Coucou! Me revoilou! Et oui, pour votre plus grand plaisir...j'espère!
Je tiens à vous dire que j'ai été particulièrement touchée par vos messages, ainsi que de voir débarquer de nouveaux visages dans mon microcosme.
Un merci particulier à Eros1 qui n'a pas hésité à me contacter pour m'encourager, ce, malgré une absence prolongée. J'ai énormément apprécié le petit geste de ce jeune homme adorable. J'ai hâte de lire la suite de son incroyable récit et de voir comment il s'y est pris pour mettre le gentil Shun en valeur...
Lion no Kalista, à la plume d'or et à la fidélité inébranlable... Un grand merci à toi.
Lagrandeinconnue, au pseudo farfelu et à la gentillesse légendaire... Mille baisers de reconnaissance.
Niacy, auteur prolifique et talentueux... J'ai essayé de suivre tes conseils, mais j'ai bien peur d'être incorrigible... Merci pour tes remarques avisées.
Millenium d'argent, ton enthousiasme m'a réchauffé le coeur. Je ne te connais pas encore en tant qu'auteur, mais je vais vite combler cette grave lacune. J'espère que cette suite particulièrement descriptive ne te décevra pas. Merci tout plein!
Seiiruika, mon idôle..., comme tes écrits m'ont manqué durant ces vacances! Si je pouvai t'envoyer des roses à chacun de tes commentaires, je serai assez folle pour le faire... J'espère que tu avances bien dans l'écriture et avoir bientôt le plaisir de lire la suite de ton chef d'oeuvre! Merci infiniment.
Camus scorpio, la belle autrice au grand coeur et à la sensibilité exacerbée... Quelle bonheur de constater que l'on traverse toujours cette merveilleuse aventure ensemble! Tes progrès sont incroyables et j'adore ton univers. MERCI!
The Disturbed AngeL, ravie de constater que nous partageons la même passion pour les destins obscures. J'ai tenté de répondre à ta juste remarque en allant frénétiquement à la ligne pour ce chapitre. Merci encore, je ne te le dirai jamais assez...
Hyoga dC, si ma mémoire ne flanche pas, j'ai déjà eu l'extrême plaisir de lire l'une de tes fics et son style était fluide, très agréable, un enchantement quoi! Je suis très heureuse que mon histoire ai attiré l'attention d'un écrivain de ta trampe. Je te baiserai bien les pieds tiens! (mdr)
Eternyti, ton mot de soutien ne pouvait pas me faire plus plaisir... De savoir que quelqu'un pense que l'on a mérité de se reposer, c'est jouissif! Merci pour ta générosité!
Scorpio-no-Caro, j'ai été stupéfaite de recevoir cette review de ta part. Je t'ai tellement lu et admiré (à l'époque je ne savais pas que l'on pouvait commenter, mea culpa!). Merci de tenir autant à ce Milo... Merci de lui permettre de vivre dans ton imagination...Merci de m'avoir poussé aux fesses si je puis dire (mdr). Merci d'écrire tout simplement!
- Frémissant comme un supplicié, Milo ouvrit difficilement et lentement des paupières anormalement lourdes, quasi scellées par le sable et le sang coagulé qui les recouvraient. Sa vision fut d'abord aussi floue que si ses rétines étaient deux lentilles mal adaptées ou deux galaxies constellées par d'éblouissants éclats aux reflets rouges d'une violence et d'une beauté inouïe. Après maints clignements appuyés et forcés, son univers se stabilisa. Il pu enfin ajuster et focaliser son regard sur les choses qui l'environnaient.
Les derniers rayons du soleil fixés dans les yeux, il contempla, stupéfait et silencieux, non loin de là, une masse grotesque étalée en plein centre de l'arène. L'extrême ignominie de la situation ne lui revint en mémoire que très progressivement, au fur et à mesure qu'il apercevait diverses taches sombres et sinistres, sans cesse croissantes. Elles se répandaient sur le sol pour enfin se concentrer autour d'une carcasse inerte telle une gigantesque et hideuse marée pourpre, visqueuse désirant insidieusement engloutir son âme. Trop abasourdi et commotionné pour esquisser le moindre geste, il resta là, durant ce qui lui sembla une éternité, bouche bée, à fixer la dépouille de son maître. Il venait de réaliser abruptement l'ampleur de son crime et les conséquences désastreuses que celui-ci aurait sur sa vie.
Le monde autour de lui devint vague, toutes les lignes s'adoucirent sournoisement pour finir par s'estomper tout à fait: le sable, les particules de poussière, les blocs de pierre, les nuages, le bleu du ciel, tout se confondit dans son esprit et ne fit plus qu'un. Le temps avait suspendu son cours et son univers se résumait soudainement à un cadavre au visage hâve; à la chevelure terne, emmêlée; aux oripeaux crasseux et aux orbites atrocement creuses. Son coeur tendre bruit dans sa poitrine et il voulut se détourner, mais quelque chose le retenait si bien qu'il en fut incapable. Il était tiraillé entre le désir de fuir et celui de rester allonger indéfiniment sur ces sables, de simplement attendre que l'hiver l'emporte dans sa juste colère au repos
Les exhalaisons de haine et de mort qui irradiaient du sol infiltrait la substance du jeune hellène jusqu'à glacer ses os d'effroi et imprégner sa moelle d'horreur. Il roula son corps engourdi par la froidure sur le côté et ferma énergiquement les yeux. Il se serra plus fort dans ses bras afin de calmer les frissons qui le parcouraient. Son âme était saisie comme une plante imprudente par une glaciation insidieuse. Puis, il rouvrit ces yeux qui avaient perdus bien trop tôt leur naïve lumière et qui étaient désormais saturés de larmes amères. Le visage de Caleb si noble naguère était à présent meurtri et ensanglanté. Son haut front avait perdu de sa superbe ainsi que sa perpétuelle arrogance. Alors Milo se mit à songer que son nez fin et aquilin n'inspirerait plus jamais bruyamment pour marquer sa désapprobation. Il n'avait plus conscience du passage du temps et du monde qui l'entourait. Il ne su jamais combien de minutes il resta dans cette position infructueuse.
Une brusque bourrasque fit tournoyer la poussière à quelques pas de lui. Celle-ci eut pour effet de le tirer brutalement de sa contemplation morbide. Milo sursauta comme un dormeur réveillé en sursaut par une averse glacée. Et tandis qu'il se remémorait cet évènement insensé, s'instilla dans son coeur transi la certitude croissante qu'il n'était ni plus ni moins devenu qu'un monstre.
