Quand le docteur entra dans l'infirmerie, White était toujours avec Jamar. Il était étendu sur un bio-lit t et il se tordait de douleurs. Le docteur prit son tricordeur et l'examina, puis se tourna vers un infirmier.

- Quinze CC de Melorazine.

Ce dernier prit une seringue, la programma et la tendit au médecin qui fit l'injection. Le traits de Jamar se détendirent un peu.

- Que se passe-t-il, dit-il alors avec difficulté?

- L'hématome a progressé et le décollement placentaire est encore plus important. Vous avec une hémorragie interne, lieutenant.

- Vous pouvez arranger ça?

- Je dois vous opérer de tout urgence, dit enfin le Vulcain. Il faudra vous retirer le fœtus.

- Il n'en est pas question.

- Nous avons atteint les limites de ce qui est possible de faire. Ce bébé ne survivra pas et il est en train de vous tuer.

- Je ne veux pas entendre ça. Trouvez quelque chose.

- On peut endiguer l'hémorragie par une autre intervention, mais vous avez été souvent opéré récemment et chacune de ses interventions ont causé un choc au fœtus. Au bout du compte, le fœtus est condamné. Elle est trop jeune pour survivre dans une couveuse.

- Je suis d'accord pour l'opération, mais elle reste là tant qu'elle est vivante. D'ici là, vous trouverez quelque chose.

- Vous devrez rester allongé à l'infirmerie pour les trois prochains mois et je ne garantie pas votre survie.

- J'en prend le risque.

Le médecin releva un sourcil et se tourna vers l'infirmier pour lui demander de préparer le patient pour l'intervention. Il se tourna alors vers Myriam.

- Commandeur, quand j'aurai stabilisé le lieutenant, j'aurai besoin de vous parler.

Elle hocha la tête et quitta l'infirmerie.

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Léa retourna sur la station. Elle avait besoin d'information. Après avoir étudié les données des scanners, ils avaient découvert que leur expulsion du vortex n'était pas un accident. Ils avait été attaqué et la signature énergétique de l'arme qui les avait attaqués ne correspondait à rien de ce qu'elle connaissait. Léa espérait ces Romulanais du futur connaîtrait ce type d'arme.

Elle emmena un padd avec elle et alla à la rencontre du commandeur Toprak, le commandant de la station, guidé par un officier romulanais. Elle avait communiqué avec le commandeur auparavant et il l'attendait. Il la fit entrer dans son bureau et lui serra la main avant de l'inviter à s'asseoir.

Elle lui tendit le padd. Il y jeta un bref regard.

- Avant tout, capitaine Roberge, je tiens à vous remercier de l'aide que vous nous avez apportés.

- Nous aurions aimé faire plus, commandeur, pour l'instant, nous n'avons pas trouvé le remède.

- Ce n'est pas grave, vous aurez bientôt de l'aide supplémentaire.

Léa lui jeta un regard interrogateur.

- Trois vaisseaux de Starfleet viennent nous prêter main forte. Ils seront là, demain.

C'était le temps de tirer sa référence. Les vaisseaux réguliers n'étaient pas informés de l'existence de l'Agence. Ils ne reconnaîtraient pas son vaisseau et elle passerait pour un imposteur. Si elle était chanceuse, ils trouveraient peut-être le Hawking dans les bases de données historiques, mais elle aurait beaucoup de questions à répondre et elle ne pouvait rien dire.

- Il viennent nous relever, dit-elle. Je vais faire les préparatifs de désamarrage.

- Pourquoi si vite? Ne voulez-vous pas saluer vos collègues avant?

- J'ai mes ordres.

- Je ne vous crois pas. Je leur ai parlé de vous et ils ne vous connaissent pas.

Il sortit un distrupteur de sous son bureau et la mit en joue.

- Qui êtes-vous vraiment, capitaine Roberge? Et que venez-vous vraiment faire ici?

Elle ne se laissa pas ébranler. Elle avait encore un as dans sa main. Les hautes instances de la Fédération étaient au courant de l'existence de l'Agence, même à cette époque. Si elle pouvait leur parler, elle pourrait partir.

