Sanguine, mon frère

Sanguine, mon frère!

Disclaimer: The elder scrolls IV Oblivion appartient à Ubisoft et Bethesda Softworks. Je ne fais que me baser sur le monde qui y a été développé et je ne gagne pas d'argent pour ça…

Voici le quatrième chapitre. Je crois que j'ai pris mon rythme de croisière : la première semaine, je développe la construction du chapitre selon le scénario et je vérifie in game que tout peut correspondre, puis je passe à l'écriture la deuxième semaine. J'espère que ce n'est pas trop lent !

Daffy from the Golden Freaks : Moi, meilleur? Heu, je ne savais pas qu'on était en compétition… Merci pour ton commentaire, en tous cas ! Et oui, c'est bien de Qwaftzefoni qu'il s'agit (un personnage dérangeant et qui m'a bien fait rire, fils du Diable, affublé d'un bec de lièvre comme Médéric), issu de Coldheart Canyon, un livre de Clive Barker que je recommande à tous.

Chapitre 4 : quand la magie nous vient en aide.

Sur une table trônait la tête sans corps de Marcus, le visage verdâtre et les yeux révulsés. Les membres de la Confrérie la regardaient tous sans rien dire. Dans la mort, l'impérial affichait une expression d'étonnement qui contrastait fort avec son dédain habituel. Médéric se sentait confus. Marcus était décédé. A sa connaissance, jamais il n'avait été agréable avec qui que ce soit. Il lui en avait fait voir de toutes les couleurs depuis qu'il était entré dans le Sanctuaire pour la première fois (et ç'avait été réciproque). Il l'appelait « morveux », « gamin », « Bec-de-Lièvre »… Chaque fois que Médéric s'apprêtait à faire une erreur, Marcus venait l'en empêcher. Il lui avait offert sa première nuit de beuverie. Il lui avait donné des conseils dont il aurait du mal à se passer aujourd'hui. Il l'avait aidé à devenir l'assassin qu'il était désormais. Et maintenant, il avait quitté ce monde.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda le bréton.

- Je ne sais pas… répondit Hliri. Je suis revenue d'Anvil (bredouille, d'ailleurs !) peu avant ton arrivée. Quand je suis montée à la grotte, elle était plantée sur une pique, près de la mare.

- C'est mauvais signe ! s'écria Junia. Quelqu'un sait que le Sanctuaire se trouve ici ! Nous sommes tous en danger !

- Cela m'a tout l'air d'une déclaration de guerre ! renchérit Qualda. On veut nous prévenir que l'un des nôtres est mort et qu'il ne sera pas le dernier.

- Hliri ? Penses-tu que nous devions quitter la caverne du Roc Noir ? », demanda Feylan.

L'elfe noire prit une grande inspiration.

« Non. Pas encore. Ba'ruka doit être prévenue. Feylan, occupe-toi de la tête de Marcus ! Vous autres, restez dans le Sanctuaire ! ».

La dunmer partit, laissant seuls ses subordonnés. L'elfe des bois emporta les restes de l'homme qu'il avait tant méprisé. Les discussions entre les assassins restants prenaient des accents de panique. Hliri ne revint que deux heures plus tard. Elle semblait plus soucieuse encore qu'à son départ. Aux questions qu'on lui posa, elle se contenta de répondre que tout pouvait attendre le lendemain.

Ainsi, le jour suivant, l'elfe noire rapporta à ses frères et sœurs les décisions de l'Annonciatrice.

« Ba'ruka va envoyer des agents de la Confrérie surveiller le Sanctuaire et faire des recherches discrètes. Elle ne pense pas que nous devrions déménager le quartier général : cela aurait pour conséquence de nous faire remarquer.

- Je pense qu'elle préfèrerait nous enfermer tous dans cette grotte en attendant le tueur, plutôt que devoir nous enfuir devant une tentative d'intimidation aussi évidente ! commenta Feylan.

- Bref ! fit Hliri en posant un œil noir sur celui qui venait de l'interrompre. En attendant que tout soit clarifié, d'autres familles s'occuperont de nos contrats.

- Allons-nous devoir nous tourner les pouces, pendant ce temps ? demanda Junia, énervée.

- Je le crains. Du moins, certains d'entre nous resteront garder le Sanctuaire. Ba'ruka m'a demandé d'envoyer un équipe à Leyawiin enquêter sur la mort de Marcus. Feylan et Qualda s'en occuperont, accompagnés par Médéric. Vous pouvez vous préparer à partir ! Junia et moi nous relaieront pour surveiller la caverne. ».

Les assassins se dispersèrent. Au moment où il allait partir, Médéric entendit Hliri l'appeler. Elle s'approcha de lui, le regarda droit dans les yeux, puis baissa la tête en soupirant.

« Je suis fatiguée, Médéric : j'ai fait deux fois l'aller-retour jusqu'à Anvil, j'ai découvert Marcus mort et j'ai du supporter la mauvaise humeur de Ba'ruka qui n'a pas apprécié que je la réveille en pleine nuit. A présent, j'ai encore une mauvaise nouvelle à annoncer, alors, s'il te plait, évite de t'énerver, d'accord ?

- Hum, je crains le pire ! répondit le brétonnien.

- Je ne t'envoie pas dans le Sud pour enquêter avec Qualda et Feylan. Je t'envoie pour y compléter ta formation.

- Quoi ? s'exclama Médéric. Mais… mon apprentissage est terminé !

- J'en ai longtemps parlé avec Ba'ruka et elle est d'accord avec moi : tu as beau être un assassin professionnel, ton problème avec la lumière et ta faible constitution te rendent trop vulnérable.

- Junia n'est pas plus forte que moi, mais on la considère pourtant comme une tueuse à part entière ! Et je sais qu'on a déjà engagé des vampires dans la Confrérie. Ils détestent la lumière encore plus que moi ! s'indigna-t-il.

- Je te l'accorde, mais pourras-tu continuer longtemps avec de tels handicaps ? Non. C'est pourquoi Ba'ruka a pris contact avec une amie qui travaille au château de Leyawiin. Elle t'y apprendra les bases de la magie.

- La magie ? Mais à quoi veux-tu que ça me serve ?

- Nous aurons un deuxième sorcier dans la famille, ce qui s'avèrera précieux. Et puis, cela pourra t'aider à te sortir de situations délicates, comme… disons, deux gros bras qui te capturent et s'apprêtent à t'envoyer couler dans le lac Rumare ?

