Bonjour chers lecteurs ! Voici la suite des aventures des parents de James Potter. J'ai remis les dernières lignes du chapitre précédent pour une meilleure transition… Bonne lecture !
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Disclaimer : Merci Joanne Rowling pour le Wizarding World !
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-Dori, reprit-il alors qu'elle se retournait vers le miroir. Tout d'abord, il doit être à peine midi. Ensuite, n'oublie pas que je suis là, que je peux t'aider. Je vais appeler Kitty tout de suite pour tes cheveux, parce que je sais que tu finiras par le faire après un long acharnement. Et si tu arrives chez Gweny avec quelques secondes de retard, j'en porterai l'entière responsabilité, je te le jure sur mon honneur de Gryffondor, conclut-il en exerçant de petites pressions sur ses épaules, là où il avait posé ses mains au début de sa tirade. »
Dorea ferma les yeux et hocha sèchement la tête. Elle pencha la tête vers le bras de Charlus pour s'y appuyer un instant, et son mari l'embrassa rapidement sur la joue avant de quitter la pièce.
Ils avaient deux heures. Bon. C'était faisable, non ?
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Chapitre 4 : Mr Leonard Goldstein
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Pas si faisable que cela finalement. Dorea arriva avec un bon quart d'heure de retard au Pub d'Hedwige et Ulric Abbot, si bien que Gweny avait perdu le peu de couleur qu'elle avait et son rythme cardiaque devait effleurer les plus bas chiffres possibles avant un infarctus. En voyant sa demoiselle d'honneur, qui était aussi son modèle en toutes choses, Gweny éclata en sanglot, faisant couler tout son maquillage soigneusement appliqué par Dymphna, la femme de son frère Justus. Mais Gweny était si soulagée de l'arrivée de Dorea qu'elle ne pensa même pas à gronder ou sermonner qui que ce soit, pas même Charlus qui s'excusa platement de ces quelques minutes d'attente. Elle serra la sorcière si fort dans ses bras que Dorea pensa un moment étouffer. Puis voyant les deux rubans dans la main de Dorea, Gweny la lâcha et s'empresser de les attacher au cou des deux animaux, Mitou le matou tout doux et Chocky le lapin blanc amateur de Chocogrenouilles.
Dorea remercia silencieusement Mrs Annabella Potter de posséder ce genre de ruban depuis elle ne savait plus combien d'années avait dit Charlus. Ils avaient évité une catastrophe.
Les invités arrivèrent au fur et à mesure sans que ni Gweny, ni Dorea ne puisse les voir plus près que du haut de la fenêtre de la chambre de la future mariée. Graham se cachait loin des yeux perspicaces de Gweny, et Dorea ne voulut pas lui avouer qu'il était simplement dans la chambre de Justus avec son témoin, qui n'était autre que Justus lui-même, son meilleur ami.
Dorea vit rapidement entrer dans la maison les Shafiq, que Dymphna s'empressa de rejoindre après avoir refait le maquillage de Gweny une septième fois (Gweny avait dit que le chiffre sept portait bonheur, aller savoir). Il s'agissait de ses parents, Zafrina et Marcus Shafiq, membres du Magenmagot, de son frère Dolorem, de sa Tante Lydia (et accessoirement la marraine de Dorea), de son Oncle Caius, qui officierait le mariage, et de sa Tante Claudia avec son mari Titus, venus avec leur enfants. Il y avait aussi les grands-parents de Dymphna.
Puis arriva les Smith, dont Roderick, le second frère de Gweny, avait épousé la fille aînée, Sidonia, l'année passée. Roderick était avec eux. Dorea reconnu deux sorciers d'âge mûr qui devaient êtres les grands-parents si ce n'est les arrières grands-parents de Sidonia. Puis ses six frères et sœurs biens plus jeunes qu'elle et d'autres sorciers de son âge.
Le transplanage fracassant d'un jeune homme blond ne manqua pas d'échapper à la surveillance pointilleuse de Dorea. Gweny lui apprit qu'il s'agissait de Phoebus Fawley, le meilleur ami de son frère Roderick et accessoirement un de leur cousin. Puis arrivèrent tant d'autres sorciers en même temps que Dorea en perdit le compte et ne put plus reconnaître personne dans la foule si dense. Elle crut déceler la présence de Bathilda Tourdesac, ainsi que celle de Tom, le patron du Chaudron Baveur, mais ce fut tout.
Bientôt, comme c'était de tradition, Ulric frappa à la porte de la chambre de sa fille, et Gweny se leva, toute guillerette et jeta un coup d'œil au miroir de sa commode. Jamais on ne l'avait coiffée de la sorte, et Merlin, c'était étrange. Dorea la regarda en souriant affectueusement, cherchant comment elle était à la veille de se marier avec Charlus. Elle ne s'en souvint pas. Ce n'était pas quelque chose qui l'avait marquée positivement dans sa vie, et elle préférait se souvenir de leurs pique-niques et autres escapades que du début de ce mariage choisi par ses parents.
Dorea écouta d'une oreille distraite les dernières recommandations de Gweny, avant que celle-ci ne se mette à farfouiller dans un tiroir de sa commode.
« Mais enfin Gweny, ce n'est pas le moment de faire du rangement ! s'exclama Dorea en levant les bras au ciel et s'approchant d'elle.
-C'est bon, c'est bon ! répliqua Gweny en se redressant rapidement. »
Dorea crut la voir glisser quelque chose dans son corsage, mais ce fut si rapide que le doute subsista. Puis la marche nuptiale se fit entendre et Gweny se précipita en bas des escaliers en attrapant la main valide de son père. Dorea leva les yeux au ciel devant tant d'imprévu, alors que Gweny avait eu plus de deux heures pour se préparer. Et elle oublia tout à fait ce qu'elle avait cru voir Gweny chercher.
