oignon malodorant. Nostradamus me montra mon visage dans un miroir. Ma joue était nettement moins rouges et moins gonflé. Néanmoins, on pouvait facilement deviner que j'avais reçue un coup. Ma joue avait pris une teinte un peu violette.
- Un peu de maquillage, et on ne verra rien, m'assura Nostradamus.
- Merci beaucoup ! Porter une trace pareil m'aurait coûté. Hors de question que l'on croit que je me suis battu avec quelqu'un. Les gens apprécient les rumeurs, surtout lorsqu'il s'agit de têtes couronnés et de bâtards.
Les gens pouvaient se montrer impitoyable, et condamner quelqu'un juste à cause des dires de quelques personnes. Les rumeurs se propageaient vite à la cour, et pouvait détruire la réputation de quelqu'un tout aussi vite. Elles étaient dangereuses. C'est pour ça que j'aimais bien jouer avec les rumeurs. Je pouvais aisément me donner un genre.
- Tout le monde croit que vous êtes ici parce que vous voulez vous rapprocher de Sébastien, et non pour aider votre sœur, m'informa Nostradamus avec un air détaché.
- Quoi ! M'exclamai-je, abasourdie.
- C'est la reine qui m'en a informé il y a peu.
- Oh, j'hallucine !
J'étais certaine qu'il y avait des rumeurs à mon sujet, et je n'étais vraiment surprise que cela concernait également Sébastien. Lui et moi, nous avions déjà vécu bon nombres de rumeurs plus jeune. Certaines étaient vrai, et d'autres fausses.
- On dit également que vous auriez un enfant caché, ajouta Nostradamus en esquissant un sourire amusé.
- Un enfant caché ?
Sébastien et moi échangeâmes un regard avant d'éclater de rire. Les gens ne savaient plus quoi inventer.
- C'est... Incroyable ! Ris-je en me tenant les côtes. Quand aurais-je pu avoir cet enfant ? Il faut être idiot !
- Laissons-les imaginer, sourit Sébastien. Il faut avouer que c'est assez amusant.
- C'est vrai.
D'autant plus que rien de tout ça n'était vrai. Tout ça devait venir d'une personne qui voulait nous discréditer. Je me demandais qui pouvait bien faire ça.
- Hum... Pourrais-je me nettoyer le visage ? Demandai-je, fronçant le nez en sentant encore l'odeur de l'oignon sur ma peau. Cette odeur... Je détestes l'oignon.
Sébastien entreprit de nettoyer ma joue avec un tissus mouillé sentant la rose. Je le remerciai avec un sourire. Je me sentais nettement mieux tout à coup.
- Je..., commençai-je avant d'être interrompu par des coups à la porte.
C'est François qui revenait, chargé de vêtements. La première chose que je vis fus cette robe d'un rouge saisissant, digne d'une reine. Pourquoi une robe ? J'aurais préféré me déguiser en homme. En chevalier, même !
- Vous allez être splendide ! S'exclama François avec un large sourire.
Il me tendit la robe, ainsi qu'une cape noire, et une perruque blonde.
- Tu veux que je ressemble à la reine Guenièvre ? Ironisai-je.
- Non, à la reine Iseut.
- Iseut ? Comme dans Tristan et Iseut ?
François donna son costume à Sébastien avant d'opiner de la tête.
- Oh, Sébastien, laisses-moi deviner..., chantonnai-je avec une voix un peu aigue. Tu es Tristan !
- Humm... En effet. Tristan et Iseut, c'est pas cette histoire d'amour dû à un philtre d'amour ?
- Oui, c'est ça.
Il leva les yeux au ciel et regarda François avec un sourire amusé. Ce n'était pas étonnant de sa part. On aurait même dû s'y attendre, le connaissant. Il avait toujours voulu nous faire avouer notre amour.
- Tristan et Iseut... , pouffai-je. Qui est donc le roi Marc ?
- J'en sais rien, sourit François.
J'aurais largement préféré être Guenièvre, et que Sébastien soit Lancelot. Je trouvais l'histoire de ces deux-là plus belle que celle de Tristan et Iseut, malgré les similitudes. J'avais toujours adoré la légende du roi Arthur. J'avais même dévoré chaque livre qui en parlait. Pour moi, la meilleure version était celle de Chrétien de Troyes, notamment Lancelot ou le chevalier à la charrette. L'histoire d'amour est juste... magique !
