Chapitre 4 : Rencontres


Les autres affrontements s'enchaînaient, sous les yeux d'Elays, qui demeurait incapable de s'y concentrer. Sa victoire restait ancrée dans son esprit, indésirable de s'en aller.

Elle sonnait comme un grand pas, pour elle, le début de quelque chose de solide. La manipulation des ombres pouvait sembler être un alter intéressant, à en écouter les dires de ceux à qui elle exposait son pouvoir.

Mais elle savait ses capacités limitées, notamment dans la puissance qu'elle pouvait déployer, mais également à rester immobile et forcer son adversaire à en faire de même. C'était d'ailleurs pour ces raisons qu'elle avait commencé à apprendre à se battre au corps à corps...

Pourtant, aujourd'hui, cet exercice sonnait comme l'appropriation de ce pouvoir complexe et, pour cette raison, un sourire ne quittait plus ses lèvres.

— Bien, victoire de Luna Ueno et de Shiro Abe !

En entendant le prénom de sa meilleure amie, Elays réalisa qu'elle venait de manquer son combat, perdue dans le méandre de ses songes.

— Il est trop fort, ton alter, Ueno ! s'exclama Shiro en faisant une rétrospective mentale de leurs techniques effectuées, lors de ce duo.

— Le tien n'est pas mal non plus ! Ah, Elays, alors qu'en as-tu pensé ?

— S-super, comme d'habitude Luna, mentit-elle, prise de court par la question, en culpabilisant soudain.

Elle lui répondit par un simple sourire en s'asseyant à ses côtés, pour suivre les autres combats. Dès qu'ils furent tous passés, ils regagnèrent leur salle de classe afin de faire un débriefing sur leur matinée.

La sonnerie retentit et ils quittèrent la pièce pour aller manger. Des petits groupes se formèrent, selon les affinités développées lors de ce premier exercice, et Erin s'approcha gaiement d'Elays et de Luna.

— Vous mangez avec nous ? s'enquit-elle en désignant d'un signe de la main Takao et Reiji qui attendaient dans l'embrasure.

— Oui ! s'enthousiasma Luna, ne laissant pas à Elays le temps de considérer la question.

Ils s'éloignèrent ainsi de leur salle de classe pour rejoindre le réfectoire. Les lieux grouillaient de monde, d'élèves aussi perdus qu'eux, pour les première année, comme d'élèves habitués, pour ceux qui avaient déjà passé au moins un an au sein de Yuei.

Elays et ses camarades s'installèrent à une table une fois leur plateau récupéré, et profitèrent de ce premier repas pour faire plus ample connaissance. Certains élèves de leur classe qui les aperçurent choisirent de s'asseoir à leurs côtés, et ils se racontèrent leurs vies, parlèrent de leurs alters et de leurs familles.

Entre deux éclats de rire, une chevelure rouge et blanche attira l'attention de la jeune fille, qui ne put détourner le regard de la silhouette qui s'engouffrait dans la pièce.

Une démarche calme, sûre d'elle, solitaire et fascinante. Elays était comme happée par cette vision, tandis que Shoto Todoroki s'avançait en sa direction, ses iris la transperçant, et ne semblant pourtant pas la voir.

Envoûtée par son hétérochromie captivante, la jeune fille ne réalisa que leurs pupilles s'étaient rencontrées uniquement lorsqu'il arriva à sa hauteur. Elle déglutit difficilement, tandis qu'il tournait légèrement la tête, inconsciemment, pour la suivre du regard, tout en continuant sa marche dans l'allée principale du réfectoire, pour aller s'asseoir plus loin.

Le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, encore incertaine quant à ce qui venait de se passer, Elays resta quelques instants les yeux dans le vide, fixant un point invisible là où Shoto se trouvait précédemment.

— Aisu ? l'interpella Erin, lui arrachant un sursaut de surprise. C'était quoi, ça ?

— Mais je le reconnais, ce type, réalisa Luna, d'une voix sérieuse. C'était celui de ce matin !

— Celui de ce matin ? répéta lentement Erin en passant une main dans son carré blond. Tu connais Shoto Todoroki, Aisu ?

— Pas vraiment, avoua-t-elle. Il s'est trompé de salle de classe, ce matin, pendant que vous étiez montés.

S'en suivit un brouhaha autour de la table, dans lequel se mêlaient les voix d'Erin, qui clamait sa jalousie, celle de Luna qui commençait à se souvenir d'où elle avait aperçu le visage de Shoto, et de Takao qui avait, visiblement, simplement envie de parler et de prendre part à la conversation.

Rapidement, la sonnerie retentit de nouveau, leur indiquant qu'ils devaient retourner en classe. L'après-midi passa rapidement. Midnight les mit en groupe de deux, selon les duos de la matinée : chacun ferait équipe avec l'un de leur adversaire pour discuter de stratégie, jusqu'à ce que la fin des cours soit sonnée.

— Elays, je ne rentre pas avec toi, je dois rejoindre mon père ! indiqua Luna en quittant précipitamment la salle, sans laisser à son amie le temps de répondre.

L'intéressée haussa les épaules, comme pour approuver – sans que Luna n'en ait besoin – avant de prendre, seule, la route du retour.

À peine fut-elle rentrée chez elle que son père, Hisao Aisu, s'était jeté sur elle, s'empressant de lui demander tous les détails de cette première journée à l'académie des héros.

Vivant seuls, tous les deux, depuis six longues années, à la suite du décès de la mère de la jeune fille, Sienna Aisu, ils avaient noué un lien puissant, et Elays ne pouvait s'empêcher de parler de tout et de rien avec son lui.