Dorea descendit les escaliers à son tour et elle arriva juste à temps pour faire son entrée. Graham avait déjà découvert sa fiancée toute apprêtée, et embrassait délicatement le dos de sa main gantée. Dorea remarqua ses joues rouges et s'en demanda la raison avant de se rappeler du décolleté plus que plongeant de Gwendolyn. Elle pinça les lèvres, peu sûre que cet accoutrement était convenable. La mode changeait, pensa-t-elle en secouant la tête.
Elle ne quitta pas Gwendolyn et Graham des yeux. Graham portait une robe de cérémonie de couleur noire avec une boutonnière jaune. Justus était habillé de façon identique, et ne pouvait s'empêcher de sourire : il mariait sa petite et son meilleur ami, et il avait l'honneur d'être leur témoin.
Dorea finit par entendre les sanglots d'Hedwige et de Helena McKinnon, la mère de Graham. Mais le plus ému semblait être Ulric. Dorea ne l'avait jamais vu pleurer, et aujourd'hui, ses yeux étaient rouges et des larmes arpentaient librement ses joues. Elle se demanda dans quel état d'esprit elle se trouverait lorsqu'elle marierait son propre enfant, mais elle ne sut guère. Chaque chose en son temps.
Caius Shafiq, qui mariait Graham et Gwendolyn, leva finalement sa baguette, et une pluie d'étoiles dorées en jaillit. Les mariés en furent enveloppés alors qu'ils s'enlaçaient. Les sortilèges mis en place la veille par l'enchanteur de mariage s'activèrent les uns après les autres, et toute l'assemblée se leva, laissant les chaises se disperser dans le grand parc, et l'autel magique fondit pour offrir une piste de danse aux récents époux. Des dizaines de plateaux en argents, de coupes de vins des Elfes, de Bièraubeurre, de Whiskey Pur Feu sortirent de la porte de la véranda-cuisine des Abbot. Ils vinrent se promener entre les invités, pendant qu'Ulric se précipitait sur se fille unique pour l'arracher à son mari et ouvrir le bal avec elle.
Dorea vit Gweny prendre son père dans ses bras, puis essuyer ses larmes avec un mouchoir en dentelle. Bientôt, l'orchestre en vestes qui changeaient de couleur, entama la valse traditionnelle, et elle regarda la nouvelle mariée et son père effectuer quelques pas de danse. Puis Graham et Mrs Helena McKinnon les suivirent ainsi que Hedwige et Mr Graham McKinnon Sr.
« Mrs Potter, vous acceptez que nous rejoignons les danseurs ? lui demanda finalement Justus, mal à l'aise. »
Dorea fronça un instant les sourcils, s'étonna de cette demande venant de lui, avant de se rappeler qu'il était le témoin et elle, la demoiselle d'honneur.
« Oui, bien sûr, allons les rejoindre, s'empressa-t-elle de répondre, en saisissant sa main tendue. »
Ils firent quelques pas, et bientôt, l'autre frère de Gweny et sa femme se joignirent à eux, de même que Dymphna qui avait trouvé en son frère cavalier. Puis les cousins et cousines et amis des McKinnon et des Abbot entamèrent à leur tour quelques pas jusqu'à ce que la musique ne change.
« Fais attention aux pieds de Dymphna, chuchota Dorea en lâchant ce pauvre Justus, mortifié. »
Il n'avait cessé de la bousculer et de lui écraser les pieds durant cette petite valse de quelques minutes. Dorea l'avait connu meilleur danseur, et pensa que leur grande différence de taille devait y être pour quelque chose. Ou peut-être était-elle effrayante ? Mais non, Justus la connaissait depuis plus de dix ans, il savait qu'il pouvait parler librement avec elle.
Un petit rire lui échappa en voyant Justus, écarlate, bredouiller des excuses. Charlus, loin d'abréger les souffrances du frère de Gwendolyn, choisit ce moment pour parvenir à leur niveau.
« Que je t'y reprenne Justus, à broyer les pieds d'une femme enceinte, qui plus est de la mienne ! marmonna-t-il, un sourcil méchamment haussé.
-Charlus ! le coupa Dorea, voyant déjà la commissure des lèvres de son mari s'agiter sous l'amusement : Justus se liquéfiait à présent sur place.
-Mr… Mr Potter, je… bredouilla Justus, au comble du malaise. »
Puis Charlus éclata de rire, et secoua amicalement l'épaule de Justus. Ce dernier ne savait pas s'il devait rire ou pleurer, et Dorea choisit de couper court à sa position inconfortable.
« Charlus, tu exagères, reprit-elle en riant. Laisse donc ce pauvre Justus, et invite-moi plutôt à danser. Des scènes de jalousie à ton âge, n'as-tu pas honte ? poursuivit-elle alors qu'ils s'éloignaient. »
Charlus lui fit un clin d'œil, et posa sa main dans le bas de son dos. Puis ils valsèrent le temps d'une demi-dizaine de musiques, heureux de peu de chose.
Enfin, ils choisirent de s'asseoir plus loin dans le jardin. Sur le trajet, Charlus attrapa une coupe de vin des Elfes au vol et un jus de Citrouille, alors qu'un plateau d'amuse-gueules les suivait docilement. Ils aperçurent de loin le Guérisseur Meadowes, leur voisin de Godric's Hollow depuis une bonne dizaine d'années, et Bathilda Tourdesac et sa petite-fille Betty, fraichement sortie de Poudlard. Charlus s'approcha de Marcus et Zafrina Shafiq. Ils habitaient Godric's Hollow, et il s'agissait de leurs amis.
Dorea aperçut la petite Camelia, la fille unique de Justus et Dymphna, derrière la robe de sa grand-mère. Dorea lui sourit, et la petite s'empressa de cacher sa figure derrière le tissu vert.
