Et voilà la suite, en espérant que ça vous plaise toujours.

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/!\ warning guimauve /!\

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Merci à : marianclea, odea nightingale, shinobu24, Elie Bluebell.

Sur ce : bonne lecture ! :D


Désormais, cela faisait deux semaines que John était hospitalisé. Sa blessure guérissait lentement mais sûrement, la volonté de fer du soldat faisant des merveilles pour reconstituer ses forces. Bientôt, il pourra être rapatrié en Angleterre. La vie dangereuse qu'il menait sur le front afghan n'était plus que du passé. La monotonie de la vie civile sera bientôt son futur... quoique... avec Sherlock à ses côtés, John ne risquait pas de s'ennuyer. Ce qui n'était pas le cas de l'ange à ses côtés qui se morfondait dans l'ennui et se défoulait sur tous les médecins et infirmières qui venaient s'occuper de John.

Le médecin militaire écoutait donc les déductions sans gêne de Sherlock avec un mélange d'agacement et d'amusement. Il avait l'impression d'être en compagnie d'un gamin immature bien trop intelligent pour son bien et, parfois, il avait le sentiment que Sherlock n'avait d'angélique que ses ailes majestueuses...

Durant ces deux semaines, John commença à bien connaître son infernal ange gardien et, plus d'une fois, alors qu'il s'efforçait de ne pas être écrasé par la redoutable intelligence du jeune homme ailé, il songea au fait que Sherlock ferrait un détective hors pair.

Un jour il fit part de sa pensée à l'ange noir, interrompant l'un de ses monologues sans fin. Sherlock le regarda avec des yeux surpris. Il resta silencieux pendant un long moment, ses iris troublés par un voile rêveur et John sut qu'il avait fait mouche bien avant que la voix grave aux intonations vibrantes ne murmure que c'était là une idée excellente... si toutefois, John voulait travailler avec lui. Le blessé esquissa un sourire avant de s'endormir, le corps encore alourdi par les anti-douleurs.

Un autre jour, il avait demandé à Sherlock d'où il venait. Si les anges existaient... alors, peut-être qu'il y avait un... Paradis ou du moins quelque chose dans le ciel ou ailleurs... ? Sherlock avait laissé échapper malgré lui un bref éclat de rire clair et franc mais, il n'avait pas répondu à la question du soldat alité. Soldat alité qui avait noté combien Sherlock aimait cultiver son aura de mystère qu'il laissait soigneusement planer autour de lui. Et John devait avouer que ça le rendait aussi charismatique qu'agaçant...

Peu à peu, leur complicité se développait. Sherlock avait apporté, malgré tout, quelques réponses aux questions de John et le soldat en avait deviné une bonne moitié dans les non-dit du jeune homme ailé qui gardait jalousement ses secrets et motivations. Les éléments restant encore dans l'obscurité taraudaient l'esprit du militaire : comment Sherlock l'avait-il « choisi » pour reprendre ses propres termes ? Ensuite, en premier lieu, John avait supputé que Sherlock avait jeté son dévolu sur lui car il avait besoin de son aide pour effectuer une quelconque... quoi ? Mission ? Devoir ? Destinée ? John s'était perdu dans ces absurdités avant de remarquer que Sherlock ne lui demandait rien : il se contentait de rester auprès de lui, l'observant avec une lueur étrange et magnétique dans ses iris lorsqu'il était persuadé que John ne le regardait pas.

Et le soldat qui se sentait happé, comme tiré par un lien invisible qui le raccrochait à la présence de Sherlock. Cette attirance que le médecin militaire éprouvait pour l'ange n'était pas naturelle mais pas malsaine non plus. C'était juste un besoin constant d'être auprès de Sherlock, comme si l'ange était une part de lui-même, lui permettant de se sentir entier et serein : complet. Jamais John n'avait ressenti quelque chose d'aussi fort, d'aussi... envoûtant...

oOo oOo oOo

Sherlock regardait John dormir.

Le visage du médecin militaire était paisible. Ses cheveux blonds prenaient une teinte argentée sous les lumières de la ville qui chassaient les ténèbres de la nuit. Le jeune homme déploya ses ailes pour les étirer avant de les replier sur ses flancs, ses yeux rivés sur le profil de l'ancien soldat. Il connaissait par cœur les formes de ce visage et la logique aurait voulu qu'il n'accorde pas autant de temps en vaines rêveries futiles mais il en était tout simplement incapable. D'ailleurs, avec John, il en été souvent incapable...

John Watson.

Un patronyme on ne peut plus banal pour un homme qui n'avait absolument rien d'ordinaire... Le contraste était juste saisissant. Tout comme John lui-même et sa personnalité à double facette. Homme à la fois très simple, se contentant des petites choses du quotidien pour être heureux mais en même temps, taillé pour l'incongru, pour le danger, pour l'action, bref, fait pour une vie extraordinaire...

