Partie 4: voyeurisme, boutique et mariage.
Durant tout l'été qui suivit, nous prîmes la décision de cacher notre relation au reste de la famille. La raison était toute simple et résidait dans une peur que nous partagions l'un et l'autre. Serions-nous capable de nous comporter comme un couple et plus comme des frères et sœur? Teddy passa donc les deux mois de vacances à faire des allers et retour entre la maison de sa grand-mère, la mienne, et celle de son parrain Harry (qui était accessoirement mon oncle). Cela n'éveilla pas les soupçons puisque la situation était presque normale. Depuis l'enfance nous passions notre temps ensemble, c'est juste que maintenant nous occupions nos journées à tout autre chose.
Le jour de la rentrée, Teddy était donc venu naturellement pour me dire au revoir. Je me sentais triste de le quitter mais aussi impatiente de retourner à Poudlard pour ma dernière année en tant que préfète en chef. Il fallait que j'en profite.
-Qu'est-ce que je vais faire sans toi? Dit Teddy, ses mains posées sur ma taille.
-Tu vas être occupé, répliquais-je. Ton examen pour devenir medicomage est en octobre, c'est ça? Et puis je reviendrais pour les vacances de noël!
-C'est long, protesta-t-il.
Je souris et me hissais sur la pointe des pieds pour venir déposer mes lèvres sur les siennes. Le baiser, d'abord doux et calme, devint vite plus intense. J'avais conscience des mains de Teddy sur mon corps, du parfum de son eau de Cologne qui flottait autour de nous et de nos corps pressés l'un contre l'autre. J'aurais bien continué longtemps mais une exclamation étouffée nous stoppa. A contre cœur, je me reculais avant de faire volte-face pour découvrir…mon petit cousin James.
Avec ses cheveux noirs complètement décoiffé, il nous fixait, les yeux écarquillés.
-Vous…mais…par Merlin!
-James…commençais-je.
-Attendez que les autres le sachent! C'est le scoop de l'année!
Je n'eus pas le temps de le retenir que le garnement détala. Il avait beau avoir treize ans, j'avais l'impression qu'il était encore le gamin qui venait dans ma chambre les soirs d'orage pour me demander de le protéger. Mais en légèrement plus exaspérant.
-Bon, soupira Teddy. D'après mes estimations, le reste de la famille sera au courant dans…oh allez, cinq minutes.
-Si ce n'est moins…
Teddy affichait un air à la fois amusé, soulagé et irrité. Je ressentais exactement la même chose, à ceci près que j'aurais bien étranglé James au passage. C'était à ajouter à ma liste de chose à faire. Je me demandais vaguement si tante Ginny m'en voudrait mais ça lui fera moins de travail et surtout elle recevra moins de lettres de la part de la directrice. Bon d'accord, j'exagérais peut-être un peu mais à peine.
-N'y pense plus, il fallait bien que ça arrive à un moment.
-Je sais mais j'aurais préférée l'annoncer moi-même, dis-je. En plus, si mon père te tombe dessus avant que tu ne partes de la gare tu vas finir sous le train, ajoutais-je en souriant.
-Je suis près à l'affronter pour toi, m'assura-t-il avec sérieux. Mais je pense que je vais quand même me dépêcher de refranchir le portail.
J'éclatais de rire et l'embrassais à nouveau tandis que le vent m'ébouriffait les cheveux. Un coup de sifflet annonça que le Poudlard Express n'allait pas tarder à partir et Teddy m'aida à monter ma valise. Penchée par la fenêtre, je lui adressais un signe de la main. Juste derrière arrivèrent alors mes parents et mon petit frère, Louis. Ma sœur Dominique apparut quelques secondes plus tard et ils montèrent tous les deux avec moi dans le train.
Tandis que les premiers soubresauts secouaient le wagon, j'entendis malgré le bruit la phrase de mon père.
-Alors comme ça, toi et Victoire vous êtes ensemble?
Son ton présageait une longue conversation et je vis mon petit ami grimacer en me lançant un regard paniqué. Trop tard, le train commença à partir. Pauvre Teddy…
Certaines filles adorent faire les boutiques. Je ne vois pas pourquoi. S'il y avait bien une chose que je détestais c'était le shopping. Mais bon puisque je devais chercher ma robe de mariée, ma présence était malheureusement obligatoire. Je venais de fêter mes dix-huit ans il y à peine deux jours et l'annonce de mes fiançailles avec Teddy n'avait pas tardé à enthousiasmer ma famille. Même si j'avais l'impression que tout allait très vite, voir un peu trop, j'étais heureuse.