« Voyons Camelia, cesse de tirer sur ma robe, la rouspéta gentiment sa grand-mère. Et arrête de te cacher derrière aussi. Dis plutôt bonjour à Dorea. »
La petite fille d'à peine six ans, osa son visage naturellement halé hors de la protection de la robe grand-maternelle. Elle avait hérité des deux grands yeux bleus de Justus, et de la chevelure dense et sombre de sa mère. Dorea avait rarement vu une aussi jolie enfant. Sa bouche tendre annonçait à sourire généreux à la femme qu'elle deviendrait, et ses traits marqués, la droiture de son père et le tempérament volontaire de sa mère.
L'enfant porta un doigt à sa bouche, et dépassa la djellaba bleue roi de Zafrina. Dorea put découvrir la robe rose de Camelia, cette même couleur que celle de la fleur dont elle portait le nom. Dorea s'agenouilla pour embrasser la petite fille, et celle-ci lui rendit son câlin.
« Bonjour Mrs Potter, bredouilla l'enfant avant de vite retourner se cacher dans les jupons de sa grand-mère. »
Dorea se redressa aussitôt en riant. Camelia la timide faisait son retour, et c'était si à l'opposé de son tempérament véritable, que Charlus en profita pour la taquiner.
« Eh bien Miss Camelia, aurais-tu oublié que Mr Potter existe lui aussi ? répliqua-t-il, un semblant ton de mécontentement dans la voix. »
La tête de l'enfant apparut de nouveau, cette fois-ci, les doigts de la main gauche entièrement dans la bouche, ses grands yeux ouverts comme jamais. Elle semblait guetter quelque désapprobation de ses grands-parents. Marcus fit un mouvement de tête, et la petite sortit à nouveau des jupons de Zafrina pour se précipiter dans les bras de Charlus. Mais celui-ci, loin de lui rendre la tâche rapide, l'attrapa sous les aisselles, et la souleva avant de la lancer en l'air au-dessus de sa tête. La petite cria d'abord, puis elle se mit à rire, à la limite de l'étranglement. Dorea les regarda en souriant, alors que Zafrina s'affolait d'une telle agitation de sa petite-fille.
Marcus leva les yeux au ciel comme Charlus reposait Camelia et que celle-ci réclamait de nouveaux sauts dans les airs à coup de « Encore ! », et que Charlus y répondait avec joie. Puis au bout de la trois ou quatrième fois, Charlus lui indiqua un groupe de petits sorciers de son âge qui jouait plus loin dans le parc. Camelia s'y élança, toute timidité oubliée. Elle dut chuter deux ou trois fois, salir ou peut-être même déchirer sa robe, mais se releva à chaque fois sans même se retourner vers les quatre adultes.
« Je ne sais pas comment tu fais avec cette petite Charlus, elle t'adore. Tu lui dirais de sauter à pieds joint dans une bouse de dragon en lui jurant qu'elle volera sans balai après, qu'elle le ferait avant que tu ne lui donnes le top départ, plaisanta Marcus en riant aux éclats.
-Dès que nous lui disons que nous venons chez vous, c'est à peine si elle n'est pas déjà à la porte pour aller voir Mr Charlus Potter, continua Zafrina, sa main exerçant un petit arc vers le haut, comme s'il s'agissait là de l'entrée d'une personnalité importante.
-Qu'en sais-je ? Il s'agit sûrement du charme des Gryffondor, répliqua Charlus, songeur. »
Dorea se retint de lever les yeux au ciel devant cette remarque adolescente. Il n'y avait que les Gryffondors pour tout ramener à leur maison. Dorea ne parlait jamais de la maison Serpentard, Marcus et Zafrina non plus. A croire qu'il se pensait encore à Poudlard. Et si ce n'était pas à Gryffondor qu'il ramenait les compliments qu'on pouvait lui faire, c'était à la famille Potter.
Les quatre adultes s'assirent sur des chaises qui s'étaient posées là, le plateau en argent voletant devant eux. Marcus et Charlus entamèrent une discussion sur la finale de Quidditch qui approchait à grands pas, et Dorea et Zafrina, après avoir donné leur avis quant à la meilleure équipe selon elles, abordèrent un autre sujet.
« Dorea, réponds aux lettres de la Gazette du sorcier et à celles de Sorcière Hebdo par pitié, commença Zafrina, un ton mi-agacé, mi-amusé. Depuis la Compétition du Duel, j'en ai reçu plus de dix. Ils veulent absolument obtenir une interview avec toi. Tu as sûrement dû protéger ta maison de leurs hiboux, et je sais que tu as eu autre chose en tête ces derniers temps, mais recevoir trois Beuglantes consécutives entre minuit et trois heures du matin, ce n'est vraiment pas plaisant, grimaça Zafrina.
-Mais je n'ai pas protégé… Oh je suis navrée, j'ai placé ces protections il y a plus de quinze ans, je ne pensais pas qu'elles étaient encore actives, s'excusa Dorea, qui convenait facilement de l'agacement de Zafrina. Je m'en occuperai d'ici la fin de la semaine au plus tard. Mais que veulent-ils me demander ? Un journaliste m'a déjà posé quelques questions, te souviens-tu ? Tu étais avec moi.
-Oui bien sûr je m'en souviens. Ils doivent vouloir quelque chose de plus conforme, proposa Zafrina. Tu as une petite renommée maintenant, ajouta la sorcière en riant. »
Dorea s'apprêtait à nier en riant. Elle était loin d'être une spécialiste en la matière. Tout ce qu'elle savait ou presque, elle l'avait lu dans des livres tels ceux de Miranda Fauconnette lorsqu'elle était à Poudlard, et surtout ceux de Gladys Fawley et Leonard Goldstein. Oh il y avait bien quelques sorts pour contrer des sorts noirs qu'elle pensait avoir trouvé, mais rien de certain. Alors elle s'apprêtait à rire, lorsqu'un petit sorcier rabougri interrompit sa discussion avec son amie.