- Junia… Elle ne peut pas se retenir de bavarder !

- Ton professeur se nomme Tsavi. C'est une khajiite. Elle ne connaît rien des activités secrètes de Ba'ruka, alors pas de gaffe ! Elle t'enseignera les bases de la magie. Notre Annonciatrice t'a laissé une lettre avec tous les détails dont tu as besoin. Sois attentif et tiens-toi correctement ! le prévint Hliri en lui tendant une enveloppe.

- A t'entendre, on dirait que je me conduis comme un sauvage ! ».

La dunmer lui adressa un regard lourd de sous-entendus.

Feylan, Qualda et Médéric partirent au galop, à la nuit tombée, en direction du Sud-est de Cyrodiil. Le bréton était de mauvaise humeur. Il avait l'impression d'être mis à l'écart. Tandis que ses compagnons iraient à la poursuite de l'assassin de Marcus, lui resterait à étudier ses leçons de sorcellerie ! Il n'avait même pas ouvert la lettre de Ba'ruka qu'on lui avait remise avant son départ. C'est à peine s'il desserra les lèvres durant le trajet. Le bosmer et la nordique, quant à eux, discutaient la plupart du temps des récents évènements. Feylan déplorait la mort de Marcus, mais il ne se souciait pas outre mesure de ou des éventuels responsables. A ses yeux, il ne s'agissait que d'une vaine tentative pour impressionner les assassins. La Confrérie aurait tôt fait de trouver le coupable et de lui faire comprendre ce qu'il en coûte de s'attaquer à elle. Qualda était plus alarmiste. Pour elle, seule une organisation puissante et bien menée pourrait avoir l'audace de narguer les assassins de cette manière. Il fallait s'attendre à d'autres attaques. Médéric ne savait pas quoi penser. Le simple fait de revoir dans son esprit la tête séparée du corps de Marcus lui nouait l'estomac. Il préféra se concentrer sur leur voyage. Ils suivirent la Route Noire qui partait de Chorrol, traversant la Grande Forêt, puis contournèrent le lac Rumare et la cité impériale, avant de prendre la Route Verte menant à Bravil et Leyawiin. Le trajet fut long et dangereux, avec des attaques de bandits et d'animaux sauvages. Le trio voyageait de nuit et se reposait le jour dans divers villages et auberges. Lors d'une halte, Médéric remarqua enfin l'étrange bagage de Feylan : un petit tonneau de bois cerclé de fer, soigneusement fermé. Une fois à côté, on pouvait sentir une puissante odeur de vinaigre en émaner. Interrogé à ce propos, Feylan répondit que le contenu lui permettrait peut-être de suivre une piste, si jamais leurs recherches s'avéraient infructueuses…

Trois nuits plus tard, ils abordèrent le Bois Noir, la région la plus au Sud de Cyrodiil, comprise sur une bande de terre entre Elsweyr et le Marais Noir. La contrée était majoritairement marécageuse : entre les hauts arbres, aux troncs colonisés par les champignons, miroitaient des plans d'eau stagnante bordés de joncs, sur les terres boueuses poussaient toutes les plantes amatrices d'humidité, dans l'air chaud flottait l'odeur doucereuse de l'humus et d'une nature presque inaltérée. Fasciné, le bosmer se laissa aller à un commentaire appréciateur :

« Chaque fois que je passe dans cette région, je ne peux m'empêcher d'en contempler la beauté sauvage ! Savez-vous que c'est dans le Bois Noir que l'on trouve le plus grand nombre d'espèces médicinales de la flore de Cyrodiil ? Comme si, dans son immense bonté, mère Nature nous donnait là l'occasion de comprendre son…

- Mère Nature me fait l'effet d'être une vraie garce ! le coupa Médéric, aux prises avec un essaim de moustiques. Leyawiin est encore loin ?

- Plus beaucoup, répondit Qualda. La route est pratiquement en ligne droite jusqu'à la ville. On devrait pouvoir arriver avant l'aube.

- Est-ce qu'on peut se dépêcher ? demanda le brétonnien. Je n'ai pas envie d'être dehors quand le soleil sera levé.

- Ne t'en fais pas ! D'ici quelques heures, tu pourras te cacher dans la première cave humide que tu verras ! », plaisanta la nordique en éperonnant son cheval.

Les trois compagnons galopèrent pendant encore trois longues heures avant d'arriver aux portes de la cité. Leyawiin se situait en bord de mer. Si l'atmosphère y était aussi chaude que dans les marais, le vent salé venait cependant agréablement rafraîchir les rues. Les maisons étaient hautes et peintes de couleurs vives, ce qui ne cachait guère les dégradations causées par l'humidité ambiante. Ils se séparèrent devant l'auberge des Trois Sœurs. Feylan et Qualda partirent à la recherche d'informations, tandis que Médéric entrait dans l'établissement pour y louer une chambre.

Au rez-de-chaussée se trouvaient deux petites salles adjacentes, meublées avec goût, mais sombres, et cachant difficilement les murs attaqués par l'humidité. Médéric se dirigea vers le comptoir. Une khajiite en robe verte se leva d'une table et vint l'accoster. Elle était entre deux âges et sa démarche était digne.

« Pardonnez-moi… seriez-vous Médéric, de Chorrol ?

- Heu, oui en effet, répondit le jeune homme avant de réaliser à qui il avait affaire. Vous êtes Tsavi, n'est-ce pas ?

- C'est bien moi ! dit-elle avec un grand sourire. Je vous ai reconnu tout de suite, grâce à la description de Ba'ruka. Venez voir, les filles ! Voici mon nouvel apprenti ! ».

Les tenancières de l'auberge, trois sœurs khajiites elles aussi, entourèrent le bréton. Elles parlèrent toutes en même temps, lui prenant ses affaires de voyages, lui apportant une assiette remplie de victuailles, le poussant vers la table de Tsavi… Cette dernière était aussi bavarde que ses trois amies. Médéric se souvint soudainement de la lettre de Ba'ruka. Tsavi ne connaissait pas ses activités secrètes. L'Annonciatrice avait du lui raconter une certaine version des faits… que le jeune assassin ne connaissait pas, puisqu'il avait oublié de lire les recommandations de sa supérieure ! Il se retrouva comme un acteur qui jouerait dans une pièce dont il ne connaissait ni le texte, ni l'histoire ! Heureusement, la magicienne parlait plus d'elle qu'elle ne posait de questions. Tsavi était l'enchanteresse du comte et de la comtesse de Leyawiin. Hélas ! Cette dernière était une femme xénophobe reconnue. Elle haïssait les argoniens, les elfes noirs et les khajiits (autant dire la majeure partie de la population de sa ville !). Récemment, elle avait pris un ascendant considérable sur son époux et l'obligeait à obéir à ses moindres caprices. Ainsi, Tsavi avait été poliment encouragée à quitter son logement au château pour s'installer en ville. Des lois abusives étaient promulguées toutes les semaines, visant les « races inférieures » dont la comtesse ne pouvait plus supporter la présence.

