Hello !

Voici le prochain chapitre ! Je vais me consacrer un peu plus à nobless pour l'instant, mais le prochain arrivera le plus tôt possible !

Merci à ma beta, Amélie !

Bonne lecture

PS : Le mot Familerie vient de "familier(s)". Mais c'est vrai qu'il y a aussi un rapprochement à faire avec famille, puisque c'est là qu'Harry/Luka en trouve une !


Chapitre III


Le lendemain permit à Luka de profiter pleinement de la présence de son parrain à qui il fit la visite de la salle Topaze, profitant qu'elle soit fermée. Etrangement, dès qu'il s'agissait d'être le guide d'un proche de la famille, le cadet Doranovski n'émettait aucune résistance, remarqua Leonid avec amusement. D'autant plus qu'il s'agissait là de Rubeus avec lequel il partageait une relation particulièrement proche.

Lorsque son vieil ami était venu, portant dans ses bras l'enfant des Potter, de longs mois s'étaient écoulés depuis sa dernière visite. Heureusement, pensait Leonid avec recul, le garde-chasse avait voulu vérifier que son petit protégé était bien installé à la Familerie, et il ne s'était pas passé un mois avant qu'il ne sonne à la porte des Doranovski, qui l'avaient accueilli avec plaisir.

Le temps passant, ses visites s'étaient espacées, même s'il faisait tout son possible pour venir le plus possible voir son filleul – Ana et Leonid n'avaient pas eu à hésiter sur ce choix. Qui d'autre était le mieux placé pour être le parrain de Luka ? Ils auraient volontiers demandé à Darya, si elle n'avait pas déjà été la marraine de Stanislas. Et puis, voir les yeux noirs de leur ami s'embuer de larmes de reconnaissance avait été la preuve qu'il serait la meilleure personne au monde pour protéger Luka, s'il devait leurs arriver quelque chose.

Et en grandissant, Luka n'avait que renforcé cette conviction. Si Stanislas et Darya partageaient sans conteste un amour pour le combat, Luka et Rubeus se rejoignaient dans leur amour pour les créatures magiques. Ainsi, à chaque visite du demi-géant, ils pouvaient discuter des heures durant dans les salles de la Familerie, Luka présentant les nouvelles espèces acquises depuis le dernier voyage du garde-chasse, tandis que ce dernier lui enseignait toute sorte de chose, de la manière d'endormir un cerbère, à la nourriture préférée des sombrals.

Pour Leonid, chaque passage de Rubeus à Saint-Pétersbourg était synonyme de longues conversations le soir, tant sur leurs différentes professions et vies, que sur les affaires politiques sorcières. En effet, Rubeus, qui avait la réputation de simplet à Poudlard, était bien plus intelligent qu'il ne le laissait voir, sans doute parce que son intérêt principal était incompris de la plupart des sorciers. Il avait également la chance de pouvoir entendre Dumbledore, notamment à la table des professeurs, sur de nombreux sujets, portant entre autres sur le Ministère anglais.

– Monsieur, excusez-moi, une lettre de Gringotts, annonça Malensky en apparaissant devant son bureau, posant ladite lettre avant de disparaître pour remplir une autre tâche.

Leonid attrapa la lettre en baillant puis l'ouvrit, passant rapidement les civilités obligées, pour arriver au cœur du sujet.

– Le 16, lut-il en posant un œil sur le calendrier placardé sur l'un des murs de son bureau. Dans trois jours… Cela devrait aller, accorda-t-il, se dépêchant de répondre des remerciements aux gobelins.

Il se leva, la lettre à la main, et sortit de son bureau. Une fois dans l'Entrée, il évita les quelques clients qui observaient les chats et crapauds de la salle, et monta rapidement vers la volière.

Cette dernière était une large tour, dont le centre était une structure dorée composée d'une centaine de perchoirs pour les divers oiseaux, tandis qu'un étroit escalier longeait les murs de pierre grise, parfois eux-mêmes creusés en nids ou mangeoires. Le sommet de la tour consistait en une vaste plateforme d'où l'on pouvait observait une grande partie de la ville sorcière. La vue y était à couper le souffle, si bien que souvent, des étrangers venaient dans la Familerie pour y observer les toits de la ville.

Choisissant la première chouette qu'il vit, Leonid lui attacha la lettre à la patte, lui donnant au passage une friandise, avant qu'elle ne s'envole vers la succursale russe de Gringotts.

