Re-bonsoir !

Faites attention, le sol est gliss... Trop tard ! Vous ne m'avez pas laissé le temps de vous dire que j'ai renversé mon chaudron, il y a quelques minutes. Quoi ? Un coccys de fracturé ? J'en parlerai à mon balai. Je vous rappelle que j'ai une histoire à vous raconter.

Disclameur : Je pense que je n'ai plus besoin de rappeler que les vidéastes sont ici en tant que personnages. Par contre, je peux ajouter que J.K Rowling pourrait avoir son mot à dire (Oh ! Le suspeeeeense !).

Asseyez-vous confortablement... Sauf toi, là-bas, qui as le derrière en miettes. Je te laisse constater que c'est plus agréable de rester debout.

Amusez-vous bien !


Chapitre 4 : Le boulevard aux maléfices

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Arrivés à Paris, Antoine et le Visiteur ont pu constater l'ampleur de l'épidémie. Dans leur fuite, LinksTheSun a rejoint leur petite équipe. Mais Paris est sans dessus-dessous et c'est à peine après s'être débarrassés des sorciers qui les ont pris en chasse que nos trois amis se retrouvent face à un nouveau danger...

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Les deux autres suivent son regard pour rencontrer celui d'une jeune femme portant un masque de loup anthracite. Ses cheveux sont bruns et en bataille, ses mains crispées, et son regard flamboyant semble les analyser avec une lueur de prédateur.

- OK. Pas de panique. J'ai un petit top vingt sur les différentes possibilités d'échapper à un loup-garou, déclare Links dont la respiration erratique trahit une peur grandissante. Numéro un : rester calme, ne pas bouger et ne surtout pas le regarder dans les yeux. Si nous restons ainsi assez longtemps, elle devrait s'en aller sans demander son reste.

Dans le véhicule, la tension est palpable tandis que chacun retient son souffle en posant son regard autre part que sur les yeux de la mutante. La seule chose que tous les trois entendent, ce sont les battements affolés de leur propre cœur.

Le temps passe mais la louve-garou n'a toujours pas bougé. Soudain, celle-ci grogne, laissant apparaître ses quatre canines bien aiguisées et avance d'un pas lent vers la voiture dans laquelle les trois homme sont enfermés tels des lapins piégés dans leur terrier.

- Bon, ça n'a pas l'air de marcher. Numéro deux : l'appeler par des petits noms gentils.

- Du genre « gentil chien-chien » ? tente Antoine dont le teint est devenu blafard.

- Non, surtout pas ! lui défend Links. Il faut la complimenter. Les loups-garous sont très sensibles à ça. Surtout les femelles.

- OK, mais elle ne peut pas nous entendre.

- Si, ils ont une ouïe très fine. D'ailleurs, je ne veux pas vous faire flipper mais là, elle nous entend déjà. Là-à-à... Tout doux, ma belle. Gentille fille, essaie le connaisseur en s'adressant à la mutante.

Mais la mi-louve mi-humaine grogne de plus belle.

- J'espère pour toi que tu ne t'es pas mépris sur son sexe cette fois-ci, l'avertit leur chef de groupe qui n'ose plus battre d'un cil.

- Mais non, vous voyez bien que c'est une fille !

Avec un nouveau grondement, la créature concernée saute soudain sur le toit du véhicule, les faisant tous les trois sursauter.

- Tout doux, tente une dernière fois le Brestois.

Pour toute réponse, il n'obtient que des aboiements enragés. Au dessus d'eux, la louve-garou hurle et frappe violemment la carrosserie, faisant crier Antoine.

- Pas de panique, le rassure Links qui n'a pourtant pas l'air plus calme que lui. Euh... Numéro trois : lui offrir un peu de viande fraîche.

- Et tu crois vraiment que nous allons lui offrir nos tendres fesses en guise de repas afin de la calmer ?! le réprimande le clochard du futur qui avait pourtant déjà été prêt à le faire une fois avec ses amis, alors qu'ils étaient dans une situation aussi délicate.

A l'extérieur, la créature ne cesse de s'acharner sur le métal qui s'est déformé sous ses coups.

- Ma voiture ! pleure Antoine.

C'est alors que, face à eux, une nouvelle silhouette se dessine. Un autre loup-garou, mâle cette fois, a rejoint sa congénère.

- Et qu'est-ce qu'on fait quand il y en a deux ? demande le conducteur en se laissant gagner par la panique.

- Rassurez-vous, pour ce cas-là, j'ai un deuxième top, les prévient Links. Numéro un : FUIR EN VITESSE !