« Mais assez parlé de moi ! dit la khajiite. Ba'ruka m'a posée des conditions étranges pour une simple formation basique : elle veut que je vous enseigne la magie uniquement après le coucher du soleil ! Je me demande pourquoi…

- C'est un peu compliqué… se contenta de répondre Médéric.

- Ah, je vois ! sembla réaliser Tsavi. Elle ne veut pas que cela se sache. La guilde des mages a préféré… disons, vous éloigner un moment ? C'est bien ça ?

- Vous n'avez pas tort… répondit-il (une phrase assez imprécise pour lui permettre de continuer à improviser sans trop s'avancer).

- Ah la la ! La guilde a toujours été trop dure avec les apprentis maladroits. Je suis sûre que les mages oublieront bien vite votre petit accident et vous réintègreront. D'ici là, je veux bien continuer à assurer votre formation. », dit Tsavi en lui tapotant la main.

Médéric était soulagé. Il s'en était plutôt bien sorti. Il aurait juste aimé savoir pourquoi les trois sœurs s'étaient mises à pouffer en entendant Tsavi parler de « petit accident ».

Qualda venait d'examiner les traces de sabots à l'extérieur de Leyawiin. Aucun indice ne permettait de dire lesquelles étaient celles du cheval de Marcus. Dépitée, elle retourna voir son compagnon de route. Feylan avait interrogé les passants sur la dernière cible de Marcus. Lerexus Callidus était un capitaine de la garde qui avait fait la chasse aux trafiquants de skouma de son vivant. Il avait été retrouvé mort, il y a une semaine, le cœur transpercé dans sa propre maison. L'enquête n'avait pas donné de résultats, mais on avait aperçu un homme aux cheveux rasés s'enfuir de la ville, peu après l'heure présumée de la mort du capitaine Callidus. Les gardes ne se montrèrent pas très loquaces. Qualda, en mettant en avant son charme féminin, pu tout de même leur soutirer l'adresse de la victime. Les deux assassins allèrent examiner les lieux. La maison était encore gardée, mais l'elfe trouva une fenêtre qui lui donnait une bonne vision de l'intérieur. Sur le plancher de bois, une silhouette tracée à la craie blanche situait l'endroit où le corps avait été retrouvé. Quelques taches d'hémoglobine séchée parsemaient le sol. Après une minute d'examen, Feylan revint vers Qualda.

« J'ai vu plus d'une fois Marcus à l'œuvre. Je trouve qu'il y a peu de sang, connaissant sa manière de tuer.

- Tu penses que quelqu'un d'autre s'est occupé de la cible à sa place ? demanda Qualda.

- Ce n'est pas à exclure, mais rien ne le prouve non plus. J'irais bien voir de plus près…

- Avec ces gardes, ce n'est pas la peine ! Que fait-on ?

- J'ai bien une solution d'urgence. Elle est tirée par les cheveux, mais elle peut marcher. Allons à la guilde des mages ! ».

Le bâtiment de la guilde était reconnaissable, avec ses bannières vertes et son vitrail central. Qualda et Feylan y entrèrent. Le bosmer avait entendu dire qu'un médium très doué y vivait. Il s'agissait de la responsable de ce chapitre de la guilde, Dagail, une vieille femme aux longs cheveux blancs qui gardait en permanence une main fermée sur une amulette à son cou. La magicienne disait entendre les voix des morts lui chuchoter à l'oreille. Feylan lui demanda si elle pouvait écouter un de ses amis, disparu il y a peu.

« Hélas ! Je ne peux pas choisir avec quelle âme je veux communiquer ! expliqua-t-elle. Ils me parlent tous sans que je n'y puisse rien faire. Croyez-moi, être médium est plus une nuisance qu'un don !

- Ne peut-on trouver un moyen pour le contacter lui, en particulier ? demanda Feylan. Je sais que la nécromancie est interdite, mais…

- La nécromancie n'a rien à voir là-dedans ! se récria Dagail. Sauf si vous tenez à ce que votre ami devienne un zombie sans cervelle ! Il existe bien un moyen d'entrer en contact avec son âme, mais… vous ne pourrez pas lui parler. Juste connaître ses derniers souvenirs. Je ne sais pas si cela vous conviendra.

- Nous n'en demandons pas plus ! dit Qualda.

- Alors, ce n'est pas aux mages qu'il faut vous adresser ! Ni aux prêtres ou aux nécromanciens. La seule puissance capable de ramener les réminiscences des morts, c'est Méridia ! ».

Méridia, un des seize seigneurs daedriques, maîtresse des flux de la force vitale à travers le monde. Dagail avait parlé d'un mage rougegarde nommé Démétrius, un de ses anciens élèves, médium lui aussi, passionné par le mystère de la Vie. Voyant que la voie des magiciens ne lui permettrait pas d'y trouver une réponse, il avait quitté la guilde pour rejoindre les fidèles de Méridia. Aux dernières nouvelles, il vivait encore en ermite près de leur sanctuaire. Lui saurait certainement invoquer les pouvoirs de la dame daedra pour rappeler de l'au-delà les souvenirs de Marcus. La vieille femme chercha dans l'impressionnante collection de livres de sa guilde et trouva une carte des emplacements des lieux de culte daedrique. Celui de Méridia se trouvait dans le Weald occidental, à l'Ouest de Skingrad.

Feylan et Qualda repartirent aussitôt après avoir remercié Dagail. Une fois Leyawiin laissée derrière eux, la nordique demanda :

« Il y a bien ce que je pense dans ce tonnelet que tu transporte depuis notre départ ?

- Oui, répondit simplement Feylan.

- Alors, tu avais prévu qu'on ferait chou blanc dès le départ ! Mais je reste sceptique. Faire appel à un seigneur daedra…

- Ne sous-estime pas les maîtres d'Oblivion ! la prévint l'elfe. Avant que je n'entre dans la Confrérie… enfin, bon ! Continuons ! Nous atteindrons Bravil ce soir. ».