C'était cette dualité qui avait attiré Sherlock comme un aimant, alors qu'il vadrouillait en Afghanistan. Ce petit soldat blond avait attiré son regard alors qu'il n'avait rien pour attirer l'attention d'un être comme lui. Il l'avait suivi et observé avec un œil lointain, passablement ennuyé. Mais, peu à peu l'ennui devint curiosité. Puis, la curiosité devint fascination et intérêt profond.

John était le premier être humain auquel Sherlock s'intéressait et, l'ange devait reconnaître que John était un parfait sujet d'observation.

Cependant, si Sherlock n'avait pas pu prévoir une chose, c'est l'attraction de plus en forte que le petit médecin militaire exerçait sur lui sans qu'il se doute de quelque chose. Un lien s'était forgé. Un lien mystique mais puissant.

Ainsi, John Watson été passé par plusieurs catégories dans l'esprit de Sherlock :

Soldat quelconque offrant un sujet d'observation passable...

Médecin militaire qui titillait sa curiosité...

John Watson qui stimulait son intérêt et sa fascination...

Puis John, tout simplement John...

Et, enfin : Son John.

Son stupide mais incroyablement courageux John qui avait failli mourir, fauché par une balle...

Son John, à qui il avait offert une part de lui-même pour le tirer des griffes de la Faucheuse...

En faisait ce don, Sherlock savait que son lien avec son protégé se renforcerait mais il n'avait pas prévu que John puisse le voir et l'entendre dès son réveil. Bon sang ! Voir ces yeux céruléens rivés sur les siens, ce ténor s'adresser à lui et attendre sa réponse avait ébranlé l'ange noir au plus profond de lui-même, lui donnant l'impression qu'un courant électrique parcourait la moindre parcelle de peau et chaque plume de ses ailes, faisant frémir ses longues rémiges noires...

Ça avait été puissant, profond, magnétique et Sherlock savait pertinemment que John avait ressenti quelque chose de similaire... même si son protégé avait tout fait pour le masquer. Mais l'ange n'était pas dupe...

Soudain, Sherlock sentit une présence lui hérisser les plumes et les cheveux. Sans qu'il les contrôle, ses ailes se déployèrent toute leur envergure dans un mouvement sec et défensif mais il ne bougea pas d'un iota. Il resta debout, contre le mur, les yeux toujours fixés sur le corps profondément endormi de John. Le silence était pesant : le nouvel arrivant ne prononça pas le moindre mot, laissant son aura crépitante de danger et de folie alourdir l'atmosphère.

- D'ordinaire, on annonce sa présence avant d'arriver, mais il est vrai que vous n'êtes pas quelqu'un d'ordinaire... murmura l'ange noir qui savait qui était ce troisième protagoniste.

Sa voix profonde résonna doucement entre les quatre murs sans réveiller John. Sherlock le savait épuisé, et malgré ses réflexes de soldat qui le tiraient du sommeil au moindre bruit, son protégé ne sortirait pas des bras de Morphée avant plusieurs heures.

Moriarty s'avança nonchalamment, ses yeux insondables parcourant chaque recoin de la chambre d'hôpital. Il déploya ses ailes d'os qui cliquetèrent dans le silence avant de les replier contre lui.

- Puis-je ? demanda-t-il avec un regard insistant sur la chaise de visite en plastique que Sherlock frôlait de son aile droite.

Ce dernier lui jeta un coup d'œil et La Mort s'assit sur l'inconfortable chaise blanche, ses ailes décharnées dessinant des ombres effilées sur son costume gris. De longues minutes passèrent dans un silence alourdi par les non-dit et crépitant des ondes de pouvoir des deux êtres qui se jaugeaient comme deux adversaires. Sherlock sortit discrètement sa lame qui ne le quittait jamais, de son fourreau, la pointe sortant de sa manche. Il savait que sa dague ne pouvait pas tuer la Mort mais la sentir dans sa main le rassurait.

- Range-moi ce jouet Sherlock, tu vas te faire mal. Ces lames sont conçues pour vous entre-tuer lorsque vous devez régler vos différents mais elles ne peuvent rien contre moi : je ne suis pas un ange.

Un tic agita la paupière de l'ange noir et, si la pointe du poignard n'était plus visible, ses doigts frôlaient toujours le manche.

- Comment va Johnny Boy ? questionna Moriarty sur le ton badin d'une conversation ordinaire.

Un ton léger qui n'était qu'une apparence. Ainsi débutaient leurs rencontres : par un quelconque jeu de pouvoir, de défi, de menaces voilées et de folie insérés dans des répliques on ne peut plus ordinaires.

- Très bien.

- Ravi de l'entendre.

Sherlock haussa un sourcil. La Mort ravie de voir que quelqu'un lui avait échappé ?

- Tu as bien fait de donner une part de toi pour le sauver. La suite n'en sera que plus amusante. La patience n'est pas une de mes vertus mais je saurais attendre.

- Attendre quoi ?

La question sortit sans son aval et Sherlock serra les dents, agacé par sa propre stupidité.