Le visage blême, les yeux dilatés par la circonspection, le malheureux jeune homme essaya péniblement de se redresser. Pour ce faire, il confia à ses bras roidis la totalité du poids de son corps. La poitrine douloureusement comprimée par l'atmosphère stérile de l'arène, il rampa lentement à genoux pour se retrouver devant l'homme qui avait hanté sa jeunesse. Sa bouche se tordit malgré lui en une grimace de révulsion et ses yeux s'emplirent d'une intense douleur. Milo tendit une main hésitante vers une chevelure aussi rebelle que la sienne et entreprit de la lisser doucement, amoureusement en arrière en murmurant tout du long une déchirante élégie.
S'affaissant, il étreint convulsivement son corps sans vie, baisant tendrement son front. La commissure de ses lèvres était d'un rouge choquant pour cet enfant, c'est pourquoi il l'essuya de sa manche. Ses yeux ouverts avaient la fixité de la pierre, c'est pourquoi il les fermi.
Cela accompli, il glissa délicatement sa main sous sa tête et l'embrassa plus étroitement. Il entreprit de le bercer longuement sur sa poitrine, à l'endroit de son coeur. Il enfouit sa figure dans son opulente chevelure et respira son odeur à pleins poumons. Il se délecta de ce parfum capiteux du trépas et de l'achèvement d'une ère délétère.
C'est alors qu'il sentit un liquide tiède et épais dégouliner sur son front et le long de ses joues comme si quelqu'un lui avait craché tout son mépris à la figure. Du sang coulait encore de ses plaies, se mêlant à la sueur poussiéreuse de ses tortures pour former le long de sa figure juvénile de longs filets crasseux. Stupéfait, il leva une main souillée afin d'essuyer sa peau couverte de gris et d'écarlate, puis il arrêta net cette impulsion choisissant de ne pas récuser l'accusation qui s'y était inscrite. La vue de son flanc gauche transpercé et des rigoles de sang qui lui barraient le visage, lui conférait l'aspect d'un prophète déchu, d'un homme qui avait trahi ses idéaux.
C'est alors qu'un cri strident, effroyable, s'échappa d'entre ses lèvres. Les traits convulsés, il s'effondra à genoux, plaquant fortement ses deux mains sur le sommet de son crâne se souciant peu que l'un de ses pairs le surprenne à hurler ainsi, d'une voix inhumaine, aigue et si ardente que s'en était douloureux pour ses cordes vocales. L'atmosphère s'emplit bientôt de ses plaintes, de ses gémissements et leur écho résonna avec passion dans le silence de l'arène. Il y avait désormais dans sa voix quelque chose que personne n'y avait jamais entendu : la démence.
Prosterné, il martelait rageusement la terre de ses poings. Pris d'une brusque impulsion, il saisit du sable blanc à pleines poignées et se les lança sur la tête. Ensuite il se frictionna éperdument les cheveux et les joues, jusqu'à s'en arracher la peau. Ecartelé entre une douleur broyante et une démence annihilante, il hurlait son abandon au soleil, interpellait inlassablement les éléments afin qu'ils soient témoins de son inexorable détresse. Cette litanie provenant des tréfonds de son âme était tout ce qu'il avait à offrir au vent en guise de tribu afin qu'il daigne recueillir sa supplique. Il lui pleurait que lui avait si mal, qu'il attendait son signal. Il exigeait des cieux de savoir pourquoi tant de haine à son égard, tant d'épreuves à traverser..., mais ni le souffle du chaos, ni l'astre de la renaissance ne daignèrent lui répondre. Pourtant, il devait bien savoir que jamais l'univers ne le faisait.
Epuisé, il se sentit soudainement prêt à abandonner la dépouille de son père à son sommeil définitif. Puisque son corps était prisonnier de cet enténèbrement honni, puisque ses yeux hivernaux avaient perdu leur éclat de folie, puisque la nuit l'avait volé à lui et perdu au delà de ses rêveries, puisque jamais il ne pourrait l'aimer par ici, puisque son innocence était morte avec lui, c'était libre qu'il entrevoyait de suivre son instinct de sauvagerie. De répondre simplement à ce désir fou de bouleverser quelque chose en lui... Pas pour redevenir cet enfant ingénu... Rien que pour changer l'existence... Plutôt en mal, mais ça n'avait aucune importance... Rien n'avait jamais eu de sens...De toute façon, tout était sale en ce bas monde et lui aussi.
Un brusque dégoût de son devenir l'envahit soudainement. Dominé par une envie irrépressible de vomir, il se releva péniblement. Regardant droit devant, il ressentit un imperceptible pincement d'estomac car il avait conscience qu'une fois le bout du chemin atteint, la véritable substance de sa vie future prendrait une forme insoupçonnée et redoutée.
Sous la splendeur de sa chair délicate, tout bon observateur aurait deviné l'incendie éperdu de son secret jardin. Mais personne ne se trouvait à ses côtés et il ne pouvait le reprocher à son entourage. N'avait-il pas fait délibérément le choix de suivre ce chemin de croix seul? Il en était ainsi et il en serait toujours ainsi. C'était une histoire entre lui et le monde. Pas d'intermédiaire... Pas de main tendue... Il s'était condamné à se relever le coeur esseulé, endeuillé et ce jusqu'à son dernier soupir.
Sa raison ne supporterait pas l'obscurité provoquée par l'ombre de la sépulture de son père. Il lui fallait fuir cette folie, cette aberration qu'était la mort. Alors, il s'évada sans regarder en arrière, sans un adieu...Il gravit les degrés à une allure vertigineuse et il rejoignit le bout du chemin escarpé, fustigé par le rire corrosif du vent vagabond de novembre.
Il courut comme il n'avait jamais couru de sa vie, la peine et la rage qui le prenaient aux tripes lui donnant les ailes du désespoir. Ainsi, Milo vola, les larmes aux yeux, maudissant le jour de sa naissance entre ses dents serrées. Ses ravissants pieds d'airain, comme envoûtés, semblaient être devenus aussi préhensibles que ses propres mains. Cette course sacrée, d'une tragique grâce lui procurait une ivresse sans nom, comme s'il s'était abreuvé du vin capiteux déversé par la coupe de son esprit malade. Il ne pouvait résister au chant ensorcelant de la nature et il se précipitait à corps perdu pour laisser ses longs bras de jade l'attirer tout entier en son sein.
Ses sandales abîmés paraissaient comme ensorcelés, effleurant à peine les jeunes herbes graminées. Parfois cette danse aussi bien lugubre que ravissante faisait jaillir la tourbe légère autour de son être. Harassé par cette fuite fougueuse, il sentait bien que ses membres ne pourraient guère le porter plus loin. Alors dans un ultime geste de défi, il fit abstraction de ses poumons brûlants, ferma désespérément les paupières et fonça droit devant.