Sans demander son reste, Antoine enfonce aussitôt la pédale d'accélérateur qui a bien souffert depuis le début de la soirée. Soudain prise de court, l'humaine mutante perd l'équilibre et atterrit sur la route derrière eux. La voiture fonce tel un bolide sur l'autre loup-garou qui l'esquive de justesse en faisant un bon agile sur le côté, laissant à découvert le sorcier qui vient seulement de reprendre ses esprits. Le jeune homme titube en poussant un cri de surprise pour éviter juste à temps l'engin à quatre roues avant de tomber sur le derrière.

Tandis qu'Antoine fait zigzaguer sa voiture à droite, puis à gauche et encore à droite dans les rues, des aboiements acharnés se font entendre derrière eux. Mais leur puissance décroît et au bout de quelques minutes, ils ne sont plus que des lointains hurlements.

Tout à coup, le moteur tousse, cale et la voiture s'arrête. Son conducteur a beau essayer de le redémarrer par tous les moyens possibles, l'engin semble obstiné à rester sur place.

- Ne me dis pas que tu me fais le coup de la panne, lui lance son voisin avec un regard gêné. Parce que, pardonne-moi si je te vexe, mais ton charme naturel n'opère pas sur moi, Daniel.

- ANTOINE ! explose l'autre. C'est AN-TOI-NE. Nom de Zeus !

- Ouh la ! Bien, très bien ! Ce n'est pas la peine de t'énerver comme ça Dan... Antoine. Tout le monde peut se tromper.

- Bon, qu'allons-nous faire, maintenant ? leur demande Alexis pour émousser l'agitation électrisante qui règne dans la voiture.

- Nous n'avons pas le choix, annonce leur guide. Nous devons continuer à pied. Mais vite !

Dehors, les aboiements hargneux des deux loups-garous se sont rapprochés.

A contrecœur, les trois hommes sortent de ce qu'il reste du véhicule cabossé d'Antoine et s'engouffrent dans un petite rue qui mène au boulevard le plus proche, en direction du cimetière.

C'est alors que le téléphone du plus grands des deux youtubers vibre de nouveau dans sa poche avec encore plus d'insistance que les fois précédentes. Agacé, Antoine le sort et en déverrouille l'écran pour l'éteindre quand il se fige, interdit ; il ne se souvient pas avoir lancé une vidéo de Salut Les Geeks récemment. Pourtant, c'est bien une image animée de Mathieu Sommet sur un fond bleu qui a pris l'espace de tous son écran. Enfin... une simple image animée, c'est ce qu'il pense voir à ce moment-là quand...

- Antoine !

Le grand chevelu se fige à nouveau, stupéfait. A-t-il bien entendu ? Pourtant, le Mathieu dans son portable répète son prénom avec plus de conviction, cette fois.

- M-Mathieu ? bafouille l'autre en écarquillant les yeux.

- Antoine ! s'exclame son ami affiché sur son écran. Ça fait une plombe que j'essaie de te joindre !

- Mais... Mais... Mais qu'est-ce que tu fais dans mon portable ?!

- C'est un peu long à expliquer, lui confie l'autre.

Pendant ce temps, Alexis, qui a un gros bleu sur le front, et le Visiteur ont rejoint Antoine et fixent l'écran de son portable avec la même expression de surprise peinte sur leurs visages.

- Oh ! Mais tu n'es pas censé être dans ton univers virtuel, toi ? demande alors l'homme au manteau rapiécé à l'adresse de Mathieu.

- Si, mais j'ai supplié Jeanne de me mettre en connexion avec le monde réel par le biais du portable d'Antoine. J'avais envie de lui parler. Oh ! Salut, Alex !

- Euh... Hey, Mathieu. Heum... Que fais-tu là-dedans ? bégaye le troisième youtuber par dessus l'épaule de son ami à lunettes.

Mathieu soupire.

- Bon... Pour faire court (Non, non, c'est bien court, cette fois-ci.), je suis mort d'une balle dans la tête et je ne sais pas par quel stratagème mon esprit a été transféré ici, dans une réalité virtuelle au sein de laquelle je vis aujourd'hui. Comme si ce n'était pas suffisant, je suis également surveillé par une intelligence artificielle prénommée Jeanne. Je ne vous cache pas que j'ai encore du mal à réaliser ce qui m'arrive.

Totalement perdu, Antoine se tourne vers son acolyte du futur debout à côté de lui, le regard vide.

- Mon ami vient de dire une suite de mots qui n'ont aucun sens à mes oreilles, articule-t-il d'une voix lente et monotone. Dois-je comprendre que c'est encore cette histoire de fanfiction abracadabrante ?

- Exactement ! confirme son interlocuteur d'un air amusé.

- Donc dans ce cas, tout va bien ! s'exclame Links jovial.

- Alors en route ! lance le Visiteur. Mathieu, nous devons être au...

