Chèvre doré: Haha, je me disais aussi que ton pseudo était bizarre! (Tu sais que si tu as un compte FF, je peux répondre directement à tes reviews par MP, et tu peux aussi être alertée des mises à jour des fic que tu suis. *Non, contrairement aux apparences je ne suis pas payée par le service communication de FF, je le jure*)

Oh pauvre Peter, tu es dure avec lui! Sa vie n'est pas simple (d'alpha il passe à beta pitoyable et sans force; il passe six ans à faire le légume, il revit, on le re-tue, et il re revit... franchement, tape ta galère!) alors normal qu'il soit un tout petit peu aigri et jaloux.^^

Ouais, j'ai adoré utiliser Hayley pour faire le sale coup, et l'idée de la rendre complice de Derek alors qu'ils sont les exacts opposés, ça me plaisait bien. D'ailleurs, je crois que ce duo a un potentiel de rebondissements, je dis qu'ils n'en resterons pas là :-)

Ahah si tu as aimé le petit interlude Isaac/Peyton, tu risques d'apprécier tout particulièrement ce chapitre! J'ai hâte de savoir ce que tu en penses!

J'adore manipuler des OC enfants, ce n'est pas toujours évident, mais ce sont des personnages géniaux! Facétieux, plein d'innocence et d'humour, on peut tout leur faire faire.

La femme de ta vie ? *_* Tant que ça! J'en suis toute retournée dis-donc!

Bref, un énorme merci pour ta review, c'est grâce à ça que je me mets de grooos coups de pieds aux fesses pour avancer, et ça fait du bien! Surtout, n'arrête pas!

Ω


Après une petite précision, je vous laisse à votre lecture (notes en bas de page): ce chapitre commence un mois après le précédent.

Chanson du chapitre: Everyting Has Changed - Taylor Swift & Ed Sheeran.

Bonne Lecture...


[Scratch Team]

Chapitre 4 : Ponctuation

« Un baiser peut être une virgule, un point d'interrogation ou d'exclamation. Voici les points essentiels de la ponctuation que toute femme devrait connaître. »

Mistinguett

― « Je voulais juste que tu te taises, avait murmuré Isaac rieur à l'adresse de la jeune femme toujours figée. Café ? avait-il proposé. »

Adossée au comptoir de la cuisine, un mug de café refroidi dans les mains, Peyton était perdue dans ses pensées, le regard errant sans but par la fenêtre. Absorbée par ses souvenirs, la jeune femme était totalement hermétique aux mots qui sortaient de la bouche de Brooke.

― « Peyton ? l'appela doucement Brooke sans obtenir de réaction. Peyton ! Allô la lune, ici la Terre ! s'esclaffa-t-elle en agitant la main devant les yeux de sa sœur.

― Hum… Qu'est-ce qu'il y'a ? marmonna vaguement Peyton.

― Je disais : tu veux du café ? Chaud, celui-là, précisa-t-elle alors que Peyton baissait les yeux vers sa propre tasse encore pleine, mais froide. »

Peyton acquiesça, vida sa tasse dans l'évier et laissa Brooke la resservir.

― « Bon, maintenant, tu me racontes ce qui de tracasse, lui ordonna doucement l'aînée.

― Hein ? fit Peyton, complètement absente. Rien. Tout va bien. Je te le jure, Brooke, se justifia la lycanthrope devant le regard insistant de Brooke.

― Oui, tout va bien, mais… répliqua Brooke. Mais quelque chose te tracasse, affirma-t-elle convaincue. »

Peyton secoua vivement la tête, puis adressa un sourire à sa sœur, tentant de la rassurer. Il aurait fallu bien plus que ce sourire forcé pour tromper les instincts de Brooke. Elle connaissait ses petites sœurs par cœur ; après tout, elle les avait quasiment élevées. Il ne lui avait fallu que trois secondes pour voir que quelque chose perturbait Peyton.

― « Oh allez Peyton, pas avec moi ! Voilà un mois que tu as cet air…bizarre, grimaça Brooke. Écoute, j'ignore ce qu'il s'est passé lors de cette fameuse pleine lune, mais quand tu es revenue, tu n'étais pas dans ton état normal.

― Évidemment, Caleb avait réussi, c'était la fin du calvaire : j'étais surexcitée, répliqua Peyton avec un sourire.

― Oui, mais même ton euphorie explosive ne pouvait pas masquer ton trouble. En tout cas pas pour moi, objecta encore Brooke. »

Peyton soupira profondément, plongeant dans sa tasse de café pour éviter soigneusement le regard de sa sœur, bien trop perspicace à son goût. Bien sûr qu'elle avait mis dans le mille. Brooke mettait toujours dans le mille. Elle voyait toujours derrière les masques des gens ; elle percevait chaque fois leurs sentiments de mal-être ou de tristesse. Alors quand en plus, il s'agissait de l'une de ses sœurs, il était impossible qu'elle le rate.

Voyant que sa sœur n'était pas loin de cracher le morceau, Brooke insista encore un peu, tout en douceur.

― « Est-ce que c'est à propos de Derek ? demanda calmement Brooke.

― Derek ? s'étonna Peyton en sursautant. Pourquoi tu me parles de Derek ?

― Parce que toi, tu n'en parles pas, riposta Brooke dans un sourire. Tu reviens après six ans, tu te retrouves à côtoyer ton premier amour chaque jour. Il t'a brisé le cœur, tu as brisé le sien. Tu es partie. L'histoire n'est pas finie, énuméra Brooke mélancolique. »

Peyton la regarda incrédule, puis réalisa à l'air de sa sœur que ce n'était pas vraiment à Derek et elle qu'elle pensait en disant ces mots, mais au couple que Brooke et Tyler avaient été. Pour cette raison, Peyton retint l'éclat de rire qui lui chatouillait la gorge. Au fond, elle comprenait la nostalgie qui saisissait sa sœur aînée.

Tout comme elle comprenait les raisons qui avaient pu mener Brooke à de telles conclusions. Même si pour le coup, l'aînée s'était trompée sur toute la ligne.

― « Si je n'en parle pas, c'est qu'il n'y a rien à en dire. L'histoire est finie, Brooke, répondit Peyton en douceur. Pour moi tout ça c'est du passé, la page est tournée. C'est une nouvelle histoire qui s'écrit, et dans celle-là, il n'y a pas de Derek et Peyton. Oui, Derek est mon premier amour, et pour cette raison, j'ai réalisé que j'avais pour lui encore beaucoup de tendresse. Mais ça s'arrête là. Je lui souhaite d'être heureux. Mais ce ne sera pas avec moi, conclut-elle en souriant, amusée par sa propre maturité de réflexion.

― Oh… je vois… enfin je crois, bredouilla Brooke, surprise et un peu déçue. Alors, Derek et toi, vous êtes… amis ?