C'est le coeur sur le point d'éclater, redoublant encore et encore d'efforts qu'il se métamorphosa en véritable maëlstrom. Sa crinière échevelée flottait au vent de ses enjambées. Soudainement le sol se déroba sous lui. Il avait trop présumé de ses forces.
Hébété, pantelant comme un poisson pêché et abandonné à l'air libre, il resta quelque secondes étalé sur le sol prolifique, ventre contre terre. A peine se relevait-il, qu'il entendit des éclats de voix dans le voisinage. Ce fut si soudain, qu'il paniqua immédiatement. Se tournant en tous sens, il ne parvenait ni à évaluer la distance qui le séparait de ces promeneurs impromptus, ni leur provenance.
A force de s'agiter fiévreusement en tous sens, arriva ce que devait arriver. Alors qu'il reculait, jetant de brefs coups d'oeil méfiants vers l'avant, son pied gauche ne trouva plus d'appui. Le vide. Juste le vide.
En un instant fulgurant, il bascula en arrière et chuta dans une fondrière qu'un enchevêtrement d'arbustes avait dissimulé jusque là à son regard inquisiteur. Il fut précipité sur le dos vers le fond de la cuvette.
Il glissa doucement dans une clameur silencieuse à laquelle ne se mêlait que son propre souffle. Il eut tout le loisir d'observer le bout de ses pieds. Ils semblaient être partis à la poursuite de son corps. Ils le pistaient avec acharnement.
En vérité la pente était interminable et il eut un temps considérable pour tâtonner à la recherche de quelconques points d'appui auxquels s'agripper, juste se retenir. Au lieu de tenter une telle chose, il se contenta de plonger son regard fragile, salé à la saveur d'eau de mer dans l'azur cependant que ses mains caressaient délicatement la terre. C'était comme s'il s'abandonnait totalement au monde. Dans un élan de confiance excessive, il laissa son corps virer au gré des anfractuosités du sol et goûta les faibles vibrations telluriques. Ainsi peu précipité, l'effondrement général n'en fut que plus délicieux. Il insufflait en lui une quiétude exubérante. C'était ainsi que l'on pouvait progresser dans la vie, sans même éprouver le besoin d'agir machinalement, en devenant soi-même une sorte de merveilleux projectile lancé ou tiré comme par un habile archer.
Cette pensée lui apporta, à ce moment là, un embryon de sentiment de soulagement. Ne plus décider le délivrerait assurément de tout ennui, de ses remords, de sa sottise, et aussi bien du souvenir de la haine de Caleb. Cet abandon inconditionnel allait le sauver...
L'expression de ses yeux s'adoucit et devint aussi vague qu'un lac embrumé. Elle révéla qu'il s'était égaré dans les méandres d'une pure contemplation. Ce fut dans un état de renonciation incomparablement plus profond que l'affliction qu'il avait éprouvée auparavant, qu'il se prit à observer le ciel. Sa beauté sans tâche s'exhibait comme pour réfuter sa douleur. Il ne lui en voulait nullement. Il le scrutait tranquillement à la recherche de l'astre nouveau symbolisant les mânes de son défunt bourreau. Le regard perdu, il crut même tomber au creux du bleu des cieux.
Ce fut sa dernière impression avant d'arriver en bas. Lors de l'impact, il sentit à peine le contact entre le tronc d'un arbrisseau et le sommet de son crâne. Il se paralysa et perdit aussitôt connaissance. Lorsqu'il revint à lui, il se laissa aller à pousser un long gémissement sourd.
Conscient de son état pitoyable, il s'efforça de demeurer immobile, allongé sur le dos pendant quelques temps. Puis, éreinté, il tenta de se redresser afin de s'extirper des fougères et des bruyères rendues couleur feu sous les rayons aveuglants du soleil.
Les effets concrets de sa chute n'étaient pas sa préoccupation majeure pour l'instant. De savoir si l'étoffe de sa tunique était déchiré était le cadet de ses soucis. Faire l'inventaire des dégâts lui semblait aussi bien hors de propos que de s'attarder en ce lieu. Une seule chose l'intéressait : est-ce que les importuns déambulaient toujours dans les parages? Il escalada la déclivité et lorsqu'il arriva à destination de douces mains salvatrices se saisirent de lui.
Mu se tenait immobile à quelques pas de lui. Il eut une sorte d'éblouissement. Une douce auréole dispensait sa clarté autour de sa jeune tête et contrastait étrangement avec le bleu du ciel. Il le vit prendre une profonde inspiration et s'efforcer de cesser de le dévisager de ses yeux immenses. Il lui fallut un certain temps pour lui adresser la parole et, lorsqu'il le fit, la surprise qui perça dans sa voix fit augurer le pire à Milo :
-"Milo? Qu'est ce qui t'a pris de fuir à notre approche?
-J'ai eu peur..., répondit sa voix, rendue rauque à cause du chagrin.
-Depuis quand as tu peur de nous? Ne sommes nous pas tes amis? Interrogea Aiola, tout en ponctuant ses propos de petits claquements de langues agacés. Ce dernier fit un pas en avant et émergea de la flamme verte formée par les feuilles de jeunes chênes tout bruissants d'oiseaux, ainsi que de la splendeur rosée de leurs troncs.
-Regarde dans l'état dans lequel ta course t'a mis! Je ne t'ai jamais vu aussi fébrile de ma vie", ajouta inquiet le futur chevalier du bélier.
Un silence pesant s'abattit sur le trio improvisé. Seul Aiola eut le courage de le déchirer de sa voix anxieuse :
-"Que t'est-il arrivé Milo? Raconte nous! Intima-t-il tout en dardant son regard de jaspe sur le malheureux grec.
Milo essaya tant bien que mal de réfléchir à la réponse qu'il pourrait lui donner. Plus que tout, il souhaitait lui dire la vérité toute nue, mais il craignait de perdre son estime.
-N'était-ce pas aujourd'hui le combat ultime qui devait t'opposer à ton maître? remarqua justement le jeune homme aux cheveux de lavande, tandis que secourables, ses doigts fins de porcelaine retiraient délicatement les morceaux de plantes accrochés à sa tunique et ce, d'un geste plus léger qu'une caresse.
Milo hocha la tête en signe d'assentiment et desserra les dents. Mais les mots moururent sur ses lèvres avant d'avoir eu le temps de naître car il ne souhaitait nullement se laisser aller aux confidences. Il se devait d'assumer ses actes aussi criminels soient-ils. Au nom du peu de raison qu'il lui restait et par dessus tout au nom de l'amour qui avait dirigé sa vie toute entière depuis l'âge de ses sept ans. Alors, il se décida et se mit en route d'un pas décidé vers le lieu de son jugement.