Mais curieusement, ce soir-là, elle ne put se résoudre à parler de son étrange rencontre avec le fils d'Endeavor.


— Elays, si tu ne te lèves pas maintenant, tu vas être en retard, s'écria Hisao du bas des escaliers, espérant que sa voix porte suffisamment pour arracher sa fille au monde des rêves. Je dois partir, je ne pourrai pas m'assurer que tu es bien debout...

Un bruit sourd attira son attention et, devinant qu'il s'agissait sans doute d'un signe de la part de la jeune fille pour lui faire comprendre qu'elle était levée, il quitta la maison pour se rendre au travail.

Pourtant, toujours dans son lit, Elays laissa échapper un grognement, en réalisant que son réveil venait de tomber au sol et de s'exploser. Mais la fatigue engourdissait son corps, l'attirant davantage à elle à chaque seconde qui passait et, rapidement, ses yeux se fermèrent, pour l'extirper de la réalité.

Ce furent les vibrations incessantes de son téléphone qui la réveillèrent. Prise d'un élan de panique en réalisant qu'elle ne s'était pas levée, elle s'empressa d'attraper son smartphone pour se faire une idée de l'heure.

~ De : Luna :

Tu es en retard ? Je suis au croisement habituel.

Elays ? Tu es malade ?

Je pars devant, y'a intérêt à ce que ton retard ne soit pas dû à ta fatigue, car te connaissant tu as encore passé la nuit à t'entraîner !

Elle déglutit devant les mots criants de vérité de sa meilleure amie, avant de se lever d'un bond.

Les cours commencent dans quinze minutes, réalisa-t-elle en laissant ses pupilles glisser jusqu'à l'heure digitale indiquée sur son téléphone.

~ À : Luna :

Merde, je viens de me réveiller. J'arrive !

À peine le message fut-il envoyé qu'elle sauta dans son uniforme, courut jusqu'à la salle de bain, se lava les dents et releva ses longs cheveux bruns en une queue de cheval haute.

Tant pis pour le petit dej'.

En se maudissant intérieurement d'être restée s'entraîner aussi tard, la veille, quitte à ne pratiquement pas dormir, elle s'élança hors de chez elle pour regagner au plus vite le lycée.

— Presque pile à l'heure, lâcha-t-elle en franchissant les grandes portes d'entrée de l'établissement, tandis que son téléphone affichait déjà six minutes de retard.

Son regard fusa de tous les côtés, tandis qu'elle tentait de se souvenir du chemin qu'elles avaient pris, la veille, pour rejoindre la salle de cours, avec Luna. En vain.

Et merde.

— Excuse-moi, appela-t-elle, à l'attention d'une élève qui traversait le bâtiment principal. Tu sais où est la salle des seconde A ?

Son interlocutrice se retourna, la laissant distinguer une jeune fille élancée, dont les cheveux bruns étaient relevés en une queue de cheval. Son visage délicat, finement dessiné, laissa un instant Elays pantoise et intimidée. Elle avait déjà vu cette silhouette, à la télévision l'année précédente.

— Oh, mais je te reconnais toi, indiqua Momo Yaoyorozu. Tu étais sur le terrain d'entraînement, hier matin, non ?

— Euh... oui ?

— C'est ton combat que Shoto regardait par la fenêtre, si je ne me trompe pas, expliqua-t-elle en levant les yeux au ciel pour puiser dans sa mémoire visuelle. Les ombres, c'est ça ?

Éberluée, Elays hocha lentement la tête, tandis qu'une étrange chaleur se répandait sur son visage. Les joues brûlantes, elle arqua un sourcil interrogateur, l'incitant à développer ses propos.

— J'avoue l'avoir en partie suivi également, ton combat, sourit-elle. C'est un alter très intéressant, tout comme celui de ton amie !

Plantée au milieu du hall principal, la jeune fille laissa un sourire se dessiner sur ses lèvres, ne pouvant rester de marbre devant les compliments et l'engouement dont Momo faisait preuve.

Et savoir que Shoto l'avait regardée se battre la rendait folle d'angoisse, et pourtant fière, d'une certaine manière. Même si cela ne signifiait rien.

— Excuse-moi, je te retiens ! Tu cherchais la salle des seconde A, c'est ça ?

Tirée de ses rêveries, les battements d'excitation de cœur d'Elays ralentirent, pour la laisser retrouver ses esprits. Elle approuva d'un signe de tête.

— Viens, je vais te guider, déclara-t-elle en commençant à s'avancer vers les escaliers.

— Merci !

— Tu as de la chance, les couloirs sont déserts à une heure pareille, mais je descendais chercher des feutres pour le prof. Je m'appelle Momo Yaoyorozu, et toi ?

— Elays Aisu, sourit-elle, en réalisant combien son aînée semblait chaleureuse.

— On se recroisera sûrement !

À ses mots, Elays tourna la tête pour constater que les couloirs lui semblaient déjà familiers, de même que l'immense porte devant laquelle elle se trouvait. Elle eut simplement le temps de remercier son guide que celle-ci s'éloigna pour monter au deuxième étage et regagner sa classe.

La jeune fille pénétra dans la salle en s'excusant pour son retard et s'avança rapidement afin rejoindre sa place, après qu'Ectoplasm – qui s'occupait des cours de mathématiques – le lui demande.

— Pourquoi tu souris comme ça ? s'enquit discrètement Luna lorsque son amie passa devant son bureau.

L'année promettait d'être riche en émotions, visiblement.