- Merci, François, fis-je tout de même, imité par Sébastien.
Bon, il était maintenant temps de se préparer pour ce bal masqué...
OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo
Je ne m'attendais pas à ce que Marie se déguise en Artémis, la déesse chasseresse. Elle était magnifique. Déguisé en Iseut, elle ne me reconnut pas. Je voulus lui faire la surprise, mais un événement m'en empêcha. Thomas. Il était autoritaire avec elle, et n'hésitait pas à lui faire mal. Mon sang ne fit qu'un tour. Je les ai rejoint d'un pas rapide.
- Marie, je vois que tu n'as pas oublier mes histoires sur la mythologie grecque ! M'exclamai-je avec un sourire.
- Comment pourrais-je les oublier ?
Je vis Thomas me détailler de la tête au pied. Je pris alors un air provocateur en ignorant la gêne qui montait en moi.
- J'aimerais dire que je suis ravie de vous revoir, Thomas, mais ce n'est pas le cas, alors je ne mentirais pas, souris-je exagérément.
- De même. Je vois que votre visage se porte bien.
- On ne vous a jamais appris à ne pas frapper les femmes, monsieur ? C'est inconvenant venant d'un homme qui sera bientôt roi.
- C'est inconvenant pour une femme comme vous de s'en prendre à un homme qui sera bientôt roi.
Il était agacé. Bien, c'est ce que je voulais.
- Oui, mais vous n'êtes pas encore roi, répliquai-je avec un air malin. Pour le moment, vous êtes juste un bâtard. Comme moi.
- Nous sommes différent, au contraire. Mon père m'a légitimé, alors que le vôtre est six pieds sous terre. Vous resterez une bâtarde toute votre vie.
- Votre père est en train de commettre une énorme erreur. Vous n'êtes juste qu'un enfant pourri gâté. Vous avez pour habitude d'obtenir tout ce que vous désirez, et vous ne supportez pas quand on vous dit « non ». Vous êtes prétentieux, et égoïste... imbu de vous-même ! Je... Ahh...
Sa main s'était refermé sur mon poignet telle une serre. Il le serrait tellement fort que j'entendais mes os craquer. J'ai passé outre la douleur pour sourire mielleusement. Cela le mit encore plus en colère.
- Vous n'êtes qu'une petite prostituée, Anne Stuart, s'emporta t-il avec une voix terrifiante. Une prostituée que je mettrais à genoux ! Vous embrasserez mes pieds quand je serais roi. Et, je vous ferez exécuter.
- J'en frémis déjà...
Sa main se resserra encore plus sur mon poignet, à tel point que je ne sentais plus mes doigts. Je me fis violence pour ne rien laisser paraître, gardant un air impassible.
- Vous voulez me tuer, Thomas ? Faites-le maintenant. Vous serez débarrasser de moi, une fois pour toute.
- Je le ferais volontiers si je le pouvais. Je me contenterais de vous faire souffrir, petite garce.
- Et... De quelle manière me ferez-vous souffrir ? Vous ne connaissez pas mes points faibles.
Un sourire mauvais étira ses lèvres. Il rapprocha son visage du mien, si bien que je sentais son souffle. Dégoûtée, j'ai tenté de reculer, mais il serra un peu plus fort mon poignet.
- Vos faiblesses sont Marie, le dauphin, et le bâtard d'Henri II, devina t-il. Vous les aimez plus que votre propre vie. L'amour est une faiblesse... Votre faiblesse.
- Ou une force. Quand personne ne nous aime, on fait semblant d'être fort alors que ce n'est pas le cas. Personne ne vous aime, Thomas. Personne ! Vous êtes seul... Seul, et faible !
- Anne..., me prévint Marie avec un air inquiet.
Je lui ai fait signe de se taire. Cela ne la concernait pas.
- Vous êtes une idiote, affirma Thomas.
- Je suis une idiote, mais... Vous, vous êtes un imbécile sans cœur, sadique, incapable d'être aimé par qui que ce soit, et vous...
Une de ses mains enserra ma gorge, m'étouffant. Marie tenta d'intervenir mais il lui prit la main et la serra si fort dans la sienne qu'un gémissement de douleur s'échappa de sa bouche. Je commençais tout doucement à manquer d'air, si bien que je tentais tout ce que je pouvais pour me libérer de son emprise. Ma libération arriva quand Sébastien me libéra, et que François fit de même avec Marie.
