ça va tout le monde! déjà les vacances demain pour moi :)

Par contre...j'ai vu les scènes de l'édition étendue de BotfA. Les funérailles en particulier. La question est: vais-je bien après cela? Réponse: non.

KyraMB: yep, c'était Fili :) je suis d'accord avec toi, il avait presque volé à Leggy la palme d'or de la réplique la plus débile!

Chapitre 4: Où il est question de problèmes existentiels

Le silence.
Sans doute était-ce le pire. Il n'était ni éveillé ni endormi, mais ça n'avait guère d'importance. Après des siècles de catatonie dans les ténèbres, sans rien voir ni rien entendre, il devait bien admettre qu'il ne s'habituerait jamais au silence. Le silence abyssal et terrifiant qui l'enveloppait chaque fois qu'il prenait le temps de s'allonger pour prendre un repos dont il n'avait pas besoin, et qu'il croisait ses mains à plat sur son torse pour tenter en vain de percevoir ne serait-ce qu'un vague écho sourd qui ne venait jamais. La Mort était silencieuse. Peu de gens savaient à quel point c'était vrai.
Il entendait chanter le sang des humains dans leur veines, marteler leurs coeurs affolés comme un oiseau mourant battrait des ailes, et clapoter le précieux fluide vital lorsqu'il giclait sur les pierres, douces mélodies qui le remplissaient d'une ivresse délicieuse durant quelques trop courtes minutes, avant de s'éteindre. Mais seul le silence lui répondait lorsqu'il tentait de s'écouter lui-même.

Il savait qu'il était maudit. Il savait qu'il avait attiré ce fléau sur lui-même, et il avait depuis longtemps accepté l'éternité qui lui restait à perdurer comme une inévitable fatalité. Perdurer, pas vivre. Cela faisait longtemps qu'il avait cessé de vivre. Il continuait, tout simplement, depuis d'interminables siècles.
Huit cent ans.
Cela avait été si long...et pourtant abominablement court. Le monde changeait trop vite pour lui. Il avait été vert et luxurieux, et soudain, il était d'un gris d'acier miroitant. Parfois, il lui arrivait de se demander à quel moment c'était arrivé. Il ne s'en souvenait pas, bien qu'il l'ait certainement vécu à un moment ou à un autre.

Il n'était qu'une coquille, après tout. Une enveloppe vide sans âme et sans vie, et pourtant animée par des rites abominables, condamné à se nourrir des autres pour prolonger une non-existence qui n'aurait jamais dû être. Et pourtant, il ne se sentait jamais aussi vivant que lorsqu'il plantait ses crocs dans la chair palpitante d'un infortuné dont il ne retiendrait ni le nom ni le visage, et que le sang riche parfumé souillait ses lèvres et sa langue et coulait dans sa gorge.
Monstre.
Fils du démon.
Il avait entendu bien pire que cela.
Ils le maudissaient et empoignaient leurs torches et leurs fourches, et le payaient de leurs insignifiantes existences, se débattant inutilement pour ne pas mourir, jusqu'à l'acceptation finale. Ils abandonnaient tous, à la fin. Mais il aimait les voir résister inutilement. La sensation de pouvoir, le frisson de la chasse, étaient des plaisirs trop doux pour y renoncer.
Quoique dans le monde moderne, qui ne le serait plus dans quelques décennies et remplacé par un autre, mais qu'importe, ces merveilleuses impressions se fassent plus insipides. Dans ces grands agglomérats puants qu'on avait le culot d'appeler des villes, il n'y avait qu'à se baisser et tendre la main pour ramasser dans le caniveau quelqu'un dont personne ne remarquerait ni ne regretterait la disparition, une proie bien trop facile, trop apathique pour résister, et dont le sang charriait bien souvent une autre saveur qui ne se trouvait dans la nature qu'à l'état de seringue.
Que c'était ennuyeux.
Le silence n'en faisait que s'alourdir, et avec, l'impression de solitude. Bien sûr, il n'était pas seul, pas au sens propre, mais dans la Mort, on était toujours isolé avec soi-même. On existait, sans se sentir soi-même exister. Un fantôme, avec une enveloppe charnelle et des appétits sanguinaires monstrueux.
Beaucoup ne pouvaient accepter cette vérité.