― Non, répondit cette fois plus abruptement Peyton, le visage fermé. Il y a encore tant de non-dits et de rancœurs entre nous. Un jour peut-être qu'on surmontera ça, souffla-t-elle. Un jour…

― Donc, qu'est-ce qui peut bien te mettre les neurones à l'envers, si ce n'est pas l'amour ? renchérit Brooke enjouée. »

Une fois de plus, se dandinant d'un pied sur l'autre, Peyton fixa son café comme s'il recelait les plus grands secrets du monde.

― « Waouh, attend un peu ! s'exclama l'aînée, sûre qu'elle venait de mettre le doigt sur quelque chose. Ce n'est pas Derek, mais il y a bien un garçon, non ? supposa-t-elle presque hystérique.

― Brooke … soupira Peyton. C'est bizarre qu'Hayley ne soit pas levée, non ? s'inquiéta-t-elle.

― Elle a veillé tard sur Skype® avec Amy, répondit évasivement Brooke. Mais n'essaie pas de changer de sujet !

― Je ne change pas de sujet, je…

Bonjour Mademoiselle1 ! bafouilla Hayley d'une voix ensommeillée en entrant dans la cuisine.

― Tu veux arrêter de frimer avec ton français, oui ? rouspéta Brooke en levant les yeux au ciel.

Mais bien sûr, répondit Hayley amusée, faisant grogner l'aînée. »

Peyton éclata de rire devant la mine dépitée de Brooke. Hayley était revenue deux jours plus tôt d'un séjour en France de trois semaines avec sa meilleure amie, Amy. Et depuis son retour, la jeune fille ne cessait de glisser ça et là des mots et expressions françaises, au grand dam de Brooke que cette manie insupportait largement.

― « Qu'est-ce que vous pouvez bien encore vous raconter pendant des heures, Amy et toi, après avoir passé trois semaines ensemble ? demanda Peyton railleuse.

― Justement ! On fait le débrief de nos vacances ! rigola Hayley. Sinon, j'ai entendu dire : ne change pas de sujet. Qui veut éviter de parler de quoi ? demanda-t-elle en étouffant un bâillement.

― Peyton essaie de nous cacher le mystérieux inconnu qui lui embrume l'esprit, répliqua Brooke en narguant Peyton.

― Brooke, tu me … casses les pieds ! ragea la puînée.

― Oh la vache ! s'exclama Hayley une main devant la bouche. Je n'en reviens pas : Stiles avait raison !

― On peut savoir ce que Stiles vient faire dans l'histoire ? demanda Peyton, perplexe. »

Sans dire un mot, Hayley se saisit de son téléphone et se mit à fouiller fébrilement dans ses messages textes. Elle poussa un cri victorieux en mettant enfin le doigt sur le message qu'elle cherchait et donna le téléphone à ses sœurs, un air satisfait sur le visage.

À mesure que les deux jeunes femmes défilaient la conversation, le visage de Peyton se décomposait, tandis que les yeux de Brooke s'agrandissaient sous la surprise.

De STILES à HAYLEY.

STILES : Oh WTF ! Il se passe 1 truc entre Peyton et Isaac !

HAYLEY : Koi ? D'où tu tiens ça ? Impossible.

STILES : Foi 2 Stiles, rien ne m'échappe. Je trouvais ça bizarre ke Isaac pose autant 2 questions sur ta sœur, mais là je commence à comprendre. Y'a baleine sous gravier, meuf !

HAYLEY : Nan, j'te dis ! Peut-être qu'Isaac en pince, mais pas Pity, sûre ! Le grand Lahey, C pas le genre 2 ma frangine.

STILES : Eh ben ta Pity (lol) a changé 2 style, parce ke y'a pas 2 doute : y'a 2 jours je suis passé avec mon vieux devant le coffee shop après la fermeture, et je les ai vu tous les 2, et ils avaient l'air très proches, si tu vois ce que je veux dire !

HAYLEY : WTF J'y crois pas ! Essaie d'en savoir + STP

STILES : Stiles mène l'enquête ! Je te tiens au jus !

― « Peyton ? demanda Brooke d'une voix blanche en fixant sa sœur, ébahie. Isaac ?

― Stiles ne peut vraiment pas s'empêcher de fourrer son nez partout ! tempêta Peyton en rendant son téléphone à Hayley.

― Alors c'est vrai ! gazouilla Hayley d'une voix aiguë. Il se passe un truc entre Isaac et toi ? »

Peyton regarda ses sœurs l'une après l'autre. Entre l'enthousiasme de l'une, et l'étonnement de l'autre, elle se sentait prise au piège. Aussi, maintenant démasquée, elle décida de se livrer. Après tout, se confier à ses sœurs, ses plus proches amies, l'aiderait peut-être à y voir plus clair.

― « Je n'en sais rien, ce n'est pas aussi simple, soupira Peyton. »

Elle tendit sa tasse à Hayley, pour que celle-ci la remplisse de café, et sous l'insistance de ses deux sœurs, leur confia toute l'histoire.

― « Après notre première rencontre, pour le moins houleuse, je le considérais comme un sbire de Derek sans le moindre intérêt. Jusqu'à ce qu'il vienne changer la donne le jour de la première pleine lune … »

Un mois plus tôt.

La première pleine lune qu'elle vivrait à Beacon Hills était pour le soir même. Après avoir passé la journée avec Caleb, Derek et Isaac avaient ramené l'enfant à sa mère, au coffee shop où travaillait Peyton.

En moins de cinq minutes, Derek et Peyton avaient réussi à se prendre la tête, la jeune femme refusant de se joindre à eux pour épauler Caleb le soir même. Derek avait quitté le coffee shop de mauvaise humeur, non sans promettre à Peyton de l'y retrouver à la fin de son service, une heure plus tard, pour obtenir des explications.

De peur que Peyton ne se dérobe et file en douce, l'alpha avait demandé à Isaac de rester là et de la surveiller jusqu'à ce qu'il revienne. Voyant là une excellente occasion d'aborder avec elle leur explosive première rencontre, espérant ainsi repartir d'un bon pied, Isaac avait accepté.

― « Qu'est-ce que tu me conseilles ? demanda joyeusement le Bêta blond en rejoignant Peyton au comptoir. J'ai jamais rien compris à tout ça. Un café, c'est un café, non ? plaisanta-t-il avec un large sourire. »

Pour toute réponse, Peyton lui lança son regard le plus noir, ne cherchant même pas à cacher son animosité pour le jeune homme.

Depuis qu'Isaac l'avait provoquée, lors de leur première rencontre, et lui avait grogné dessus, Peyton voyait le jeune loup comme une menace, et ne pouvait pas le supporter. Et elle ne se privait pas de le lui faire comprendre à la moindre occasion.

Le Bêta soupira, blasé, puis amorça un demi-tour, avant de se figer et de revenir sur ses pas, d'un air décidé.