- Avez-vous oublier notre discussion ? Lança Thomas à François. Marie est ma fiancée.
- Vous avez menti ! Vous n'êtes pas prince héritier. Il vous faut une reine pour achever de convaincre le pape. Alors, quand Marie a eu besoin de soldats pour défendre son pays, vous avez été le seul à en envoyer, car les miens avaient été piégés.
- A cause d'un renseignement venant de la cour, comprit Marie avant de le regarder de travers. Un espion que l'on pensait être Lord Simon.
La colère de Thomas s'amplifia. Je percevais nettement son malaise. Il était l'espion.
- Si vous accusez le futur roi du Portugal, j'ose espérer que vous avez des preuves, grogna t-il en les menaçant du doigt.
- Nous en aurons bientôt.
Il nous fusilla du regard avant de partir de la pièce d'un pas rapide. Cela ne présageait rien de bon.
- Ça va ? S'enquit Sébastien en prenant délicatement mon poignet dans ses mains.
- Oui, mais j'aurais sûrement des hématomes. Je veux être là quand on lui décollera la tête pour trahison. Je ne manquerais ça pour rien au monde.
François et Marie discutait à coté de nous, mais pas comme des fiancés. Non, comme des souverains. Ils arboraient tout deux cet air si typique des rois et des reines. J'étais fière de Marie. Elle savait garder la tête froide, malgré la situation.
- Il nous faudrait un témoin pour prouver que Thomas est un traître, intervins-je.
- Son valet, Miguel, le déteste, nous dévoila Marie. Il pourrait nous aider.
- Cherchons-le, décida François. Thomas cherchera à l'éliminer maintenant qu'il sait qu'il a trahi la France.
Tout le monde acquiesça, et nous nous séparâmes pour trouver le valet.
OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo
Pendant une heure, j'ai cherché Miguel dans tout le château... En vain. J'ai fini par rejoindre François et Sébastien dans les jardins. Lola était là également. Elle leur annonça que Thomas avait emmené Miguel à la chasse. Il ne fallait pas être idiot pour comprendre ce qu'il allait faire. Miguel était le gibier, et non le chasseur. Son temps était compté. Il fallait donc nous dépêcher. Dès que nous avons appris cela, nous nous sommes rendus aux écuries d'un pas rapide, et nous sommes emparés d'un cheval.
Je n'étais pas d'accord pour que Sébastien monte à cheval, mais bien entendu, il ne m'écouta pas. Une vrai tête de mule !
François connaissait l'endroit où Thomas avait emmené Miguel. C'est là où il allait lui-même à la chasse avec son père. Au fil et à mesure que l'on se rapprochait, je reconnaissais l'endroit pour y avoir déjà été pour pratiquer la chasse à coure avec le roi Henri. L'endroit était d'une grande beauté. J'avais toujours adoré les bois bordant le château. Malheureusement, ces bois étaient connus pour ses meurtres. Il n'était pas rare d'y retrouver des corps pendus, ou déchiquetés, voire égorgés. Ce n'était pas étonnant que Thomas y emmène Miguel pour le tuer. C'était le moyen le plus sûr de tuer quelqu'un, car même si la victime crie, personne ne peut l'entendre.
Lorsque nous sommes arrivés sur les lieux, Thomas avait armé son arc, et s'apprêtait à tirer sur Miguel. Je retins mon souffle, incapable de prononcer un mot, alors que François et Sébastien sautait de selle en hurlant « non ». Par réflexe, Thomas se retourna vers nous, et pointa leur arc sur eux. Ils se jetèrent derrière un buisson. Alors, le portugais pointa sur arc sur moi à la place. Je le fusillai des yeux, et puis, j'ai eu une idée. J'ai discrètement enlevé mes pieds des étriers.
- Qu'attendez-vous pour me tuer ? Le provoquai-je. N'est-ce pas ce que vous voulez ?
- Avec grand plaisir !
J'ai regardé derrière lui comme si je voyais quelque chose en entrouvrant la bouche pour simuler la surprise. Il jeta un bref coup d'œil derrière lui, inquiet. J'en profitais pour me laisser tomber de cheval de l'autre coté. La chute me coupa le souffle, mais au moins, je n'avais pas une flèche dans le corps. Néanmoins, j'entendis un cri de douleur. Il venait de Miguel. Thomas l'avait touché dans la jambe. J'ai lâché un grognement de colère.