Ses deux acolytes sur les talons, il n'avait plus rien d'un automate parfaitement assujetti. Ce que l'on pouvait voir, c'était un homme conscient de ses fêlures intimes qui allait au-devant de son funeste destin. Plus un enfant. Un homme. Proche de la folie, il est vrai. Mais l'ayant apprivoisée provisoirement aux prix de milles sacrifices.
N'y tenant plus, Le jeune lion s'enquit d'un ton fiévreux :
-"Où te rends tu comme ça? On peut faire quelque chose pour toi?
-Il faut que je parle au grand pope et non, vous ne pouvez rien pour moi."
Alors qu'Aiola s'apprêtait à rejoindre Milo au pas de course, la main de Mu le retint :
-"Laisse le aller! Ne vois tu pas qu'il veut régler cette affaire seule comme un véritable guerrier... Je ne sais pas ce qui c'est passé, mais de toute évidence cela n'est pas de notre ressort."
- Milo arriva au pied du gigantesque sanctuaire appartenant au co-régent d'Athéna sur terre. Entièrement de marbre, ce grand temple diptère était entouré d'une ceinture majestueuse de colonnes, parabole de la divinité. Son fronton, ses chapiteaux, richement ornementés étaient des chefs-d'oeuvre de grâce et d'harmonie. L'ensemble était triomphalement oppressant pour l'ancien petit chenapan des rues qu'était le jeune hellène.
La grande sensibilité de l'artiste qui avait conçu ce bijou d'architecture transparaissait dans chaque détail, chaque choix de matériaux. Mais malgré ce décor idyllique, Milo ressentait un malaise croissant. Seuls les chevaliers triés sur le volet avaient l'autorisation de pénétrer son enceinte. Les gardes ne le laisseraient certainement pas entrer à sa guise. Il lui fallait trouver rapidement un subterfuge.
Dissimulé derrière un buisson qui agrémentait le chemin, il se tint coi. Deux hommes arborant des armures parfaitement entretenues se tenait de chaque côté de l'entrée. Il n'était séparé d'eux que d'une vingtaine de pas. Le jeune apprenti en était encore à se creuser la cervelle à la recherche d'une idée miraculeuse, lorsque ces mots atteignirent ses esgourdes :
-"Qui est là? J'ai entendu marcher, fit l'un.
-En es-tu certain?" l'interrogea l'autre.
Les chevaliers s'abstinrent de parler davantage pour écouter le silence. Le corps aussi figé que les pierres immuables de ce palais, Milo osait à peine respirer. Et là le ciel vint à son secours en envoyant un apprenti tout affolé aux portes de la bâtisse :
-"Venez vite! Une rixe a éclaté entre mon frère et son adversaire. Si personne n'intervient, ils vont s'entretuer...
-Calme toi petit! Mon collègue va aller les séparer."
Et une préoccupation de moins! Alors, il se baissa avec précaution pour ramasser un gros caillou gris, et il le lança par-dessus les branches de son refuge de l'autre côté du chemin. Le garde sursauta et s'élança, tous muscles tendus, en direction du bruit. Ne restait à Milo qu'à se faufiler discrètement dans la riche demeure.
En un éclair, il rejoignit vestibule et le traversait. Tremblant d'appréhension, Milo se laissa guider par les volutes de fumée odorante dispensées par les encensoirs à la beauté délicate de l'antichambre. Finement ciselés, l'enchevêtrement savant de leurs symboles étincelaient comme de l'or blanc précipité dans un feu purificateur, donnant à ce cadre une dimension quasi mystique. Les subtiles fragrances de la dévotion flottaient mollement dans l'air... Nul doute qu'en ce lieu résidait l'esprit de la grande Athéna niké, déesse poliade omnisciente et omnipotente. Il approchait du bout du pronaos, lorsqu'il aperçut une douce clarté. Ce devait être la cella d'où oeuvrait le Grand Pope, seul initié aux mystères sacrés.
L'intérieur de la pièce brillait de l'éclat de centaines de chandelles si bien que les corps semblaient plongés dans des flots de lumière. Une pâle luminescence dorée miroitait sur les parois et les divers objets cultuels comme autant de reflets sur l'eau.
La vue des chevaliers agenouillés sur le sol froid et calcaire bloqua le souffle de Milo dans sa gorge. Il contemplait ces fiers seigneurs de la guerre, à genoux devant le grand trône, la tête inclinée dans une attitude d'humilité et de piété absolue. L'image de noblesse qu'ils renvoyaient déchira son coeur de paria.
Tandis qu'il pénétrait ces lieux en silence, son sang se mit à pulser à ses oreilles, produisant une lancinante psalmodie. Il paraissait scander l'horrible terme : meurtre, meurtre, meurtre. Non pire encore : assassin.
Son regard, étincelant d'or à la lueur des bougies, semblait poudroyer d'une émotion indicible. D'un bref coup de langue, il s'humecta les lèvres, dégluti, puis s'engagea dans l'allée centrale. A l'approche de ses pas, sa majesté, le Grand Pope, placé au centre du palais, leva les yeux et vit qu'un intrus s'avançait résolument vers lui. Il fit un geste sec pour marquer sa contrariété. Bien qu'il ait un masque, l'intensité de son regard brûlait le visage de Milo comme s'il s'agissait de deux charbons ardents. Mais il ne pouvait s'en détourner. Il n'en avait ni le droit, ni l'envie. Puis, il se tu et se pétrifia. L'avait-il reconnu? Certainement!
A cette brusque interruption, les têtes se relevèrent interrogatrices. Les chevaliers, au nombre de trois, scrutèrent le masque impassible de leur maître. N'y trouvant aucun indice digne de ce nom, ils se retournèrent d'un commun accord pour voir ce qui l'avait arrêté.
Au milieu d'eux, se trouvait simplement un enfant qui avait grandit bien trop vite. Ils levèrent les sourcils d'un air abasourdi. L'expression de leurs visages trahissait le fond de leurs pensées. On aurait dit que leurs yeux exorbités demandaient : Qui est ce malotru? Comment ose-t-il se présenter devant sa Majesté dans cet état pitoyable? D'où sort-il? Regardez le! Un vaurien!
Avec une dignité sublime, Milo bataillait pour rester d'aplomb tandis que maints regards le fixaient, le jaugeaient et finalement le jugeaient. Le verdict était sans appel : condamné à la médiocrité!