― « Ok, toi et moi, on est partis sur de mauvaises bases, lança-t-il de but en blanc. Alors, je m'excuse de … enfin, tu sais, chuchota-t-il en jetant un regard méfiant par-dessus son épaule. Écoute, j'aimerais vraiment qu'on reparte à zéro : je n'ai pas envie de me battre avec toi.

― Je te battrais à plates coutures, répondit simplement la jeune femme, sans lever les yeux de sa caisse. Maintenant, si tu ne commandes pas, bouge de là, ordonna-t-elle. »

Isaac, sans se laisser démonter, laissa un large sourire illuminer son visage, et posa nonchalamment les deux coudes sur le comptoir, fixant la jeune louve dans les yeux.

Peyton soupira profondément, puis, abattant ses deux mains de chaque côté du Bêta, elle approcha son visage à à peine quelques centimètres d'Isaac et riposta, acerbe :

― « Laisse-moi deviner. C'est Derek qui t'envoie, et toi en bon petit louveteau, tu obéis, et tu viens t'excuser, la queue entre les jambes ?

― Un, Derek n'en a rien à secouer de tout ça. Il a même dit, je cite : battez-vous si vous voulez, mais ne venez pas chialer après ! répondit Isaac sans se départir de son sourire charmeur. Deux, si on se réfère à nos dates respectives de morsure, tu es le gentil petit louveteau de nous deux. Et trois… »

Le jeune homme s'interrompit avec un air goguenard, puis approcha un peu plus son visage de celui de la petite brune, et vint souffler à son oreille :

― « Aux dernières nouvelles, elle a toujours été entre mes jambes depuis plus de dix-sept ans maintenant. Mais si tu ne me crois pas… acheva-t-il dans un murmure à peine audible. »

Peyton se sentit rougir jusqu'aux oreilles et se recula d'un bond, fusillant le Bêta du regard, qui éclata d'un rire léger.

― « Ah tu verrais ta tête ! se moqua-t-il. Allez, tu vois bien que tu ne peux pas me mettre en rage, alors… on fait la paix ? proposa-t-il en inclinant sa tête sur le côté, mimant une moue enfantine suppliante. »

Peyton détourna vivement le regard, encore rougissante à cause de l'allusion du jeune homme. Se sentant prise en flagrant délit, comme une vulgaire adolescente dévorée par ses hormones, elle concentra son attention sur le client suivant, ordonnant d'un geste à Isaac de se pousser.

Celui-ci abdiqua et soupira de déception avant d'aller s'asseoir à une table proche, l'air morose.

Isaac ne comprenait pas pourquoi cette fille était à ce point braquée. D'accord, ils s'étaient un peu échauffés une semaine plus tôt, quand elle avait débarqué pour annoncer à Derek que son neveu – dont il ignorait l'existence – était un loup-garou. Mais après tout, cela n'avait pas été plus loin que quelques grondements pour la frime, rien d'insurmontable. Lui tout ce qu'il voulait, c'était repartir d'un bon pied.

Après tout, ils étaient amenés à se voir souvent à présent, à cause Caleb. Depuis que l'Alpha avait accepté le plan saugrenu de la jeune femme pour faire taire ce qu'elle nommait le « gène alpha » de Caleb, Derek tenait à voir l'enfant quotidiennement pour maintenir le lien qu'ils avaient créé.

Et puis, une autre raison poussait Isaac à vouloir arranger les choses avec Peyton. Quoi qu'en puisse dire Derek, Isaac était certain qu'il n'était pas indifférent à la tension qui régnait entre son bêta et la jeune femme. Même si Derek refusait d'en dire plus, Isaac sentait que l'Alpha était très lié à Peyton. « Une vie antérieure » avait-il dit, mais cela ne signifiait pas pour autant qu'il n'éprouvait plus pour la jeune louve une tendresse particulière, ni qu'elle ne comptait plus pour lui.

― « Un café latte noisette, dit Peyton en arrivant derrière Isaac, déposant devant lui une tasse fumante. Mais déca. Pas là peine de te donner de l'énergie en plus pour la pleine lune, précisa-t-elle dans un sourire. »

En voyant que Peyton ne se défaisait pas de son sourire timide, Isaac se réjouit. Il avait gagné, sa persévérance avait enfin payé, et la jeune femme baissait la garde.

― « C'est mon calumet de la paix, ajouta-t-elle en désignant le café.

― Alors, on repart à zéro ?

― Yep.

― Tope-là ! s'exclama-t-il enthousiaste en tendant la main à Peyton. »

La jeune femme éclata d'un rire franc, songeant qu'après tout, depuis qu'elle en était un, il lui fallait bien revoir à la baisse ses préjugés sur les loups-garous. Et commencer avec Isaac était loin d'être désagréable.

De nos jours.

― « Alors, vous vous êtes réconciliés, vous avez appris à vous connaître, et vous êtes tombés amoureux ! pronostiqua Hayley, toute à son monde de conte de fée.

― Ce n'est pas vraiment aussi simple, répliqua Peyton en riant doucement.

― Ce n'est que le lendemain de la pleine lune que tu es devenue distante et songeuse. Il s'est passé quelque chose chez Derek, n'est-ce pas ? supposa Brooke avec justesse.

― Exactement, dit Peyton, l'air rêveur en repensant à ce moment étrange. »

Un mois plus tôt, le lendemain matin.

Depuis le lever du soleil, les deux jeunes gens chahutaient. Toute à sa joie que Caleb soit devenu un doux bêta, Peyton ne tenait pas en place, taquinant sans répit son acolyte blond. Celui-ci, joueur, ne se faisait pas prier.

― « Mais tu vas te taire, oui ! rouspéta Isaac en ceinturant la jeune femme, plaquant son autre main sur la bouche de la demoiselle.

― Je me tais si je veux ! cracha-t-elle en repoussant la main du jeune homme. Si tu ne veux pas entendre ce que j'ai à … »

La voix de Peyton s'éteignit net dans sa gorge quand Isaac plaqua ses lèvres sur les siennes. Les yeux écarquillés, Peyton se figea, surprise et incrédule.

― « Vraiment, c'est nettement mieux quand tu te tais, souffla Isaac tout contre les lèvres de la louve. Vraiment, chuchota-t-il en embrassant furtivement la lèvre inférieure de Peyton. »

Puis sans prévenir, il la libéra, et revint s'asseoir comme de rien devant son café, laissant là une Peyton ahurie et sans voix.

― « Je voulais juste que tu te taises, murmura-t-il rieur à l'adresse de la jeune femme toujours figée. Café ? proposa-t-il. »

De nos jours.

― « Juste pour te faire taire ? soliloqua Hayley abasourdie. Il a une case en moins, ou quoi ? s'offusqua-t-elle.

― C'est ce que l'on appelle une approche, Hayley, rationalisa Brooke. C'était trop tôt : il a juste tâté le terrain. »

Peyton éclata de rire devant l'air déconfit de sa jeune sœur. Hayley ne parvenait pas à décider ce qui la surprenait le plus. Qu'on se complique la vie avec de tels stratagèmes, quand il était si simple d'aller droit au but, comme elle aimait à le faire ou, que sa sœur aînée, si sage et responsable, soit au fait de telles perfidies amoureuses.

