Chapitre 3 : Une soirée peu reposante

Je me réveillai dans mon lit. Perdue, je regardais l'heure. Il était plus de six heures du soir, et en regardant le ciel par la fenêtre, je vis que la nuit était complètement tombée, comme d'habitude en hiver. Etonnée de me retrouver dans ma chambre, et l'événement principal de la soirée se rappelant à ma mémoire, je jetai un regard inquiet autour de moi, fouillant des yeux ma chambre, à la recherche d'une présence inconnue. C'est là que je remarquai Gabrielle, assise sur une chaise près de la porte. Ce qui m'empêchait toute sortie de ma chambre, pensai-je. Mais elle ne paraissait pas mal intentionnée, et avait simplement l'air d'attendre que j'émerge du sommeil.

Me voyant réveillée, elle se leva et vint s'asseoir sur mon lit, à côté de moi. Pendant un instant, la voir si proche de moi m'inspira un léger mouvement de recul, puis je me détendis en voyant qu'elle ne cherchait pas à me toucher. Elle se mit alors à me parler doucement, faisant attention à ne pas m'effrayer :

« - Ce soir, tu as fait connaissance avec mon troisième frère, Jonathan. J'aurais souhaité t'épargner cette rencontre, qui aurait pu très mal se terminer pour toi. Je suis désolée, tu as dû avoir très peur, par ma faute. Moi et mes deux autres frères, que tu as déjà dû voir, nous faisons notre possible pour empêcher Jonathan de s'éloigner de chez nous.

Oui, je les ai vus, dis-je timidement. Michael est dans ma classe, et j'ai déjà vu Alexis dans le car, en allant au collège.

Nous surveillons Jonathan pour éviter qu'il ne mette en danger des gens, il ne se contrôle pas très bien… laissa-t-elle échapper.

Je ne comprends pas, dis-je.

Oublie ça, répondit Gabrielle.

Nous restâmes silencieuses pendant presque une minute. Puis elle reprit la parole :

Je vais m'en aller, il faut que tu te reposes. Et garde pour toi ce qui s'est passé ce soir, ou nous pourrions avoir des ennuis, moi, mes frères, et toi aussi. »

Je promis de n'en parler à personne, et raccompagnai Gabrielle à la porte. Elle me fit remarquer, ce que je n'avais pas vu, qu'un mot de mes parents attendait d'être lu, posé près du téléphone. Après qu'elle fut partie, je le lus :

Nous sommes partis faire des courses. Si tu as besoin de me contacter, appelle-moi sur mon portable.

Nous ne seront peut-être pas rentrés à sept heures, donc tu peux commencer à manger sans nous. Bisous.

Maman

J'eus un frisson de peur quand je m'aperçus que j'avais été seule dans la maison avec Gabrielle.

Désirant me détendre un peu et de me reposer, je m'étalai de tout mon long dans le canapé, télé allumée et télécommande à la main. Je zappai principalement sur des chaînes musicales, et tombai sur l'une d'elle qui diffusait actuellement mon clip préféré. Puis il y eut de la publicité, et je profitai de celle-ci pour aller me chercher à manger dans le frigo. Mes parents et ma sœur n'étant pas là pour m'en empêcher, je dînai devant la télévision, changeant de chaîne jusqu'à trouver un film intéressant.

Malgré tout, je n'arrivais pas à me tranquilliser. Je réussis même à trouver des points communs entre l'acteur principal du film et le frère de Gabrielle !

Ayant fini mon repas, je ramenai plateau, couverts et déchets dans la cuisine. En retournant m'installer dans le canapé, j'entendis un grattement à la porte d'entrée. Un instant, j'eus peur : et si Jonathan était revenu ? Mais non, me dis-je aussitôt. Jonathan savait sûrement utiliser la poignée d'une porte, pensai-je en riant intérieurement. Me dirigeant vers la porte à pas lents, je réalisai soudain que je n'avais pas vu Cookie de la soirée. Bonne intuition : j'avais à peine ouvert la porte que le labrador chocolat me bondissait dessus. Tentant de le repousser tant bien que mal, je fermai la porte à clé et me dirigeai vers la cuisine mon chien m'ayant précédé, il m'attendait impatiemment, planté devant sa gamelle. Quel goinfre ! soupirai-je.