« Mrs Dorea Potter ? demanda-t-il d'une voix étonnamment vigoureuse, si on s'en tenait à son apparence. Je me présente, Leonard Goldstein, heureux de vous rencontrer. »
Dorea cligna des yeux, la bouche légèrement entrouverte. C'était bien la première fois qu'elle ne savait que dire. Elle venait de penser à cet expert en Défense Contre les Forces du Mal, et voilà qu'il se tenait devant elle, appuyé sur une canne en bois sombre. Durant ces quelques secondes de stupéfaction, elle put aisément remarquer ses cheveux blancs surplombés d'un lourd chapeau pointu de couleur vert bouteille. Son visage ridé offrait un sourire un brin moqueur, et, s'en rendant compte, Dorea retrouva l'usage de la parole.
« Moi de même, Mr Goldstein, répliqua-t-elle, se levant comme un ressort, sa voix un brin plus aigue qu'à l'ordinaire. »
Zafrina regardait la scène avec curiosité mais ne disait plus rien. Charlus et Marcus avaient cessé leur discussion. Dorea serrait maintenant la main du sorcier avec énergie.
« Ravie, ravie de vous rencontrer, ajouta-t-elle, ne sachant quoi dire.
-Quelques pas sous les arbres vous déplairait-il ? demanda finalement le vieux sorcier en lui présentant son bras. »
Dorea s'en saisit aussitôt, et sans un regard pour son mari et ses amis, elle laissa Mr Goldstein la conduire là où bon lui semblait. Un léger silence prit place, alors qu'elle entendait l'homme marmonner dans une langue qu'elle ne connaissait pas.
« Excusez-moi, reprit l'homme, et Dorea décela pour la première fois son accent étranger. Je ne me souvenais plus que le parc d'Ulric et Hedwige était si accidenté. Allons-nous asseoir là-bas, proposa-t-il en désignant deux chaises libres de sa canne.
-Bien sûr, s'empressa de répondre Dorea. »
Ils s'assirent au bout d'un temps qui parut interminable à Dorea et enfin, il lui parla de quelque chose.
« Comme je vous disais, je suis heureux de vous rencontrer enfin. Ma petite-nièce ne cesse de me parler de vous…
-Votre petite-nièce ? coupa Dorea, intriguée.
-Oui, la mariée du jour, Gwendolyn, répliqua-t-il un brin surpris.
-Oh Gweny ne m'avais jamais dit que… qu'importe. J'ai lu tous vos ouvrages, s'empressa de dire Dorea, ne pouvant plus retenir le flot de paroles qui se précipitait à sa bouche. J'ai lu tous vos ouvrages, c'est grâce à eux que j'ai pu remporter la Compétition de Duel. Même Le Tout Petit Livre des Astuces des Défenses Contre la Magie Noire Si un Jour Vous en Rencontrez Sur Votre Chemin et…
-Vraiment ? se moqua gentiment le vieillard. Ce n'est pourtant pas le meilleur, loin de là.
-Je ne suis pas d'accord, je trouve qu'au contraire c'est la base de tous vos écrits, l'énergie brute à saisir avant de pouvoir la manier, argumenta Dorea, sentant cette étincelle qu'elle aimait tant s'enflammer dans son cœur. »
Elle s'attendait à ce que l'homme rit aux éclats, comme bons nombres de sorciers avant lui, mais au contraire il hocha la tête en souriant un peu plus.
« Gwendolyn m'avait dit que vous étiez brillante, j'ajouterai que vous êtes surprenante. Peu de gens ont compris le réel intérêt de cet ouvrage, vous êtes un des premières, si ce n'est la seule, à l'avoir parfaitement saisi. Tous ces sorts sont, ma foi, peu complexes, mais tout est dans la technique, le geste à appréhender, la magie à saisir, confirma le sorcier. »
Il la regarda un instant, semblant la jauger un peu plus du regard. Dorea se rendit soudain compte qu'elle s'était quelque peu emportée et sentit sa pommette droite chauffer un tout petit peu, chose qui ne lui arrivait jamais.
« Mr Goldstein… reprit-elle.
-Voyez-vous Mrs Potter, reprit-il en même temps qu'elle et elle le laissa poursuivre. Voyez-vous, je suis actuellement à la tête du Mensuel de Duel et de Défense Contre les Arts Noirs. Je sais que vous n'êtes pas familière de ce milieu, que vous connaissez peu de duelliste et de chercheurs de sortilèges, mais… Voilà, je suis venu voir chacun des Duels qui a eu lieu cette année, et deux candidats sortaient du lot : Mr Niblemann et vous-même. Mais ce n'était pas pour les mêmes raisons. Monsieur Niblemann était dans le spectacle, la démonstration. Il faisait beaucoup pour un résultat quelconque. Ceci ne m'intéresse pas. En revanche, vous étiez tout l'inverse : vos sortilèges étaient la plupart du temps plutôt simples, mais leur combinaison offrait un résultat stupéfiant. Vous avez réussi à saisir la magie en vous, et c'est ainsi que vous avez créé des sortilèges faits pour elle. Et lorsque l'adversaire l'exigeait, vous avez toujours su faire preuve d'inventivité, de puissance, de calme, et de toutes ces qualités que l'on recherche chez un duelliste aguerri. »
Dorea ne sentait définitivement plus ses joues, tant la fierté les embrasait. Elle était en train de recevoir des compliments de Leonard Goldstein, le plus grand théoricien de la Défense Contre les Forces du Mal des dernières décennies.