Cela avait pris bien plus de temps à Peyton qu'à Brooke pour réussir à analyser la situation avec suffisamment de recul, et parvenir à cette même conclusion. Temps qu'elle avait donc consacré à éviter le bêta blond avec le plus grand soin.

Trois semaines plus tôt.

La nuit commençait à tomber, et Peyton se pressa un peu plus d'atteindre le container à poubelles pour se décharger des deux gros sacs qu'elle portait. Loup-garou ou pas, les habitudes avaient la peau dure, et elle détestait toujours se retrouver seule la nuit, dans une ruelle mal éclairée sans personne à portée de voix. Même si elle pourrait sans mal se défaire de n'importe quel agresseur humain – chasseur excepté – elle se sentait toujours comme une fragile et vulnérable humaine dans ce genre de situations.

Se délestant des sacs de déchets dans le container, elle acceléra le pas pour regagner la boutique.

― « Toi, tu m'évites, souffla une voix à l'oreille de Peyton. »

La jeune femme fit un bond sur le côté, lançant son bras dans l'intention évidente d'en découdre avec son potentiel agresseur. Sans mal, celui-ci para l'attaque avec un large sourire.

― « Bon sang, Isaac ! tempêta Peyton. Tu es malade de me faire une peur pareille !

― Hé c'est de ta faute, se défendit le jeune homme alors que Peyton de défaisait avec humeur de son emprise. Si tu ne passais pas ton temps m'éviter, je ne serais pas obligé de te surprendre pour réussir à te parler. »

Peyton lui jeta un regard noir, et repartit d'un pas furibond vers le café.

― « Primo, je ne t'évite pas Isaac, riposta-t-elle sans le regarder, entrant dans le coffee shop. Deuzio, même si c'était le cas, ça ne te donne pas le droit pour autant de me fiche une trouille pareille. »

Poussant un soupir agacé, Isaac attrapa fermement le bras de la jeune fille, l'obligeant à se retourner et à lui faire face.

― « Tu fuis dès que tu me vois arriver chez toi ; tu es toujours hyper occupée dès que j'arrive ici ; tu fais tout pour ne pas avoir à venir chez Derek, et tu te planques quand tu sais que je suis chez Stiles, juste en face de chez toi, énuméra Isaac d'un ton las. Donc tu m'évites. »

Peyton laissa s'échapper un soupir, puis luttant du regard avec le bêta blond, elle chercha ses mots. Agacée de sentir son esprit aussi embrouillé, elle s'énerva.

― « Eh bien oui, je t'évite, voilà ! Tu es content ?

― Non, répondit Isaac d'un ton peiné.

― Tu te fous de moi, Lahey ? explosa la jeune femme. Comment tu voulais que je réagisse ?

― Pas comme ça.

― Eh bien, tu aurais dû y penser avant, gros malin, râla Peyton en ramassant les derniers sets de table qui traînaient. »

Surprise de ne pas entendre de réponse, Peyton se retourna. Isaac était négligemment assis sur l'une des tables qu'elle venait de débarrasser, la tête basse et l'air désolé. Instantanément, à la vue de l'air penaud du bêta, la jeune femme se sentit coupable. Se mordant la lèvre, embarrassée, elle s'avança doucement vers le jeune homme. Peyton soupira et esquissa un léger sourire en sentant s'envoler tout son agacement envers Isaac à mesure qu'elle s'approchait de lui.

― « Isaac, le héla-t-elle doucement une fois près de lui, posant une main sur son bras. Désolée de m'être emportée, s'excusa-t-elle d'une voix amène. Je te propose qu'on oublie tout ça, ok ? lança-t-elle plus enjouée. »

Le garçon tressaillit à cette proposition. Il releva la tête pour plonger ses iris bleus au plus profond des prunelles caramel de Peyton. Sans dire un mot, Isaac se leva, sans la quitter des yeux, puis lui fit face. La jeune femme voulut détourner la tête, troublée par ce regard perçant qui semblait sonder les tréfonds de son âme. Isaac arrêta son geste, attrapant doucement le visage intimidé entre ses mains.

C'était insensé. Isaac ne comprenait pas ce qui le poussait vers cette femme qu'il connaissait à peine. Ni pourquoi il se sentait à ce point touché par l'opinion qu'elle avait de lui et de ses actes. Et pourtant, c'était un fait. Il éprouvait comme une nécessité d'apprendre à la connaître, de l'apprivoiser.

Ils étaient de la même espèce, du même monde, et il savait qu'elle pouvait le comprendre. Il avait Derek et Scott, mais il ressentait un besoin d'autre chose, de plus. Quelqu'un qui l'écouterait ; qui ne s'apitoierait pas sur l'ado au passé tourmenté, mais s'attarderait sur l'homme qu'il était.

Isaac n'en connaissait pas la raison, ni ne savait d'où lui venait cette certitude qu'elle le pourrait, qu'elle le verrait tel qu'il était vraiment. Mais il était sûr que Peyton était cette personne qui le ferait sortir de l'ombre, celle qui pourrait le guider vers lumière.

― « Je ne veux pas oublier, murmura Isaac sans lâcher la jeune femme. C'est ce que tu veux toi ? »

Dans l'esprit de Peyton c'était un véritable chaos. Elle n'arrivait plus à penser. Une part d'elle-même, la plus rationnelle, savait que c'était la bonne décision : oublier cet événement, minimiser son impact, et reprendre leur vie chacun de leur côté.

Mais une autre entité en elle se débattait furieusement contre cette muselière que tentait de lui imposer sa raison. Parce que si elle était vraiment honnête avec elle-même, Peyton devait reconnaître qu'Isaac lui plaisait. Parce que la chaleur qui venait rougir ses joues quand il lui souriait, se propageait invariablement à tout son être. Parce qu'elle aimait sentir toutes ses préoccupations s'envoler quand il était avec elle. Parce qu'elle chérissait cette sensation de légèreté quand il la regardait. Parce que, pour rien au monde, elle n'aurait échangé sa place quand son cœur s'affolait dans sa poitrine au moindre de ses contacts.

Peyton se sentait stupide que de telles fantaisies lui fassent perdre les sens. Elle était une adulte à présent, plus une ado fleur bleue esclave de ses hormones. Et pourtant, c'était ce jeune homme à peine sorti de l'adolescence qui la projetait, elle, dans un monde de chimères romantiques dignes d'un roman de Jane Austen.

Voyant que Peyton s'apprêtait à lui répondre, et craignant son verdict, Isaac posa un doigt sur la bouche de la jeune femme pour l'empêcher de parler.