J'avais eu peur que mes parents prennent mal le fait que je me marie si jeune mais c'était une pratique courante dans la famille. Oncle Ron et tante Hermione s'étaient mariés à seulement 19 ans et mes grands-parents Weasley juste après leur sortie de Poudlard, soit à 17 et 18 ans. Bon le contexte était une guerre à chaque fois mais ça restait quand même une réalité.
-Vic! Viens voir celle-ci! Me cria Dominique à l'autre bout du magasin.
-J'arrive.
Je ne pris même pas la peine de corriger ma sœur sur mon surnom. Je détestais ce diminutif mais mes cousins avaient prit l'habitude. Teddy était le seul à m'appeler à Vicky, ce que je laissais passer.
Finalement, je rejoignis Dominique qui admirait une robe blanche avec énormément de dentelle posée sur un cintre.
-Qu'est-ce que tu en penses? Elle t'irait bien, non?
-Euh…c'est-à-dire que j'imaginais quelque chose de plus…simple.
-Mais c'est ton mariage. Tu dois ressembler à une princesse!
Je me retins de justesse de lever les yeux au ciel. Oui, je voulais avoir l'air d'une princesse mais pas dans cette robe tout simplement. Dominique s'était incrustée dans ma visite des boutiques pour trouver ma tenue pour le jour J. Ma mère nous accompagnait également, ainsi que ma cousine Roxanne, inconditionnelle de la mode et Rebecca, ma meilleure amie. Autant dire qu'elles s'étaient toutes invitées sans me demander mon avis.
-Il te faut aussi un diadème, déclara ma mère en passant près de nous. Avec des diamants ou des perles, je ne sais pas encore. Mais il est hors de question que tu portes celui de la tante Muriel. Merlin soit loué, elle n'est plus là pour te forcer à le porter! Ajouta-t-elle en fronçant le nez.
Quand ma mère s'énervait, son accent français ressortait plus qu'à l'accoutumé. Et il n'y avait rien de plus agaçant pour elle que la défunte tante Muriel. Elle était morte quand j'avais trois ans et je n'avais donc aucun souvenir d'elle. D'après ce que tout le monde m'avait dit, c'était une personne tout sauf sympathique. Elle avait donné à ma mère pour son propre mariage un diadème fait par des gobelins qui était dans la famille depuis des siècles. Il était magnifique mais un peu vieillot et de toute façon je crois que Fred et James l'avaient en partie cassé quand ils étaient enfants.
Soudain, une vendeuse s'approcha de moi, des tubes de rouge à lèvres pleins les mains.
-Vous préférez quelle couleur? Demanda-t-elle. Rosé, rouge ou doré?
-Je…
-Du rose c'est évident! Intervint Roxane en surgissant de nulle part. Ça ira mieux avec son teint.
-Hè! Protestais-je. C'est encore moi qui choisis ce que je veux pour mon mariage.
Rebecca éclata de rire et se glissa dernière la vendeuse, l'air amusé.
-Tu parles. Tu n'es qu'un simple soldat et elles des colonels. Que penses-tu de cette robe, en fait?
Je jetais un coup d'œil à celle qu'elle me désignait et devait reconnaître qu'elle était plutôt pas mal. La coupe était légèrement cintrée au niveau de la taille et le bas s'évasait en arrivant aux genoux.
-J'aime bien, avouais-je.
-Mon dieu, c'est la réponse la plus positive de la journée!
Finalement, nous continuâmes à chercher encore deux heures avant de repartir du magasin. J'étais extenuée mais un large sourire s'étalait sur mon visage. La journée n'avait pas été si terrible au final.
Je ne pensais pouvoir ressentir plus de stresse que la fois où j'avais passé mes ASPIC. J'avais tord…Aujourd'hui, c'était le jour J. J'allais me marier! Tout était prêt, la tente était montée dans le jardin du Terrier et les invités commençaient à arriver. Quant à moi, je n'en menais pas large, mon cœur allait exploser si ça continuait.
Ma mère était partie chercher ma robe tandis que j'attendais dans l'ancienne chambre de l'oncle Percy, la plus grande. Mes cheveux blonds avaient été relevés en un chignon tressé d'où quelques mèches retombaient devant mon visage.
Soudain la porte s'ouvrit dans mon dos et je fis volte-face en sursautant. J'étais décidément trop nerveuse.
-Désolé, je ne voulais pas te faire peur.
-Non, ne t'inquiète pas. Je crois que je suis un peu à fleur de peau aujourd'hui, dis-je.