« Je… je suis flattée de tant de compliments Mr Goldstein, ne trouva-t-elle qu'à répondre.
-En revanche, je sais que vous avez pratiqué de la Magie Noire il y a plusieurs années, poursuivit-il en penchant la tête, et Dorea crut y déceler un ton menaçant. Vraiment Mrs Potter, je comprends que vous la connaissiez si bien, il le faut lorsqu'on s'engage dans la lutte contre les Arts Noirs, mais pourquoi, Merlin, avez-vous donc touché à cette Magie abominable ?
-Je… commença Dorea en fronçant les sourcils. »
Elle était sur le point de lui dire qu'il s'agissait là de ses affaires et pas des siennes, lorsqu'elle songea qu'il avait reconnu l'utilité de connaître la Magie Noire. Elle s'était suffisamment justifiée à l'époque, elle n'avait pas envie de recommencer, mais Mr Goldstein comprendrait peut-être.
« Je vous rappelle les conditions qui m'amenèrent à en faire usage, mais je préfère vous dire immédiatement que si c'était à refaire, je le referais.
« J'étais donc à Paris avec mon mari, son frère, son grand-père et ses parents. Nous nous promenions dans je-ne-sais-plus quel parc français, et soudain, un sorcier se met à nous jeter des maléfices, raconta Dorea en sentant sa gorge se serrer. Je suis pétrifiée par un sortilège, ma belle-mère aussi. Le sorcier, qui se trouva être à la solde de Grindelwald, assassine froidement le frère de mon mari, puis c'est le tour de son grand-père et de son père. Ma belle-mère me libère peu avant, j'engage le combat mais rien. Aucun de mes sortilèges n'est efficace alors que je savais déjà à l'époque lancer de puissants sortilèges, j'étais major de ma promotion en Défense Contre les Forces du Mal, rappela-t-elle pour se justifier. Sur l'instant, alors que… alors qu'un maléfice de ce sbire venait de m'arracher l'enfant que je portai, que mon mari ne bougeait plus, je n'ai entrevu qu'une seule solution : riposter avec la même magie que cet homme. Je connais bien les Arts Noirs, je viens de la famille Black après tout, comme on n'a cessé de me répéter, alors je m'en suis servie. J'ai même tué cet homme avec un simple Avada. Oui, Mr Goldstein, je voulais qu'il meurt, comme lui avait assassiné ma famille. Mais cette connaissance et cette pratique m'ont changée : dès lors, je ressentais ce sentiment qu'est la culpabilité, sentiment que je ne connaissais pas auparavant. Alors oui, la Magie Noire me fascine, et oui parfois j'en fais pour chercher des sortilèges qui la contre, avoua-t-elle devant les yeux grand-ouverts du vieillard. »
Lequel ne répondit rien pendant plusieurs minutes, comme cherchant quoi en penser.
« Mon mari ne comprend pas, alors il fait semblant de l'ignorer. Il croit que je ne le sais pas, mais c'est comme ça depuis notre mariage, compléta-t-elle en se levant pour lui dire au revoir.
-Rasseyez-vous Mrs Potter, lui demanda gentiment le vieux sorcier. Je ne m'attendais pas à tant de franchise de votre part. Je n'avais jamais entendu quelqu'un qui avait tant souffert des Arts Noirs, bâtir sa vie avec eux. Je comprends votre position, vraiment. Mais vous savez, il y a assez de Magie Noire à contrer dans le monde sans avoir besoin d'en faire soi-même, même si c'est pour chercher à la contrer.
-Même en l'étudiant, vous ne ressentirez jamais ce que celui qui l'a lancé a ressenti, le contredit Dorea. Un épouvantard offre la peur, il faut donc le faire rire. Comment l'avons-nous trouvé ? En ayant peur, car comment lancer le fameux Ridikulus si vous n'avez jamais eu peur ? De même, un Détraqueur se réjouit de la souffrance, il déplore alors la joie. Mais ce sont là des êtres. Qu'en est-il des sorciers ? Comment savoir à quel point doit-on vouloir tuer cette personne pour lancer un Avada ? Je le sais, alors je sais à quel point il faut vouloir sauver une personne pour qu'elle résiste à l'Avada. C'est un exemple parmi d'autre mais…
-Qu'avez-vous dit ? la coupa brusquement Mr Goldstein en se penchant soudain vers elle.
-Que c'était un exemple parmi d'autres, reprit Dorea, hésitante.
-Avant cela, dit précipitamment le vieil homme.
-Je parlais de l'Avada, répondit-elle en ne comprenant pas où il voulait en venir.
-Et donc ?
-Je disais que je savais à quel point il fallait vouloir que l'autre soit sauf après un Avada, pour…
-Et à quel point faut-il le vouloir ? demanda-t-il, mangeant les mots sous l'impatience.
-A un point de non retour, murmura Dorea, les yeux dans le vague. Enfin, je n'ai jamais essayé, c'est une théorie. Lancer un Avada nécessite une telle haine de l'autre, une telle volonté qu'il meurt qu'en inversant les émotions, que trouvez-vous ?
-Un amour immense, et une immense volonté que l'autre vive, compléta-t-il en appuyant à nouveau son dos sur le dossier de la chaise en bois.
-Et aussi une non-volonté de vivre pour que l'autre vive surtout, compléta Dorea en adoptant la même position que le vieil homme. Sans avoir jamais lancé le sort sur un sorcier, je n'aurai jamais su…
-Vous avez tout de même assassiné quelqu'un, reprit froidement le vieux sorcier.
-J'aurais peut-être dû le laisser tuer ce qu'il me restait des gens auxquels je tiens, c'est vrai, répliqua Dorea avec ironie. »
Le vieil homme grimaça.
« Peut-être, mais je ne saurais vouloir la mort de quelqu'un, reprit le vieux sorcier en secouant la tête.