Désormais, ils étaient debout. Oublié le protocole! Tels des images vivantes de la justice, ils gardèrent farouchement le silence. Personne ne pipait mot, si bien que seuls les claquements des semelles de cuir du jeune grec résonnaient sur le dallage. Chaque bruits lui faisaient l'effet de clous enfoncés qui refermaient sur lui une porte de plus en plus inexorable. Il avait l'intime conviction qu'il s'agissait du calme qui précédait la tempête.
Alors, le commandeur suprême de l'armée d'Athéna se leva de son trône et, dans sa grande mansuétude, tendit les bras en signe de protection. Dans un murmure quasi inaudible, il prononça les deux syllabes qui allaient déchaîner des rafales d'une rare violence :
"Milo..."
Ce malheureux dernier était là..., à proximité de leurs doigts accusateurs. Tout à coup, des vagues impétueuses déferlèrent de toute part sur les falaises rocheuses de sa carcasse, comme pour la réduire à néant. La noire stupeur et le sombre dédain venaient de céder place à une fureur sans nom. Mais oh miracle, Milo ne vacillait aucunement devant les yeux emplis de haine, les voix pleines de colère, les corps tordus, les poings menaçants...
Emporté dans un tourbillon d'injures et de gesticulations, il poursuivit, déterminé, son dangereux périple. Ils avaient beau le conspuer, crier à l'assassin, il ne recula pas devant leurs assauts répétés. Il songea seulement qu'ils avaient été rapide à découvrir son crime. Il était le seul à avoir pu tuer Caleb car son décès était survenu après l'ultime confrontation.
Lorsqu'ils l'encerclèrent, il fut sûr qu'ils allaient le tuer. Et pourtant, il ne sourcilla pas. N'était-il pas venu pour subir son châtiment? Il ne reniait pas ses crimes. Qu'ils s'occupent de son sort sur-le-champ, après quoi toute l'histoire serait belle et bien finie. Mais qu'ils arrêtent de brailler comme des porcs menés à l'abattoir.
Quant au Grand Pope, il se prit à admirer ce tout jeune homme qui silencieux, paraissait plus résigné qu'effrayé. Dressé comme une statue de pierre, il faisait fi de ces nobles chevaliers qui le dominaient, de leurs paroles inquisitrices, de leur cinglant mépris.
Visiblement affaibli et éprouvé, il demeurait inébranlable, au centre de l'acharnement suscité par la révélation de son prénom. Il fallait que cette folie cesse. Il fit un mouvement de main pour se faire remarquer, mais en vain. C'est pourquoi sa voix puissante, solennelle leur ordonna de retrouver leur calme et les rappela à l'ordre.
Il profita de cette accalmie pour s'approcher de Milo. Il plongea son regard dans le sien et s'y noya. Il se fit la réflexion que ses yeux étaient immenses et lumineux, étrangement irisés par la flamme bleue de deux saphirs jumeaux. Le tout était ombragé par de longs cils adorablement recourbés. Toute la peine de la création se concentrait dans ces prunelles abîmées dans la tourmente. Ill y avait en elles quelque chose qu'il ne connaîtrait jamais. Ce qui était frappant, c'est qu'il ne se défaisait pas de son charme sauvage et, ce, même dans la détresse la plus absolue.
Les chevaliers échangèrent des regards stupéfaits et inquiets. Leur chef devant Athéna allait-il laisser la vie sauve à cette espèce d'usurpateur? Il est vrai que son visage crasseux adoptait un air de componction, mais ceci ne pouvait suffire à laver ses fautes.
La voix à la résonance métallique de leur supérieur les arracha soudainement à leurs réflexions :
-"Ainsi tu as vaincu ton maître jeune Milo du scorpion!"
Un brouhaha d'indignation vite réprimé ponctua cette affirmation et le Grand Pope poursuivit aussi sereinement que possible :
-"J'ai pleinement confiance en toi et si tu as achevé ton maître, c'est qu'il ne t'en avait pas laissé le choix! N'est-ce pas?"
Le jeune Saint aquiesca tristement d'un hochement de tête.
Ainsi Caleb avait franchi la frontière de la simple brutalité. Le Grand Pope s'en voulait d'avoir failli à la mission que lui avait confié Camus: veiller sur ce petit chenapan. Lui seul avait le pouvoir de le faire. Le petit visage tourmenté du garçon ne cessait de le hanter depuis cette fameuse fin d'après-midi. Ce jour là, il l'avait trouvé en position foetale. Il était si adorable dans son sommeil que son pauvre coeur en avait défailli. Chose qu'il aurait cru impossible jusque là. Les sentiments qu'il éprouvait envers le jeune Milo étaient ambivalents. Il pouvait lui inspirer aussi bien la jalousie que la tendresse. Il en avait pris conscience à ce moment là. Puis, l'horreur..., la découverte d'un terrible secret..., la désolation..., la compassion..., une promesse..., une promesse... Il secoua énergiquement la tête pour se ressaisir et reprit :
-"Chacun des chevaliers ici présent peut constater de ses propres yeux les stigmates que tu portes sur ton corps. Ils sont l'oeuvre de l'attaque la plus puissante de Caleb : l'aiguille écarlate! Que tous les chevaliers au courant de cette triste affaire entendent ce que j'ai à dire!
Ce jeune garçon a remporté loyalement le combat! Caleb a commis un péché impardonnable en utilisant une arme mortelle contre son propre disciple. Par ce fait, il a amplement mérité son châtiment. Et pour prouver mes dires, je m'en remets à la sainte armure du scorpion. Apportez la moi sur le champ!"
Les guerriers s'empressèrent d'exécuter son ordre. Après tout ils n'étaient pas en mesure de discuter les décisions de leur supérieur. S'ils savaient que le plus grand criminel était celui devant lequel ils se prosternaient chaque jour de leur vie...Celui à qui ils avaient prêtés allégeance... Quelle ironie! Le Grand Pope en personne était le plus grand des traîtres. Son ambition aurait raison de lui, il le savait bien.
Le retour des chevaliers le tira de ses réflexions.
Ils déposèrent l'armure d'Or aux pieds de leur souverain et se reculèrent lentement, avec déférence. Alors le faux Pope prit une nouvelle fois la parole :
-"Que ta volonté soit faite armure sacrée!"
Comme pour lui répondre, un doux halo de lumière émana de l'armure du Scorpion. Tous les yeux étaient braqués sur elle. Tous les souffles étaient retenus dans une attente insupportable. Puis, oh merveille des merveilles, elle se désolidarisa et l'intégralité de ses pièces convergèrent vers un jeune homme broyé. L'instant d'après, Milo était revêtu d'or :
-"A présent, tu es le nouveau chevalier du Scorpion. Gloire à toi Milo!"