Je m'emparai du gigantesque paquet de croquettes et remplis la gamelle du labrador, qui bavait littéralement devant.

Une fois le chien satisfait, je retournai enfin devant ma chère télévision. Le film était fini, et, n'étant pas fan de génériques, je zappai sur une chaîne d'informations, plus par ennui que par curiosité. Le présentateur était justement en train de parler de notre région, et je m'intéressai donc – presque – au journal télévisé. Il était question de disparitions inexpliquées dans trois villes, dont la nôtre. Le journaliste faisait le lien avec le cadavre retrouvé la veille, sujet de la une du journal que j'avais lue quelques heures plus tôt. Son discours terminé, il laissa place à la météo, ce qui ne m'intéressait pas du tout. Juste avant de zapper, je vis la météo pour la semaine à venir : pluie, nuages et orages… Pas un seul petit soleil. Moi qui détestais la pluie ! Génial… Il fallait sérieusement que je pense à prévoir quelque chose à faire pour le week-end, à l'intérieur évidemment… Voilà qui promettait une semaine particulièrement ennuyante, surtout pour moi et la plupart des autres élèves de ma classe, grands adeptes du « j'admire-le-paysage-par-la-fenêtre-durant-les-cour s »…

Mes parents me réveillèrent une heure plus tard. Ils venaient de rentrer, et m'avaient trouvée endormie dans le canapé, télé allumée. Ma mère me demanda quelle journée particulièrement épuisante j'avais passée, pour être aussi fatiguée. Un trajet de retour à la maison, plutôt, rectifiai-je intérieurement, juste pour moi-même. Hélène ne fit aucune remarque elle semblait dans la lune, ou en train de réfléchir...

Etant encore très fatiguée, ma sœur m'assista pour monter l'escalier et aller dans ma chambre, sous le regard légèrement inquiet de nos parents. Une fois dans ma chambre, elle me fit m'asseoir sur le lit. Bien qu'éprouvant une envie irrésistible de me coucher, je restai assise, sûre que je me rendormirais immédiatement si jamais je m'allongeais. Ce qui ne faisait visiblement pas partie du plan de ma sœur, car elle avait pris son expression bien à elle, celle qui indiquait qu'elle se posait des questions et ne me lâcherait pas avant d'avoir obtenu des réponses. Je gémis intérieurement elle allait sûrement tenter de me faire avouer ce qui s'était passé ce soir...

Elle entama :

« - Ca ne sert à rien de me faire cette tête de chien battu, Viviane. Cookie me la fait tous les jours, j'ai l'habitude, sourit-elle.

Je ne fais pas une tête de chien battu ! me défendis-je.

Elle soupira.

Pourquoi es-tu si fatiguée ? J'ai appelé ton amie à cinq heures, elle m'a dit que tu étais rentrée. Pourtant, quand j'ai essayé de t'appeler à la maison, personne n'a répondu. Il s'est passé quelque chose ?

Pile ce que j'avais prévu. Précisément ce dont je n'avais pas le droit de parler. J'avais promis... J'inventai un mensonge, en espérant que ma sœur s'en contenterait :

Non, rien du tout. Je suis rentrée, et je me suis endormie, on a passé l'après-midi à courir de magasin en magasin, Lynda et moi, c'est épuisant…

Arrête de mentir. Gabrielle m'a appelée juste avant que l'on rentre, elle m'a dit que tu t'étais évanouie, qu'elle t'avait ramenée à la maison et s'était occupée de toi.

Grillée ! Je ne suis pas douée pour mentir…

C'est vrai, avouai-je.

Heureusement, Gabrielle avait prévu un mensonge bien plus convaincant que le mien. Et simple : la vérité... Ou en tout cas une partie. Un mensonge par omission ça n'était pas vraiment un mensonge…

Elle m'a rappelée sur mon portable juste avant que tu te réveilles, ajouta Hélène. Elle m'a demandé si tu allais bien.

C'est sympa de sa part, répondis-je.

Je te laisse, il faut que tu dormes. » dit simplement ma sœur en sortant de ma chambre, voyant que je commençais à somnoler.

Gabrielle a le numéro de portable de ma sœur… pensai-je. Cela ne me rassurait pas beaucoup.

Puis, trop fatiguée pour penser, je m'endormis de nouveau.

Mais avant, je me promis de réfléchir sérieusement à tout cela. J'y repenserais… Demain...