Note de l'auteur : J'ai "enfin" réussi à publier la suite. J'espère que cela vous plaira. Certains d'entre vous ne sont peut-être pas très friands des considérations géopolitiques exposées dans la fic, mais je me suis dit que je ne pouvais pas écrire ce genre d'histoire en restant centrée uniquement sur ce qui se passait au SGC :). N'ayez crainte, tout cela va se recentrer sur nos protagonistes préférés.

Merci aux revieweurs et revieweuses, les critiques bonnes comme mauvaises m'aident à m'améliorer :)

§§§

Ford Tachyon édition limitée technologie AntiGrav(c). Le ciel n'est plus la limite.

Publicité Ford, 2054

§§§

Jack tapota machinalement son crayon sur la feuille, considérant les quelques lignes qu'il avait déjà écrites.

Ce n'était pas sensé être si difficile, non ?

Il ratura une phrase, remplaça quelques mots par endroits et ajouta une ou deux plaisanteries convenues. Bon, l'ensemble n'était pas trop mal. Plutôt bien écrit, et parfaitement adapté à l'ordre du jour. Un discours conventionnel, en somme. Mais il lui semblait qu'il manquait... comme un petit quelque chose. Il n'aurait su dire quoi. Jetant rapidement un coup d'oeil à sa montre, il soupira. Il était temps d'y aller, ou il allait finir par être en retard !

Une dernier check-up s'imposait. Il plia le papier en quatre et le fourra dans la poche de son uniforme. Le miroir l'attendait sagement au fond de ses quartiers. Uniforme repassé impec, ok. Absence d'épi dans les cheveux, ok. Chaussures cirées nickel-chrome, ok. Sourire ultra-bright... ok ! Bon, il n'arrivait pas à la cheville de feu Martouf sur ce dernier point, mais il se débrouillait plutôt bien quand les circonstances l'exigeaient.

"Et bien il n'y a plus qu'à, Jack !" fit-il pour lui-même en pivotant sur ses talons.

§§§

"Mon Colonel !"

"Walter ? Faites vite, je suis pressé !" répondit Jack alors qu'il marchait à vive allure vers la salle d'embarquement.

"Justement mon Colonel, c'est à propos de cela. Le Général vous fait savoir qu'il est convoqué de toute urgence en réunion avec les chefs d'Etat-Major à Washington, et qu'il ne pourra donc pas assister à la cér..."

"Raaaaaah ! ça ne va même pas durer une demie-heure, Walter..."

"Il est parti il y a 20 minutes, mon Colonel."

"Ah." fit Jack tout en pressant le pas, le malheureux Walter Harriman tentant de rester à sa hauteur. "Veut-il que l'on reporte ?"

"Non mon Colonel, il a dit, je cite, que vous sauriez 'très bien vous débrouiller tout seul'..."

"C'est gentil de sa part !"

"C'est donc vous qui dirigerez la cérémo..."

"Merci, Walter, j'avais compris ! Autre chose ?"

"Vous aurez besoin de ça, monsieur" fit Walter en lui remettant une boîte carrée, alors qu'ils arrivaient en salle d'embarquement.

Jack se dirigea vers le pupitre qui avait été installé en haut de la rampe d'accès à la Porte, et vérifia rapidement le contenu de la boîte. Tout était là... Parfait.

Les principaux officiers du SGC étaient déjà arrivés, fiers comme des coqs dans leurs uniformes d'apparât... Mais ne l'était-il pas lui-même, au fond ?

Rajustant nonchalamment sa cravate, il tenta d'oublier la boule qui commençait à se former dans sa gorge. C'était un jour spécial, et il était fier. Tellement fier... SG-1 serait entre de bonnes mains.

Il sortit discrètement son discours de sa poche et le plaça sur le pupitre. Evidemment, il avait été écrit alors que George était sensé diriger la cérémonie, ce qui changeait quelque peu la donne. Peut-être que s'il modifiait légèrement le début...

C'est alors que les murmures des officiers se turent. Il leva les yeux, et sentit sa gorge s'assécher.

Dieu qu'elle était belle.