- Alors vous ne saurez jamais sauver quelqu'un, répliqua Dorea en se levant.
-Ne partez pas tout de suite, Mrs Potter, je ne vous ai pas dit le quart de ce que j'avais prévu, répondit-il alors que Dorea se rasseyait. Vos méthodes sont peu orthodoxes, vous me laisser tout à fait sceptique, mais vous êtes talentueuse. Vous devez poursuivre dans cette voie, elle est la vôtre. Si je vous montre des lieux infestés de Magie Noire, arrêterez-vous de faire vos propres expériences ? Si je vous instruis, tout autant que vous m'instruirez, je ne veux pas que de votre baguette sorte des maléfices noirs. »
Dorea se mordit les lèvres pour ne pas lui répondre qu'elle faisait ce qu'elle voulait. C'était une chance de pouvoir apprendre auprès de Leonard Goldstein, elle devait se montrer conciliante.
« J'accepte volontiers, répondit-elle finalement en se tournant vers lui.
-Alors c'est entendu, je vous ferez parvenir une lettre prochainement. »
Le vieil homme se levait déjà. Dorea le regarda s'éloigner, perplexe. Quelques pas plus loin, il se retourna vers elle.
« Vous êtes une drôle de sorcière, Dorea Potter, conclu-t-il en reprenant sa route. »
Dorea songea que c'était cette discussion qui était drôle.
« Je ne suis pas noyée dans la Magie Noire, Mr Goldstein, je sais faire un Patronus corporel, lui apprit-elle. »
Le vieil homme s'arrêta quelque secondes, puis repartit sans se retourner. Elle le regarda s'éloigner à petits pas, pensant à ce qu'elle lui avait dit à propos de l'Avada Kedavra. Elle n'avait jamais osé formuler à voix haute sa théorie pour contrer l'Avada, ce n'était qu'une théorie basée sur la logique des contraires qui semblait tout bonnement farfelue. Mais Mr Goldstein la trouvait intéressante, et avait même semblé la trouver valable.
Peut-être Mr Goldstein avait-il raison, peut-être que cette voie était réellement la sienne.
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Dorea retrouva Charlus qui discutait tranquillement avec Zafrina et Marcus. Ils avaient entre temps été rejoints par Adonis Tourdesac, le fils unique de Bathilda. Elle savait que Charlus aimait parler Quidditch avec lui, comme Adonis était un de ses anciens coéquipiers, mais Dorea le trouvait imbu de lui-même, surtout depuis deux ans, lorsqu'il avait remporté le prix du sourire le plus charmeur.
« Ah Dorea, s'adressa-t-il à elle dès qu'il la vit. Charlus me disait que cette nouvelle relatée par les journaux était tout à fait vraie ? Mes félicitations ! Après tant de temps, c'eût dû être une surprise ! Ma foi, après notre Betty, moi et Vénus n'avons pas eu d'autres enfants mais…
-Merci beaucoup Adonis, le coupa doucement Dorea, ne souhaitant pas le voir s'étendre sur lui-même.
-Oh de rien, de rien, il faut que j'aille prévenir ma femme que la nouvelle est vraie ! L'as-tu vue ? Mais où est-elle, marmonna-t-il en s'éloignant de petit groupe de sorciers. »
Charlus se tourna vers sa femme, les sourcils froncés. Dorea anticipa sa question.
« Mr Goldstein est le plus grand théoricien de Défense Contre les Forces du Mal de ces dernières années, lui rappela-t-elle. Il m'a proposé de faire des recherches avec lui, de m'en apprendre plus dans ce domaine.
-Fabuleux, s'enthousiasma Charlus. Mais que fait-il ici ?
-C'est un grand-oncle de Gweny si j'ai bien compris, lui appris Dorea. Mais je te raconterai plus tard. Allons danser ! le pria-t-elle. »
Mais Charlus ne la suivit pas, il gardait ses sourcils froncés.
« Qu'y a-t-il, Charlus ? demanda Dorea en prenant son bras.
-Tu n'es pas fatiguée avec le bébé ? Je veux dire, tu es debout depuis…
-Je ne suis enceinte que de quelques semaines Charlus, répliqua Dorea.
-Oui oui mais…
-Je ne suis barbouillée que le matin, et le soir, mes jambes sont un peu lourdes mais c'est tout. Allez, viens ! »
Dorea le prit cette fois par la main pour empêcher toute résistance. Mais finalement, ce fut-elle qui décida de changer ses plans. Elle aperçut son père juste à côté de la piste de danse. Il avait placé son chevalet devant lui, de manière à pouvoir peindre ce qu'il y avait derrière, c'est-à-dire les danseurs, et surtout les mariés. La petite Camelia avait dû finir par le rejoindre, puisqu'elle se tenait à côté de lui, lui donnant les petits pots en verre qui contenaient peinture, eau, poudre et tout ce dont avait besoin le vieil homme pour réaliser son tableau.
Dorea lâcha alors la main de son mari pour s'approcher de son père. Pour ne pas l'effrayer, elle arriva en laissant sa robe bruisser largement sur l'herbe. Sa santé restait précaire depuis la mort de son grand amour, la mère de Dorea.
Le vieil Arcturus Black se contenta de sourire à sa fille, et de lui faire une place à côté de lui. Camelia, apercevant Charlus, reposa tous les ustensiles du vieux Black dans une boîte en bois et se précipita près de lui.
« Dis Charlus, s'exclama-t-elle de sa voix fluette. Dis, pourquoi Dorea est-elle de la famille de Mr Black ? C'est Maman qui m'a dit que c'était Mr Black, mais Dorea, je… »
Charlus attrapa la petite par la main et l'éloigna un peu des deux sorciers. Il n'était pas sûr que mentir encore, comme il l'avait fait toute sa vie, soit encore dans les cordes de Mr Arcturus Black. Il s'assit un peu plus loin sur l'herbe, et trop heureuse qu'un adulte se permit ceci, Camelia en fit autant.