Teddy sourit et s'avança dans la pièce pour venir se planter devant moi. Il avait laissé tomber ses cheveux bleus électrique pour l'occasion et avait opté pour un châtain clair, plus conventionnel.
-C'est normal, assura-t-il. Je crois que grand-mère Molly va faire une crise cardiaque si elle continue à courir partout dans la maison et Lily est tellement excitée qu'elle saute partout depuis une heure.
-Et dire qu'elle sera pire le jour de son propre mariage, rigolais-je. Tante Ginny et oncle Harry ont du souci à se faire.
Une lueur étrange s'alluma dans les yeux de Teddy, et une expression de regrets s'afficha sur son visage. Je compris mon erreur deux secondes trop tard et me maudit de ne pas avoir réussit à me taire.
-Teddy…soufflais-je.
-J'aurais aimé qu'ils soient là, me confia-t-il le regard dans le vague. J'aurais aimé qu'ils soient fiers de moi, tu comprends? Qu'ils me voient ici, avec toi.
-Ils auraient été heureux pour toi et surtout fiers, j'en suis sûre.
Je posais une main sur sa joue, le ramenant à la réalité. Il souffrait depuis tout petit de ne pas avoir connu ses parents, Remus Lupin et Nymphadora Tonks. Je savais que c'était pire spécialement aujourd'hui et je devais le soutenir comme je le pouvais. Personnellement, je ne m'imaginais même pas mon mariage sans mes parents.
En parlant de parents, ma mère entra à son tour, ma robe cachée dans une housse à la main.
-Ah non! S'exclama-t-elle en voyant Teddy. Il ne faut pas qu'il voit la robe, ça porte malheur. Allez, ouste! Hors de cette chambre.
-Maman, soupirais-je tandis qu'elle le mettait dehors sans ménagement.
Mais Fleur Weasley n'était pas le genre à plaisanter sur ce genre de tradition. Sa robe argentée en soie était magnifique sous les rayons du soleil et elle-même avait l'air d'un ange.
Une heure plus tard, j'étais enfin prête de la tête au pied et je sortais dans le jardin. Tous les invités se levèrent en me voyant mais je ne distinguais qu'une personne: Teddy. Il attendait, bien droit devant l'autel, l'air très sérieux. Dès qu'il m'aperçut, ses yeux s'écarquillèrent et il sourit largement.
Mes deux demoiselles d'honneur, Lily et Dominique, me poussèrent discrètement pour m'encourager et je sortis de ma léthargie. Je me dirigeais vers mon père, dont les cheveux roux étincelaient au soleil. Surprise, je m'aperçus qu'il avait les yeux pleins de larmes et je me retins de le serrer contre moi.
-Tu ne vas pleurer, chuchotais-je tandis qu'il me prenait le bras en souriant.
-Et pourquoi pas? Répliqua-t-il. Tu es ma petite fille.
Le reste de la journée se passa comme dans un brouillard, et je me souvins même plus à qui j'avais adressé des sourires, qui j'avais serré dans mes bras et à qui j'avais parlé. Tout ce dont je me souvenais c'était d'avoir dansé avec mon père et surtout du visage resplendissant de Teddy.
-Quand je serais grande, me dit Lily en fin de soirée, je veux le même mariage que toi, Vic.
-Comment ça? S'écrièrent Albus et James en se tournant vers elle.
-Il est hors de question qu'un garçon s'approche de toi avant tes trente ans minimum, affirma l'aîné.
Mais Lily n'étant pas une Potter pour rien, elle répliqua en se plantant devant ses frères, les mains sur les hanches. Elle ressemblait terriblement à sa mère dans position, otais-je dans un coin de ma tête.
-Je ferais ce que je veux d'abord, et ce n'est pas vous qui déciderez. Vous n'aurez rien à dire, c'est clair?
-Mais…
-Je ne crois pas que je mêle de ton histoire avec Alyne, pas vrai? Coupa-t-elle. Donc chut! Et toi, Al, ne crois pas que tu peux dire quelque chose aussi.
Sans leur laisser le temps de répondre, elle repartit en se fondant dans la foule comme si de rien était. J'adorais ma famille!
Le reste de la journée passa vite et fut tout simplement parfait. Je crois que je n'avais jamais été aussi heureuse.
Mon nom est Victoire Gabrielle Weasley, première enfant de la nouvelle génération. Et je venais d'épouser Teddy Lupin. Je peux donc terminer en disant: ils se marièrent et vécurent heureux jusqu'à la fin des temps, non?
FIN