- … Cimetière du Montparnasse avant minuit. Oui, je sais.

- Et quelle heure est-il ? demande Links.

- Caméra deux, annonce une voix robotisée provenant du téléphone.

Aussitôt, l'image de Mathieu disparaît pour laisser place à un visage uniformément blanc aux yeux mauves.

- Bonjour, humains, fait l'IA. Je suis Jeanne. Je vous annonce qu'il est vingt-deux heures et cinquante minutes, trente-trois secondes et quatorze millièmes. Vous devriez vous dépêcher avant que la fin de votre espèce ne soit irréversible.

- Très bien, déclare le chef du groupe que cette information a fortement rassuré, mais le problème, c'est que nous sommes un peu perdu.

- Pas de problème, cousin. Je ferai office de géo-localisation par satellites. Localisation du terrain en cours.

- Dingue... souffle Alexis, complètement ahuri.

Sur le portable, l'image de Mathieu est revenue.

- Nous vous suivons, Voyageur du Temps, déclare-t-il en saluant l'homme susnommé d'un geste de l'index et du majeur.

- Oh, tu peux m'appeler par mon prénom, lui dit l'autre avec un sourire.

- Ah non ! C'est un nom de merde !

- Vraiment ? demande Antoine avec étonnement.

- Oh que oui ! fait Mathieu avec un regard qui en dit long. Tu ne veux pas savoir. Crois moi. « Le Visiteur du Futur », c'est beaucoup mieux.

Fulminant, le concerné ouvre la marche d'un pas rageur sans répliquer.

- Terrain localisé, annonce Jeanne. Continuez sur trente mètres et prenez la première à gauche, sur l'Avenue Denfert-Rochereau.

- Ça va pas ! s'exclame Links. Nous avons déjà vu ce que c'est que de se faire poursuivre par deux sorciers et loups-garous dans une rue. Vous imaginez ce que ça donnerait dans une avenue ? Et à pieds !

- En effet, le danger sera plus présent mais compte tenu du peu de temps qu'il vous reste, vous n'arriverez jamais à temps à votre destination en prenant un autre chemin. La balle est dans votre camp.

Sur cette déclaration, un bref silence s'installe parmi les membres de l'expédition.

- Très bien, décide leur chef. Nous allons prendre le risque. Il va falloir courir.

Tous suivent alors les indications du robot jusqu'à l'avenue. Malheureusement, le tapage semble être le même que dans les boulevards : des hurlements résonnent, des voitures sont en feu et il est impossible de savoir qui pourchasse qui.

- Ah non ! Hors de question que je traverse ça ! s'insurge Links en croisant les bras. C'est de la pure folie !

- Il n'y a vraiment pas un autre moyen ? se plaint Antoine comme s'il implorait la clémence d'une divinité quelconque.

- Peut-être mais vous devriez faire vite, bande de tacos, ou vous serez dévorés par les mutants-zombies qui arrivent derrière vous.

D'un mouvement vif, les trois hommes se retournent pour tomber nez à nez avec un groupe d'adolescents déguisés en morts-vivants. De leur démarche incertaine, ils avancent lentement vers eux, les bras tendus et le regard vide.

- Et si vous fuyiez ? propose alors Mathieu à ses camarades sur le ton de la discussion.

- Très bonne idée ! l'appuie Alexis qui a soudain changé d'avis.

Tous se mettent alors à courir dans l'avenue. Leur guide ouvre la marche, suivi d'Antoine qui détient le portable, puis du dernier. Aussitôt, des jets de lumières meurtriers viennent frapper au-dessus de leurs têtes, des voitures explosent comme des feux d'artifices, deux ou trois autres zombies affamés se lancent à leur poursuite... En clair, c'est le bazar le plus total. Pourtant, aucun des trois ne se fait blesser une seule fois.

- Continuez tout droit sur cent mètres, les guide Jeanne.

- Cent ? Mais nous n'allons jamais y arriver ! panique Antoine qui commence à s'essouffler.

- Non ! Courage, les gars ! Un peu de sport, c'est tout bénef', les aide Mathieu qui, lui, est tout à fait reposé.

Mais alors qu'ils ont déjà parcouru une bonne cinquantaine de mètres en zigzaguant entre les monstres et les décombres dans l'avenue, un grand homme vêtu de noir se matérialise soudain devant eux, les stoppant net dans leur course effrénée. Il se tient droit et son ample robe noir lui donne un air cauchemardesque. Son crâne est entièrement rasé et ses narines tracent deux fentes dans sa peau lisse et pâle luisant au clair de lune. Il ouvre les yeux. Ses yeux aux pupilles sombres et semblables à celles des chats. L'homme au visage de serpent les regarde avec un sourire maléfique qui étire ses lèvres minces. Dans sa main droite, un long bâtonnet effilé et onduleux semble être prêt à être utilisé.