« Comment tu t'appelles ? demanda Charlus à la petite fille en relevant un de ses genoux pour appuyer son coude dessus.
-Charlus, pouffa la petite, pensant à une plaisanterie.
-Allez, comment t'appelles-tu ? répéta Charlus, qui ne riait pas.
-Mais tu me connais, je m'appelle Camelia ! pouffa un peu plus la petite fille.
-Et ton nom de famille ?
-Abbot, s'exaspéra Camelia. Mais tu le sais tout cela…
-Et ta maman, comment s'appelle-t-elle ? lui demanda encore Charlus.
-Tu me fais passer un interroga… gagoire ou quoi ? rouspéta la petite en croisant ses mains sur sa poitrine. »
Charlus sourit. Si Dorea ou n'importe quel autre sorcier avait été là, il aurait immédiatement repris Camelia sur sa grammaire et son vocabulaire.
« Je veux juste t'expliquer pourquoi Dorea connaît Mr Black, répondit-il ce qui ôta tout trace de bouderie sur le visage de la petite. Ta maman s'appelle Dymphna Abbot, mais avant qu'elle ne se marie avec ton papa, elle s'appelait Dymphna Shafiq, comme tes grands-parents Zafrina et Marcus. Eh bien Dorea, c'est la même chose. Avant que je ne l'épouse, elle s'appelait Dorea Black.
-Ahhh ! Mais oui je suis bête, s'exclama la petite en se tapant le front d'une main.
-Mais non tu n'es pas bête, tu es étourdie, plaisanta Charlus. Et Mr Black c'était le frère de son père, comme toi ton Oncle Roderick. Tu comprends ? s'assura-t-il. Et Dorea aime beaucoup son Oncle, c'est un peu comme son papa, lui expliqua Charlus. »
Les enfants comprenaient plus de choses que les adultes, et Camelia aurait tôt fait de comprendre que Dorea et Arcturus n'avait pas la même relation que Roderick et elle-même.
« C'est un peu comme son papa, parce qu'elle ne s'entendait pas trop avec son vrai père qui est mort il y a longtemps maintenant. Et elle a toujours eut beaucoup d'affection pour son Oncle, poursuivit Charlus. »
La petite Camelia, un doigt dans la bouche, semblait en proie à d'intenses réflexions.
« J'ai pas tout compris, avoua-t-elle finalement. Mr Black n'est pas le papa de Dorea, mais presque ?
-Disons que c'est son père de cœur, maintenant que son vrai père est décédé, répondit maladroitement Charlus. »
Il avait toujours eu du mal à être clair dans ses propos. Sa mère le lui avait souvent fait remarquer. Il oublia toute cette drôle de discussion lorsqu'il vit les grands yeux bleus de Camelia se remplir de larmes.
« Dorea n'a plus de papa ? C'est horrible de ne plus avoir de papa… bredouilla la petite fille.
-Le mien aussi est décédé, tenta de relativiser Charlus mais il venait simplement d'en remettre une couche. Mais c'est normal ! Je veux dire… ils étaient vieux, fatigués et tristes, inventa-t-il pour consoler la petite fille. »
Celle-ci se blottit dans les bras que Charlus avait tendus vers elle pour la calmer.
« Moi je ne veux pas que mon papa meure, bredouilla Camelia en s'éloignant de Charlus pour frotter ses yeux.
-Et il ne mourra pas, répliqua aussitôt Charlus, de plus en plus mal à l'aise d'avoir fait pleurer la petite Camelia. Le père de Dorea et le mien étaient vieux, ton papa n'est pas vieux lui.
-Et Grand-Mère Zafrina ? interrogea aussitôt la petite sorcière.
-Non, mon père était bien plus vieux qu'elle, mentit allègrement Charlus. »
Et il ne s'en voulu pas du tout lorsqu'il vit les larmes déserter les grands yeux bleus de la petite fille. En revanche il eut vraiment peur en voyant derrière elle le bas de la robe de son épouse. Il remonta lentement les yeux vers son visage, qui, si doux en temps normal, avait pris quelques vilains plis de contrariété. Elle lui fit un petit signe de la main, et Charlus bondit sur ses pieds avant de se faire sermonner comme un enfant. Camelia cacha un éclat de rire derrière sa main, et s'enfuit rejoindre les autres enfants.
« Charlus, commença Dorea, les poings sur les hanches. Tu es un adulte, tu es sensé montrer l'exemple. Si tu commences à te rouler par terre, qu'en fera Camelia plus…
-Dorea, la temporisa Charlus. Nous sommes au mariage de Gweny, je pense qu'elle se moque éperdument que je fasse juste asseoir sa nièce dans l'herbe. »
Il vit sa femme pincer les lèvres, sans doute pour retenir quelques réprimandes. Il ne lui laissa pas le temps d'y réfléchir plus, il lui prit le bras, et l'entraîna dans une de ces valses qu'ils aimaient tant.
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Un peu plus tard dans l'après-midi, après avoir bien usé leurs chaussures, avoir un peu trop bu pour Charlus, et un peu trop ri, Charlus et Dorea s'étaient perdus dans la foule des invités. Il avait vu le chapeau pointu de sa femme un peu plus loin dans le parc, et elle, elle avait entendu le rire joyeux de son époux venant du chapiteau.
Charlus, quelque peu alcoolisé, avait réussi à faire danser sa mère, qui avait toujours détesté cette activité. Puis il avait rejoint Ulric qui pleurait que sa petite fille était trop grande maintenant. Ils avaient fini par chanter Odo le héros, faisant ou fuir ou fredonner les autres.