― « C'était une vraie question, Peyton, souffla-t-il à son oreille. C'est vraiment ce que tu veux ? Oublier et faire comme si cela n'avait jamais existé ? Ne réponds pas maintenant, chuchota-t-il en la voyant ouvrir la bouche. Prends le temps d'y penser. Que veux-tu vraiment ? »

Puis, en guise de point d'interrogation, il effleura les lèvres frémissantes de la brunette d'un baiser, et quitta le café d'un pas léger et serein.

Quand la clochette eut tinté pour la seconde fois, l'esprit comme déconnecté de son corps, Peyton vint verrouiller la porte et tira le rideau. Puis d'un pas mécanique, rodée par l'habitude, elle fit le tour de la salle pour éteindre les appareils et les lumières, et sortit par la porte de service. Ce ne fut qu'une fois dehors, dans la ruelle, qu'une brise fraîche sur son visage la ramena à la réalité.

― « Eh ben ma vielle, tu es encore dans un sacré pétrin, marmonna-t-elle pour elle-même. »

De nos jours.

Brooke et Hayley regardaient leur sœur avec étonnement.

Brooke était aux anges. Depuis longtemps, elle craignait que sa sœur ne se soit définitivement fermée à l'amour. Après Derek, son cœur avait été brisé et vide. Elle n'avait pas eu la force de vivre à nouveau une belle histoire d'amour. Puis il y avait eu Jake, et Brooke avait repris espoir pour Peyton. Jusqu'à la terrible révélation : Peyton avait réussi à attirer le seul loup garou à des kilomètres à la longue. Elle, qui s'était jurée de ne jamais plus se jeter dans les bras d'un lycanthrope, était tombée de haut. Jake appartenait à une meute de Shreveport, et après une idylle de plusieurs mois, il s'était jeté à l'eau et avait avoué son secret à Peyton. Pour se faire jeter sur l'instant comme un malpropre, avec pertes et fracas.

Et la transformation de Peyton avait sonné le glas des espoirs romantiques que nourrissait Brooke pour sa sœur. Après sa transformation, celle-ci avait juré de ne jamais prendre d'humain pour compagnon, de peur de le blesser. Hors jeu, les loups. Hors jeu, les hommes. Les possibilités semblaient plus que restreintes. Alors si Isaac parvenait à percer la carapace de Peyton pour la toucher en plein cœur, Brooke ne pouvait que sauter de joie.

Néanmoins, prudente, elle attendrait de voir la suite des événements avant de crier victoire : avec Peyton, elle pouvait s'attendre à tout.

Hayley en revanche ne s'embarrassait pas de la même retenue que son aînée. Toute ravie qu'elle était de voir sa sœur rougir avec un sourire gêné en parlant d'Isaac. Ravie de se dire qu'enfin les nuages noirs qu'elle trainait avec elle depuis quelques mois semblaient prendre le large et laisser place au soleil.

― « Dans le pétrin ? répéta la cadette d'une voix outrée. Tu plaisantes ! C'est probablement la meilleure chose qui te soit arrivée depuis longtemps. On commençait sérieusement à désespérer. »

Peyton ouvrit de grands yeux, faussement offensée par la réplique de sa petite sœur. Elle protesta pour la forme, mais Hayley n'en avait cure. Tout ce qu'elle voyait, c'était que sa sœur n'était pas indifférente à Isaac, loin de là, et que cela augurait de bonnes choses. Et puis, elle s'imaginait déjà toutes les possibilités de taquineries et de chantages que lui ouvrait ce nouveau béguin. D'ailleurs, n'étant pas d'une nature patiente, Hayley commença sans attendre à asticoter sa sœur.

― « Mais sinon, à ton âge, ça fait quoi de craquer pour un lycéen ? railla Hayley avec un large sourire. »

Brooke jeta un regard réprobateur à sa jeune sœur, lui assénant une petite tape sur la cuisse en guise de réprimande. Ce qui n'eut comme effet que d'agrandir encore le sourire satisfait d'Hayley.

― « Il a dix-huit ans, tenta de tempérer Brooke.

― Pas encore, bougonna Peyton en rougissant de plus bel. »

Hayley éclata d'un rire sonore, tandis que Brooke grimaçait. Peyton n'en menait pas large. Tête baissée, un peu honteuse, elle songeait à l'inconvenance de la situation. Ce n'était pas la différence d'âge le réel problème. Elle avait déjà expérimenté un écart plus important dans sa précédente relation, même si les rôles étaient inversés. Non, ce qui culpabilisait réellement Peyton – elle si attachée aux lois et autres codes moraux – c'était bien l'âge d'Isaac. Elle, toute jeune adulte, supposée responsable, s'était laissée emportée par ses émotions, laissant son imagination fertile divaguer de maintes manières à propos d'un jeune homme encore considéré comme un ado. Elle n'y connaissait peut-être pas grand-chose, mais ça sentait le détournement de mineur à plein nez.

― « Bon, eh bien, il les aura bientôt, relativisa Brooke, pourtant pas très convaincue elle-même.

― Ouais, mais il est quand même au lycée ! renchérit Hayley, amusée. »

Cette fois, Brooke lui asséna un taquet magistral derrière la tête pour la faire taire. La jeune fille lui fit les gros yeux, et bougonna dans son coin, tandis que Peyton reprenait d'un air agacé :

― « C'est bien ce que j'ai essayé de lui expliquer, mais cette tête de mule n'a rien voulu entendre … »

Deux semaines plus tôt.

― « Isaac, tu te laisses surprendre ! gronda Derek en fusillant son bêta du regard. Jackson, arrête de te regarder le nombril et active toi ! Peyton, tu es un loup-garou ou un lombric ? Mets-y plus de force, bon sang ! tempêta-t-il à l'adresse de la jeune femme. »

Depuis deux heures déjà, Derek s'égosillait sur les trois jeunes gens. Il les avait convoqués pour un entraînement spécial le matin même, et n'avait pas toléré le moindre refus. Peyton avait bien essayé, mais sa dispute avec l'alpha avait tourné court quand Caleb était intervenu avec un chantage larmoyant bien rodé.

Prétextant qu'elle devait à tout prix apprendre à se battre pour le protéger des méchants, il y avait mis suffisamment de cœur pour faire céder sa tante. Peyton n'était pas dupe, elle savait que Derek était sans le moindre doute à l'origine de cette tactique imparable, mais elle n'avait pas pu refuser pour autant. Caleb étant membre de la meute de Derek et inapte à se protéger seul, c'était à Peyton que revenait cette corvée, bêta ou non.

Derek était inquiet. La meute d'alphas qui l'avait clairement provoqué un mois et demi plus tôt, faisait de plus en plus d'incursions sur son territoire, et Derek craignait sérieusement que l'affrontement ne soit proche. Il les estimait tous en danger. Et pour ce motif, il les malmenait plus que de raison pendant cet entraînement.

