Oswald avait souvent pas mal de choses à faire.

Ce n'était pas en restant à la maison qu'on pouvait dominer Gotham.

Mais il lui arrivait parfois de s'octroyer des journées de repos, pendant lesquelles il faisait tout sauf prévoir son prochain coup, de sorte à parvenir à ses fins. Il ne faisait pas le ménage ou la vaisselle, à moins que ce soit vraiment nécessaire. Mais il dormait, traînait, tournait en rond et harcelait Edward de message, si ce dernier ne parvenait pas à prendre son congé en même temps que lui.

Et ce jour-là, c'était exactement ça. Oswald était tout seul dans l'appartement de son compagnon parce que ce dernier travaillait et osait en plus ne pas répondre à ses messages. Et si il s'était d'abord dit qu'il allait le harceler jusqu'à ce qu'il ne supporte plus de sentir les vibrations et que sa curiosité le démange, il se lassa rapidement.

Il tournait donc comme un lion en cage dans ledit appartement, ne trouvant rien à faire. Il n'y avait rien à la télé, personne ne lui parlait par texto, ni ne l'appelait, il n'était pas assez barré comme Ed pour jouer aux échecs tout seul.

Déjà qu'à deux ça le gonflait magistralement...

Eh non, Oswald Chesterfield Cobblepot n'était pas réputé pour sa patience. Pas du tout même. Et il détestait perdre.

Heureusement, Nygma était quelqu'un qui savait comment sauver son couple et sa soirée en même temps. Et il faisait volontiers des erreurs et conseillait son compagnon.

Trop gentil, je vous le dis moi.

Enfin bref. Le Pingouin s'ennuyait donc.

Et pour tromper l'ennui, il s'était mis à la fenêtre du salon et observait la ville grouiller.

Il y avait des hommes d'affaire pressés. Des gamins qui se battaient. Deux types qui se braillaient dessus parce que l'un avait embouti la caisse de l'autre. Des sans abri qui faisaient la manche sur le trottoir. Des filles court vêtues qui abordaient les voitures aux feux rouges, et dans les allées sombres.

Mais il y avait un petit bruit qui ne lui semblait pas naturel.

Quelque chose de décalé, d'étrange.

Il y avait un son qui ne collait pas.

Il tourna la tête, puis la baissa un peu. Dans la gouttière, juste sous la fenêtre, il y avait quelque chose.

Une petite chose toute recroquevillée sur elle-même, emmêlée dans ses propres pattes.

Une toute petite chose chétive qui couinait pour recevoir de l'aide.

Oswald la prit en pitié et se pencha le plus possible, pour la recueillir dans ses mains, en veilant à ne pas lui faire de mal.

C'était un oisillon, et il était terrifié.

Il ferma la fenêtre d'une main, pour qu'il ne se sente plus agressé par le bruit, le conservant dans le creux de sa paume. Il fouilla dans l'armoire à pharmacie et trouva un peu de coton, dont il fit une boule, qu'il déposa sur la table. Avec deux doigts, il creusa ce qui serait un nid, et, le plus délicatement, y laissa le petit oiseau. Il attira une chaise à lui et vérifia qu'il ne soit pas trop blessé, comme Gertrud le lui avait appris quand il était enfant.

Le petit était mal en point, et avait dû passer quelques temps sans manger ni boire. Mais à part quelques plumes qui lui manquaient, rien ne semblait être cassé.

Il récupéra une soucoupe, dans laquelle il mit un peu d'eau, et une autre dans laquelle il émietta des croûtes de pain, qu'il avait au préalable trempées dans du lait. Il soupira en voyant que l'oisillon restait dans le coton sans bouger, et alla fouiller dans les affaires d'Ed.

Oui, il savait qu'il avait promis de ne jamais y toucher. Mais il n'allait pas laisser ce pauvre petit se déshydrater, non ?

Et il ne connaissait aucune supérette près d'ici qui vendait des biberons adaptés aux oiseaux.

Alors il attrapa la pipette en plastique avec l'embout le plus fin, la remplit d'eau et aida son nouvel ami à boire, goutte à goutte.

Si Oswald n'avait jamais été patient, il le devint, juste pour s'occuper de l'oisillon.

Oui, il comptait bien être généreux pour une fois, et sauver une pauvre âme innocente.

Ça lui arrivait.