S'il avait écouté son cœur, Leonid serait allé rejoindre son fils et son ami dans la salle Topaze, néanmoins, il savait la pile des papiers conséquente qui l'attendait sur son bureau. Il s'attella à une tâche particulièrement rebutante, qui consistait à rédiger des rapports pour le gouvernement russe, pour recevoir des subvantions, de plus en plus faibles ces dernières années.

La journée passa lentement pour le gérant, qui demanda en début d'après-midi l'aide de Malensky, non sans culpabilité. Ce n'était pas le travail d'un elfe de maison, et pourtant, depuis le temps qu'il faisait appel à son intendant, ce dernier s'y connaissait bien plus que lui, dans l'art de rédiger des rapports satisfaisant l'administration.

Il rangea ensuite son bureau, achevant ça et là des dossiers commencés plusieurs mois auparavant. Il aurait dû avoir honte, mais ne ressentait que lassitude face à toute cette paperasse qui s'accumulait. Les quatre elfes qu'ils employaient étaient tous pris par la gestion de la Familerie, et il n'avait pas les moyens d'en acquérir un autre, du moins pour le moment.

Seule Anastasia, les rares moments à Saint-Pétersbourg, rattrapait le retard, trouvant les erreurs dans les comptes ou s'occupant des tâches les plus ingrates aux yeux de Leonid.

Vers vingt heures, le gérant leva la tête des parchemins qu'il examinait depuis plusieurs heures, et après les avoir regroupés dans un tiroir pour donner un semblant d'ordre à la pièce, sortit de son bureau pour fermer la Familerie. Il se dirigea ensuite vers le Hall, où il hésita quelques instants, entre se reposer dans les appartements familiaux ou descendre dans la réserve. Il n'eut pas à se décider lorsque Wazy apparut devant lui pour lui annoncer avec hâte que deux éruptifs se battaient dans la salle Topaze. Leonid se précipita vers la salle en question, remerciant Babayaga pour l'absence de clients.

Il lui fallut une vingtaine de minutes pour séparer puis calmer les deux éruptifs, qui, pendant la saison des amours, étaient très agressifs vis-à-vis des autres mâles.

Il profita ensuite de sa présence pour examiner la faille de la salle, qui depuis la veille s'était légèrement agrandie, sans que cela soit inquiétant.

Il finit enfin par monter dans les appartements, où l'attendaient son fils et Rubeus, assis à la grande table, pour une fois débarrassée, pour qu'ils puissent jouer à la bataille explosive.

– Journée difficile ? Devina Rubeus en souriant chaleureusement à son ami.

– Exténuante, confirma Leonid en s'asseyant à côté de son fils. Et pour vous ?

– Luka m'a montré les nouveautés de la Salle Diamant. Elles valent bien plus qu'un malheureux article dans la Gazette du Sorcier. C'est un véritable trésor que t'a donné la réserve de Sibérie.

– J'aurais néanmoins préféré me passer de cette maudite conférence, grogna le gérant, que le souvenir de cet entretien irritait encore. Il soupira avant de changer de sujet : Vous avez déjà mangé ?

– Oui, comme nous ne savions pas quand tu allais finir ton travail, répondit Rubeus, montrant à sa gauche les restes du repas qu'ils avaient partagé.

– Vous avez bien fait. Je suis épuisé…

– Ça ne m'étonne pas… je ne connais que deux personnes qui travaillent autant que toi.

– Ah oui ? Je m'étonne que tu en connaisses une…

Rubeus sourit, sortant des poches de son manteau, un flacon contenant du whisky-pur-feu. Il se servit une gorgée avant de tendre la fiole à son ami et répondre :

– La première est ta femme. Ana… ça doit bien faire un an que je ne l'ai pas vu.

– Elle est toujours désolée de te rater. Mais que veux-tu ? Talentueuse comme elle est, elle doit courir à travers le monde… J'attends le moment où elle trouvera enfin un assistant digne de ce nom pour prendre sa relève.

– Qu'importe l'assistant, il ne sera jamais aussi doué qu'Ana, affirma Rubeus.

– Je veux bien le croire, rit Leonid. Et la deuxième personne ?

– Albus Dumbledore, répondit, non sans fierté, le garde-chasse de Poudlard.

– Evidemment, j'aurai dû m'en douter… Il ne s'autorise aucun repos, même à son âge ?

– Aucun, confirma le demi-géant. Quoique, depuis que Fudge s'est brouillé avec lui, il se rend moins au Ministère. Néanmoins, en plus de s'occuper de Poudlard, il est presque chaque week-end chez les Potter.