― « Génial, il va me refaire une crise celui-là, maugréa le ténébreux alpha en regardant Jackson haleter, un rictus mauvais sur le visage, peinant encore à se contrôler. Vous deux, continuez, ordonna-t-il à Isaac et Peyton tandis qu'il emmenait Jackson avec lui. »

Peyton tressaillit. Depuis leur dernier baiser, si elle ne cherchait plus à éviter Isaac à tout prix, elle s'arrangeait toujours pour ne pas être seule avec lui. Or cette fois, impossible d'y couper : au vu des hurlements de Jackson et Derek à côté, ils étaient seuls pour un moment.

― « Alors, toujours d'attaque ? lui lança Isaac, frondeur. C'est peut-être trop pour une petite oméga comme toi, la taquina-t-il avec un large sourire. »

Vexée par la pique que lui avait lancé le bêta blond, Peyton gronda menaçante. Ses prunelles s'allumèrent d'un éclat jaune intense et elle fléchit les jambes pour se remettre en position d'attaque.

En la voyant répondre avec tant d'empressement à sa provocation, Isaac ne put contenir un sourire joyeux. Il appréciait franchement de se confronter à elle. Elle était vive et créative. S'il lui était supérieur par la force et la rapidité, elle était agile et ne manquait pas d'ingéniosité.

Faisant le vide dans sa tête, Peyton concentra toute son attention sur son corps. Elle discernait le moindre de ses muscles en tension. La douleur croissante dans ses bras et ses cuisses. Elle percevait l'afflux saccadé de son propre sang dans ses veines. Elle pouvait sentir la sueur dégouliner lentement sur elle, imbibant son débardeur qui lui collait à la peau. Elle sentait chaque parcelle de son épiderme frissonner d'excitation à l'approche du combat.

Elle n'était plus une femme, mais une louve, un animal aux aguets prêt à passer à l'attaque. Les deux lycanthropes se déplaçaient face à face en décrivant un cercle, sans se quitter des yeux, se jaugeant, s'étudiant.

Isaac, las d'attendre, lança l'assaut le premier. D'une poussée souple et puissante, il bondit, déployant dans les airs l'envergure impressionnante de son corps. Sans mal, Peyton esquiva d'un bond sur le côté. Le bêta atterrit en souplesse, alors que la jeune femme se jetait sur lui à son tour.

Isaac encaissa la collision sans broncher, repoussant violemment Peyton, qui glissa sur le sol et s'écrasa contre le mur.

D'une impulsion agile, Peyton se remit sur ses pieds pour parer sans mal le premier coup de pied d'Isaac.

Se sachant moins forte et moins rapide que lui, mais plus agile et précise, elle ne chercha pas à parer davantage de coups, mais les esquiva pour la plupart.

Les coups s'enchaînèrent à un rythme effréné, et les deux loup-garous semblaient presque danser. Les coups que Peyton parvint à porter n'eurent pas l'impact de ceux d'un Scott ou d'un Derek, mais repoussèrent efficacement le bêta, le mettant même à genoux par deux fois.

Si Peyton parvint à esquiver une bonne partie des atteintes d'Isaac, celles qui l'atteignirent la firent voler à l'autre bout de la pièce sans la moindre difficulté.

Le dernier fut tout particulièrement violent, l'atteignant à l'abdomen, et l'expédia droit dans les grandes portes de fer qui barraient l'entrée du loft, dans un fracas de fin du monde.

― « Quelqu'un est mort ? cria la voix de Derek depuis l'autre pièce.

― Pas encore, répliqua Peyton avec un air mauvais, un peu sonnée. »

Tout en se relevant, Peyton laissa échapper un gémissement de douleur qui alarma Isaac. Il se précipita auprès de la jeune femme pour l'aider à se remettre debout. Sans hésiter l'oméga accepta la main tendue du bêta et tira d'un coup sec pour faire le faire basculer, cul par-dessus tête.

― « Ne jamais présupposer de la vulnérabilité d'un adversaire, jeune louveteau, railla Peyton satisfaite d'elle-même, en se remettant sur ses pieds d'un bond agile. »

Isaac, mécontent de s'être fait berner, grogna et se releva vivement, se jetant sur Peyton dans un même mouvement.

Celle-ci esquiva le premier assaut d'un pas sur le côté, mais ne put parer l'attaque suivante. Avec brutalité, Isaac l'envoya heurter la porte, et la rejoignit immédiatement pour la plaquer contre le métal froid.

― « Ne jamais provoquer un loup-garou plus fort que toi, petite oméga, renchérit Isaac dans un souffle, si près de la jeune femme, que leurs nez se frôlaient par à-coups. »

Isaac s'attendait à une autre réplique cinglante ; à ce que Peyton se débatte et reprenne les hostilités, ou encore à ce qu'elle se fâche, mais certainement pas à cela. Non Isaac ne s'attendait pas à ce silence, comme s'ils attendaient tous deux un événement précis. Ni à ces orbes caramel le fixant comme fouillant les moindres replis de son esprit avec une intensité qui lui donna l'impression d'être soudain mis à nu. Pas plus qu'il ne s'attendait à la voir se mordiller la lèvre, comme pour retenir une parole ou un geste incertain. Alors, quand il sentit Peyton se détendre, ne luttant plus contre la poigne qui la maintenait contre la porte, et qu'il la vit approcher un peu plus son visage du sien, il eut un réflexe stupide. Une réaction de surprise, certes. Mais tellement idiote.

Isaac eut un mouvement de recul. Un geste presque imperceptible, mais qui n'échappa pas à l'oméga.

Peyton se figea, et ses traits s'affaissèrent d'un coup en un rictus d'incompréhension et de déception.

La jeune femme reprit ses esprits sur l'instant, se libérant de l'emprise d'Isaac, tout en se fustigeant pour sa bêtise. Cela n'avait été qu'un moment de faiblesse, un trouble passager. Elle mit en cause son corps tendu, l'excitation du combat et l'endorphine qui avait momentanément transformé cette proximité physique anodine en un désir fugace.

Peyton cherchait à se persuader que ce n'était pas de la déception qu'elle ressentait suite au rejet d'Isaac, mais simplement de la vexation. Que les larmes qui montaient à ses yeux n'avaient rien à voir avec une quelconque peine, mais étaient juste causées par le relâchement de son corps après tant d'efforts. Tout comme le tremblement de ses mains.

La tête haute, tâchant d'arborer un air serein, elle s'éloigna doucement d'Isaac, marmonna un vague désolé à son attention, puis se dirigea vers l'autre coin de la pièce à la recherche de son sac de sport, dans l'évidente intention de quitter le loft.

À cet instant, Isaac se serait bien frappé pour se punir d'être un aussi parfait crétin. Depuis des jours et des jours, il essayait d'attirer l'attention de Peyton ; de lui faire comprendre sincèrement qu'elle lui plaisait, beaucoup trop pour son propre bien, et il faisait tout capoter en une fraction de seconde, comme le sombre idiot qu'il était.

Alors qu'enfin, elle faisait un pas vers lui – et un pas des plus conséquents, songea-t-il – il faisait lui-même un pas en arrière.