Qualda leva un sourcil interrogateur, mais Feylan ne semblait plus avoir envie de parler. Comme il l'avait prévu, les deux assassins arrivèrent à Bravil au coucher du soleil. C'était une ville construite presque exclusivement en bois. Les bâtiments carrés disposaient tous d'un ou deux étages, souvent reliés par des passerelles. En général, les différents niveaux d'une maison appartenaient à plusieurs personnes. Les rues étaient larges, mais le sol de terre battue donnait tout de même l'impression d'une cité très pauvre. Qualda mena le bosmer à l'auberge où elle avait élu domicile lors de sa dernière mission. Plusieurs passants la reconnurent et la saluèrent. Aucun ne se doutait de sa véritable profession. Atredargent-sur-berge était le nom singulier du petit établissement qui avait hébergé la nordique pendant son séjour. Le tenancier, un haut elfe appelé Gilgondorin, l'accueillit chaleureusement. Il servit aux deux voyageurs son plat du jour. Feylan et Qualda se concertèrent sur l'itinéraire le plus sûr pour la suite du trajet. Un nordique saoûl s'approcha d'eux.

« Hé ! Hé, toi, la belle blonde ! ».

Qualda ne daigna pas lever la tête de la carte qu'elle examinait. Loin de se décourager devant tant d'indifférence, l'homme tira une chaise et s'assit à la table des assassins.

« Je te parle ! grogna-t-il en tapant sur l'épaule de la nordique. Tu pourrais répondre !

- Ecoutez, nous sommes en train de manger… commença Feylan.

- Toi, le bosmer, retourne manger des racines dans ta forêt ! ».

Feylan eut un sourire affable. Le même petit sourire doux et aimable qu'il adressait à ses victimes avant de les tuer. Qualda lui fit signe qu'elle s'en occupait. Elle se tourna vers le nordique et le regarda droit dans les yeux.

« Excuse-moi, j'avais la tête ailleurs. Que puis-je pour toi, beau ténébreux ? demanda-t-elle d'une voix enjôleuse.

- Hé hé ! Bien des choses, ma jolie ! répondit-il avec un rire gras. Qu'est-ce qu'une beauté comme toi fait dans ce rade ?

- Je suis une voyageuse en quête du bien le plus précieux au monde…

- C'est quoi ? demanda le nordique.

- Mais… l'amour, bien entendu ! répondit Qualda avec un rire cristallin. Je cherche l'homme qui saura conquérir mon cœur.

- Ho ho ! Et à quoi peut ressembler un tel homme ?

- Il est grand…

- Je mesure deux mètres ! fit le nordique en se levant.

- … costaud…

- Regarde ces muscles ! dit-il en montrant ses biceps.

- … courageux…

- J'ai vaincu toute une tribu de gobelins à moi seul !

- … et je me demande, toi qui a l'air d'avoir donné du plaisir à beaucoup d'hommes, si tu n'en connais pas un qui en vaut la peine. ».

Le nordique resta muet un instant, avant de réaliser qu'il venait d'être insulté. Son visage se tordit dans un rictus rageur, tandis qu'il sortait un coutelas de sa ceinture. Un garde impérial, venu boire tranquillement après son service, se leva rapidement et désarma l'ivrogne. L'homme tenta de résister. Son adversaire lui décocha un direct de son poing gantelé d'acier en pleine face. Le nordique s'effondra et le garde et Gilgondorin l'emmenèrent à l'extérieur. Feylan éclata de rire.

« C'est ce stratagème qui m'a valu une invitation au sein de la Confrérie ! », lui souffla Qualda.

Pendant ce temps, Médéric se morfondait à Leyawiin. Pour payer sa chambre à l'auberge des Trois Sœurs, il devait les aider en cuisine. Heureusement, elles n'avaient pas vu d'objection à ce qu'il travaille avec les bougies éteintes et les volets à peine entrebâillés. Tout en faisant la vaisselle, il ressassait sa rancœur à l'encontre de Ba'ruka et Hliri. Une fois seul, il avait pu enfin lire les recommandations de l'Annonciatrice.

« Médéric, je t'envoie chez une vieille amie qui n'a rien à voir avec la Confrérie Noire. Je compte sur ta discrétion pour qu'elle ne se doute jamais de l'implication de notre organisation ! Sois attentif à ses leçons, car je veillerai personnellement à voir tes nouveaux talents magiques à ton retour. Veille cependant à n'apprendre que les bases suffisantes pour te permettre de continuer ta formation tout seul ! Moins de temps tu passeras à Leyawiin, plus nous éviterons de te faire remarquer.

Pour ce qui est de Tsavi, tu verras qu'elle est très bavarde, mais aussi très naïve. Si elle te pose des questions, je ne doute pas que tu sauras inventer un mensonge plausible. Tu étais très doué pour ça, étant jeune, quand il s'agissait de ne pas t'entraîner. Lorsque tu estimeras en savoir assez sur la magie, ouvre la seconde enveloppe que j'ai glissée dans la première !

Que la Mère de la Nuit veille sur toi. ».

Après lecture, il avait brûlé le papier dans la cheminée pour plus de sécurité. Le soir arriva bien vite. Tsavi revint à l'auberge, où elle avait élu domicile après son expulsion du château. La magicienne avait l'air sombre. Travailler pour la comtesse ne devait pas être une tâche de tout repos ! Elle emmena Médéric à la cave pour son premier cours. Un tapis moelleux et des coussins avaient été installés par terre. Tsavi s'y assit en tailleur et invita son élève à faire de même. Avant de commencer, Médéric posa la question qui lui trottait dans la tête.

« Combien de temps il vous a fallu pour apprendre la magie ?

- Et bien, la magie est une voie où même l'archimage de la guilde continue à apprendre des choses ! dit la khajiite en lui souriant. Mais pour ce qui est des rudiments de base, j'ai du étudier pendant au moins trois mois.

- C'est long ! ne pu s'empêcher de dire le jeune homme. Oh, pardon !

- Ce n'est rien ! le rassura son professeur. Ba'ruka m'a dit que vous n'aviez pas beaucoup de temps, alors je vais vous faire une formation accélérée. Comme vous êtes un bréton, vous avez une prédisposition naturelle pour la magie. Cela devrait grandement vous faciliter les choses. Je crois que d'ici une semaine, en travaillant dur, même la guilde vous acceptera tout de suite comme novice ! ».