– Allons donc… Et pourquoi faire ? L'entraîner ?

– Plus ou moins, répondit Rubeus, en grimaçant. Ils appellent ça de la protection.

– Ce n'est qu'un enfant…

Leonid sentit le regard insistant de Luka sur lui, et finit par le prendre sur ses genoux.

– Tu imagines, t'entraîner avec Albus Dumbledore, chaque semaine ? Demanda-t-il en lui caressant doucement les cheveux.

– Ça ne vaut pas une semaine avec Darya ! Répliqua Luka avec une moue désintéressée. Sa réponse fit rire son père et son parrain.

– En effet, bonhomme, convint le demi-géant, qui avait déjà rencontré la cousine de son ami. Stanislas a bien plus de chance que Charlie.

Luka gloussa et s'installa plus confortablement contre le torse de son père, sentant malgré lui la fatigue. Autour de lui, les deux adultes continuaient leur discussion, s'échangeant de temps à autre le flacon de whisky.

L'origine de Luka n'était un secret pour personne, chez les Doranovski. Il n'avait jamais été question de cacher quoi que ce soit à Stan comme à Luka. Si le premier était toujours agacé, voir irrité, lorsque la question des Potter refaisait surface, le second semblait en paix avec sa situation. Bien sûr, il n'avait pas encore traversé la dure période de l'adolescence, où – Leonid en était certain – des tensions apparaitraient fatalement, mais il affirmait pour le moment, être heureux dans sa famille d'adoption, sans pour autant vouer une haine aux Potter pour l'avoir abandonné. Comme il semblait serein avec la situation, Rubeus lui rapportait régulièrement de brèves nouvelles de sa famille, qu'il obtenait généralement par l'intermédiaire de Dumbledore.

En dehors de ce cercle restreint, étaient mis au courant Darya et Nikos, un ami proche de la famille.

– Mon ange, tu devrais aller dormir, non ? Proposa finalement Leonid, en voyant les yeux de son fils se fermer.

– Non, protesta ce dernier. Je veux profiter de Rubeus…

– Ce n'est pas la dernière fois que je viens, bonhomme, sourit son parrain, qui repartait le lendemain aux aurores.

Cela n'empêcha pas le jeune sorcier de rester encore une vingtaine de minutes en compagnie des adultes avant de sombrer dans un profond sommeil. Leonid proposa alors à son ami de porter son filleul jusqu'à son lit, ce que le demi-géant accepta avec joie.

Il prit Luka dans ses bras avec une attention et une douceur qui aurait pu surprendre l'ensemble du personnel de Poudlard. Il était connu pour être quelque peu maladroit, mais lorsqu'il s'agissait de son filleul, il était d'un soin hors du commun. En vérité, il adorait Luka, et était d'une reconnaissance sans nom envers Ana et Leonid pour l'honneur qu'ils lui avaient fait en lui proposant d'être le parrain de leur cadet.

Il revint vers son ami qui s'était installé dans le canapé du salon, une assiette sur les genoux. Le russe sourit et lui proposa une place à côté de lui, malgré le grincement menaçant du bois lorsque le demi-géant s'installa.

– C'est bon de te revoir… Dommage que Stanislas n'ait pas pu te voir.

– C'est surtout bon d'être ici, sourit Hagrid en fermant les yeux. Le calme… les créatures… Vous…

– Allons, Poudlard est aussi calme, ne crois-tu pas ?

– Le parc, la forêt interdite… Mais pas le château. Il faut toujours qu'il y ait une tension entre des élèves ou des professeurs. Je préfère les périodes de vacances…

– Mon pauvre Rubeus… soupira Leonid. Je pense surtout que tu ne te fais pas d'amis à Poudlard, voilà le problème.

Le garde-chasse lui adressa un regard attristé.

– Voyons Leonid, tu sais très bien que toi et le professeur Dumbledore êtes des exceptions.

Leonid ne sut que répondre et préféra le silence.

Rubeus laissa échapper un long soupir avant de s'extirper du canapé qui grinça de nouveau.

– Je pense que je devrais aussi dormir, annonça-t-il en caressant sa barbe broussailleuse.

– Déjà ?

– Je dois partir très tôt demain pour arriver dans la matinée à Poudlard, se justifia le demi-géant.

– Ne peux-tu pas demander à Dumbledore quelque jours de congés ? Sachant que tu passes toutes les vacances là-bas, ce ne serait pas volé…

– Je préfère ne pas attirer l'attention sur toi.