Stupéfait, le jeune grec, contempla son plastron doré qui reluisait comme de l'eau éclairée par les flammes d'une torche. Il sentait qu'entre lui et son armure, la communion était parfaite. Son doux contact agissait comme un baume sur ses blessures. Il releva un regard emprunt de reconnaissance et saisit son casque entre ses deux mains halées. Il le tenait comme s'il s'agissait d'un véritable scorpion qui risquait de se retourner pour le piquer de son dard. Il le porta respectueusement jusqu'au trône, adoptant l'attitude du pénitent qui faisait une offrande en signe de fidélité :
-"Inutile de te prosterner devant moi jeune chevalier! Retourne donc en ta demeure afin de panser tes blessures. Personne ne peut plus contester ta victoire. Part donc le coeur léger et l'âme en joie. Tu es le digne serviteur d'Athéna sur terre. Ne l'oublie jamais!"
Ainsi, Milo repartit comme il était arrivé, silencieux et malheureux...
- Sa première convocation n'avait pas tardé à tomber lourdement sur son existence telle une enclume. Désormais, il était désigné comme assassin officiel du Grand Pope, au même titre qu'Aphrodite ou Deathmask. Lorsqu'il rentra chez lui, il se trouvait en compagnie du chevalier du Cancer.
Il devait s'y faire car on leur avait assigné la même mission, se débarrasser discrètement de deux chevaliers qui avaient la fâcheuse tendance de remettre en question l'autorité suprême du représentant d'Athéna sur terre.
La lune se levait sur le velours sombre de la nuit. Elle était encore ascendante et son mince croissant argenté immergeait le sanctuaire dans une lumière très pure. L'illusion était maîtresse de l'heure. Il avala l'air frais à grandes goulées avides. Il laissa sur sa langue une impression douce et piquante à la fois, aussi précieuse que la saveur du plus riche des nectars. Revivifié, il se dirigea vers la maisonnette, suivit comme son ombre par un compagnon inhabituel.
Il fit halte derrière la lourde porte, tentant désespérément de conserver son calme. Il tendit une main frêle et la posa sur la poignée glacée. Suivit aussitôt un curieux picotement, comme lorsque vous plongez, tête la première, dans une eau hivernale et qu'elle se referme sur votre corps tel un linceul de cristal avant de vous engourdir. Dans un état quasi hypnotique, il l'abaissa et poussa lentement la porte de son antre. Le vantail pivota sur ses gonds et grinça sinistrement. Deathmask était le premier à pénétrer le lieu où il claquemurait chaque matin le spectre de sa folie. La porte était de bois robuste et particulièrement bien ajustée. Elle était la seule, une fois close, capable d'isoler de ses cris de douleur, de ses hurlements de peur, des ténèbres de son coeur...
Il ne désirait qu'une chose, lui donner congé et remplir son mandat en solitaire. D'un ton de résignation infinie, il l'invita tout de même à entrer dans son intimité gelée :
-"Entre que l'on règle les derniers détails de notre plan...
-Oui, cela vaut mieux."
Milo scruta son visage viril à la recherche de qui il était. Il se demandait souvent si l'on pouvait avoir raisonnablement confiance en lui. Comment pouvait-il tuer froidement hommes, femmes et enfants, sans distinction? Comment pouvait-il orner son temple des visages innocents de ses victimes? Quel drame avait fait de lui cet être violent et cruel? Par certains côtés, il lui rappelait son père...
Dans le petit salon, il posta près d'une fenêtre et s'accouda à sa rambarde. Il n'avait jamais songé à sauter. Trop lâche... Au lieu de cela, il souhaitait se racheter, être loyal.
L'air nocturne purifiait ses poumons. Vidé de tout, il se retourna et fut surpris de trouver le gardien de la quatrième maison assis nonchalamment sur le divan usé. Il le fixait de ses yeux de prédateur. Semblant se demander quel était ce freluquet dont on l'avait affublé :
-"Tu as à boire petit? Lui demanda-t-il de sa voix grave et pénétrante.
-Oui. Du whisky..." répondit-il avec soulagement.
Ceci était une excellente diversion. Tout, plutôt qu'il continue à le dévisager avec ce rictus étrange accroché aux lèvres.
Aussi passèrent-ils la soirée à s'enivrer et à peaufiner leur plan d'attaque. Milo buvait pour apaiser la sourde douleur dans sa poitrine. Dans une atmosphère d'abominable expectative, il éclusa quelques verres qui suffirent à l'enivrer. Ce n'était pas un habitué de ce genre de soirée, mais là, la situation était exceptionnelle. La tension était à son comble depuis qu'il avait eu vent de sa mission.
Il ne pouvait réfréner les frissons d'appréhension qui lui parcouraient l'échine et il lui semblait que même le papier peint du salon répondait à son humeur funeste. Deathmask ne réalisait pas à quel point son cadet était tourmenté. Il est vrai que son premier meurtre de sang froid ne l'avait pas plus marqué que les autres. Il ne faisait qu'obéir aux ordres de sa hiérarchie et les personnes qu'il tuait n'étaient que des êtres désincarnés. Il ne voyait pas pourquoi il en irait autrement pour ce nouveau venu. C'est pourquoi il lui parla de sa première expérience d'assassin avec un brin de nostalgie, ne l'épargnant en rien, avant de rejoindre ses quartiers.
Milo, resta encore un moment à observer les formes floues du crépuscule, comme si elles étaient des monstres tapies en embuscade. Atrabilaire, il gagna la pièce adjacente et se fit couler un bain. Dans la fluorescence du néon, l'émail de la baignoire et le chrome des robinets étincelaient comme la glace. Leur superficialité lisse semblait lui murmurer que les sentiments de doute n'étaient pas profitables et qu'il fallait affronter son destin sans flancher. La baignoire lui semblait un sûr refuge et il plongea dans l'eau chaude avec délice. Il eut l'impression que seul le contact du liquide sous ses doigts le prémunissait contre la démence qui dormait en lui. Il s'imprégna longuement de la neutralité de la surface de l'eau et se sentit apaisé.
Il devait se reposer pour être en mesure d'accomplir ce meurtre, que son coeur refusait d'envisager. Alors, il s'allongea et somnola. Milo ne rêva que de chaos, de guerriers mutilés, d'armures fracassées, dégoulinantes de sang.
- Le jeune hellène se précipita la tête la première dans les herbes frémissantes afin de se dissimuler. Il huma les odeurs de terre humide avec ravissement et sentit la rosée pénétrer sa tunique.