Ravissante, magnifique, éblouissante ! Ce cela faisait un bout de temps qu'il n'avait pas vu Carter en uniforme de cérémonie, et il avait presque oublié à quel point celui-ci lui allait à ravir. Samantha Carter en treillis, c'était déjà quelque chose, mais en grand uniforme... Quelle femme !

Il se morigéna intérieurement. Il n'était pas là pour admirer le physique sculptural de son second, mais pour lui remettre une promotion largement méritée :

Aujourd'hui, le Major Carter devenait Lieutenant-Colonel de l'US Air Force.

Elle vint se positionner à sa gauche sur la rampe d'embarquement, souriante. La scène avait un petit air de déjà vu, nota t-il avec amusement.

Il jeta un dernier coup d'oeil au papier qui trônait sur le pupitre. Maintenant que Carter se tenait devant lui, droite comme un I, les phrase qu'il avait écrites lui semblait tellement banales, si dénuées de sens comparées aux accomplissements de la jeune femme.

Il releva finalement la tête, et décida de faire fit de ce qu'il avait préparé.

"Qu'est-ce qu'un héros ?" commença t-il en balayant la salle du regard. "Un héros est à la fois un exemple à suivre, celui qui par ses actions exalte les vertus de courage et d'engagement au service des autres. C'est aussi celui qui apporte la lumière quand il n'y a plus que l'obscurité. L'espoir quand tout semble perdu..."

Il jeta un discret coup d'oeil à la jeune femme et leurs regards s'accrochèrent.
"La main tendue quand vous peinez à vous relever, et le réconfort quand vous croyez avoir échoué..."

Carter commençait à rougir légèrement.

"Nous sommes réunis ici pour honorer une véritable héroïne. Ni, moi, ni aucun de ceux qui sont présents aujourd'hui dans cette salle ne serions encore vivants sans le courage et la ténacité du Major Samantha Carter... Combien de fois a t-elle sauvé cette base, la Terre, ou même la Galaxie toute entière ?"

C'était lui, ou bien l'air commençait à avoir une odeur légèrement ionisée... ?

"Je pourrais vous faire la liste de toutes ses actions d'éclat sur le champ de bataille, mais ce serait oublier que c'est aussi grâce à son brillant esprit scientifique que le Major nous a si souvent sorti du pétrin..."

Jack stoppa son discours, et vit que Carter fronçait les sourcils. L'air sentait vraiment l'électricité.

Il n'allait quand même pas lui refaire le coup... Ah non, pas ici, pas maintenant ! Non non non non non !

Il ferma les yeux dans le flash du lumière aveuglante...

§§§

SWIIIIIIIIIIIF

"Salutations, O'neill."

... et les rouvrit sur Thor, visiblement en grande forme. Enfin, pour un Asgard, il avait l'air en forme.

"Raaah, par pitié, Thor, vous ne pourriez pas prévenir à l'avance, quand vous faites ça ?"

"Je ne comprends pas, O'Neill."

"J'étais occupé, là. C'était vraiment pas le moment !"

"J'en suis désolé, O'Neill."

"La prochaine fois, prenez rendez-vous avec ma secrétaire, je vous prie."

"... ?"

"Bah, je plaisantais, Thor ! Qu'est-ce qui me vaut cette... subite téléportation ?"

"Le Conseil Asgard a eu vent des changements qui se produisent en ce moment sur Terre, O'Neill. Nous sommes inquiets."

"Oh."

"Il y a eu des morts."

"Nous ne pouvons pas tout contrôler, j'en ai peur."

"Non, mais vous pouvez empêcher la situation de dégénérer d'avantage."

"Comment ?"

"Les Terriens ont besoin d'un leader derrière qui se rassembler, O'Neill. Montrez leur la voie."

"Ecoutez, Thor, ce n'est pas aussi simple que ça... Je suis à deux doigts de prendre ma retraite."

"Votre retraite ?"

"Et bien, vous savez... quand on arrête de travailler, qu'on profite de la vie, tout ça..."

"Je ne connais pas ce concept."

"Vraiment ? Vous ne savez pas ce que vous manquez !"

Cette conversation commençait à le mettre vraiment mal à l'aise.