Qualda et Feylan quittèrent Bravil au petit jour. Ils avaient établi un itinéraire qui leur garantirait des risques minimum et une discrétion maximale. Les deux compagnons passèrent un jour et demi à cheval avant de découvrir, caché entre les arbres et les rochers, le sanctuaire de Méridia. Comme tous les lieux de culte daedriques, il ne s'agissait que d'une statue de la divinité, perdue au milieu de la nature. Quelques adorateurs venaient y prier régulièrement et un prêtre y vivait en permanence. Entre de gros rochers et des massifs fleuris, Méridia s'élevait sur un socle de pierre blanche. La statue la représentait comme une belle femme, habillée d'une tunique dévoilant ses jambes nues, les deux mains jointes devant elle. Les deux assassins restèrent quelques secondes immobiles à la contempler. Un brétonnien s'approcha d'eux. Ce devait être le prêtre.

« Que la bénédiction de Méridia vous accompagne ! dit-il. Que puis-je pour vous ?

- Nous cherchons un certains Démétrius, répondit Feylan.

- Que lui voulez-vous ? demanda le prêtre sur la défensive.

- Simplement lui parler ! On nous a dit que c'était un médium extraordinaire. Nous avons désespérément besoin de ses services.

- Vous n'êtes pas venu au bon moment ! Démétrius est parti à la recherche de la légendaire Abagarlas. C'est une très ancienne cité ayléide, construite sur un sanctuaire oublié de Méridia. D'après lui, c'est notre daedra elle-même qui lui aurait indiqué son emplacement en rêve. Il n'est pas revenu depuis. Cela fait maintenant deux semaines.

- Vous a-t-il dit où se trouvait cette ville ayléide ?

- Elle serait ensevelie quelque part sur l'île de la cité impériale, du côté de la prison. Une grotte en autorise l'accès. ».

Qualda et Feylan remercièrent le prêtre et laissèrent une offrande aux pieds de Méridia. Ils montèrent leurs chevaux et s'en allèrent, plein Nord-est, en direction de la capitale.

« Je persiste à dire que ton plan est des plus hasardeux ! dit la nordique à l'elfe.

- Sans doute, admit-il, mais si ça marche, nous aurons enfin le cœur net sur la mort de Marcus.

- Je l'espère ! Si tu m'as obligée à courir la campagne pour rien, je te jure, par Sithis, que je te botterai le train jusqu'au quartier général ! ».

A Leyawiin, Médéric avait fini par prendre son mal en patience. Le premier cours de Tsavi avait commencé par quelques heures de méditation, afin de ressentir la force magique qui baignait le monde. Il fut surpris de la rapidité à laquelle il y parvint. En fait, c'était une sensation qu'il avait souvent expérimentée, en particulier lorsque Junia faisait de la magie en sa présence. Il savait qu'on disait que les brétons avaient une affinité particulière avec la sorcellerie, mais il pensait jusque là que ce n'était qu'un cliché. A présent, il pouvait sentir les flux magiques tout autour de lui. Tsavi avait été très contente, lui avouant qu'il lui avait fallu plusieurs semaines avant d'arriver à les percevoir elle-même. Ensuite, ils avaient pratiqués des exercices simples destinés à influer sur cette énergie. L'impression était difficilement descriptible pour Médéric. C'était comme donner forme à une matière impalpable, par la pensée, les gestes et la parole. A la fin de la leçon, le jeune homme avait appris à accumuler l'énergie, à la disperser et à la diriger. Il était encore loin de pouvoir lancer des boules de feu ou d'invoquer un atronach, mais il se surprit à prendre du plaisir à manipuler la magie. Cela lui était naturel, comme s'il pratiquait une activité qu'il avait délaissée longtemps avant.

« Je suis toujours aussi impressionnée par ceux qui ont la magie dans le sang ! s'exclama Tsavi. Je fréquentais des altmers pendant mon apprentissage et eux aussi avaient l'air de tout maîtriser tout de suite.

- Oh… je ne fais que suivre vos indications, dit Médéric en rougissant.

- Allons, pas de fausse modestie ! Vous manquez encore un peu de pratique, mais d'ici un jour ou deux, nous pourrons commencer à vous apprendre les sortilèges de base.

- Ah ? fit le bréton, intéressé. Comme faire apparaître des choses ?

- Non ! L'invocation est un des arts les plus compliqués de la magie. Nous commencerons par un domaine plus simple : la magie de guérison ! ».

Médéric se rembrunit. Un assassin guérisseur, voilà ce qu'il allait devenir ! Il se voyait déjà en train de montrer à Ba'ruka comment il serait bientôt capable de soigner ses victimes après les avoir tuées. Marcus aurait été mort de rire… s'il n'était pas déjà mort décapité !

Deux jours plus tard, les deux assassins arrivèrent à la cité impériale. Ils contournèrent l'île par le Nord en suivant la route circulaire encerclant le lac Rumare. Enfin, ils aperçurent une grotte à l'endroit indiqué par le prêtre de Méridia. Ils traversèrent à gué. La caverne n'était pas très loin du lac, juste à côté d'un tunnel scellé menant aux égouts de la prison. Feylan entra le premier, à pas de loup, le mystérieux tonnelet passé en bandouillère, suivi de Qualda, tout aussi silencieuse. La grotte était inhabitée. La traverser leur prit du temps : ils durent descendre une fosse profonde grâce à des éboulis et explorer une série de couloirs rocheux qui constituaient un petit labyrinthe. Après avoir vérifié tous les passages possibles, ils aboutirent à un cul-de-sac.

« Nous voilà bien avancés ! », soupira Feylan.

Soudain, le bruit du frottement de la pierre contre la pierre se fit entendre. Un rocher coulissa sans aide visible et dévoila un nouveau tunnel. L'elfe regarda la nordique, qui lui rendit son expression interrogatrice. Ils s'avancèrent prudemment. Le souterrain descendit. Au bout de quelques mètres, le sol était inondé. En sortant du couloir rocheux, les assassins découvrirent un lac souterrain. Il était peu profond, ce qui leur permit de continuer à avancer. Des barques coulées, des pontons démolis et quelques ruines de pierre, c'était tout ce qu'il restait de la civilisation qui avait autrefois vécu ici. Enfin, derrière une cascade, la porte d'Abagarlas leur apparut. L'imposant bloc de marbre qui bouchait l'entrée gisait à présent sous quelques centimètres d'eau, apparemment brisé à la pioche et au marteau. L'œuvre semblait récente. Feylan fit signe à Qualda de rester prudente. Il encocha une flèche à son arc, tandis que sa compagne s'équipait d'une masse d'arme. L'intérieur d'Abagarlas reflétait encore l'ancienne gloire des ayléides, malgré la décrépitude. Ils se glissèrent à travers les couloirs de pierre blanche sans rencontrer âme qui vive. Une voix ténue s'éleva. Les deux assassins s'approchèrent de son origine. Dans une salle au haut plafond, ornée de deux rangées de colonnes, avec un trône au milieu, quatre personnages (deux orques et deux nordiques) entouraient un cinquième. Ce dernier, recroquevillé par terre, était dans un sale état, ses vêtements en lambeaux et les marques sur son visage indiquant qu'on l'avait passé à tabac.

