Chapitre #4 – The world came back

Phoenix avait attendu plusieurs jours. Et plusieurs jours, quand on attend quelqu'un et qu'on ne sait même pas pour quelle raison, c'est long. Mais cela ne changeait rien au problème : ils n'avaient plus de daim, mangeaient des fruits depuis deux jours, et Edgeworth ne venait toujours pas. La veille, ils avaient reçu une bouche de plus à nourrir, car Franziska était partie tôt le matin, puis revenue avec Dick Gumshoe. Le policier paraissait mort de fatigue, et il s'était endormi instantanément sous un abri. Comme ça, sans un mot. Mais, au moins, il était entier. Phoenix était à deux doigts de mourir d'impatience, lorsqu'il vit au loin une forme humaine, plutôt pourpre, ce qui fit rater un battement à son cœur. Dans le feu de l'action, lâchant toutes les pêches qu'il avait récupérées, il courut vers Edgeworth en criant :

« Miles ! »

Le procureur s'arrêta, et Phoenix put voir qu'il tenait dans ses bras une quantité assez conséquente de viande et d'outils. Plusieurs armes, aussi.

« Wright, vous seriez sympathique de ne plus m'appeler par mon prénom, nous ne sommes pas si proches. »

« Ah, oui, excusez-moi… », marmonna-t-il, un peu vexé de s'être laissé aller ainsi.

« Hm. Bref, Wright, je suis venu, comme promis. »

Phoenix évita soigneusement de lui faire remarquer qu'il avait pris son temps pour le faire, puis se racla la gorge. Edgeworth se tourna vers lui, interrogateur, et l'avocat de la défense pesa ses mots.

« Vous avez euh… mis plusieurs jours. »

« Oui, et savez-vous pourquoi ? Pour rapporter toute cette viande, et tout ce poisson. »

« Oh, c'est vrai ? »

Il avait un peu gaffé, mais c'était aisément rattrapable. Après tout, il était avocat, non ?

« Vous êtes incroyablement gentil, Edgeworth. Très généreux, et attentionné. »

« Wright, ne me prenez pas par les sentiments, enfin », répliqua-t-il.

« Ce ne sont pas sentiments, juste des constatations. Je ne voulais pas vous ennuyer. »

« Tenez-vous plus loin lorsque vous me parlez, Wright ! Cette proximité commence à m'insupporter ! Et puis, cette nouvelle mode de se promener à moitié nu est totalement déplacée. Vous êtes toujours aussi agaçant. »

Il n'était pas torse nu pour rien ! Il ne pouvait pas porter sa chemise et l'avoir accrochée en haut d'un arbre, évidemment… Par contre, pour la proximité… Phoenix s'aperçut qu'il se tenait très près de lui, en effet, et s'éloigna légèrement du procureur. Edgeworth hocha la tête pour lui signifier qu'il était satisfait de le voir loin, et reprit :

« Bref, Wright, je n'ai pas fait ça par pitié. »

Bien sûr, je vais croire que tu n'as pas de cœur, compte là-dessus ! Phoenix sourit en coin, et poursuivit sa route. En silence, ils parvinrent au campement, et furent accueillis comme des rois. Pearl et Maya, surtout, étaient hystériques.

« Monsieur Edgeworth ! s'écria la petite fille, un peu craintive cependant. Vous êtes vivant ! Monsieur Nick vous a ramené ! »

« J'imagine que oui », répondit le procureur en déposant la nourriture et les outils sur une grosse pierre.

« Edgeworth ! déclara Maya en s'approchant de lui. C'est bien que vous soyez venu. J'ai passé une heure à raccommoder la chemise de Nick pour qu'elle flotte avec classe, alors forcément… Mais sinon, vous allez bien ? »

« Oui, plutôt. Mais je pense que nous irons mieux dans quelques temps, car j'ai découvert comment fabriquer des cordes à partir de petits branchages, et de lianes diverses. Nous pourrons construire un radeau, et partir d'ici. »

« Wah ! cria Pearl en sautillant dans tous les sens. Vous êtes génial, Monsieur Edgeworth ! »

Oui, génial, c'était le mot. Encore une fois, Edgeworth maîtrisait la situation… Phoenix se força à sourire aux exclamations de joie des deux Fey, puis se tourna vers l'un des deux abris. Larry était en train de sortir, à moitié habillé, la tête perdue dans son t-shirt, en criant :

« Edgey, mon petit Edgey ! Ca fait combien de temps qu'on t'avait pas vu, hein ? »

« Ah, Larry Butz, dit Edgeworth en soupirant. Si j'avais su, j'aurais évité de venir ici. »

« Edgeeeey ! Content de voir que t'as pas changé ! » continua Larry en riant aux éclats.

Phoenix regarda ensuite Gumshoe venir le saluer, puis Franziska lui tendre une main solennelle.

« Miles Edgeworth, bienvenue dans notre campement. »

« Cette sale manie d'appeler tout le monde par son nom complet », murmura-t-il froidement en lui serrant la main.