Un gloussement malsain sortit de la gorge de Moriarty :

- Johnny boy est tout ce qu'il y a de plus banal. Tu l'as sauvé du trépas mais c'est reculer pour mieux sauter. Et tu as eu raison : quand sa Chute viendra, elle n'en sera que plus rude et définitive pour lui comme pour toi. J'adore les histoires dramatiques... sans doute parce que c'est moi qui fait danser les personnages et qui gagne à chaque fois...

Les dents de Sherlock grincèrent et ses plumes se gonflèrent de colère mais il garda un visage impassible. Moriarty avait raison : John était humain et un jour, il mourra. Que ce soit dans 50 ans ou dans un an, le résultat sera le même : il perdra son protégé. Mais ce n'était pas cette vérité dite par une voix aux intonations aiguës qui lui faisait serrer les dents mais le ton moqueur assaisonné de mépris que Moriarty utilisait pour parler de son John.

- Les gens ordinaires sont tellement adorables, tu ne trouves pas ? poursuivit La Faucheuse – j'adore les voir danser leurs petites rondes pour finalement tomber dans ma toile. Mais c'est quelque chose que tu connais bien puisque tu as John. « Sherlock Holmes : l'ange noir qui est du côté des Gardiens » voilà une histoire qui promet d'être fascinante ! clama Moriarty.

Ses yeux brillèrent d'un feu glacial suintant de folie avant de reprendre leur aspect insondable.

- Je devrais peut-être me trouver un petit protégé un de ces jours... ça doit être amusant... murmura pensivement Moriarty dont le regard d'obsidienne devint lointain, pensif, rêveur.

Sherlock avait suivi silencieusement les sautes d'humeur versatiles de La Mort, prêt à intervenir si Moriarty faisait un quelconque geste menaçant envers John qui dormait toujours, inconscient du face-à-face qui se jouait à un mètre de lui. Ses ailes noires étaient tendues tout comme son corps rigidifié par la méfiance. Moriarty n'avait pas toujours été un ennemi. Sherlock et lui partageaient beaucoup de points communs : la même intelligence vive et acérée, le même besoin de tenir leurs esprits hors norme occupés, le même pouvoir destructeur profondément enfoui en eux qui dormait d'un sommeil agité... Ensemble, ils pouvaient mettre le monde à feu et à sang car, d'une certaine manière, ils étaient pareils à une exception près : Sherlock tenait en laisse son potentiel destructeur alors que Moriarty se laissait dominer par son penchant pour le chaos.

Cet écart entre eux était minime mais il faisait toute la différence. Différence exacerbée par l'intérêt que Sherlock portait à un certain humain... et si Moriarty voulait s'en prendre à John, il faudrait d'abord qu'il lui passe sur le corps !

Le mouvement des ailes d'os à la périphérie de son champ de vision fit tourner la tête de Sherlock vers La Faucheuse qui se relevait en époussetant sa veste sur mesure.

- Bon, il va falloir que je me sauve. J'ai été ravi de ce petit échange !

Quoi ? C'était tout ?! Sherlock plissa les yeux. Moriarty était venu dans l'unique but de blablater cinq minutes avant de repartir ? Vraiment ? Mais... d'un autre côté, il avait toujours agi ainsi : s'amusant à apparaître et disparaître tel un fantôme insaisissable qui laissait planer derrière lui une aura de menace sous-jacente, rappel constant de sa présence qui appesantissait l'atmosphère tel un miasme empoisonné. Cette présence impalpable mais imposante faisait frissonner d'appréhension car elle rappelait tel un mantra que, quoique vous fassiez, on vous observait et que vous n'étiez pas seul. Jamais. C'était là, la base du pouvoir de Moriarty : il vous tenait par la crainte.

La Faucheuse agita ses ailes dont les os cliquetèrent sinistrement. Sa silhouette devint floue avant de disparaître, laissant Sherlock seul avec John. Ce dernier remua dans son sommeil et l'ange soupira de soulagement. Ses ailes se détendirent, les pointes de ses rémiges primaires frôlèrent le sol, et ses épaules s'affaissèrent. Il s'assit sur le bord du lit et ferma les yeux, se contentant de savourer le silence et la présence de John. Soudain, le médecin commença à s'agiter dans son sommeil. Sherlock inspira profondément et – avec un faible bruissement – il étendit l'une de ses ailes au-dessus du corps de John. Ses plumes formèrent une couverture d'onyx protectrice vivante tandis que l'extrémité de l'aile pendait sur le rebord du lit. Les mouvements nerveux du blessé s'apaisèrent.

Le regard argenté se porta sur le ciel nocturne qui commençait lentement à s'éclaircir : l'aube arrivait et avec elle un nouveau jour en compagnie du médecin militaire... médecin militaire qui ferrait sans doute une drôle de tête s'il en venait à savoir qu'il avait dormi dans les ailes d'un ange...

Cette pensée fit naître un petit rictus sur les lèvres pâles de Sherlock...


A suivre... et oui l'indécrottable fleur bleue que je suis n'a (hélas) pas pu s'empêcher de faire une fin à la fluffytude mièvre à souhait. Mais la suite le sera moins : le sucré, c'est bien mais à petite dose par-ci par-là !