« Pour la dernière fois, rougegarde, que fais-tu ici ? tonna un des orques.

- Je ne suis qu'un simple pèlerin ! balbutia Démétrius. Ces ruines sont un ancien lieu sacré…

- Tu mens ! accusa un nordique en lui donnant un coup de pied. Tu as du venir dans ce trou pour la même raison que nous : trouver des trésors ! Alors, où est ton butin ?

- Je n'ai rien ! », s'écria le fidèle de Méridia avant de recevoir un autre coup.

Qualda désigna les deux orques, puis pointa Feylan du doigt. L'elfe hocha la tête et banda son arc, tandis que la guerrière se glissait discrètement vers les nordiques.

Médéric progressait à une vitesse stupéfiante. La magie le passionnait de plus en plus à chaque leçon. La nuit, il lisait tard les livres que lui avait prêtés son professeur. Il passait souvent des heures à discuter avec Tsavi, après les cours. Cette dernière était ravie de partager son savoir. Le travail au château était toujours plus pénible pour elle : à présent, khajiits et argoniens s'étaient vus interdire l'accès aux zones fréquentées par la comtesse. Un elfe noir avait même été expulsé de la ville pour l'avoir critiquée trop ouvertement dans un bar. L'assassin ne s'intéressait guère aux problèmes de Leyawiin. Il était trop enthousiasmé par sa formation accélérée pour y faire attention. Il était passé aux sortilèges simples qu'apprennent tous les novices. Il avait essayé un sort de guérison sur un bouquet fané : les fleurs avaient retrouvé toute leur vivacité. Un enchantement sur lui-même lui avait permis, pendant quelques secondes, de saisir à main nue une poignée de braises rouges. Leurs mécanismes étaient les plus faciles à assimiler et se retrouvaient dans beaucoup d'autres sortilèges, ce que Tsavi considérait comme le minimum à savoir si l'on veut faire de la magie correctement. A présent, elle lui apprenait à utiliser sa propre énergie vitale pour la transmettre à autrui.

« Je ne comprends pas : pourquoi drainer mes forces alors que je peux en puiser dans la magie environnante ?

- C'est seulement pour vous enseigner le transfert, lui expliqua la magicienne. On peut choisir, une fois plus expérimenté, ce que l'on veut offrir à l'autre : une partie de sa force physique, de son énergie magique, de sa résistance…

- Est-ce que ça marche dans les deux sens ? demanda soudain Médéric. Je veux dire… est-ce que je peux, moi, absorber l'énergie de quelqu'un ?

- Oui, c'est possible, soupira Tsavi, et c'est même un des rares sortilèges offensifs de la magie de guérison. Mieux vaut le laisser de côté pour l'instant. Aucun apprenti n'a besoin de connaître un sort de vampirisme ! ».

Le jeune homme garda l'information dans son esprit et se concentra à nouveau sur les exercices que lui imposait la magicienne. Il se promit d'essayer ce sortilège d'absorption une fois seul.

Les quatre bandits entouraient toujours Démétrius. Ils se demandaient ce qu'ils allaient faire du rougegarde. Qualda se déplaça furtivement derrière les colonnes. Elle se retrouva juste derrière les nordiques. Ils parlaient de tuer le médium et de cacher son corps dans les ruines. La guerrière raffermit sa prise sur sa masse d'arme. Elle sortit d'entre les colonnes et asséna un coup puissant dans les reins du premier bandit. Elle se tourna vers le second nordique et visa la tête, alors que son compère tombait à terre en hurlant. Les orques tirèrent leurs épées. Le plus proche de Qualda reçut trois flèches, dans la jambe droite et le ventre. Le second entreprit de courir vers l'archer en s'abritant de colonne en colonne. Feylan le rata de peu alors qu'il était à découvert. Pendant ce temps, Qualda devait se défendre contre le deuxième nordique, qui avait paré son coup, tout en sachant que le premier était en train de se relever. Elle écarta son adversaire d'un coup de pied au thorax et fit volte-face. Le bandit touché au rein était à peine de retour sur ses jambes que Qualda lui défonça le crâne. L'elfe des bois avait réussi à blesser le dernier orque à l'avant-bras, mais cela ne l'empêchait pas de poursuivre sa course vers lui. Soudain, venu de sa gauche, un cinquième larron que personne n'avait vu se jeta sur Feylan. C'était un impérial colossal qui renversa le bosmer. Une fois à terre, il entreprit de l'étrangler. L'elfe essaya d'atteindre son arme de secours, un glaive qu'il portait au flanc. Le poids de son agresseur l'en empêchait. Il agrippa la première chose qu'il sentit sous sa main en tâtonnant, une pierre de la taille du poing, et frappa l'impérial avec. Il relâcha en criant son étreinte pour porter ses doigts à son visage ensanglanté. Feylan en profita pour dégainer son épée et la lui passa en travers du corps. Sa collègue frappait sans relâche le bouclier levé de son adversaire. Elle avait réussi à le désarmer : le poids de sa masse avait brisé le fer de l'épée du nordique. Celui-ci eut une réaction qui surprit Qualda : il envoya son écu au loin et attrapa à mains nues les poignets de la guerrière. Sa seule force physique la tint en respect un instant. Elle pencha sa tête en arrière, puis l'envoya violemment en avant, percutant le nordique en pleine face. Sonné, il ne relâcha pourtant pas sa prise. Un deuxième coup de tête lui cassa le nez. Un troisième suivit de près. Il tomba à la renverse, assommé. Qualda l'acheva sans scrupules. Feylan, quant à lui, parait et esquivait difficilement la lame de son ennemi. Il n'avait jamais été à l'aise avec une épée entre les mains et ne recourait à cette arme que s'il y était obligé. La force de l'orque lui était largement supérieure et, sans aide, il ne tarderait pas à succomber sous ses coups. Un renfort inattendu lui fut accordé, lorsque Démétrius planta l'épée d'un de ses tortionnaires dans le dos du dernier bandit vivant. La frénésie du combat retomba. Le médium rougegarde pointait tour à tour son épée vers l'elfe et la nordique, haletant, ne sachant pas s'ils étaient venus pour l'aider ou pour l'achever. Il finit par demander :

« Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ?