Thorin Durinson existait depuis huit cens ans, et cela faisait presque autant de temps que son coeur avait cessé de battre dans sa poitrine, laissant la place à un vide abyssal et à une faim dévorante qui jamais, ou presque, ne s'apaisait, et il était loin, le temps où il ravageait les contrées alentours en laissant un sillage de sang et de larmes derrière lui. Ces choses-là avaient perdu leur intérêt premier. Il lui arrivait parfois de se demander pourquoi, dans ce cas, il ne mettait pas fin à sa pseudo-existence, sans trouver non plus de raison valable. Peut-être parce qu'il était bien trop vieux, justement, pour avoir ce genre d'état d'âme.
Ou alors...
Une bordée de jurons abominables retentit dans le noir, quelque part à l'étage en dessous de lui, et Thorin siffla d'agacement entre ses canines.
Voilà pourquoi il restait.
Morgoth seul savait ce qui pourrait arriver si les deux tornades qui lui servaient de neveux se retrouvaient livrés à eux-mêmes. L'Apocalypse, très certainement. Ou pire, le Dagor Dagorath.
Il devenait trop vieux pour leur servir de nourrice, mais s'il cessait de se préoccuper d'eux, Erebor serait en ruines au bout de deux jours et l'immense fortune qu'il avait amassé au cours des siècles, et dont la gestion constituait son activité principale, finirait dispersée au quatre vents.

Thorin ouvrit les yeux dans le noir complet et se leva avec réticence. Le stupide réveil analogique que son idiot de neveu avait insisté pour lui offrir à l'occasion de son sept cent quatre vingt-dix-septième anniversaire et qu'il gardait plus en désespoir de cause que par pure valeur sentimentale indiquait ving heures trente. Dehors, il devait certainement faire nuit, bien que ça ne fasse pas une très grande différence. La nyctalopie avait du bon, parfois.
Le remue-ménage se poursuivait à l'étage inférieur, les échos furieux des voix de ses deux neveux traversant le plancher. Mahal en soit témoin, s'ils se battaient et qu'ils détruisaient le manoir, Thorin les flanquerait dehors. Parole d'honneur. Le batîment était sa propriété depuis un siècle et demi. Hors de question qu'il se retrouve par terre par la faute de deux imbéciles qui faisaient leur crise d'adolescence depuis des décennies et ne semblaient pas particulièrement pressés d'en sortir.
D'autant que, si sa mémoire était exacte, l'un d'eux était sensé rapporter le dîner. La pensée le fit saliver. La faim. C'était bien la seule chose qui restait quand on avait perdu tout le reste.
Étirant ses membres engourdis par sa journée de sommeil catatonique, Thorin s'habilla en vitesse et descendit les vieux escaliers de bois richement ouvragés qui menaient à ses appartements. La lumière était allumée, et ses pupilles sensibles mirent un certain temps à s'y habituer. Il avait fait installer l'électricité cinquante ans plus tôt, quand Fili l'avait supplié pour une télévision. Bientôt, cela s'était avéré indispensable. Malgré ses réticences premières, Thorin devait bien admettre qu'il ne saurait pas se débrouiller dans ce monde qui bougeait beaucoup trop vite sans son smartphone. Bien aimé gadget.