– Pourquoi ça ? Répliqua Leonid avec indignation. Je ne suis pas un criminel !

– Là n'est pas la ques…, commença son ami avant d'être coupé.

– J'ai accueilli un enfant abandonné par ses parents ! C'est tout ce qu'il y a de plus légitime ! Ah ! Il ne sera pas dit que Leonid Doranovski aura honte !

– Peut-être, mais lorsqu'ils s'apercevront que Luka a disparu, ne voudront-ils pas le récupérer auprès d'eux ? Demanda Rubeus, avec une voix qui laissait percevoir ses craintes.

– Ça serait le meilleur ! Siffla Leonid, qui avait perdu toute sa chaleur à l'idée de perdre son cadet. Il fulmina dans sa barbe quelques instants avant de reprendre plus fort : Tu as raison, ne laisse pas savoir que nous sommes amis. Si ça peut nous permettre de gagner du temps, autant cacher notre relation.

Rubeus acquiesça sagement, heureux de partager le même avis que son ami. Il fourra son flacon de whisky dans une des poches de son manteau qu'il n'avait pas quitté de la journée, puis fouilla dans une seconde.

– Tiens, de l'argent de poche pour les garçons, dit-il en fourrant dans la main de Leonid une bourse en peau de dragon qui fit un son assez clair pour laisser présumer de la quantité de pièces qu'elle contenait.

– Rub…

– J'y tiens ! Insista le demi-géant qui s'éloigna de son ami de peur qu'il lui rende la bourse. Qu'ils s'achètent des livres ou une bricole… N'importe quoi qui leur fera plaisir.

Leonid finit par sourire et posa la bourse sur la petite table.

– Merci. Tu reviens quand ?

– Je ne sais pas trop… J'essaierai de passer pendant les vacances d'été, lorsque personne n'est au château…. Ana sera là ?

– Oh tu sais, avec elle, c'est toujours imprévisible, répondit Leonid dont les yeux bleus brillèrent à l'évocation de sa femme.

Rubeus éclata de rire avant qu'ils n'aillent se coucher, ayant tous deux de longues journées devant eux.

En effet, Rubeus repartit de Saint-Pétersbourg avant le lever du soleil, et ne put croiser dans la maison que Malensky. Leonid quant à lui se leva deux heures plus tard pour l'ouverture de la Familerie. La matinée fut plutôt tranquille, avec très peu de clients, ce qui lui permit de remplir quelques papiers avant d'être rattrapé par l'ennui. Il chercha alors un nouveau précepteur pour les garçons, feuilletant dans divers journaux des annonces lui paraissant sérieuses.

Ce n'était pas tant le niveau des garçons qui le poussait à en chercher, mais plutôt la nécessité d'avoir un adulte pour les surveiller. En effet, leur curiosité leur avait permis d'acquérir un savoir plutôt solide pour leur âge, notamment – évidemment – dans le domaine des créatures magiques et, pour Stanislas, de la défense contre les forces du mal, même si ce savoir n'était que théorique.

Néanmoins, leur penchant pour les bêtises obligeait Leonid, ou un elfe de la maison à toujours les surveiller, ce qui perturbait l'organisation déjà chaotique de la boutique. D'autant plus que les garçons profitaient toujours d'une seconde d'inattention pour filer dans une salle et trouver l'activité la plus dangereuse possible à faire.

Il fut interrompu vers midi par l'irruption de son fils dans son bureau. Au vu de ses cheveux ébouriffés et ses yeux brillants, Leonid comprit qu'il venait de se réveiller, ou du moins, sortir du lit.

– Stan rentre quand ? Demanda Luka en jouant avec une plume qui trainait sur le bureau de son père.

– Cet après-midi. Pour ce qui est de l'heure exacte, tu devras convenir que Darya n'est pas une sorcière extrêmement ponctuelle, donc je ne m'avancerai pas.

Son fils le regarda avec une moue mi-amusée, mi-déçue et tourna ses yeux vers les journaux qui s'étalaient devant son père.

– Qu'est-ce que tu fais ? Demanda-t-il en se rapprochant de lui, ce qui permit à Leonid de l'embrasser sur le front, après avoir plus ou moins coiffé ses cheveux.

– Je vous cherche un nouveau précepteur ! Annonça le gérant d'un ton guilleret qui trancha avec la grimace qui déforma immédiatement les traits de Luka.

– Mais pourquoi ? Se plaignit-il avec sa moue irrésistible. On est bien, comme ça, à trois.