- Je parlerai à mes collègues à leur arrivé, dit-elle. En attendant...

- En attendant, je vous fait mettre aux arrêts, vous et tout votre personnel présent sur la station. Vous êtes ma garantie que votre vaisseau ne filera pas avant l'arrivé de la Fédération. Ils décideront de votre sort.

- Je vous assure que je suis de bonne foi. Je vous en prie : étudiez les données que je vous ai remises. Il faut trouver à qui appartient cette arme.

Le Romulanais ne répondit pas. Il appuya sur un bouton de son terminal.

- Vous pouvez venir la chercher.

La porte s'ouvrit et deux officiers romulanais entrèrent pour se saisir d'elle. Elle se leva.

- Je ne résisterai pas, dit-elle avec aplomb. Conduisez-moi à ma cellule.

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Janvier 2375

Après avoir aidé une patiente vulcaine à s'euthanasier, le jeune docteur Sermak avait changé. Il ne s'en était pas rendu compte immédiatement, mais il avait acquis une sensibilité qu'il n'avait pas avant et il n'arrivait pas à s'en défaire. Les combats se succédaient et les blessés aussi. Il avait très peu de temps pour méditer et ça nuisait de plus en plus à son contrôle. Il s'en rendait parfois compte, mais il essayait de l'ignorer, parce que cette constatation faisait naître un sentiment de honte qui n'améliorait pas sa situation.

Malgré tout ses efforts, il n'arrivait plus à ignorer la souffrance dont il était témoin à chaque jour. Il se concentrait sur travail pour apaiser justement ces souffrances, mais la médecine de guerre avait la particularité de générer plus de souffrance. Il devait trier les blesser pour aller vers le cas plus grave, sans même avoir le temps de s'occuper tout de suite de ceux qui hurlaient de douleur. La douleur intense et prolongée causait, cependant, un traumatisme qu'il ne pouvait soigner, faute de moyen et de temps.

À chaque bataille, il épuisait son potentiel à contrôler ses émotions. Goldman avait raison. Il avait été arrogant. Il croyait que rien ne pourrait l'atteindre parce qu'il était Vulcain. Ne lui avait-on pas apprit depuis son jeune âge à quel point les émotions vulcaines étaient brutales et dangereuses? C'était un animal sauvage tapis aux fond de lui qu'il devait maîtriser à tout prix, sans jamais faire de concession.

Le vaisseau se dirigeait vers un autre champs de bataille et il restait encore des blessés à l'infirmerie. En attendant la prochaine bataille, les médecins et infirmiers, nombreux sur ce vaisseau, devaient assurer chacun un tour de garde. C'était le tour de Sermak.

Il entra dans l'infirmerie et entreprit une tournée des patients. Le premier cas était un enseigne humain de 22 ans. Il avait perdu un bras. Il se ferait poser une prothèse bionique quand il serait rapatrié sur Terre, mais en attendant, il devrait vivre avec un seul bras.

Sermak sortit son tricordeur et le scanna.

- Tout va bien, enseigne, dit-il alors. Vous pouvez quitter l'infirmerie. Allez voir le commandeur Williams qui vous assignera des quartiers temporaires. Je vous suggère de prendre du repos en attendant votre démobilisation.

- Allez-vous faire foutre, répondit l'enseigne.

- Vous préférez rester ici, s'étonna le Vulcain.

- Je veux qu'on me fiche la paix.

Le Vulcain ne comprenait pas la psychologie humaine, ce n'était pas son domaine, mais il savait que des traumatisme physique causaient parfois des traumatismes psychologiques. L'ennuie, c'est qu'il n'y avait pas de psychologue sur ce vaisseau. Un conseiller avait avait bien été assigné, mais il avait été tué dans une bataille, alors qu'il aidait des officiers à amener des blessés. Son remplaçant n'était pas encore arrivé.

Il tenta une approche.

- Quand vous serez rentrés, vous aurez un bras bionique. Il ressemblera à votre bras, il bougera comme votre bras et vous le sentirez comme votre bras.

- Sale gobelin aux oreilles pointues. Je vous ai dit de me foutre la paix, cria-t-il!