Le coeur battant à tout rompre, il repéra sa proie et s'en rapprocha avec la rapidité ainsi que l'agilité d'un guépard en phase d'observation. Il se faufila à nouveau entre les arbres avec d'infinies précautions. La tête enfoncée dans les épaules, il s'efforçait d'être le plus discret possible. Toute précipitation aurait été catastrophique!
Constatant avec satisfaction que l'homme était à moins à dix pas de lui, il respira profondément et s'immobilisa. Il se fondit encore plus dans le décor et attendit de retrouver tout son sang froid. Au-dessus de sa tête, le ciel cotonneux menaçait de se déverser entre les branches décharnées. Derrière lui, le chevalier du Cancer s'impatientait. Alors véloce, sans exiger une quelconque reddition, il s'élança tout dard dehors sur son adversaire.
D'une piqûre rapide et indolore, il terrassa son ennemi sans livrer bataille. Le plaisir le submergea sans prévenir, de face violente et impérieuse, si bien qu'il se surprit à regretter la brièveté de la chose. Le souvenir de son père le soutint durant toute l'opération. Il accomplissait ce pourquoi il l'avait entraîné, malmené... Il se devait de haïr les opposants d'Athéna et de les éliminer de la surface de la terre. Tel était son rôle.
Jamais il ne s'était senti aussi proche de Caleb, son défunt père... Il avait presque l'impression qu'il devait le chérir depuis l'au delà. Soudainement, il se sentit aimé et respecté. Enfin... , ils pouvaient se comprendre.
Il se baissa et ramassa la canette qui avait échappé des mains de sa victime. Il la compressa rageusement, mais avant de la lancer au loin, il distingua dans la boîte métallique un reflet écarlate d'une fureur étonnante. Il crut un instant que du sang avait giclé dans ses yeux et les frotta d'un revers de main. Il refixa l'objet et celui-ci lui renvoya obstinément la couleur éclatante, inaltérable. Que lui arrivait-il? Etait-il en train de se métamorphoser en un animal barbare et sanguinaire?
Il lâcha la boîte comme si une vipère venait de le mordre et la regarda rouler le long du sentier. Comme pour répondre à sa détresse, le vent hurla à la mort et le ciel meurtri se déchira en son centre. Il déversa subitement toute son eau et vint cingler son visage à grands coups de rafales furieuses.
En dépit de ces flots, DeathMask ne bâcla pas sa mise en scène. Son spectacle, bien rôdé, était destiné à terroriser les infortunés spectateurs.
Le vacarme de ses hurlements âpres faisait vibrer l'air ambiant, noyant les cris d'agonie de son adversaire sous des vagues tumultueuses. Il semblait tendre l'oreille avec extase pour surprendre les paroles du vent, magnifique poète à ses heures. Le courant transparent renvoyait l'écho des cris de celui qui allait succomber à ses coups et il trouvait ce chant sublime.
Sa malheureuse marionnette se mit à implorer grâce, mais le Saint n'en eut cure. Son poing massif se levait et s'abattait sur sa pauvre carcasse avec une redoutable détermination. Sa torture était pénible à supporter. Dans un craquement sonore, son bourreau lui brisa l'épaule. Il redressa vivement la tête, les yeux exorbités, la bouche ouverte en un muet cri de douleur, tandis que la main de Death-Mask s'incrustait impitoyablement dans sa chair. Puis, il desserra sa prise. L'homme oscilla, mais ne s'effondra pas. Milo vit alors avec horreur que son calvaire ne faisait que commencer. Le Saint d'or s'apprêtait à lancer les cercles d'Hadès à sa rencontre. Il concentra sa cosmo énergie au bout de son index et sépara l'âme du corps de son adversaire pour mieux l'aspirer dans le royaume des morts. Dans un immonde soubresaut, l'homme expira.
Il avait agit par simple brutalité, Milo en était persuadé. Révolté, il lui hurla :
-"Un tel déferlement de violence était inutile! Tu sais pertinemment que ton attaque aurait suffi à le tuer! Il n'était pas nécessaire de martyriser sa chair avec une telle brutalité!"
Death-Mask lui adressa un sourire moqueur, puis plusieurs regards se superposèrent : celui qui traduisait son mépris, celui qui montrait sa satisfaction et enfin celui qui exprimait une sorte d'inquiétude. Comme s'il cherchait désespérément à donner un sens à sa conduite. Comme s'il réalisait que son esprit était obtus et qu'il ne parviendrait jamais à démêler l'écheveau de ses pensées.
Il finit par hausser les épaules et s'éloigner, laissant seul un enfant profondément choqué...
- Il était revenu depuis plus de deux jours et il n'avait même pas songé à lui rendre visite. Lui, son ami de toujours, le plus fidèle d'entre tous. Comment pouvait-il se montrer aussi cruel, voir indifférent? Et puis Aiola et Aldabéran qui s'ingéniaient à le faire sortir de ses gonds, n'arrangeaient guère les choses :
-"Je me demande comment il s'y est pris pour gagner son armure! S'interrogea le jeune Lion narquois.
-Je pense qu'il a congelé son maître grâce à sa célèbre attaque: l'indifférence glaciale. Ajouta son compère, visiblement amusé.
-Non, non! Il a du le faire mourir d'ennui!" surenchérit l'autre.
-Arrêtez! Vous n'avez aucune idée de ce qu'il lui a fallu traverser pour obtenir son titre! fit Milo excédé.
-C'est bon! Ce n'est pas la peine de t'énerver! C'est pas de ma faute si ton petit Camus chéri t'ignore depuis son retour fracassant..."
Aiola comprit trop tard qu'il avait dépassé les bornes. Il se vit plaqué au sol par une main fine et sacrément puissante. L'air s'expulsa de ses poumons quand il heurta le sol de tout son poids :
-"Je t'interdis de parler de ça! Tu entends, Lion de malheur?" le prévint le fougueux Scorpion, tandis qu'il sentait les roses épineuses de la haine s'épanouir en son ventre. Puis, il desserra son emprise et s'arracha rageusement d'Aiola. C'est sans une once d'aménité, que Milo l'empoigna par le devant de sa tunique pour le remettre sur pied :
-"Il n'a certainement pas eu le temps de nous voir. Ne t'en fais pas Milo! Il ne nous a sûrement pas oublié... le rassura le sage Mu, le regard pétillant de commisération.
Des mots inutiles, rien que des mots vides de sens toujours... Des mots pour panser les maux... Des mots pour ne rien dire... Saisi de colère, Milo leur cria qu'il se fichait éperdument du Saint du Verseau. Tous se figèrent de stupeur devant l'emportement du jeune grec. Lui même fut abasourdi par la raisonnance de sa voix. Chaque syllabe s'était échappée de sa gorge comme une hémorragie. Il songea que la voix humaine avait une étrange faculté, celle de révéler nos plus profondes blessures. Elle était changeante à tout instant et souvent, on se révélait incapable de la commander. Elle eut pour effet de le calmer. Interdit, il se rassit auprès de ses amis. Il se confondit en excuses et attendit avec impatience de se réfugier dans un endroit où rien ne comptait de ce qui définissait l'homme, seulement le cycle de la mort et de la renaissance.