Se préparant mentalement, le Vampire poussa la porte du salon.
- Je peux savoir ce qui se passe? s'enquit-il de son ton le plus glacial.
L'atmosphère se fit instantanément plus calme.
Thorin embrassa la scène du regard et leva les yeux au ciel. Kili était avachi sur le sofa, plié en deux de rire, et son frère le fixait d'un air furieux, une main sur la bouche. En revanche, pas de dîner en vue.
- Désolé, mon Oncle, s'esclaffa Kili. Mais c'est trop drôle.
Fili ne bougeait pas et se contentait de l'assassiner lentement du regard, le front plissé de fureur et de vexation.
- J'attends des explications, dit lentement Thorin.
Le jeune Vampire brun pointa le doigt vers son frère aîné.
- Le dîner l'a attaqué, ricana-t-il.
Thorin se massa l'arrête du nez. Allons bon. C'était la meilleure, celle-là.
- Rigole pas, connard, rugit Fili, sa voix curieusement chuintante derrière sa main. Ça fait mal.
Kili en aurait certainement pleuré de rire, s'il avait pu. Mais les morts ne pleuraient pas. Cependant, ça n'excluait pas qu'il se tienne les côtes et se tortille comme un ver sur le sofa, toutes canines déployées, et secoué de hoquets convulsifs d'hilarité. Quelque part, il était heureux que son statut de Mort-Vivant ne lui ait en rien ôté de son joyeux caractère, mais en cet instant, ça semblait étrangement déplacé.
Thorin se tourna vers le plus âgé de ses neveux.
- Est-ce vrai, Fili? questionna-t-il.
Pour toute réponse, le blond laissa tomber la main qui lui couvrait le bas du visage, le regard sombre. Thorin faillit en perdre son sang froid.

La lèvre du jeune Vampire était fendue et meurtrie de noir, dévoilant une dentition ébréchée et curieusement asymétrique, car la longue canine pendait pitoyablement derrière la muraille des dents humaines, visiblement incapable de se rétracter convenablement. La plaie ne saignait pas, ce qui était, tout compte fait, normal, puisqu'aucun fluide vital n'irrigait le corps d'un Vampire, essentiellement composé de chairs mortes, mais l'aspect en était tout de même assez impressionnant, puisque la peau se nécrosait comme celle d'un cadavre.
Toutefois, ce n'était pas vraiment ce qui inquiétait Thorin.
Le dîner l'a attaqué.
Quel genre de proie pouvait prétendre avoir la capacité d'infliger ce genre de blessure à un Vampire? Bien sûr, Fili était jeune, mais assez expérimenté pour se laisser surprendre par un bête humain un peu plus vif que la moyenne. Il s'en prenait généralement aux clochards ou aux junkies dont personne ne regretterait la perte. À la limite, il chassait parfois dans les boîtes de nuit, ce qui était normal à son âge, mais son oncle le voyait mal attaquer un videur.
Alors qui?
Un autre Vampire? On éliminait l'option d'emblée. Thorin avait lui-même massacré tous ses semblables dans un rayon de cent kilomètres autour d'Erebor afin de rester maître de l'endroit. Aucun de ceux qui restaient ne serait assez stupide pour tenter de revenir et de s'en prendre à ses neveux.
Une autre créature surnaturelle, alors?
Une Sorcière ne s'en serait pas prise à lui physiquement, et lui aurait jeté un sort.
Une Goule? Tout aussi improbable.
Ce qui laissait les Garous, bien évidemment, mais il n'y avait pas eu de Garous dans la région depuis une éternité. Il s'en était assuré, et d'ailleurs sa robe de chambre était fourrée de poils de Loup.
Tout cela le laissait bien perplexe.
- Si tu savais à quel point tu étais moche comme ça, mon frère, se gargarisa Kili. Tu...
Un regard d'avertissement de son oncle le fit taire, et il se renfrogna.
- Fais moi voir ça, Fili, soupira Thorin.