Dorea s'était retrouvée avec Gweny, complètement survoltée et au comble de la joie. Cette dernière avait rencontré les bras de tous les invités pour des danses folles et des embrassades (embarrassantes pour certains par ailleurs). Puis elle s'était éloignée dans le parc pour trouver un peu de calme.
A force de se promener, elle remarqua le Guérisseur Meadowes assis à une table, un petit sorcier endormi sur les genoux. Elle s'approcha de lui pour le remercier de l'avoir reçu il y a deux jours à Saint-Mangouste de façon si impromptue.
« Ce n'est rien, répliqua-t-il après un sursaut. C'est mon travail après tout, insista-t-il en berçant le petit sorcier. »
Dorea remarqua qu'il aurait aimé dormir autant que son fils. Mais elle ne dit rien, et se contenta de jeter un coup d'œil circulaire alentour. Aux pieds des nombreux arbres du parc, on pouvait voir des couples assoupis ou en train de s'embrasser. Dorea pinça les lèvres, reconnaissant une fois de plus qu'une quantité monstrueuse de choses avaient changées en quinze ans. Jamais elle ne se serait permis d'embrasser un garçon sous les yeux de sa mère. Ceci lui rappela que sa mère n'était plus, et ses épaules s'affaissèrent. Il lui fallait retrouver Arcturus.
« Vous devriez rentrer chez vous Urquhart, dit-elle au Guérisseur, le réveillant avant qu'il ne laisse tomber son garçon. Où est votre femme ? demanda poliment Dorea.
-Rentrée avec la petite dernière et j'aimerais volontiers la rejoindre, si seulement je savais où se trouve mon fils aîné, commenta-t-il en se levant, le garçonnet calé sur sa hanche.
-Il doit s'être endormi sur l'une des banquettes du pub, avec les autres enfants, lui apprit Dorea. »
Cela sembla réveiller le Guérisseur, qui remonta l'allée du parc en marmonnant après Merlin que, s'il l'avait su plus tôt, il serait rentré chez lui depuis perpette.
Dorea sentait elle aussi la fatigue approcher, et elle s'empressa de rejoindre Arcturus, qui n'avait pas quitté son chevalet de la journée. Il s'était même fait apporter des lanternes afin de pouvoir continuer son tableau malgré la nuit tombante. Et Dorea fut une nouvelle fois soufflée devant les talents de son père.
Il mettait les derniers coups de pinceaux à la robe de Gweny, que l'image de la sorcière essayait en vain de faire tourner. Arcturus lui faisait les gros yeux, et cette dernière cessait de bouger quelques secondes avant que le Graham peint ne l'attrape par la taille pour la faire tournoyer. Et ce manège devait durer depuis un certain temps puisque la robe de Gweny était peinte tout à fait devant, et il ne restait que le dos à faire. Arcturus marmonna quelque chose, et ni le marié, ni la mariée ne bougèrent plus, ce qui lui permit de finir son tableau en quelques secondes. Puis il se recula et contempla son œuvre avec un sourire soulagé. Il ajouta un peu de bleu roi dans le ciel, et ce fut tout. Il agita sa baguette et toutes ses couleurs et ses pinceaux se nettoyèrent dans l'eau trouble d'une coupe que le peintromage avait dû subtiliser, et se rangèrent dans sa boite en bois que Dorea lui avait toujours connue.
Il aperçut Dorea et d'un regard, lui désigna le tableau. Dorea acquiesça en lu offrant un magnifique sourire.
« Il est parfait pour Graham et Gweny, commenta-t-elle.
-Ils m'ont donné du fil à retordre, expliqua son père de sa voix chaleureuse. Peindre des mariés, le jour de leur mariage est une des choses les plus difficiles : les deux sorciers ne cessent de bouger, de chercher l'autre et de s'agiter. J'ai fini par les immobiliser. »
Dorea s'empressa de sortir sa baguette pour faire léviter le tableau et le chevalet. Son père en fit de même avec ses affaires de peinture et ils rentrèrent sous le chapiteau, où il ne restait que quelques couples de danseurs. Comme ils ne virent pas les mariés, ils poursuivirent leur chemin jusque dans la salle du pub. Dorea y déposa avec peu de douceur son chargement lorsqu'elle vit Gweny et Graham dans un coin de la pièce en train de s'embrasser sans pudeur.
Dorea en perdit ses yeux et ses joues blanches, et Arcturus s'esclaffa joyeusement. Les deux mariés se détachèrent aussitôt, Gweny plaquant sa main sur sa bouche et Graham des traces de rouge à lèvre partout sur le visage. Gweny lui lança un discret Tergeo, et réajusta sa robe avant de se lever.
« Mrs… Mrs Potter et Mr Black, bredouilla Gwendolyn McKinnon, d'une voix gênée.
-Belle Gwendolyn, répondit aussitôt Arcturus, plus qu'amusé qu'autre chose par cette gêne innocente. J'ai immortalisé ce jour, pour vous l'offrir à nouveau, à vous, Mr et Mrs McKinnon, leur apprit-il en les laissant voir le tableau. »
Gweny plaqua ses mains sur sa bouche et Graham oublia ce qu'il s'apprêtait à dire. Les deux jeunes mariés se regardèrent, vinrent remercier chaudement Arcturus Black Gwendolyn en le prenant dans ses bras, et Graham en lui serrant chaleureusement la main.
Puis Charlus entra bras dessus, bras dessous avec Ulric en pleurant plus qu'en ne chantant Odo le héros. Alors, exaspérée, Dorea leur lança un sortilège de mutisme, prit le bras de Charlus et félicita une dernière fois Graham et Gwendolyn avant de s'enfoncer dans la nuit noir avec lui et son père.
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J'espère que vous avez passé un bon moment ; c'est tout ce qui compte !
A bientôt !