Cette réaction inattendue l'atteint de plein fouet et son contrôle mental tomba. Il prit le patient par le collet.

- Enseigne! Vous allez survivre et vous allez récupérer votre bras alors que tant d'autres n'ont pas eut cette possibilité.

Il le lâcha et continua de débiter sa colère sur le pauvre enseigne.

- Ils arrivent par dizaines et nous ne pouvons pas tous les aider, cria-t-il! Il en meurt qui aurait dû survivre! Et nous ne faisons qu'éponger le sang!

Le docteur Goldman surgit de son bureau.

- Sermak, s'écria-t-il! Ça suffit!

Le Vulcain se tourna vers son supérieur toujours aussi en colère.

- Que faisons-nous ici? À quoi servons-nous? Nous ne faisons que prolonger la souffrance!

- Docteur Sermak, reprit Goldman. Venez dans mon bureau.

C'était la première fois qu'il l'appelait par son titre et cette constatation le ramena à la réalité. Réalisant ce qu'il venait de faire, il se sentit honteux. Il suivit Goldman dans son bureau. Dès qu'il eut passé la porte, Goldman prit son tricordeur et lui scanna le cerveau.

- Il y a un débalancement chimique important, dit-il. Vous ne seriez pas dans cette phase qui revient à tous les sept ans chez les Vulcains.

- Non, répondit-il catégorique.

- Ça fait combien de temps que vous n'avez pas médité?

- Que connaissez-vous de la méditation vulcaine?

- J'ai fait un stage sur Vulcain au début de ma carrière, je connais bien la physionomie vulcaine et je sais que vous n'allez pas bien, Sermak. Beaucoup d'humains auraient pu réagir comme vous et je les aurais envoyés prendre du repos, mais pour un Vulcain, c'est un symptôme d'un problème beaucoup plus grave.

Il ouvrit une armoire, en sortit une seringue et la programma.

- Qu'est-ce que c'est, demanda Sermak?

- Inaprovaline, 45 milligrammes .

- Un choix logique.

Goldman appuya la seringue dans son cou pour injecter le médicament.

- Maintenant, je vous relève de vos fonctions pour les trois prochains jours.

- Mais vous allez avoir besoin de moi. Nous allons vers un champs de bataille.

- Vous ne serez d'aucune utilité dans cet état. Allez méditer dans vos quartiers et rapportez-vous à moi dans trois jours. Je jugerai de vos progrès.

- À vos ordres, abdiqua Sermak qui n'arrivait pas à faire taire la boule d'émotion qui grandissait au creux de son ventre.

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Retour au présent

- Décimel à docteur Sermak?

Sermak se réveilla. Il avait eut la chance de ne pas être présent sur la station au moment des arrestations. Il avait du rester sur le Hawking après y avoir été rappelé, mais il n'avait plus d'assistant, le docteur Hull avait été arrêté avec les autres. Il se tourna vers sa table de chevet, prit son communicateur et appuya dessus.

- Ici Sermak.

- Docteur, dit l'infirmière, l'état du lieutenant Jamar empire.

- J'arrive.

Ses cauchemars étaient de plus en plus intense, mais il n'avait pas de temps pour méditer. Il s'habilla en vitesse et partit. Quand il entra à l'infirmerie, deux infirmiers se tenaient au chevets du lieutenant, qui se tenait le ventre en gémissant. Il était en sueur et dans ses yeux, la douleur semblait insupportable. Le docteur prit son tricordeur et le scanna.

- Lieutenant, dit-il. Je dois vous retirer le fœtus. C'est votre seule chance.

- Non!

- Vous êtes en train de mourir. Le fœtus ne survivra pas non plus.

- Est-elle encore vivante?

- Oui.

- Alors ma réponse est non.

Ses yeux se révulsèrent et il sombra dans l'inconscience. Le docteur appuya sur son communicateur.

- Sermak à White.

- Ici White.

- Avez-vous réfléchi à ce dont je vous ai parlé?

- Comment va-t-il?

- Il n'en a plus pour longtemps et il refuse l'intervention.

Il y eut un long moment de silence.

- J'arrive, dit-elle enfin.