« Sarah, ta tante est là. » déclara une voix qui lui semblait étonnement loin.

Ouvrant difficilement les yeux, la jeune fille se réveilla affalée contre un mur. Elle mit un moment à reprendre ses esprits. Son retour du parc, l'arrivée des Rogue, les quelques mots échangés avec leur fils... Du reste, elle n'avait que très peu de souvenirs. Elle se rassit correctement et posa un regard un peu perdu autour d'elle. Elle n'aurait pas pensé s'endormir, et s'était attendue à passer une nuit particulièrement longue mais à en croire les premiers rayons de soleil qui éclairait la pièce, ça n'avait pas été le cas. Ses prunelles finirent par se poser sur une silhouette un peu floue près du lit sur lequel elle était assise. Elle se précisa doucement. Eileen se tenait près d'elle.

« Ta tante est en bas. »

C'était sa voix qui l'avait tiré du sommeil. Sarah se releva brusquement, un peu trop sûrement puisqu'elle eut peine à retrouver une stabilité correcte. Elle avait l'impression d'avoir mal partout. Elle s'étira discrètement, attrapa son sac resté sur le sol depuis la veille et suivit la femme dans les escaliers. Dans la petite cuisine, négligée et mal éclairée, Severus avait le nez plongé dans un bol et semblait totalement absorbé par son contenu pendant que Penny, une tasse de café devant elle, le dévisageait sans un mot. Ni l'un ni l'autre ne sembla remarquer son arrivée, ce qui ne la dérangea pas le moins du monde.

« Tu veux déjeuner ? »

« Non merci. » répondit-elle d'une petite voix, un peu timide.

Penny parut revenir brutalement à la réalité. Elle se leva d'un bond et vint la prendre dans ses bras comme si cela faisait des jours qu'elle n'avait plus de nouvelles. Lorsqu'elle s'éloigna, Sarah lui lança discrètement un regard étonné. Si c'était une façon de se faire pardonner, c'était raté.

« Je t'avais laissé les clés sur la table. »

Heureusement qu'elle le lui avait dit... La jeune fille esquissa un vague geste de la main alors qu'elle tentait vainement d'aplatir les plis qui s'étaient formés durant la nuit sur son tee-shirt. En relevant les yeux, elle croisa ceux de la blonde et comprit qu'elle ne voyait pas où était le problème. Elle soupira d'un air las et enfonça ses mains dans les poches de son short.

« Et t'as fermé la porte avec les tiennes en partant. » rappela t-elle.

« Oh... Je suis dé... »

« Ca n'a aucune importance. » la coupa la jeune fille.

Le visage de Penny s'était revêtu d'une apparence enfantine, penaude et hébétée. Elle comprit sans grand mal qu'elle n'avait jamais voulu l'enfermer dehors, que c'était un simple accident. Malgré tout, aussi loin qu'elle pouvait se le rappeler, sa mère n'avait jamais eu ce genre de problème, avec cinq enfants. Parfois, sa tante lui donnait l'impression d'être encore une adolescente. Elle ne dit cependant rien sur le sujet. La jeune femme échangea quelques mots avec son amie, qu'elle n'écouta pas, et se tourna vers elle.

« On rentre ? »

« Merci pour tout. » lâcha Sarah en s'adressant à l'amie en question. « A une prochaine fois, peut-être ? »

Un peu plus loin, elle remarqua le jeune homme hausser les épaules sans même se retourner. Elle sourit discrètement et suivit sa tante sans broncher.

[…]

Près d'une semaine s'était écoulée depuis l'incident. Elles n'en avaient pas vraiment reparlé, elles n'avaient pas grand chose à en dire de toute façon, elles ne pouvaient plus rien y faire. Leur relation, plus amicale que familiale, ne s'était pas dégradée pour autant. Sarah ne sortait plus sans un double des clés et chacune continuait sa vie sans plus de soucis.

Assise sur l'une des balançoires de l'aire de jeux déserte, la brune lisait avec attention un journal qu'elle avait trouvé sur un banc sur son chemin, probablement oublié là. L'un des titres avait attiré son attention: « Dora Millows retrouvée morte. ». Ce nom, elle l'avait déjà entendu quelques parts mais elle ne parvenait pas à se souvenir ni où ni quand. Se balançant doucement, elle lisait et relisait le court article.

« Disparue depuis Noël dernier, Dora Millows a enfin été retrouvé. Son corps a été découvert sans vie dans une forêt non loin de son domicile. La police est incapable de dire s'il s'agit d'un suicide, d'un meurtre ou d'une mort naturelle. Aucun indice n'a été retrouvé. Il semble qu'il n'y ait aucune piste. La jeune femme de vingt-quatre ans vint allonger la liste des morts suspectes de ces deux dernières années. Près d'une dizaine. Pour l'instant, il n'y a aucun suspect et bien que la rumeur d'un tueur en série court, la police préfère ne pas se prononcer, faute de preuve. »

Alors qu'elle s'apprêtait à le relire une nouvelle fois dans l'espoir qu'un éclair de lucidité la foudroie, une conversation lointaine la ramena à la réalité. Une portière claqua et une voiture démarra presque aussitôt. Sarah se retourna pour la regarder partir lorsqu'elle aperçut une jeune fille, de dix-neuf/vingt ans, marcher rapidement sans même la remarquer. Elle avait un sourire rayonnant sur les lèvres mais elle essayait de le cacher sans succès. Elle crut ranger un papier dans son sac à main mais celui-ci tomba à côté sans qu'elle ne se rende compte de quoi que ce soit.