– Toi peut-être, mais j'ai une Familerie dont je dois m'occuper, lui répondit son père d'un ton docte. Et cela s'avère difficile lorsque je dois vérifier que mes chenapans ne sont pas sur le dos de je-ne-sais-quel volatile…

– Mais Papa…

– Non, non, Luka, le coupa son père d'une voix douce mais ferme. Il s'arrêta pour chercher ses mots et en profita pour attirer son fils sur ses genoux. Tu sais, reprit-il calmement, il y a des adultes qui… considèrent que la Familerie n'est pas un endroit pour élever des enfants. Et… parfois, notamment lorsque je vous vois seuls toute la journée, je me dis qu'ils ont raison.

Les yeux turquoise de Luka s'embuèrent rapidement, ce qui poussa Leonid à poursuivre rapidement pour le rassurer :

– Si vous êtes sous la tutelle d'un précepteur, cela me permet d'être tranquille, de vous savoir en sécurité. D'autre part, je suis sûr que vous avez appris des choses intéressantes avec eux.

Et comme ça, on ne pourra pas me retirer votre garde, songea sombrement le gérant qui avait craint, après la publication de l'article du fameux Karl Jenks, que les autorités se penchent sur son cas.

– D'accord bonhomme ?

– D'accord, marmonna Luka en blottissant sa tête dans le cou de son père. Ils restèrent ainsi quelques instants, jusqu'à ce qu'un long gargouillement vienne troubler le silence de la pièce. Luka s'empourpra et demanda :

– Tu manges avec moi ?

Les yeux bleus du russe glissèrent vers les journaux avec qu'il n'écarte l'idée de refuser la proposition de son fils. Après tout, il devait s'ennuyer sans son frère.

Ils mangèrent donc ensemble, dans le bureau de la Familerie, discutant de la possibilité d'installer de nouvelles espèces végétales dans les salles, ce qui, sur le long terme, permettrait d'enrichir considérablement la flore du magasin. Néanmoins, certaines plantes étaient trop dangereuses, notamment les mandragores. Déjà qu'il possédait déjà un filet du diable…

L'après midi passa tout aussi tranquillement que la matinée et Leonid s'octroya une pause vers dix-sept, pour se rendre dans la salle Diamant, où Iorek somnolait depuis le début de la journée.

Refermant la porte du Hall derrière lui, Leonid se hâta vers un chemin de terre qui traversait la forêt de conifères, qui longeait le mur de la salle, jusqu'à arriver devant une armoire en bois, cachée en partie dans les sapins. L'ouvrant d'un geste familier, en passant son pouce sur les riches gravures, il choisit rapidement un des manteaux rangés à l'intérieur, remettant en place une pancarte qui indiquait :

A l'intention des visiteurs,

Ces manteaux appartiennent à la Familerie et ne doivent pas quitter la Salle Diamant.

Merci de les remettre à leur place après votre visite.

S'emmitouflant dans sa chaude cape, Leonid prit ensuite un chemin à travers la neige pour se diriger vers le lac gelé, qui occupait la première partie de la salle. Ses pas crissaient sous la tapis blanc dans un son ténu qu'il apprécia immédiatement. Il croisa plusieurs salamandres de glaces, ainsi que deux clients voulant patiner. Il s'arrêta un instant pour contempler le reflet brillant sur la surface du lac.

Il aimait plus que tout la salle Diamant pour son silence et son calme. Beaucoup de clients rebutaient le froid et ne s'y attardaient pas – parfois même n'y entraient pas, et l'étendue de la salle permettait une solitude bienvenue. Et puis, il lui semblait que le paysage figé, que ce soit du lac ou des montagnes, apaisait. Inspirant profondément l'air frais, il sourit et partit à la recherche de son familier.

Après s'être longtemps amusé de le voir errer dans le paysage neigeux de la salle, Iorek finit par lui indiquer mentalement sa position, dans une grotte nichée sur l'une des pentes des montagnes. Leonid finit par le rejoindre, et, avisant une pierre assez grande, s'assit dessus pour se reposer.

– On est bien, non ? Demanda-t-il d'une voix satisfaite à Iorek qui approuva mentalement.

L'entrée de la grotte était particulièrement étroite, ce qui leur permettait d'être protégé du vent glacial. Des restes d'os dans un coin laissait entendre qu'un animal y avait fait sa demeure pendant quelques temps, et Leonid supposa qu'il s'agissait du Yéti. Celui-ci s'était particulièrement bien adapté à la Familerie, étant moins dérangé par les clients qu'auparavant par les touristes moldus. Et les elfes veillaient toujours à ce qu'il ait à manger, ce qui avait fini par calmer son appétit vorace.