"Vous ne pouvez pas vous retirer maintenant, O'Neill. La Terre à besoin de vous."

"N'exagérez pas. Il y a des centaines de personnes tout à fait capables de..."

"Mais aucune qui ne connait les enjeux galactiques aussi bien que vous, Colonel. Par ailleurs, il me semble évident que les Asgards, aussi bien que les Tok'ras ou les Jaffas, préféreront traiter avec vous et le reste de SG-1 plutôt qu'avec quelqu'un d'autre."

"Ça ne marche pas comme ça, Thor. Je ne suis pas le Président des Etats-Unis, et ce n'est d'ailleurs pas lui qui commande à tous les peuples de la Terre, à ce que je sache."

L'Asgard resta silencieux un instant et inclina la tête, semblant réfléchir.

"Les humains sont très attachés aux symboles, je crois. Vous êtes l'un des principaux artisans de l'Alliance entre la Terre et les autres peuples de la Galaxie, Colonel. A ce titre, votre puissance symbolique est très importante. Le reste importe peu."

"Thor, il n'est pas question que j'aille sur le devant de la scène, ce n'est pas ma nature. Pas question que je joue les héros !"

"Je vous invite à réfléchir sur cette question Colonel. Il faut parfois faire passer l'intérêt du groupe avant le sien."

"Je..."

Le flash lumineux ne lui laissa pas le temps de répondre.

§§§

Thor l'avait téléporté dans la salle de briefing, totalement déserte. La salle d'embarquement avait également été vidée.

Cette discussion l'avait franchement secoué. Thor se mêlait donc ouvertement des affaires terriennes, et son ton moralisateur ne lui avait guère plu.

Certes, il devait reconnaître que les paroles de l'Asgard contenaient une part de vérité, et c'était ce qui le gênait le plus. L'envie de prendre sa retraite le tenaillait, avec les conséquences prévisibles que cela aurait sur sa relation avec Sam, mais d'un autre côté, il fallait être honnête : il ne pouvait pas se dérober à ses responsabilités.

Il soupira, passant ses mains sur son visage. Il remarqua alors sur la table de la salle de briefing la boîte que lui avait confiée Walter.

Il lui restait quelque chose à faire.

§§§

Toc Toc Toc

"Carter ? Je peux entrer ?"

Sam se leva au quart de tour. Immédiatement après la subite disparition de Jack, elle avait eu le réflexe d'aller vérifier la signature énergétique enregistrée par les senseurs de la base. Cette signature ne laissait peu de doute sur le fait qu'il s'agissait des Asgards, mais elle n'avait pu s'empêcher de ronger son frein, durant une petite demi-heure qui lui avait paru interminable.

"Oui, mon Colonel!"

Elle rajusta machinalement son uniforme alors que Jack fermait discrètement la porte du laboratoire. Dans la pénombre de la pièce éclairée seulement par sa lampe de bureau, elle le vit s'appuyer un instant sur le chambranle d'une main, tenant une boîte de l'autre, l'air préoccupé. Il était encore en grand uniforme.

"Bon... Désolé d'avoir du m'absenter Carter... Je crois que ça commence à devenir une habitude" fit-il piteusement en se grattant l'arrière du crâne.

"Vous n'avez pas à vous excuser mon Colonel... je suppose que ce bon vieux Thor a encore oublié de prévenir ?"

"Bingo, Major ! Ou, plutôt, devrais-je dire, Lieutenant-Colonel ?"

Sam sourit de bon coeur.

"Je ne suis pas encore effectivement promue, mon Colonel", fit-elle remarquer en attrapant du bout des doigts l'une des feuilles de chêne dorées qui ornaient son col.

"Exact. C'est pourquoi j'ai amené ceci".

Jack ouvrit délicatement le coffret de bois qu'il avait amené.

Les 4 insignes de Lieutenant-Colonel (des feuilles de chêne de couleur argent) brillaient sur le velour noir.

"Je n'ai pas eu l'occasion de terminer mon discours, tout à l'heure." commença t-il tout en défaisant méthodiquement les anciens insignes de la jeune femme.