Par instants, il tournait la tête avec légèreté du côté de l'encadrement de la porte, où les chevaliers affluaient pour prendre leur repas. Comme souvent alors que tout son désir semblait l'entraîner vers une forêt de solitude, il ne pouvait s'en contenter et s'approchait des hommes avec méfiance pour finalement se mêler à eux. Il ressemblait trait pour trait aux loups, qui, fasciné par les humains, se faisaient un plaisir de venir les envahir. Il se sentait inhumain et pourtant ils aimaient les hommes profondément.
Il était sauvage et tout plein du désir de se fondre dans la masse. Et plus que tout au monde, il souhaitait revoir son petit elfe pâle.
Il le sentit avant de l'apercevoir. Il n'y avait que lui pour faire chuter la température de la salle de façon si soudaine. Le coeur étreint, Milo se retourna lentement.
Il était là, tout simplement.
Les rayons inclinés du soleil d'été auréolaient doucement le dessus de sa tête, lui conférant un éclat doré. Cette lumière éclairait son corps de manière quasi surnaturelle et donnaient à sa chevelure la plus flamboyante des parures. D'une pâleur mortelle, il présentait deux yeux immenses couleur lagune, enchâssés dans un beau et triste visage. Des yeux à vous déchirer l'âme, sans aucune étincelle de vie. Un éclat vide et lisse. Les yeux bouleversants et terrifiants d'un mort vivant.
Il était admirable en tous points, beau comme l'aurore et scintillant comme des cristaux de givre. Un seigneur des glaces rayonnant de splendeur, tellement froid...et tellement fier... Subjugué par sa délicatesse de ses courbes, Milo ne lui avait jamais trouvé une allure aussi noble. Son apparition avait la qualité onirique d'un songe : sans tâche et sans défaut, il incarnait la perfection même. Le jeune grec ne pouvait s'empêcher de comparer sa beauté à celle d'un astre solitaire dans l'univers blême de la nuit. Il l'aurait reconnu entre mille son petit elfe des bois.
Il vit ses lèvres de pétale s'étirer en un sourire radieux. Son coeur fit un bond dans sa poitrine. Mais ce sourire dont il rêvait secrètement dans son lit pour tromper les heures à souffrir ne lui était pas destiné. Anéanti, il le regarda, impuissant, aller à la rencontre du Grand Pope, d'une démarche outrecuidante. La clarté du jour irisait sa peau diaphane de reflets moirés. Ses longs cheveux soyeux chatoyaient le long de son dos au grés de ses pas. Comment attirer son attention, lui qui ne pouvait prétendre intéresser personne?
En cet instant, Milo eut l'envie folle de serrer son long cou gracile de cygne entre ses mains. Il voulait faire la peau à son indifférence. Cette soudaine pulsion le laissa parfaitement ahuri. Saga surprit son regard flamboyant. Puis, ses yeux s'enflammèrent à leur tour, comme ils se rivaient aux siens. Il semblait au Scorpion qu'une haine parfaite s'était établie entre lui et le souverain des chevaliers d'or. Mais sa jalousie poussée au paroxysme altérait gravement ses facultés d'analyse.
Quand Camus avait franchi le seuil du réfectoire, il avait aussitôt jeté un coup d'oeil oblique vers la table central, espérant apercevoir son ami parmi les chevaliers d'or et pourquoi pas lui parler. Parler à tort et à travers comme lorsqu'ils étaient enfants et combler le vide de leur existence par n'importe quelles paroles pourvu que cela leur donne l'ivresse, un semblant de paix. Il ne s'était pas encore retourné et c'était une merveille redoutable que de le voir parmi l'élite des chevaliers, si vivant, si différent de lui.
Depuis quelques jours, il apprenait à connaître le nouveau Milo, celui que les rumeurs qualifiaient de sicaire et dévoyé. Il n'y avait tout d'abord pas été attentif. Puis, la curiosité avait pris le dessus. Il savait désormais que son jeune ami faisait parti des meurtriers de confiance à la solde du Grand Pope. Lui, le petit garçon si joyeux et si tendre de ses souvenirs. Comment une telle chose avait-elle pu se produire en son absence?
Il l'observa à la dérobée. Il avait bien grandi le petit chenapan du sanctuaire. Bien qu'un rideau de mèches soyeuses et indisciplinées lui dissimula les traits de son visage, il devina l'ossature ciselée de sa mâchoire. Sous sa tunique, sa musculature devait être harmonieuse et sa silhouette toute en finesse, à la manière d'un fauve. Une aura magique s'accrochait à son personnage. Sa force et sa grâce sauvage semblaient être un refus de toute humanité.
Il le vit se retourner sans empressement aucun et exercer sur lui une observation tout aussi minutieuse. Il ne savait pas pourquoi, mais ceci le mettait drôlement mal à l'aise. C'est pourquoi il alla au-devant de son supérieur au masque impassible. Il était heureux de le retrouver. Il faisait parti des êtres chers à son coeur, mais aussi des rares personnes qu'il admirait. Il était le seul à tolérer son apparente froideur sans lui faire le moindre reproche. Comme elles lui avaient manqué ces heures paisibles à discuter philosophie et littérature en sa compagnie. Le calme et la puissance qu'il exhibait à chaque instant, lui donnaient une dimension quasi divine.
Il lui parlait, lui expliquait son fichu destin, lorsqu'il fut saisi par les yeux de braises de son interlocuteur. Ils crépitaient et regardaient à travers lui. Il suivit leur trajectoire et fut stupéfié de découvrir qu'ils étaient rivés à deux joyaux d'une cruauté inouïe.
Les mots de Camus lui étaient soudainement parus aussi ténus et dépourvus de signification que les sifflement du merle. Il éprouvait un vif étonnement mêlé aux couleurs cramoisies de l'incompréhension et de la détresse. Pourquoi le petit les fixaient-ils avec une telle haine?
Un souvenir bâtard ressurgit de son esprit : il l'avait déjà entrevu ce regard..., une fois..., il y a bien longtemps..., là..., face à la mer..., rivé au couple qu'il formait avec un enfant au masque de marbre.
ll ne me reste plus qu'une chose à faire : lire vos productions et rattraper un retard de deux mois.
Bisou à tous. I