Ils restèrent dans la grotte une dizaine de minutes, profitant du calme et de l'intimité du lieu. Leonid énuméra les noms des précepteurs qu'il avait lu dans les journaux, insistant sur ceux qu'il connaissait par un client. Iorek écouta attentivement, voulant plus que tout voir les enfants de son lié sous la surveillance d'un humain. Il avait déjà dû veiller sur eux, lorsque Leonid devait s'absenter et que les elfes étaient débordés, et l'expérience ne lui avait vraiment pas plu. Stanislas était monté sur son dos, s'accrochant à son pelage qui avait largement souffert. Sans compter Luka qui, dans un accident magique, l'avait rendu bleu. La couleur était restée plusieurs jours de suite, pour la plus grande honte de l'ours polaire, qui, même après plusieurs années – Luka ne pouvait encore marcher - n'avait toujours pas oublié l'incident.

Lançant distraitement un tempus, le gérant s'aperçut que Stanislas devait à présent être rentré. Il sortit donc de la grotte, grimaçant derrière le col du manteau, lorsqu'une bourrasque le fit perdre l'équilibre. Iorek lui fit comprendre son amusement par un grondement sourd avant de se presser contre lui. Leonid le remercia d'un hochement de tête et grimpa sur son dos. Son familier se laissa glisser sur la neige qui couvrait la montagne, puis, lorsqu'ils trouvèrent le sentier que Leonid avait emprunté à l'aller, se mit à courir, aussi rapidement que sa stature le permettait. Ils arrivèrent à la porte qui menait au Hall en une dizaine de minutes, tandis qu'il en avait fallu une quarantaine à Leonid.

Une fois dans le Hall, Leonid ferma la Familerie, à cette heure vide de tout client, et monta finalement les marches pour se rendre dans les appartements. Depuis l'escalier, il entendit les rires de ses fils, ce qui gonfla sa poitrine de joie.

Ouvrant à la volée la porte, il les découvrit sur le canapé, se livrant à une bataille de chatouilles, auquel il se joignit aussitôt. Iorek les observa tout en s'installant dans un coin du salon, prêt à se rendormir.

– Papa ! S'exclama Stanislas, lorsqu'ils arrêtèrent, à bout de souffle. Darya m'a appris plein de trucs ! C'était super génial !

– Tu veux dire dangereux ? Devina Leonid en caressant ses cheveux.

Son fils s'indigna un instant avant de reprendre son babillement enthousiaste, lui racontant en détail sa semaine, sous le regard émerveillé de son frère cadet.

– Et elle m'a dit qu'on pouvait avoir une baguette magique bien avant ses onze ans ! Acheva Stanislas, ses yeux bleus remplis d'espoir.

– C'est vrai ? S'écria Luka en se redressant subitement.

– C'est possible, commença Leonid en pestant intérieurement contre sa cousine avant de poursuivre : Mais il faut l'autorisation du ministère, et surtout, une excellente raison.

– Je ne peux pas demander ? Insista son aîné en lui faisant sournoisement un câlin.

Leonid en resta sans voix.

– Il va falloir que je demande à ta mère pourquoi nous avons choisi Darya comme marraine, marmonna-t-il pour lui-même, tapotant le dos de son fils, embarrassé, comme à chaque fois qu'il devait leur refuser quelque chose.

– Tu vas avoir neuf ans cette année. Tu peux très bien attendre deux ans…, finit-il pas dire sans se soucier de Iorek, qui, une nouvelle fois, se moquait de sa faiblesse.

– Et moi ? S'enquit Luka, qui, trop loin pour l'enlacer, lui adressa son regard de chiot auquel personne ne résistait.

– Tu es trop jeune… Et puis, de toute façon, que feriez-vous d'une baguette ? Se défendit du mieux qu'il put leur père en se levant pour, d'une part, se dégager de l'étreinte de Stan, d'autre part, éviter le regard de Luka.

– De la magie, Pardi ! S'exclama son aîné.

– Non. Vous attendrez d'entrer dans une école de magie, trancha fermement Leonid, qui, poursuivit : Et si vous insistez, demander d'abord à votre mère.

Les deux garçons grimacèrent, sachant pertinemment que la répondre maternelle serait négative.

– Et maintenant, mangeons ! Malensky ? Appela Leonid, pressé de changer de sujet.