- Calmez-vous ! ordonna Feylan. Vous êtes bien Démétrius ? Nous étions à votre recherche.

- Pourquoi ? demanda-t-il, suspicieux.

- C'est une longue histoire, dit Qualda. Vous ne voulez pas vous asseoir ? Mon ami vous expliquera et j'en profiterai pour soigner vos blessures. ».

C'est ce qu'ils firent. Feylan prétendit vouloir apprendre qui avait assassiné son ami. Démétrius lui assura qu'il pouvait l'aider.

« Les âmes partent de ce monde pour le royaume éthéré, mais elles laissent des traces. Les flux d'énergies vitales gardent le souvenir de nos actions, plus particulièrement avant de mourir de façon violente, car c'est souvent le moment le plus intense d'une vie. Avec l'aide de Méridia, je peux retrouver ces souvenirs. Mais pour cela, il me faut plusieurs choses…

- Quelles sont-elles ?

- Des fournitures magiques habituelles (bougies, cristaux, encens, produits alchimiques…), du temps pour les préparer, et par-dessus tout, un objet très personnel de votre ami décédé.

- Personnel à quel point ? demanda Feylan.

- Plus il y était attaché et plus la tâche me sera facile.

- Oui… fit l'elfe pensivement. Je crois qu'il y tenait beaucoup. ».

L'assassin prit le petit tonneau dont il ne s'était pas séparé depuis son départ de Chorrol. Il l'ouvrit. Une odeur âcre de vinaigre se répandit, à laquelle une autre fragrance se mêlait, plus désagréable. Le bosmer plongea ses mains dans le cylindre de bois. Il en sortit la tête conservée de Marcus et la posa devant lui. Démétrius ne sembla pas choqué. Il hocha même le menton d'un air appréciateur. Feylan demanda à Qualda de se rendre à la capitale acheter ce dont le médium avait besoin. Elle revint deux heures plus tard. Le rougegarde avait tracé un pentacle complexe sur le sol. Il disposa les objets ramenés par la nordique. Cette dernière jeta un regard vers son collègue, comme pour lui demander s'il croyait vraiment que ça marcherait. Finalement, le fidèle de Méridia posa la tête tranchée au centre du cercle ésotérique et demanda aux deux assassins de se placer avec lui en triangle autour d'elle. Démétrius entonna une longue litanie à Méridia. La pièce sembla soudain palpiter, alors que des flashes de lumières de plus en plus forts se produisaient. Puis le monde devint blanc.

Marcus chevauchait auprès de Junia et Qualda. Il ne pensait guère à sa mission à Leyawiin. La compagnie de deux belles femmes lui accaparait l'esprit. Junia Rosa les quitta près de la cité impériale. Bon débarras ! Il n'aimait pas son caractère changeant. Seul avec Qualda, il lui proposa, une fois qu'ils seraient à Bravil, de passer une nuit avec elle. Ils l'avaient déjà fait, une ou deux fois, et la nordique semblait apprécier les performances de Marcus. Cependant, elle refusa, arguant du fait qu'elle ne voulait pas être distraite de sa mission. Vexé, il s'enferma dans le silence jusqu'à ce qu'elle le quitte aux portes de Bravil.

Un flash illumina la scène.

Il se trouvait maintenant à Leyawiin, en train de filer sa cible. La plupart du temps, il patrouillait avec ses hommes dans les rues ou aux abords de la ville. Cela ne lui laissait aucun moment pour l'assassiner tranquillement. Un autre détail le chiffonnait : il avait la curieuse impression qu'on le surveillait. A plusieurs reprises, il s'était retourné pour voir que personne ne se tenait derrière son dos. Il finit par mettre de côté ses soupçons pour se consacrer à sa future victime.

A nouveau, la lumière aveuglante jaillit.

La porte arrière de la maison n'était pas fermée à clé. Une chance ! Callidus vivait seul. L'assassin n'aurait pas à éliminer de témoins gênants. A l'intérieur, cependant, l'attendait déjà un cadavre. Abasourdi, il examina le corps de plus prêt. Un seul coup porté, mais un coup fatal. Le tueur était un professionnel. Il réfléchit à toute vitesse. La première chose à faire était de quitter la ville sans plus attendre. Il s'en retourna dehors. Pendant une fraction de seconde, il crut apercevoir le pan d'une cape noire disparaître derrière un mur. Il courut vérifier. Personne…

La scène devint blanche encore une fois.

Il en était certain, à présent : on le poursuivait. Il éperonna son cheval pour la énième fois, mais la monture ne pouvait pas aller plus vite. Marcus regarda derrière lui. Il aperçut son traqueur pour la première fois, au loin, sur la route. Tout juste une silhouette noire chevauchant une bête de la même couleur. Elle se rapprochait de plus en plus. Une fois à distance suffisante, il vit son poursuivant se mettre debout, en équilibre sur son cheval au galop, et sortir un arc. L'impérial fit tourner brusquement sa monture vers la campagne. La flèche qui aurait du l'atteindre au dos lui transperça l'épaule. Il tomba à terre. Le poursuivant descendit tranquillement de cheval en tirant son épée. Marcus pouvait voir qu'il portait une cape noire à capuche et qu'un masque rouge lui couvrait tout le visage. L'assassin leva une de ses épées. L'autre la lui arracha de la main d'un revers négligent de sa lame. Puis il la plongea dans le cœur de l'impérial sans défense. Alors que Marcus sentait sa vie le quitter, le tueur sortit une pierre noire de sous sa cape et la posa sur le front de sa victime. Elle s'illumina de rouge. Marcus hurla, tandis que son âme lui était arrachée.

Les souvenirs s'estompèrent. La pièce reprit son apparence normale. Quelque peu décontenancé par cette expérience spéciale, Feylan secoua la tête. Qualda se frottait les yeux, comme au sortir d'un rêve. Démétrius, lui, était choqué par ce qu'il venait de voir.

« Cet homme, votre ami ! Il… il s'apprêtait à commettre un meurtre ! Comment… ».