Le garçon ne pouvait rester dans cet état, évidemment. C'était une offense à son honneur autant qu'à l'esthétique.
Problème: le dîner n'était pas servi.
Le vieux Vampire traîna son neveu dans la cuisine, ouvrit le frigidaire et pêcha dans un des bacs une des poches de sang de secours qu'il avait dérobé, ou plus exactement, charmé une des infirmières pour dérober, à l'Hôpital d'Erebor. Il la tendit à son neveu, qui cala l'opercule entre ses dents intactes et se mit à en aspirer lentement le contenu, poussant de temps à autre un léger grognement de plaisir. L'odeur de l'hémoglobine fraîche envahit lentement les narines de Thorïn, et la faim se réveilla paresseusement dans son estomac, mais il la réprima. Plus tard.
Il n'était pas sûre qu'une poche d'un demi-litre suffise à guérir la blessure de Fili. Pour un Vampire, un repas complet, c'était deux litres minimum, même si en pratique, il pouvait rester des mois sans manger. Seulement, était donné leur statut de cadavre animé, sans consommation régulière, la putréfaction reprenait son cours. En effet, les Vampire, étant faits des macchabées, ne possédaient pas de capacités de régénération accélérée comme les Lycanthropes, qui, eux, appartenaient encore au monde des vivants. D'où l'importance de manger équilibré pour avoir bonne mine, même si l'expression n'avait sans doute pas totalement le même sens que celui que les humains lambdas lui attribuaient.

Toutefois, la plaie avait disparu temps que Fili absorbe tout le contenu de la poche. Ce n'était donc pas aussi grave qu'il l'avait cru.
Le jeune Vampire se lécha les lèvres pour récupérer les dernières gouttes de sang et fit claquer ses mâchoires, ses crocs sifflants pendant qu'ils se détendaient et se rétractaient.
Thorin croisa les bras alors que Kili passait la tête dans l'embrasure de la porte.
- Vas-tu enfin m'expliquer ce qui s'est passé? s'impatienta-t-il.
- Mon Charisme n'a pas fonctionné, marmonna le blond. Elle était seule et elle fumait un truc qui sentait bizarre alors je me suis dit...
- Sans blague? interrompit Kili. C'est une fille qui t'as arrangé comme ça?
- Va te faire foutre, cracha Fili, majeur levé et crocs découverts.
- Langage, commenta sévèrement Thorin.
Ce que les jeunes pouvaient être grossier, ces temps-ci. Ça devait être culturel. Quoique. Thorin non plus n'était pas né à une époque où on exhalait des roses à chaque fois qu'on ouvrait la bouche. Ce qui ne voulait pas dire qu'il allait laisser ses neveux se comporter comme des sauvages. Être un Vampire, cela nécessitait d'avoir une certaine classe.
- Où est-ce arrivé, Fili?
- Derrière le musée. Elle m'a grogné après, mon Oncle, dit Fili en faisant jouer ses muscles faciaux pour tester leur élasticité.
Thorin jeta un regard d'avertissement vers Kili, qui avait la main plongée dans le bac contenant les poches de sang. Le jeune Vampire se renfrogna et referma le frigidaire.
- C'était vraiment bizarre, conclut Fili.

Thorin fronça les sourcils.
- Elle t'as frappée, et elle s'est enfuie?
- Elle est rentrée dans le musée, confirma le Vampire blond.
- Une employée, donc.
Ce qui signifiait qu'il allait devoir fouiller un peu dans les dossiers des frères Fundinson. Non qu'il soit personnellement en contact avec eux, mais après tout, il possédait une partie des actions du musée, et les fouilles archéologiques se déroulaient sur un terrain qui lui appartenait. Comme la plus grande majorité des companies industrielles et minières d'Erebor. Bien sûr, les bons citoyens de la ville n'étaient nullement au courant de sa véritable nature, et spéculaient beaucoup sur ce mystérieux et très riche Monsieur Durinson qui vivait dans un vaste manoir à flanc de montagne ne se montrait en public qu'en de très rares occasions. Qu'ils spéculent tant qu'ils voulaient. Cela faisait longtemps qu'il avait appris à passer outre ces choses-là.
Mais cette histoire d'employée de musée agressive et insensible au Charisme le tracassait. Peu de créatures possédaient cette capacité. Surtout que Fili, en général, n'avait pas vraiment besoin de Charisme pour séduire une demoiselle. Pour réagir de manière aussi épidermique, la fille n'avait pas dû avoir la conscience tranquille. Une créature aux abois.
Et vraisemblablement, un prédateur de trop dans cette ville.

