-Bonjour mademoiselle, auriez-vous eu une journée fatigante aujourd'hui par hasard ?

Arya était assise sous un gigantesque saule pleureur, lorsqu'Eragon s'approcha d'elle. Elle se retourna alors et lui sourit, avec ce sourire enfantin il était si mignon, il faut dire qu'il était bien plus jeune qu'elle...

Eragon s'assit près d'elle, replia ses jambes puis les entoura de ses bras.

-Arya, qu'allons-nous devenir.

L'elfe s'étonna de cette question, elle qui juste une seconde auparavant était bien sous son arbre, une douce brise lui avait facilité la tâche lorsqu'elle avait voulu entrer en méditation plus tôt dans la soirée. Cet endroit était si calme qu'il ne semblait pas convenir à une question si importante, embarrassante, cependant la jeune femme savait bien qu'il faudrait y répondre, un jour où l'autre, et que ce jour ne saurait tarder.

-Il faudra que tu remercies Angela pour cette salle.

-C'est fait Tueur d'Ombre, ne t'inquiète pas, assura Arya. Les pouvoirs de cette magicienne sont décidemment très surprenants…

Arya et son ami continuèrent à discuter puis finirent par rire en imaginant la tête des non-magiciens qui seraient amenés à entrer dans cette salle. En effet en franchissant une simple porte au cœur de Farthen Dûr ils ne pourraient pas s'attendre à trouver une simulation de forêt, avec un splendide saule pleureur, énorme, dont les feuilles rependues sur le sol semblaient attendre chaque personne qui désirerait faire une sieste dans cette pièce si apaisante.

Arya n'avait pas oublié la question du jeune homme, et savait ce qu'elle signifiait. Mais rompre ce moment de paix, le voulait elle ? Non, bien sûr que non, d'autant plus qu'elle n'était pas sure de savoir quoi répondre.

-Cet endroit me rappelle la ferme, Oncle Garrow, ma vie avant d'être dragonnier. Ce saule ressemble plutôt aux beaux arbres elfiques c'est certain, mais cette ambiance… C'est comme si j'étais à la maison, moi qui n'ait plus de maison depuis si longtemps.

-Je crois qu'Angela a très bien pu accorder ce genre de pouvoirs à cette salle, elle l'a créée pour qu'on s'y sente bien, chacun y ressent la paix qui lui convient.

Soudain Arya se releva et le regarda.

-Je crois que la tempête est passée, le Conseil des Vardens s'est sans doute plus ou moins remis de mon annonce de tout à l'heure. Sortons, si on reste cachés plus longtemps ils risquent de vraiment se mettre à nous chercher, je ne tiens pas à déclencher un scandale supplémentaire aujourd'hui !

Eragon rit de bon cœur en se relevant, puis se décida à poser à l'elfe une question qui l'avait déjà torturé plus d'une fois.

-Arya, lors de mon entraînement avec Oromis et Glaedr tu as découvert mes sentiments pour toi, tu les as repoussée, ce que je comprends.

L'elfe garda le silence, attendant la suite.

-Depuis, je ne m'entraîne plus, je suis un dragonnier à part entière, et si nous étions ensemble, je ne crois pas que cela nous empêcheraient de bien agir en tant que dragonniers, d'autant plus que nous ne sommes plus en temps de guerre.

Eragon avait du mal à parler, il avait tellement souvent ressassé ce discours mentalement qu'il aurait dû pouvoir tout dire à Arya sans difficulté, mais la présence de la jeune femme le déstabilisait, avouer son amour n'est pas dur, ce qui l'est c'est de faire cet aveu directement à l'être aimé.

-J'ai donc pris la liberté de te dire cela car… Tu ne m'as jamais dit clairement si tu m'aimais ou pas.

A ces mots, Arya tressaillit.

-Tu me repoussais pour des raisons nobles et tu avais raison, mais si tu m'aimes comme moi je t'aime, aujourd'hui nous pouvons être ensemble. Si tu ne m'aimes pas… Il faudrait quand même que tu me le dises, s'il-te-plait.

Il avait dit ces derniers mots d'un ton si suppliants, les yeux embués, qu'Arya fut prise au dépourvu. Elle n'avait pas l'habitude de mettre ainsi son âme à nu, et pendant quelques secondes (qui parurent terribles au jeune homme) elle resta sans voix. Un certain nombre de considérations raisonnables passèrent par sa tête, il est si jeune, nous risquons notre vie tous les jours, si l'un de nous meurt l'autre sera désespéré, deux dragonniers ensemble ? C'était du jamais vu ! On pourrait leur reprocher, un dragonnier doit se dédier entièrement à son travail… Puis d'autres considérations l'envahirent, faisant refluer le sang à ses joues, peu importe l'avis général, s'ils exercent leur fonction comme il se doit, les bavardages sur leur dos cesseront, peu importe sa jeunesse, il a vécu tant d'épreuves qu'il est devenu très mature, peu importe qu'il ne soit pas né elfe, peu importe les risques !

-Oui Eragon, je t'aime. Effectivement, je pensais qu'une histoire d'amour lors de ton entraînement ne serait pas une bonne chose, qui plus est à ton âge, cela aurait vite pu te faire tourner la tête, l'amour rend insouciant et il fallait alors que tu sois tout le contraire d'insouciant.

Ce qu'Arya lu alors dans les yeux du garçon qu'elle aimait était indescriptible, mais la joie y était si grande que l'elfe ne put s'empêcher de sourire jusqu'aux oreilles, elle qui s'autorisait si rarement ce genre de démonstration de joie.

Elle allait recommencer à parler quand Eragon lui fit un baisemain. Ce geste l'étonna beaucoup, puis elle comprit que le garçon avait du mal à contrôler son trouble, sans doute trop pour parler. C'était sa façon d lui montrer son amour.

-Ne sois pas bête, ne t'arrête pas là.

C'est alors un Eragon complètement perdu qu'Arya embrassa. S'il ne semblait pas très bien comprendre pourquoi tant de bonheur le submergeait tout à coup, il y prit beaucoup de plaisir.