La nordique se leva. Elle plaqua ses mains sur les tempes du rougegarde et lui tourna brusquement la tête à quatre-vingt-dix degrés. La nuque du médium ne supporta pas la torsion brutale et se brisa. Elle aida Feylan à se relever.

« Nous devons partir immédiatement ! annonça-t-il. Hliri et Ba'ruka doivent être mises au courant. Je m'en occupe. Toi, retourne à Leyawiin ! Si le tueur y rôde toujours, alors Médéric est en danger. ».

Voilà une semaine que Médéric avait commencé sa formation. Grâce à ses efforts et à la compétence de Tsavi, il avait acquis les bases de la magie. Il aurait aimé continuer, mais les ordres de Ba'ruka étaient très clairs. Il ouvrit la deuxième lettre glissée avec les recommandations de l'Annonciatrice, comme il était convenu. Son cœur se serra. Elle contenait un contrat sur la tête de Tsavi. Les jours suivants, il se montra moins concentré, ce dont s'inquiéta son professeur. Un soir, la magicienne retourna à l'auberge, la mine défaite. Les trois sœurs lui demandèrent ce qui n'allait pas. Tsavi venait d'être renvoyée de son poste par la comtesse. Elle déclara qu'elle avait besoin de prendre l'air. Médéric se proposa de l'accompagner, y voyant l'occasion de se retrouver seul avec sa cible. La khajiite accepta. Ils partirent se promener dans le Bois Noir, aux alentours de la ville.

« Vous avez énormément progressé, Médéric ! dit-elle. Je n'aurai bientôt plus rien à vous apprendre.

- Je suis sûr que vous pouvez encore m'enseigner beaucoup de choses, répondit le bréton. Vous êtes une grande magicienne, quoi que puisse en penser la comtesse !

- Vil flatteur ! Comme je vous l'ai déjà dit, un brétonnien est magicien par nature. C'est en lui. Vous pouvez avancer tout seul sur la voie de la magie, désormais. J'ai été très heureuse de pouvoir vous en apprendre les rudiments.

- J'ai une dernière question, cependant. Je n'ai pas très bien compris le transfert d'énergie. Est-ce que vous pouvez me montrer encore une fois ?

- D'accord. Trouvons-nous un endroit tranquille. ».

Ils s'assirent face à face, dans un bosquet à l'écart de la route. Ils se tenaient les mains. Médéric suivit les consignes de Tsavi. Il établit une connexion entre eux. Il commença par puiser dans son énergie vitale pour la transmettre à la magicienne, avant de subtilement inverser le mouvement. La khajiite finit par s'en rendre compte.

« Non, Médéric, ce n'est pas comme ça ! Vous devez faire le contraire ! ».

Concentré sur le transfert, le bréton n'écouta pas. Tsavi essaya de retirer ses mains de celles de Médéric, mais il les serrait fort. Le sortilège ne fonctionnait qu'en contact physique avec la cible.

« Assez ! Que faites-vous ? Est-ce une blague ? Cela ne me fait pas rire ! ».

L'assassin établit une deuxième connexion, puis encore une autre. Il absorbait l'énergie vitale de Tsavi trois fois plus vite. La khajiite se sentait faiblir. Elle se débattit de plus belle.

« Médéric, arrêtez ou je vais devoir utiliser un sort contre vous ! ».

Il entendit la menace. Il lui fallait tuer la magicienne au plus vite, maintenant. Bien qu'il sache que le contrecoup serait énorme, Médéric ouvrit en grand tous les canaux qu'il avait bâti entre lui et Tsavi, absorbant d'un seul coup son énergie vitale en entier. La bouche de la khajiite s'élargit sur un cri muet. Médéric la relâcha lorsque le choc d'un tel transfert le rejeta en arrière. Tsavi gisait dans l'herbe, morte. Médéric était couché près d'elle et se sentait plus vivant que jamais. L'énergie qu'il avait volé à Tsavi lui courait dans le corps, l'électrisait, le secouait de spasmes. Il avait l'impression qu'un millier de cœurs battaient à l'unisson dans sa poitrine. Sa perception était si aiguisée qu'elle en devenait douloureuse. Peu à peu, les sensations redevinrent normales. Il se redressa et regarda le cadavre de la magicienne avec une pointe de remords. Les aubergistes l'avaient vu partir à ses côtés et revenir sans elle serait suspect. Il devait couvrir ses arrières.

Les trois sœurs s'inquiétèrent de ne pas voir rentrer Tsavi et Médéric. L'aînée s'apprêtait à partir à leur recherche, quand le jeune homme entra dans l'auberge, essoufflé et couvert de boue. Les khajiites l'entourèrent.

« Ils… ils nous ont attaqués ! Là-bas, dans la forêt !

- Qui ? demanda la cadette.

- Les gardes ! Ils étaient déguisés en bandits, mais je les ai reconnus ! Ils ont dit que la comtesse ne pouvait plus supporter de savoir Tsavi en vie… oh, par les dieux ! Tsavi !

- Que lui est-il arrivé ?

- Ils l'ont… ils l'ont… tuée ! Ils ont même dit qu'ils allaient exposer sa tête à l'entrée du château pour qu'elle serve d'exemple à ceux qui s'opposent à la comtesse ! ».

La plus vieille des trois sœurs partit vérifier. Médéric ricana sous cape. Se glisser dans l'ombre derrière les gardes pour installer la tête de sa cible avait été un jeu d'enfant pour lui ! Il avait un peu honte de se servir de Tsavi de cette manière, mais il avait l'impression de pouvoir atténuer sa culpabilité en faisant accuser la femme que la magicienne détestait tant. La tenancière revint, un quart d'heure plus tard, horrifiée. Elle ordonna à ses sœurs de seller un cheval pour que Médéric fuie Leyawiin immédiatement. Les gardes n'allaient certainement pas laisser un témoin comme lui vivant ! Une heure après, l'assassin était à bonne distance de la ville. Il ne se retourna pas. Il n'avait pas envie que la lueur de l'incendie, provoqué par l'émeute qui avait suivi la découverte macabre de la tête coupée de la magicienne de la cour, lui blesse les yeux. Ainsi, il ne pu remarquer la silhouette à cheval qui le suivait de loin.

A suivre…

Fin de ce chapitre 4 axé beaucoup sur la magie. J'avais envie de développer un peu ce thème, puisque dans le jeu, on peut utiliser la sorcellerie sans aucune explication sur le « comment on fait ? ». Pas trop mystique, j'espère ! A bientôt pour le chapitre 5 !