Il allait devoir régler ce problème au plus vite. Les créatures surnaturelles vivaient généralement en groupe, et il espérait sincérement ne pas se retrouver du jour au lendemain à devoir gérer une Horde de Goules, une deuxième Famille de Vampires, des Succubes, ou pire, une Meute de Loups-Garous sur SON territoire.
- Que fait-on, mon Oncle?
Fili était en colère, il le voyait bien, et c'était parfaitement compréhensible. Se laisser surprendre par une proie et pire, être blessé par elle était une erreur humiliante de débutant.
- Je vais tirer cette affaire au clair, Fili, promit-il.
Ça promettait une chasse bien plus intéressante que l'écumage nocturne des caniveaux dans l'espoir de ramasser un rebut de la société crasseux, au goût chimique.
- Dites, se lamenta Kili, à propos du dîner...


Will ne se sentit jamais aussi soulagée que lorsqu'elle vit apparaître, au bout de l'allée faiblement éclairée par les réverbères, les fenêtres allumées du 221B. Plus qu'une centaine de mètres et elle serait en sécurité. À la Maison, ou ce qui s'en approchait le plus.
Depuis qu'elle avait quitté le musée, la tôle chromée qui constituait l'habitacle de sa voiture lui semblait ridiculement fragile. Ça n'arrêterait pas un Vampire déterminé possédant assez de force pour froisser le métal, elle en avait bien trop conscience à son goût.
Nulle trace de lui lorsqu'elle avait sprinté de la porte du musée jusqu'à son véhicule, mais ça ne voulait absolument rien dire. Elle se sentait encore plus vulnérable que lorsqu'elle avait appris pour Grand-père et Grand-mère et Pri...
Non.
Elle ne voulait pas penser à ça maintenant. Elle ne devait pas. Sinon elle allait perdre le peu d'assurance qui lui restait et faire une crise d'angoisse, ou pire. Son estomac était déjà si noué qu'elle avait l'impression qu'un marin s'était amusé avec.
Will se força à respirer lentement. Allons. Elle allait garer la bagnole, courir jusqu'à la porte, la verrouiller, prendre une douche, se faire un chocolat chaud, se fourrer sous ses couvertures et dormir. Ça irait beaucoup mieux ensuite. Et demain, c'était la Pleine Lune, et elle irait courir.
La Louve eut un reniflement dédaignement. Elle aurait voulu se battre, elle. Mais ce n'était définitivement pas la meilleure chose à faire. Will tenait à sa peau, au sens propre comme au sens figuré.
Le gravier du parking crissa désagréablement sous ses roues, et elle rentra instinctivement la tête dans les épaules. On aurait dit que quelqu'un était en train de rayer consciencieusement sa carosserie avec ses ongles. Mais c'était juste une impression. Une stupide impression.
Dans le ciel noir d'octobre, l'oeil lunaire, presque rond, mais pas tout à fait, la fixait sans ciller. En temps ordinaire, elle aurait ressenti cela comme apaisant, d'une certaine manière, mais à cet instant elle trouvait cela sinistre.
Le choc avait été rude.

