Bureau de l'Agent Gibbs.

- Cette fille avait une vie bien rangée. Brillante étudiante, bonne camarade, grande sportive. Peu de sorties, elle passait son temps à bûcher, un peu réservée. Quel gâchis ! Une si belle nana !

- Tony !

- Bah quoi ? C'est vrai ! Qu'est-ce qui a bien pu attirer ce dingue chez elle ? Elle n'a pas le profil.

- Parce qu'il faut être bizarre pour qu'un psychopathe s'intéresse à toi ?

- McGee ! Je n'ai pas dit ça.

- Une chose m'irrigue moi.

- M'intrigue, Ziva, on dit m'intrigue.

- Peu importe. Ce type doit être très sportif.

- Tu es devin, Officier David ? Ne me fusille pas du regard comme ça, comment tu sais ça ?

- Si tu ne me tranchais pas sans cesse la parole, Agent DiNozzo, tu le saurais déjà.

- Coupais, Ziva pas tranchais ! Argggggh ! Mais tu es folle !

- Remercie-moi, il pourrait être tranché ou coupé, pas seulement foulé.

L'Italien sautillait, tenant son petit doigt meurtri. McGee toussota.

- Donc, le type qu'on recherche serait sportif ?

- Oui. Parce que Sanders appartenait au club des Navy Midshipmen, elle faisait partie de l'équipe de cross-country féminine. Elle participait à des compétitions. C'était une athlète.

- Ducky a dit qu'elle avait beaucoup transpiré, et que ses pieds étaient très échauffés. Elle a donc couru et il l'a poursuivie. Ah, patron !

Gibbs arrivait, surgi de nulle part à son habitude.

- Du nouveau, DiNozzo ?

- Oui, je pense que le meurtrier est sûrement très sportif, tu sais. Sanders était une athlète, elle faisait des compétitions de cross-country. Et elle a couru longtemps avant de mourir. Donc...

- Donc, quand on aura retrouvé l'endroit où elle est morte, on pourra retrouver son parcours et remonter jusqu'à la planque de l'assassin.

- Voilà.

- C'est du bon travail...

- Merci, pat...

- Du très bon boulot, Ziva. Mais peut-être qu'il pouvait la suivre à la trace.

Le téléphone sonna sur son bureau. Il frappa DiNozzo derrière la tête au passage et décrocha mettant le haut-parleur.

- Abby ?

- J'ai un résultat pour les échantillons.

- Sur le plasma, vas-y.

Sur l'écran géant, Abby, égale à elle-même, complètement survoltée, se lança dans une démonstration enthousiaste.

- La mauvaise nouvelle c'est que je n'ai pas trouvé d'empreintes.

- J'espère qu'il y a une bonne nouvelle, Abby !

- T'aurais-je dérangé sans cela, ô magicien ? Bon ! Alors voilà. D'abord les fibres autour de la bouche, c'est du coton blanc, peut-être un mouchoir. Un peu de sang, celui de la victime. Sans intérêt particulier. Par contre j'ai mieux, bien mieux !

- Abby !

- Ça n'a pas été facile mais comme vous le savez, grâce à la réaction en chaîne par polymérase, un profil génétique peut être établi à partir de traces biologiques mêmes infimes.

- Tu as trouvé un ADN différent de celui du Cadet Sanders ? Du sang ?

- Oui ! Vraiment un minuscule échantillon dans ses cheveux, grâce au Bluestar ! La PCR en temps réel n'a besoin que de quelques heures pour amplifier par centaines de millions une quantité d'ADN. De plus, il est possible de définir spécifiquement les séquences de nucléotides et...

- Abby ? Dis-moi que tu as un échantillon qui sera comparable et utilisable en justice.

- Je l'ai, Gibbs ! Je le rentre dans le logiciel AFIS qui va le comparer avec les fichiers ADN de tous les organismes gouvernementaux et européens. Si notre malade a déjà été fiché, on le saura ! C'est parti !

- Bon boulot ! Et le poil ?

- Gibbs ! Tu es insatiable !

- C'est bien la première fois qu'une femme s'en plaint !

- Farceur !

- Le poil, Abby.

- Ce n'est pas un poil humain, c'est...

- Un poil de chien ?

- Comment tu sais ça, toi ?

- Le flair ! Le Cadet Sanders a couru, vite et longtemps selon Ducky mais son meurtrier l'a rattrapée. Alors soit c'est un athlète lui aussi, soit...

- Il l'a pistée avec un chien.

- J'ai cru reconnaître une odeur sur les chaussures de la victime. Probablement un réactif auquel les chiens sont sensibles.

- Les chiens et toi, Gibbs !

- Bien, c'est tout ?

- Oui, il n'y avait que les empreintes de Sanders, et celle du Capitaine Andrews sur la carte d'identification.

Gibbs resta silencieux quelques secondes. Quelque chose lui échappait. C'était là, juste sous la surface de ses pensées conscientes, mais encore insaisissable. Ça émergerait. Il revint à l'écran devant lui.

- Ça nous apprend quelque chose de plus sur ce type. C'est un tricheur. Ah, au fait, Abby, le chien, quelle race ?

- Gibbs !

Il actionna la télécommande et le petit visage faussement chagriné d'Abby disparut.

- Ziva, qu'ont donné vos entretiens à l'École Navale. Des suspects possibles ?

Le jeune officier détaché du Mossad s'empara de la télécommande. Sur l'écran la fiche d'identification du Cadet assassiné apparut.

- Loren Sanders, 22 ans. En quatrième et dernière année de son cursus de sciences de l'informatique au Michelson Hall. Première de sa promotion chaque année. Plusieurs entreprises privées lui avaient déjà fait des propositions, avant même qu'elle ne soit en dernière année. Elle était assez réservée mais pas sauvage. Sa camarade de chambrée dit qu'elle s'entendait bien avec les gens. Elle avait quand même un problème avec un autre cadet.

Sur l'écran, une autre fiche d'identification remplaça celle de la morte.

- Jonathan Light, 25 ans. Même cursus que Sanders, même spécialité. Très brillant. Second de sa promotion, chaque année. Lui aussi approché par des grosses boîtes.

- Second, hein ?

- Il le prenait mal. Bien sûr, il ne me l'a pas avoué mais...

- Que faisait-il hier ?

- Justement, son alibi ne tient pas. Il m'a menti. Je n'ai pas insisté, j'ai pensé que vous voudriez l'interroger vous-même. Et puis il m'agaçait... je ne voulais pas m'énerver.

Gibbs sourit devant son air buté. Le jeune homme n'avait sûrement eu conscience du danger qu'il courait à la contrarier. Très intelligent mais pas beaucoup d'instinct de survie. Il aurait fait un Marine déplorable, sans aucun doute.

- Convoquez-le ! Et vous mènerez l'interrogatoire !