- Restes-là, m'ordonna François en chuchotant.
Sébastien était déjà sur Thomas, l'épée au poing, et avait carrément couper son arc en deux. Un sourire étira mes lèvres. François profita de ce moment pour rejoindre Miguel et s'assurer de son état. J'en fis autant, ne voulant pas obéir à ses ordres.
- Je t'avais dit de rester là-bas ! S'écria t-il, en colère.
- Je m'en fiche, François ! Je ne resterais pas là à vous regarder vous battre. Je ne suis pas comme ça. Vas aider Sébastien, je m'occupe de Miguel. Il a besoin de toi. Je te rappelle qu'il a été blessé il y a peu.
François soupira, mais hocha tout de même la tête. Il récupéra l'épée qu'il avait posé au sol, et s'élança vers son frère et Thomas. Quant à moi, je me tournai vers Miguel.
- Ça va ? M'enquis-je, soucieuse.
- J'irais mieux quand il sera mort. Il me fait peur.
- Je comprends, ne vous inquiétez pas. Nous vous protégerons.
Un cri de douleur me détourna de lui. Je fis volte-face, inquiète. Sébastien était allongé au pied d'un arbre, et appuyait à l'endroit de sa blessure. Du sang teintait sa chemise blanche de rouge. Mon sang ne fit qu'un tour. J'ai couru jusqu'à Sébastien, sans me soucier des autres, et me suis jeté à ses cotés.
- Mon dieu, tu as rouvert la blessure ! Fis-je, prise de panique.
J'ai écarté sa main d'autorité pour voir l'étendu des dégâts. La blessure n'était pas totalement rouverte. Heureusement ! J'ai poussé un petit soupir de soulagement.
Derrière moi, j'entendis le bruit d'une chute. François venait d'atterrir contre un arbre. Sonné, il reposait au sol, l'épée toujours dans sa main. Incapable de se lever, Sébastien poussa son épée vers moi. J'ai regardé l'épée puis ses yeux, et je su que je devais me battre à mon tour. J'ai empoigné l'épée, et me suis levée avec un air déterminé. Je me suis jeté sur Thomas avec une rage destructrice. J'étais peut-être une femme, mais je n'en était pas moins forte. Il reculait sous mes assauts, incapable de répliquer. Cependant, je fis une erreur. J'ai trébuché sur une énorme branche d'arbre. J'ai perdu momentanément l'équilibre. Il en profita pour m'attaquer de toutes ces forces. J'ai eu bien du mal à esquiver.
- Une femme ne devrait pas tenir une épée ! Dit-il en tentant de m'égorger.
- Vous êtes d'un misogyne !
Son épée passa à un souffle de mon visage. Je me reculais soudainement. Pris par surprise, il donna un coup d'épée dans l'air. J'en profitai alors pour l'attaquer sur son flanc gauche. Il eut du mal à esquiver, et contrer mes attaques. En quelques minutes, je réussi à le désarmer. Malheureusement, il donna un habile coup de pied dans mes mains, faisant voler mon épée dans les airs. Surprise, j'ai écarquillé les yeux en regardant mes mains vides. Quelle grossière erreur ! Il m'assomma d'un coup de poing. Étourdi, je regardais le ciel d'un bleu azur. Ma tête me faisait atrocement souffrir, si bien que j'avais l'impression que l'on me frappait avec un marteau. Je mis une minute à me remettre. Lorsque je suis parvenu à m'asseoir, François tenait Thomas à sa merci. Ce dernier continuait de le menacer, déclarant qu'il aurait la guerre si François le tuait. François ne se laissa pas démonter, et répliqua avec aisance. Furieux, Thomas enleva le poignard qui était planté dans sa cuisse – quand était-ce arrivé ? - et tenta de poignarder François, mais celui-ci étant plus rapide, il lui planta sa dague dans la poitrine. Le portugais s'effondra sur le sol, et lâcha son dernier souffle.
Ainsi finit Thomas du Portugal, bâtard, et ex-futur roi du Portugal.
Alors, que pensez-vous de ce chapitre ? Du craquage d'Anne ( je sais pas trop si ça se dit ) ? La colère justifié ou non d'Anne envers Marie ? La complicité d'Anne et Nostradamus ? Le fait qu'il l'ait prise comme apprentie ? Anne, François et Sébastien contre Thomas ? La mort de ce dernier ? Dites-moi tout !