Les épaules, puis le col. Sam sentit son coeur manquer un battement alors que les mains de Jack frôlaient sa gorge.

"... je serais bien en peine de le reprendre là où je me suis arrêté, mais je veux que vous sachiez... Carter... que ce ne sont pas des propos creux. Vous êtes vraiment une héroïne. Pour le SGC... Pour la planète..."

Leurs regards se croisèrent, et il laissa sa phrase en suspend. Le "pour moi" dépassait clairement les limites. Ils le savaient tous les deux.

Sam l'observa, boutonnant un insigne, puis l'autre sur ses épaules. Il luttait manifestement pour se concentrer, et ses doigts tremblaient.

La tension qui les habitait tous les deux atteignit son paroxysme alors que Jack mettait en place les deux derniers insignes sur le col de son uniforme.
Ils étaient seuls dans le laboratoire. Pas de public, pas de regards étrangers. Et il était très proche. Beaucoup trop proche.

Elle ferma les yeux un instant, imaginant ce qui se passerait "si"...

Ses lèvres sur les siennes, dans un baiser enfiévré. Jack qui la plaquait contre le mur. Ses propres doigts déboutonnant à la hâte l'uniforme de son supérieur. Puis...

Elle rouvrit les yeux, les joues légèrement rosies. Jack venait juste de réussir à poser le dernier insigne, mais gardait toutefois le col de son uniforme entre ses deux doigts.

"Félicitations, Colonel... il va falloir que je m'habitue à vous appeler comme ça." plaisanta t-il.

"Moi aussi, Monsieur." répondit-elle en souriant alors que les papillons dans son estomac se faisaient de plus en plus insistants.

La scène commençait à devenir vraiment étrange. Jack n'avait pas reculé d'un pouce, et continuait à jouer avec l'un de ses insignes de col. Son regard dériva lentement des yeux de Sam vers ses lèvres.

Elle sentit son coeur s'emballer.

Voilà, il allait l'embrasser.

Enfin. Il n'avait qu'à franchir le petit espace qui les séparait, et...

Il était tellement proche qu'elle pouvait sentir son souffle sur ses lèvres. Sa main avait déserté son col pour venir se poser sur sa joue.
Depuis leur discussion de l'autre jour, il n'y avait plus eu entre eux le moindre propos ambigu, plus de sous-entendu à peine voilé. Pas le moindre petit flirt comme ils se le permettaient parfois. A tel point qu'elle s'était demandé à plusieurs reprises si elle n'avait pas mal interprété leur discussion. Mais maintenant...

Plus que quelques millimètres. Les lèvres de Jack frôlaient quasiment les siennes, mais il semblait hésiter, alors que son pouce entamait un ballet hypnotique sur sa pommette.

"Mon Colonel..."

Le son de sa propre voix tremblante d'envie la surpris presque, et il lui sembla voir un voile de tristesse passer dans le regard de Jack.
Celui-ci tourna finalement la tête, et déposa un baiser sur la joue de la femme.

"Je suis désolé Sam... je ne peux pas..." souffla t-il à son oreille.

Et il partit sans ménagement, la laissant en plan dans son laboratoire. Comme ça, sans autre forme de cérémonie

Sam s'affala contre son bureau et posa une main sur ses lèvres, aussi stupéfaite par ce qui venait de se passer que par ce qui ne s'était justement pas passé.

Sa jauge de frustration venait de remonter à son niveau maximal, et ce au moins pour quelques années !

A quoi jouait-il ?

Il fallait qu'elle analyse la situation. Oui, voilà, une approche rationnelle. C'était la bonne façon de procéder. Surtout, ne pas déprimer. Il y avait forcément une raison, n'est-ce pas ? Il semblait à deux doigts de franchir le pas, et puis... "Je ne peux pas". Bon.

Elle soupira un grand coup, tentant de faire redescendre les battements de son coeur à un niveau plus habituel, et entreprit de se concentrer sur une tâche qui lui permettrait d'évacuer la tension. Quelques rapports de missions à rédiger, par exemple...

Inutile de dire que ses prochaines nuits allaient être émaillées de rêves quelque peu épicés.

Une petite review ? :)