- Je détecte un danger de mort, analyse Jeanne le plus calmement possible.

Lentement, le sorcier lève sa baguette vers eux. Son regard brille alors d'un éclat sombre et son sourire s'agrandit. Aucune de ses victimes n'a le temps de crier tandis que ses lèvres remuent pour invoquer le plus fatal des maléfices :

- Avadonc Teufèrfoutre !

Tout cesse de fonctionner dans l'esprit d'Antoine tandis qu'il voit au ralentit la baguette braquée sur lui s'illuminer d'un éclat vert.

« Alea jacta est » pense-t-il impuissant.

Mais, au moment où il se dit que tout est terminé, qu'il est le seul responsable de tout ce malheur et qu'il voit sa courte vie défiler devant ses yeux, un mince corps vu de dos se précipite entre lui et Voldemort 2.0.

- Espèrpaplusse ! lance son mystérieux sauveur.

L'onde de choc est puissante. Antoine, le Visiteur et Alexis sont projetés en arrière. Le portable tombe au sol. Un long filament argenté relie à présent les baguettes des deux sorciers.

- Fuyez, mes amis ! leur lance Harry Potter 2.0 (oui, oui, c'est bien lui). Je ne tiendrai pas longtemps.

Sans perdre un instant, nos trois héros se relèvent en titubant. Antoine ramasse son portable. Par chance, l'image, quoiqu'un peu moins nette, est intacte. Mathieu est toujours là.

Les trois hommes courent le plus loin possible du duel de sorciers tandis qu'un autre Harry Potter au cheveux blonds et une Hermione trapue ont rejoint le premier pour l'aider à vaincre le puissant sorcier. Aucun Ronald en vue.

- Comme on se retrouve, Voldemort ! lance narquoisement le premier garçon aux lunettes rondes à l'adresse de son rival. N'en as-tu pas plus qu'assez d'échouer à chaque fois que nous nous retrouvons. Même quand je n'étais qu'un gosse, tu n'as pas réussi à me tuer et...

Mais ils sont maintenant trop loin pour que les fuyards puissent continuer à les entendre.

- Mais c'est du grand n'importe quoi ! s'exclame le jeune homme-programme. C'est presque aussi WTF que dans ma réalité virtuelle.

- Et encore, ça aurait pu être une invasion de zombies, lui annonce le détenteur du téléphone qui peine à respirer.

- Mais les zombies, c'est cool !

- Ouais mais ça aurait été trop cliché, une invasion de zombies pour Halloween, complète Links qui n'est pas en meilleur état que son camarade aux cheveux en bataille.

- Dans quarante mètres, tournez à droite sur la place Denfert-Rochereau, annonce Jeanne dans la mêlée.

- A droite, place Denfert-Rochereau ! répète Antoine au Visiteur qui est déjà trop loin pour entendre la voix de l'IA.

Mais lui et Alexis le rattrapent facilement lorsque ce dernier se heurte à un homme citrouille trop aveuglé par son masque burlesque pour marcher correctement.

Les deux amis relèvent leur acolyte qui voit trente-six chandelles et tous les trois se précipitent avec peine vers la place indiquée.

Derrière eux, un énorme nuage de cendres s'élevant dans les airs indique que les petits sorciers ont vaincu le Voldemort 2.0.

- Continuez tout droit sur Rue Froidevaux, puis prenez la deuxième à droite.

- C'est encore loin ? interroge Links qui agonise presque.

- Non, je reconnais le chemin, le délivre le Voyageur. Nous arrivons bientôt.

La rue dans laquelle ils se trouvent est certes un peu en désastre mais beaucoup plus calme que le boulevard qu'ils viennent de quitter.

Leur traversée en ligne droite se déroule sans grandes embûches, mis à part la chute subite d'un pot de fleurs qui s'écrase à moins d'un mètre d'Alexis.

Enfin, telles les gardiennes d'un lieu mystérieux, les grilles du cimetière du Montparnasse se découpent au loin dans la pénombre.

- Yes ! jubile Antoine qui n'en pouvait plus. Nous y sommes enfin ! Allez ! Nous trouvons cet objet miracle et nous nous sauvons d'ici !

Mais une fois arrivés devant le noir portail de la nécropole, un autre obstacle leur fait face. Ce sont des créatures des plus communes, mais bien plus sournoises que des sorcières, par moments aussi enragées que des loups-garous et surtout, beaucoup plus chiantes qu'un attroupement de zombies.

Et la fatalité se ressent dans le murmure d'Alexis :

- Oh non...


A suivre... Rendez-vous le lundi 31/10 pour l'ultime suspense !