L'elfe apparut devant lui et annonça que le repas était prêt, ce qui soulagea le gérant, qui s'échina à détourner l'attention de ses garçons de l'idée de posséder une baguette. Heureusement pour lui, Stanislas n'avait pas fini de raconter ce qu'il avait vu avec sa marraine, et les abreuva d'anecdotes que lui avait raconté Darya.

Le reste de la soirée permit à Leonid de donner des nouvelles de Rubeus à Stanislas, avant d'annoncer qu'il allait leur trouver rapidement un précepteur. Il écarta d'office l'idée d'engager Darya – C'est ta marraine, Stan, pas ta préceptrice. Et le but est de vous garder au calme, et en sécurité… - et leur présenta les quelques candidats auquel il avait pensé.

Enfin, il fut temps de se coucher, ce qui permit à Leonid de câliner son fils, qui, l'air de rien, lui avait beaucoup manqué. Et si Stanislas était pressé d'entrer dans une école de sorcellerie, ce n'était certainement pas le cas de son père, qui serait vraisemblablement dévasté par l'absence de son aîné.

Le lendemain, Leonid s'absenta toute la journée pour remettre des papiers au ministère russe et à Gringotts, ce qui lui prit la matinée. L'après-midi, il retourna dans le quartier de la Familerie, pour acheter de nouveaux vêtements, autant pour lui que pour les garçons qui grandissaient à vue d'œil.

Alors qu'il rentrait à pied, profitant du soleil printanier, il entendit depuis la ruelle qu'il empruntait, des cris rageurs, qui le firent tourner la tête vers une impasse sombre, où une bande de gamins se battaient.

Et évidemment, pensa-t-il en examinant les visages des sept enfants, l'un d'eux devait être le sien. Il ne se trompait pas. Stanislas trainait au sol un de ses camarades, tout en échappant aux bras des autres qui voulaient au mieux le retenir, au pire le frapper.

Le sang de Leonid ne fit qu'un tour. Il s'engagea dans l'impasse et hurla aux voyous d'une voix particulièrement effrayante d'arrêter immédiatement, ce qu'ils firent, pétrifiés par l'aura menaçante qu'il dégageait à cet instant.

– Stanislas, appela-t-il d'une voix glaciale, viens ici tout de suite.

Le temps que son aîné le rejoigne, le gérant avait repéré parmi les enfants Olga Karkaroff, ce qui l'irrita davantage. Il attrapa par le poignet Stanislas et quitta l'impasse sans se retourner.

Ce n'est qu'une fois de retour dans la Familerie que Leonid laissa échapper sa colère. Il claqua la porte de son bureau et tonna :

– COMBIEN DE FOIS T'AI-JE DIT DE NE PAS QUITTER LA MAISON LORSQUE JE NE SUIS PAS LÀ ? QU'EST-CE QUI T'EST PASSÉ PAR LA TÊTE ?

Devant lui, Stanislas renifla misérablement en marmonnant inintelligiblement. Son père s'assit dans son siège et reprit :

– Ne peux-tu pas les ignorer ? C'est trop difficile de passer ton chemin ? Qu'est-ce qu'il avait fait celui-là ?

– Il nous a insulté, gronda férocement Stanislas.

– Est-ce une raison pour se battre ? Le coupa Leonid. Je te l'ai déjà dit. C'est ainsi, et cela ne va pas changer, surtout si tu te comportes ainsi.

Un silence où la tension était encore présente s'installa dans le bureau quelques instants, le temps que Leonid se calme.

– Je te préviens, fit-il d'une voix froide, si je devais avoir vent d'une nouvelle dispute, je t'envoie dans un internat moldu. Plus de créatures magiques, plus de quidditch, plus de libertés. Et surtout, plus de combat.

Il constata que le regard de Stan s'était rempli de crainte, ce qui le poussa à s'arrêter là. Le gérant se passa une main fébrile sur le visage. Il se sentait vieux dans ces moments-là, terriblement vieux. Et si impuissant.

– J'imagine que tu avais repéré Olga Karkaroff ? Tu n'y as pas pensé ?

Son fils marmonna de nouveau une réponse incompréhensible.

– Je ne sais pas dans quelle école tu veux aller, mais je doute que Durmstrang t'accueille à bras ouvert si tu continue de te battre avec la nièce du directeur.

– Il y a d'autres écoles, répliqua Stan en croisant les bras.