Will déboucla sa ceinture de sécurité qui claqua comme un fouet en se rembobinant sur son support, sortit du véhicule et se hâta vers la maison.
Frodon, au moins, était là. Toutes les lumières étaient allumées. En général, il sortait tôt du collège et restait seul quelques heures, jusqu'à ce qu'elle rentre du travail. Elle s'en voulait un peu de le laisser en rade ainsi, mais elle n'y pouvait pas grand chose. Ni elle ni lui ne constituait les emplois du temps. Surtout qu'en temps normal, il ne l'attendait pas pour le dîner. Au moins, ça prouvait qu'il était capable de se débrouiller seul. Même s'il ne s'agissait que de faire réchauffer une boîte de raviolis.
D'ailleurs, à cet instant, ça ne sentait pas les raviolis, mais la pizza. Quatre fromages. Instinctivement, Will se mit à saliver, et la Louve se renfrogna. Elle aurait préféré une Regina. Avec de la viande hachée dessus. Enfin. Du moment que ce n'était pas une Quatre Saisons.
Minute.
À travers les senteurs de pizza, elle percevait l'odeur de Frodon, mêlée à une autre senteur inconnue. Il y avait quelqu'un dans la Maison. Un Étranger. La Louve montra les crocs.

Will se dirigea avec précaution vers le salon, et entrebaîlla la porte. Elle se détendit presque immédiatement.
L'Étranger en question était une adorable gamine de l'âge de Frodon, humaine à cent pour cent, dotée de joues rondes, d'un petit nez retroussé piqueté de taches de rousseurs, de grands yeux bleus candides et de folles mèches de cheveux couleur miel qui semblaient s'évertuer à s'échapper de sa tresse. En fait, la seule chose qu'on pouvait éventuellement lui reprocher, c'était d'être allongée avec Frodon en chaussettes sur le sol, devant l'ordinateur, pizza à la main. S'il y avait des taches de sauce tomate sur la moquette, nota-t-elle mentalement, penser à demander à Frodon de nettoyer.
- Freddie, appela-t-elle doucement.
Les deux adolescents se retournèrent de concert.
- Bonjour madame, salua d'emblée la gamine.
Et bien élevée, avec ça.
Ça aurait pu être pire. Avec tout ce qu'on pouvait trouver dans un collège, Frodon aurait pu ramener, au hasard, un hooligan.
- Tilda, ma tante Bella. Bella, Tilda Bowman, s'empressa de présenter Frodon. On avait un exposé à faire ensemble, alors je l'ai invitée.

Will hocha la tête.
C'était positif, qu'il commence à se faire des amis. Vu comme c'était parti, il allait en avoir besoin.
- Je serais à l'étage si vous avez besoin de moi, dit elle.
- Tante Bella est archéologue, babilla Frodon. Elle sait des tas de trucs sur l'Anneau de Melian.
Ah. Le légendaire Royaume des Fées. Voilà de quoi il s'agissait. En fait, on y avait découvert les ruines d'un cercle de pierres dressées, vestiges d'une ancienne civilisation Sorcière basée sur le matriarcat. D'où tout un tas de confusions. Nul n'avait vu de Fées depuis des millénaires, et quand bien même, elles ne bâtissaient pas.
La petite, Tilda donc, sourit largement, et Frodon la supplia du regard. Allons bon. S'il tirait sur une corde sensible, aussi...
Will regarda par la fenêtre. Il faisait noir, et il était tard, et avec l'autre taré qui traînait dehors...
- Tu as quelqu'un pour te ramener, Tilda? s'enquit-elle.
- J'habite au 216, madame. J'ai juste à traverser la rue, répondit l'adolescente.
Bien. Voilà qui lui ôtait une épine du pied. Mais elle aurait dû mieux observer le voisinage. Quelque part, c'était de la négligence. N'empêche qu'elle ne se sentirait vraiment tranquille qu'en ayant suivi la petite des yeux par la fenêtre jusqu'à ce qu'elle soit bien rentrée à l'intérieur de sa propre maison. Il pouvait se passer beaucoup de choses, le temps d'une traversée de rue.
Will s'assit à son tour sur la moquette et s'empara d'une part de pizza.
- Alors, commença-t-elle en arrachant voracement une bouchée, l'Anneau de Melian...

reviews?

J'adore les enfants de Bard. Surtout que Sigrid et Tilda sont jouées par Peggy et Mary Nesbitt, les filles de James Nesbitt alias Bofur...