Sûr que s'il la laissait quitter le loft sans rien dire ou rien tenter, ces chances seraient définitivement réduites à néant, Isaac se précipita à la suite de la jeune femme, la rattrapant dans le couloir menant à la sortie.

― « Peyton, attends ! s'écria-t-il en accourant près d'elle. Attends, je…

― Non, fit-elle précipitamment, ne voulant que fuir l'endroit au plus vite. Écoute, Isaac, je suis désolée, je ne sais pas ce qui m'a pris. C'était juste un moment de faiblesse, de … laisse tomber, d'accord. »

Sitôt sa phrase achevée, Peyton tourna le dos au bêta blond, et fila en direction de la sortie. Isaac secoua la tête, dépité, puis une soudaine vague de détermination mêlée d'agacement l'envahissant, il cria à l'attention de l'oméga :

― « Non, pas cette fois, c'est trop facile ! J'en ai raz-le-bol de devoir "laisser tomber" à chaque fois que tu as un coup de flippe ! s'emporta-t-il, sans se soucier d'être entendu par Derek ou Jackson encore dans le loft.

― Moins fort, le supplia Peyton, en rebroussant chemin pour rejoindre Isaac, figé en plein milieu du couloir. C'est une conversation qui est censée être privée, l'admonesta-t-elle.

― Privée de quoi, Peyton ? continua de s'énerver le jeune homme. Il n'y a rien de privé entre nous, étant donné que tu me repousses systématiquement ! râla-t-il de méchante humeur. »

Peyton observa son vis-à-vis avec attention, percevant toute la frustration et la peine qu'elle lui avait – encore – occasionné. Pourquoi fallait-elle qu'elle se sente à ce point tiraillée par deux sentiments contradictoires ? D'abord ce besoin viscéral de bien faire les choses et de se préserver de tout ce qui pourrait l'atteindre, besoin qui la poussait à fuir à toutes jambes ce garçon qui la troublait tellement. Et puis, il y avait cette envie furieuse d'être avec lui, près de lui ; de découvrir toutes ces facettes qu'il cachait encore ; de prendre soin de lui, et de se laisser totalement aller à ce sentiment de bien-être qu'elle éprouvait dès qu'il était près d'elle. C'était irrationnel et inutilement douloureux. Et pourtant quoi qu'elle fasse, elle ne parvenait pas à résoudre ce conflit interne.

― « Écoute, Isaac, tout ça c'est une mauvaise idée, soupira la jeune femme, gênée. Quoi qu'il se passe, ça ne pourrait mener à rien de bon. Je n'ai pas envie de ça et …

― Arrête les excuses bidons ! l'interrompit Isaac d'un ton impérieux.

― Mais, c'est juste que… Isaac, non… murmura-t-elle en voyant le jeune homme s'approcher dangereusement d'elle d'un air déterminé. »

Mais Isaac en avait marre. Marre d'attendre. Marre de la voir fuir. Marre qu'elle trouve toujours une excuse. Alors, il fit taire les ultimes protestations en écrasant ses lèvres sur celles de la jeune femme. Ce n'était ni doux, ni tendre. C'était presque brutal. C'était l'expression pure d'un besoin impérieux d'elle ; de lui prouver son erreur ; de l'obliger à reconnaître que lui aussi lui plaisait.

Isaac savait que, toute oméga qu'elle soit, Peyton était de taille à le repousser si elle le voulait. Aussi quand il constata l'absence de réaction de rejet, Isaac sentit son cœur s'alléger d'un poids, certain maintenant qu'elle le voulait, elle aussi.

L'étreinte de ses lèvres sur celles de la jeune femme se fit plus tendre et plus douce, et il l'enveloppa de ses bras.

Le cœur de Peyton battait si fort et si vite, qu'elle craignait que le tambourinement erratique n'attire l'attention de Derek encore dans le loft. Mais elle ne pouvait rien faire pour l'apaiser. Cela faisait une éternité, lui semblait-il, que l'on ne l'avait pas embrassée ainsi.

Toutes ses défenses vaincues, Peyton s'abandonna dans les bras d'Isaac, lui rendant son baiser avec passion, le cœur au bord de l'implosion.

Les lèvres de Peyton dansaient avec ferveur sur celles du jeune homme, comme cherchant à rattraper le temps perdu ; à se faire pardonner de l'avoir trop longtemps repoussé. Isaac eut l'impression que leurs lèvres se scellaient en parfait accord, dans un ballet délicieux dont il goûtait avec délice l'arôme suave et enivrant.

D'un bras passé dans le dos de l'oméga, Isaac l'attira plus fort encore contre lui, jusqu'à sentir le cœur de Peyton comme tambouriner dans sa propre poitrine, au rythme du sien. Leur baiser s'approfondit, se faisant plus aventureux et fiévreux.

Quand l'air vint à leur manquer, à regret, ils se séparèrent, Isaac gardant l'oméga entre ses bras quelques secondes encore. Il grogna quand la jeune femme posa ses deux mains sur son torse pour le repousser en douceur.

Pour la première fois, Isaac vit Peyton arborer un sourire éclatant et tendre, juste pour lui.

― « Il reste un problème, Isaac, fit doucement Peyton, et Isaac fronça les sourcils. Non, ce n'est pas une nouvelle excuse, rigola-t-elle doucement en voyant l'air crispé du jeune homme. C'est juste… un contretemps.

― Un contretemps ? répéta Isaac circonspect.

― Oui, un contretemps majeur appelé détournement de mineur, répondit-elle avec une grimace embarrassée. »

Isaac soupira profondément, balayant d'un geste désinvolte ce qu'il considérait comme une broutille. Mais à l'air très sérieux qu'arborait Peyton, il comprit vite que ce « détail » allait encore lui compliquer la tâche très sérieusement.

― « Je suis sérieuse, Isaac, insista Peyton. Quoi qu'il doive se passer entre toi et moi, ça devra attendre que la loi m'y autorise.

― Mais qui irait déposer une plainte ? protesta le jeune homme. C'est ridicule.

― Pas pour moi, objecta Peyton. Et sache que ton lycée pourrait le faire. Ton lycée, Isaac ! Bon sang, tu réalises que je sors de la fac et toi, tu es encore au lycée !

― Et quoi ?

― Eh bien… Laisse tomber, abdiqua la jeune femme, en voyant qu'Isaac n'était absolument pas disposé à comprendre sa position. Ce n'est pas négociable. Tant que tu n'auras pas dix-huit ans, toi et moi, on gardera nos distances. J'ai dit, non négociable ! râla-t-elle en voyant que le jeune homme s'apprêtait à protester.

― Alors quoi ? On va juste se regarder en chien de faïence tout ça pour une stupide loi, dont personne ne se préoccupe ? s'emporta-t-il.

― Moi, je m'en préoccupe. Allez, deux mois, ce n'est pas si long, lui assura-t-elle.

― Non, mais après, tu remettras cette histoire de lycée sur le tapis, et ainsi de suite, cracha Isaac, dégoûté. Tu trouves juste un autre moyen de fuir.