– Ce n'est pas la solution, et tu le sais, le rabroua Leonid, repris par la colère. Et tu voudrais une baguette magique ? Alors que tu te bats dès que tu le peux ? C'est un non, Stanislas. Tu ne peux pas continuer à croire que tu peux vivre ainsi.

Son fils se ratatina sous ses reproches et rapidement, des larmes vinrent couler sur ses joues.

– Va voir Malensky pour qu'il te soigne, ordonna l'adulte. Et aide le pour le reste de l'après-midi.

Il lui fit ensuite sèchement signe de quitter son bureau. Lorsqu'il fut seul, il chercha un parchemin vierge pour écrire immédiatement à sa femme pour qu'elle revienne le plus rapidement. Cela permettrait à Stanislas d'entendre un nouveau sermon – et il en avait besoin. Et puis, Leonid avait besoin d'Anastasia, qu'elle lui dise qu'il n'était pas un père incompétent, ce que le monde entier semblait lui dire – à commencer par Stan et ses bagarres à répétition.

– Qu'est-ce qui a cloché ? Soupira-t-il après avoir fini la lettre.

Iorek tenta de le réconforter, mais rien n'y fit, il culpabilisait.

Quand cela avait-il commencé ? Autrefois, Stanislas s'entendait bien avec les enfants du quartier. Il les invitait même à jouer dans la Familerie. Seulement… une nouvelle famille s'était installée, avec un garçon foncièrement méchant. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour intégrer la bande d'amis, et encore moins pour commencer à critiquer Stanislas, le seul à ne pas être un noble. Les moqueries étaient devenues des insultes ; les disputes des bagarres, et rapidement, Stanislas s'était retrouvé seul.

Pourquoi n'avait-il pas, dès le premier coup échangé fait comprendre à Stanislas que la violence ne servait à rien si ce n'est empirer les choses ?

– Je suis un mauvais père, souffla-t-il en s'asseyant sur le sol, à côté de Iorek qui gronda d'indignation.

Leonid lui caressa distraitement la tête, cherchant une solution au problème.

– Tu penses que si on déménageait, à Moscou…

Iorek gronda de nouveau, marquant sa désapprobation.

– Oui, ce serait difficile de trouver un endroit aussi bien pour la Familerie… Mais… tu crois que Stanislas se calmera ?

Iorek lui envoya mentalement l'image du journal avec les annonces pour précepteur.

– Soit… accepta Leonid qui ne se sentait pas de travailler. Malheureusement pour lui, Wazy apparut pour l'avertir d'un problème dans le hangar. Le gérant se leva lourdement, soupirant à l'adresse de son familier :

– Heureusement que Luka n'est pas comme son frère sur ce point.

Quelle ne fut pas son aigreur lorsque Iorek lui répondit moqueusement :

Pas encore.

L'ours polaire se trompait. Les mois passèrent sans que Luka ne participe à aucune bagarre. Ce ne fut pas le cas de Stanislas, qui fut envoyé plusieurs semaines chez Darya - Leonid n'avait pas le coeur d'appliquer sa menace - avant de revenir lorsqu'il eut dix ans. L'absence de son frère pesa à Luka dont le goût pour la solitude grandit. Lorsqu'il sortait, il évitait les autres enfants qu'il tenait responsable pour l'exil de Stan, et se cachait fréquemment dans les salles du magasins pour éviter les clients. Néanmoins, il était toujours joyeux lors des repas de famille, si rares, ou encore quand la Familerie acquierait de nouvelles créatures. Il fut particulièrement heureux lorsque son frère revint, même si cela devait durer qu'un an, puisqu'ensuite Stanislas entrerait à Durmstrang.

Leonid ne comprenait toujours pas pourquoi Karkaroff n'avait pas rejeté sa candidature mais en était soulagé. Il ne souhaitait pas attirer l'attention sur sa famille auprès de Dumbledore, Koldovstoretz ne prenait que des nobles, et il se refusait à envoyer son fils dans les autres écoles, bien trop éloignées de Saint-Pétersbourg.

Il sentit son coeur se serrer en voyant son fils dans l'uniforme de Durmstrang. N'était-ce pas hier qu'Ana lui annonçait qu'elle était enceinte ?

Il savait bien que cela marquait le début d'une nouvelle étape dans sa vie. Bientôt, Luka quitterait également la maison, et il se retrouverait seul, avec Iorek…

C'était la fin de l'innocence…


Voili voulou...

Il y avait une toute petite référence à narnia ;)

J'espère que ça vous plaît ! A la prochaine...