« Laisse-nous donc ranger toute cette nourriture, Miles Edgeworth. »

Tout le monde s'affaira, même Larry, qui d'habitude n'en fichait pas une, mais Phoenix se mit légèrement à l'écart. Il ne se sentait pas très bien. Personne ne lui adressait la parole, il avait l'impression d'être le dernier des crétins. Non mais c'est quoi, ça ? Tu nous fait de la jalousie, ou quoi ? Il fut rejoint quelques minutes plus tard par Edgeworth en personne, qui s'assit à ses côtés sans un mot. Le silence qui suivit fut si pesant que Phoenix le brisa sans hésitation.

« Je ne comprends pas, Edgeworth. Vous êtes toujours le même, alors que nous sommes coincés sur une île déserte. Larry est devenu travailleur, Franziska est moins axée sur sa soi-disant perfection, Pearl a gagné en maturité, Maya fait beaucoup moins de bêtises, Gumshoe est plus sérieux… Mais vous, vous êtes là, et vous n'avez pas changé. Toujours aussi sérieux, distant et calculateur. Et doué, aussi. »

Il y eut un nouveau silence et, toujours sans le regarder, le procureur dit :

« Ne pensez pas comme ça, Wright. Il y a quelqu'un d'autre qui n'a pas du tout changé, ici. Et cette personne, c'est vous. »

« Moi ? J'avais pourtant l'impression d'être plus, disons… mélancolique. »

« Vous l'êtes très souvent, Wright. »

« On ne se voit jamais, les seuls moments où vous pouvez voir ce qu'il y a sur mon visage, c'est quand je suis sérieux au tribunal… »

« Vous aussi, Wright. Donc vous en conviendrez qu'il n'y a pas que le tribunal qui compte, n'est-ce pas ? »

Phoenix leva les yeux vers lui, soudain inquiet de la tournure que prenait leur conversation. Il ne parlait jamais au procureur d'autre chose que des affaires, des clients, des preuves, des éléments du dossier et des procès, des procès, des procès… Leur relation se résumait à pas grand-chose, même si Phoenix avait toujours eu une foule de questions à poser à son « ami » d'enfance. Et d'ailleurs, il avait très envie de les lui poser maintenant.

« Edgeworth, pour changer de sujet, j'aimerais vous demander quelque chose. Voilà, l'année dernière, quand je suis tombé dans la rivière, du haut du pont, au Temple… »

« N'en jetez plus, Wright, vous allez me demander pourquoi j'ai accepté de vous remplacer pour la suite du procès. Gumshoe me l'a demandé, donc je l'ai fait, voilà tout. »

« Vous l'avez fait uniquement parce que Gumshoe vous l'a demandé ? »

« Bien sûr, Wright. Gumshoe est un policier très utile, parfois. Il m'offre une couverture lorsque je veux enquêter sur un lieu interdit à l'accusation. »

« Non, Edgeworth, il n'y a pas de lieux interdits à l'accusation ! répliqua Phoenix en se penchant vers lui. C'est à la défense que cela arrive, je suis bien placé pour le savoir. Non, je ne peux pas croire que vous ayez fait ça par pur intérêt… »

« Bon, il suffit ! »

Le procureur avait l'air très en colère, mais Phoenix n'avait pas l'intention de lâcher le morceau.

« Edgeworth, regardez-moi et répondez-moi sincèrement. Me considérez-vous comme un ami ? »

« C'est à vous de savoir si vous êtes mon ami, Wright, pas à moi de le savoir pour vous. »

« Vous ne voulez pas répondre… Dommage, j'aurais bien voulu avoir au moins une piste. »

« Qu'est-ce que cela vous aurait bien fait ? » dit-il, glacial.

« J'aurais peut-être compris pourquoi vous ne me faites jamais confiance, Edgeworth. Et pourquoi vous ne voulez jamais vous confier à moi lorsque vous vous sentez mal. »

« Je ne me sens jamais mal, Wright ! cria le procureur en se levant. Sauf quand un incapable dans votre genre vient me demander de parler de moi ! »

« Edgeworth, je suis sûr de pouvoir vous aider ! implora Phoenix en se levant à son tour. Pourquoi ne pouvez-vous jamais vous reposer sur quelqu'un ? »

Le procureur le toisa quelques instants, puis lui tourna le dos en disant simplement :

« Parce que je n'en ai pas l'envie, Wright. »

Et il partit.

||/Le Mot de l'Auteur :D\||

Hm, j'espère que cette fic vous plaît. xD J'ai découvert ce fichier sur ma clé USB qui datait de l'été dernier, et j'ai trouvé ça pas mal. J'ai encore écrit un chapitre pas tout à fait fini, mais je pense qu'il y en aura plus vu que, évidemment, c'est pas DU TOUT complet encore. J'espère juste que je continuerai comme je l'aurais fait l'année dernière, et pas en changeant totalement de style. xD