― Tu ne comprends pas, Isaac, soupira Peyton désolée.

― Non, je ne te comprends ! répliqua sèchement Isaac avant de tourner les talons et de retourner dans le loft à toute vitesse. »

Peyton resta plantée dans le couloir, hagarde, encore effarée par la scène qui venait de se dérouler. Comment cela avait-il pu tourner aussi mal ? Comment étaient-ils passés de la tendresse à la colère aussi vite ?

Elle entendit la large porte du loft coulisser bruyamment, puis venir claquer avec fracas contre le mur. Isaac venait de fermer la porte à Peyton. Au sens propre, comme au figuré.

De nos jours.

Ce fut un silence ébahi qui s'installa pendant de longues minutes après que Peyton se fut tue. Brooke et Hayley se regardèrent incrédules, portant fréquemment un regard réprobateur sur la puînée.

― « Tu me laisses l'honneur ? demanda Hayley à Brooke. »

Celle-ci hocha la tête favorablement et aussitôt Hayley fit le tour de la table où elles s'étaient toutes les trois installées en cette fin d'après midi pour entendre la fin du récit de Peyton. Arrivée devant cette dernière, Hayley lui lança un regard noir puis, d'un geste vif, elle donna une petite claque à l'arrière du crâne de sa sœur.

― « Hé ! maugréa Peyton en se frottant la tête.

― Est-ce que tu es totalement stupide ou juste maso – et au passage horriblement cruelle ? éructa Hayley. »

Peyton jeta un regard atterré à sa jeune sœur, ne comprenant rien à ce qu'elle racontait.

― « Ce que Hayley essaie de te dire, c'est qu'Isaac n'a peut-être pas tort, expliqua Brooke. Tu te cherche des excuses pour fuir quelque chose qui t'effraie. Ce sont de faux prétextes pour ne pas concrétiser quelque chose par simple peur d'une issue inconnue : tu meures de froid, mais tu t'acharnes à étouffer cette étincelle, plutôt que de la laisser s'embraser et devenir le feu dont tu as besoin pour te réchauffer, simplement peur de ne pas réussir à contrôler les flammes. En agissant ainsi, tu fais du mal à Isaac et à toi-même au passage en te privant de vivre une belle histoire. »

Peyton baissa la tête, honteuse de se faire ainsi sermonner, tandis qu'Hayley, les mains sur les hanches continuait de la fusiller du regard.

― « Je vais ouvrir, grommela Hayley en entendant le carillon de la porte d'entrée. Mais je reviens te régler ton compte juste après, menaça-t-elle Peyton. Parce que… Quoi ? s'alarma-t-elle en voyant sa lycanthrope de sœur se figer.

― C'est pour moi, murmura simplement Peyton en se levant pour rejoindre l'entrée. Bonsoir Isaac, dit-elle en ouvrant la porte. »

Peyton s'avança sous le porche et ferma la porte. Visiblement mal à l'aise, le jeune homme ne cessait de gravir et descendre la première marche du perron, froissant nerveusement une feuille de papier entre ses mains. Il prit une grande inspiration, puis grimpa d'un traite la volée de marches pour venir auprès de Peyton.

― « Deux semaines, lâcha-t-il d'une voix nerveuse. Deux semaines à garder mes distances, parce que tu me l'avais demandé, fit-il sur un ton de reproche.

― Je t'ai envoyé des messages. Je suis même passée chez Derek, se défendit Peyton. Mais tu n'as jamais répondu, tu ne t'es jamais montré, lui reprocha-t-elle à son tour. Je voulais juste m'excuser pour la manière dont… je … tu avais peut-être raison, bafouilla-t-elle en baissant la tête.

― Et maintenant ? J'ai toujours raison ? demanda doucement Isaac en obligeant Peyton à relever la tête et à le regarder.

― J'ai eu la trouille, mais… avoua-t-elle. Mais c'était bien plus dur à supporter d'être deux semaines sans la moindre nouvelle que d'avoir peur. »

Pour toute réponse, Isaac embrassa doucement la jeune femme, se contentant d'un chaste baiser avant de se détacher d'elle. Un sourire radieux sur le visage, Isaac tendit la feuille froissée à Peyton pour que celle-ci en prenne connaissance.

― « L'acte d'émancipation, dit Isaac. Je ne suis officiellement plus un mineur que l'on peut détourner, ajouta-t-il en riant. Alors tu n'as plus cette excuse, Peyton Taggart, souffla-t-il en replaçant une mèche derrière l'oreille de l'oméga.

― Je ne veux plus d'excuse, chuchota Peyton en plongeant allègrement dans les iris azurs du bêta. »

Et sans plus attendre, parce qu'elle avait déjà perdu bien trop de temps, Peyton mit ses bras autour du cou d'Isaac et se hissant sur la pointe des pieds, vint cueillir un baiser tendre sur les lèvres du jeune homme. Baiser qu'elle se fit le plus grand plaisir d'approfondir.

Dans la maison, un petit cri victorieux retentit. Curieuse, Brooke interrogea sa jeune sœur sur la raison de ce débordement de joie. Toute sautillante, Hayley lui donna son téléphone, en soupirant gaiement « mieux que dans les films. »

Le sourire de Brooke s'élargit en lisant le message texte affiché sur l'écran.

De STILES à HAYLEY.

STILES : WTF Cibles 1 et 2 en train de s'embrasser sous ton porche ! Photo à l'appui. Alors, là tu ne me crois toujours pas ?

Brooke sourit émue en regardant la photo. Au sens propre comme au figuré, Peyton ne touchait plus terre.


1En français dans le texte (considérant que la langue originale de la série est l'américain)


Note d'auteur: Suite au visionnage de l'épisode 308 de Teen Wolf, je vous annonce d'ors et déjà que je vais faire quelques petites - et moins petites - entorses à l'histoire originale de Jeff Davis, puisque cet épisode amène des éléments qui viennent contredire des points importants de ma fic, plus particulièrement en ce qui concerne le passé des personnages. (Pour ceux qui ont vu cet épisode, la Paige elle arrive comme un cheveu sur la soupe, alors elle dégage! Même si cette histoire était particulièrement poignante.) Je vais essayer de bidouiller comme je peux pour rattraper quand même le schmilblick et donner à Derek ses yeux bleus et la cause de son vilain caractère. D'avance, désolée si ça vous paraît un peu bancal, mais cet épisode flashback m'a mis dans une mauvaise posture.

Sur ce, je vous laisse sur mon premier - mais pas dernier - appel à la review :

Elle est belle, elle est mignonne,
C'est une bien jolie review,
Dedans la fenêtre on peut l'écrire
Qu'elle soit grande ou bien petite.
Elle donne toujours le sourire,
On dirait un matin d'noël
Avec son bouton qu'est toujours bien en bas,
C'est la review du Bon Lecteur.

Paroles de FernandEdeinnel