The exorcist 3

Faire de toute histoire une œuvre d'art.

Début du chapitre

A nouveau, la douleur la transperce. Celle des souvenirs, celle de l'amour perdu, celle des souvenirs à jamais envolés. Celle des moments qui, inéluctablement, appartiennent au passé.

Au cœur de ses rêves, Yuka revit le désespoir. Ce compagnon qui ne la quitte plus depuis tant d'années. Celui avec qui elle partage la moindre de ses aspirations, toutes ses respirations. Celui qui ronge ses entrailles d'une noire flamme, et consume lentement son cœur.

Le désespoir, Yuka le connaît bien. Insidieusement, il vient, prend place à tes côtés, pour ne plus te quitter. Le monde devient sombre, la lumière disparaît. La vie a perdu tout goût, seule sa fadeur insipide reste, et esseule davantage le cœur éploré. Tout intérêt s'est envolé, seul reste une immense impression de gâchis, d'inaccompli. Les regrets et les remords, ces entêtants tourments, entament alors leur sordide sarabande, dans laquelle chaque jour devient plus sombre.

Eteinte la flamme des yeux, éteinte la flamme du cœur, éteint, l'espoir.

Plus rien à perdre, rien à gagner. Alors vient la proposition, la tentation, l'abandon à l'obscurité. Perdu au milieu de ce déchaînement d'émotions, englouti par tant de tristesse, cette tristesse qui finit par rendre l'individu anesthésié par la douleur, comment un enfant pourrait-il t y résister ?

Et Yuka, devenue puit d'indifférence, y avait cédé.

Bien que le plus souvent la douleur soit jugulée, elle ne peut rester éternellement sous-jacente. Et c'est dans le sommeil qu'elle se manifeste.

Coutumière des cauchemars, Yuka ne fut pas étonnée de se réveiller au beau milieu de la nuit, les joues trempées de larmes. Mais peut-on appeler cauchemars les réminiscences d'un passé heureux ? Sans doute, si leur conséquence n'est autre que tourments.

Aussi, pour se distraire, Yuka se mit à penser à la seule chose capable de la distraire. A son plus grand ennemi, qu'elle s'était juré de détruire. Dans ce but, elle avait cédé jusqu'à son propre corps, et l'intégrité et la pureté de son âme. Maculée, souillée, telle était cette âme. Mais la jeune fille n'en avait que faire.

Simulant des émotions, feignant des sentiments, cet être vide avançait inlassablement dans sa quête meurtrière.

Et sa cible, qu'elle avait aujourd'hui rencontré pour la première fois, qui jouissait d'une vie paisible, qui avait une famille à qui sourire, qui menait la vie normale qu'elle aurait dû avoir, lui donnait la nausée.

Comme de coutume, elle se glissa hors de son lit, avisa la fenêtre, ouvrit le battant et sortit. Avec reconnaissance, elle sentit le poids qui menaçait de l'écraser se dissiper sous la caresse du vent. Il aimait la brise nocturne.

Sentant soudain une distorsion dans l'atmosphère, Yuka tourna la tête vers l'ouest. Un rictus froid vint un instant animer ses traits, tandis qu'elle bondissait, de toit en toit, vers l'endroit d'où provenait les troubles. Aussi discrète qu'un songe, elle parvint sur le lieu, et se tapit contre les tuiles, observant la scène qui se déroulait en contrebas, sans se faire repérer.

Deux hommes élaboraient ce qui semblait être un plan, dans une des ruelles et malfamées de la ville. D'après ce qui lui parvenait, Yuka en déduisit qu'ils cherchaient un homme d'une cinquantaine d'année, qui venait de leur échapper. Tous deux portaient dans leur dos un sabre japonais. Et quand la lune, jusque-là dissimulée par les nuages, éclaira la scène de son éclat argenté, Yuka put parfaitement reconnaître l'emblème cousu sur leurs vêtements.

Celui des Uchiha. Le plus puissant clan d'exorcistes du pays.

Une rage froide bouillonna en elle, venant des tréfonds de son être, et elle s'éloigna. S'ils la repéraient, la situation deviendrait compliquée. Aussi quitta-t-elle l'endroit, pour se réfugier dans un parc quelconque.

Brièvement, elle pensa à ceux qui l'avaient dessiné, ces gens ordinaires qui ignoraient tout de ce qui se passait autour d'eux. De la guerre que les exorcistes livraient depuis la nuit des temps contre les démons, afin de protéger la population. Du nombre de vies sauvées par ces héros de l'ombre, du nombre de vies sacrifiées en secret. Des techniques puissantes que chaque clan avait dues crées pour se défendre et détruire leurs cibles.

Elle ricana un instant. Il lui arrivait encore de voir les exorcistes comme des héros, bien que certains soient plus avides et cruels que ceux qu'ils chassaient.

Il était hors de question qu'elle laisse ces Uchiha de malheur œuvrer à leur guise. Aussi utilisât- elle une technique qu'elle connaissait, et qui lui permettait de localiser des possédés. Car c'était bien ce que les deux hommes cherchaient. Un possédé, probablement dangereux, qui s'était évadé.

Une fois qu'elle l'eut repéré, elle s'élança dans la nuit.

Une fois à proximité, elle s'arrêta, laissant son souffle se calmer, les battements de son cœur reprendre leur rythme ordinaire.

L'homme en question, titubant légèrement, tentait d'escalader une grille pour pénétrer dans un jardin public. Décidément, c'était la nuit des endroits botaniques, constata Yuka. Il y parvint enfin, et s'enfonça dans les profondeurs du parc, dissimulé par la nuit. Elle soupira, franchit les obstacles sans mal, et emprunta à sa suite un petit sentier.

Une heure plus tard, le duo d'exorcistes arriva. Suivant à la trace leur proie, ils sentirent qu'ils se rapprochaient. L'homme ne pouvait plus leur échapper désormais, et ils pourraient entamer le processus d'exorcisme, séparant l'hôte et le démon. Ils doutaient cependant d'y arriver sans encombre. Il arrivait certaines fois que le réceptacle et l'entité maléfique soient trop liés pour être séparés, et le possédé devait alors suivre un traitement spécial.

Toutefois, quant ils arrivèrent là où se trouvait l'homme, ils se figèrent.

Affaissé sur le sol, le visage déformé par une hideuse grimace de terreur, la bouche ouverte sur un hurlement muet, le quinquagénaire se trouvait là. Mort. Toute trace démoniaque avait disparu.

«On rentre au QG » commenta calmement le plus vieux. Bien que semblant imperturbable, une légère inquiétude nouait son ventre. Avec une vigilance extrême, ils quittèrent les lieux.

Il se demandait qui diable avait pu exorciser l'homme en un temps si rapide, et sans qu'ils ne perçoivent rien. Tout exorcisme perturbait les ondes psychiques, que tout exorciste percevait. Et surtout, il était de notoriété publique que cette ville était le territoire des Uchiha. Et une des plus anciennes règles de l'Ordre était de ne jamais empiéter sans autorisation, dans la juridiction d'un clan.

Tout cela ne présageait rien de bon. Il devait voir le chef de toute urgence.

Fin du chapitre