« Attends ! Eh ! Attends ! » s'écria Sarah alors qu'elle lui courrait derrière, ramassant le papier au passage. « Mais attends, t'as fait tomber ça ! »

A ces mots, l'inconnue se stoppa nette et se retourna. Elle ne semblait pas certaine que ce soit bien à elle qu'on parlait mais elle parut s'en convaincre en la voyant arriver droit sur elle. Elle lui mit son bien dans la main et reprit son souffle tant bien que mal. La jeune fille resserra le poing autour de la feuille et lui lança un regard un peu hautain en la remerciant vaguement.

« Je t'ai jamais vu, ici. » siffla t-elle froidement, presque sur un ton de reproches.

« C'est normal... Je suis là que... Pour les vacances... Chez ma tante... »

« Ta tante ? »

« Penny Snatcher, elle habite au bout de la rue, là. » précisa t-elle en désignant le chemin qu'elle avait emprunté pour venir.

Son regard se fit plus froid encore et son air plus supérieur. Sarah ne comprit pas pourquoi, ni même ce qu'elle pouvait avoir contre sa tante. Malgré l'immaturité dont elle faisait preuve par instant, elle n'imaginait pas Penny être amie avec une adolescente.

« Un problème ? »

« Les gens qui habitent l'impasse du Tisseur sont peu recommandables. » cracha t-elle.

« Ah bon ? Qui par exemple ? »

Elle s'était retenue d'avouer qu'elle pensait que c'était plus ou moins tous les gens de la ville et pas seulement ceux-là, mais le regard déjà désagréable de la jeune fille la retint d'ajouter le moindre mot sur le sujet. L'inconnue s'assura qu'il n'y avait pas d'oreilles indiscrètes autour d'elles et s'approcha légèrement de Sarah, un sourire mauvais sur les lèvres.

« Les Rogue par exemple, surtout leur fils d'ailleurs. »

« Je ne vois pas en quoi. »

Son sourire s'évanouit aussitôt alors qu'elle reculait vivement, comme si elle craignait d'être contaminée par elle ne savait trop quelle maladie dangereuse. Une lueur haineuse se mit à briller dans ses yeux tandis qu'elle la fixait sans ciller.

« Toi aussi t'es... Comme eux ? »

« Comme eux ? »

« Un monstre. »

Sarah resta interdite un moment. Elle ne voyait pas ce qu'il y avait de monstrueux chez ses voisins provisoires. L'inconnue dut prendre son silence pour un oui puisqu'elle n'attendit pas de réponse et partit d'une allure étonnement rapide en lançant de nombreux regards derrière elle, comme pour vérifier qu'elle ne la suivait pas. Comme si elle en avait envie. Elle la regarda disparaître sans bouger et retourna sur sa balançoire. Est-ce que les gens de cette ville étaient vraiment tous étranges ou bien n'avait-elle juste pas de chance ? Elle se rassit et soupira tout en recommençant à se balancer. Elle allait de plus en plus haut quand elle réalisa enfin d'où elle connaissait le nom de la victime. Elle revoyait les articles aux photos vivantes accrochées au dessus du bureau de Severus.

Dora Millows était l'une des victimes de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, une née-moldue ou quelque chose comme ça si ses souvenirs étaient exactes.

Avait-il quelque chose à voir avec ça ? C'était ça que la fille avait entendu par 'monstre' ? La première pensée qu'elle avait eu en rentrant dans la chambre du jeune homme lui revint: son corps inerte étendu sur le sol et baignant dans son propre sang, mais il n'y avait aucune trace de sang sur les lieux de la macabre découverte ni même sur le corps de la victime alors son imagination effaça la petite mare rouge sombre sans pour autant rendre le résultat plus rassurant.

Elle n'attendit pas que la balançoire s'arrête et sauta en vol, retombant lourdement sur le sol avant de ramasser le journal et de faire demi-tour. Elle n'était pas sûre d'avoir des explications ou quoi que ce soit mais ça ne lui coûtait rien d'essayer. Une fois entre les deux maisons, elle hésita un moment à frapper à la porte mais le manque d'envie de se retrouver face à M. Rogue l'emporta alors elle attrapa un petit caillou qui trainait là et le lança sur la vitre de la chambre du jeune homme. Il apparut derrière celle-ci quelques secondes plus tard et en la voyant, il l'ouvrit.

« Tu peux descendre deux minutes, s'il te plait ? » lui demanda t-elle gentiment.

Il râla sans qu'elle ne puisse comprendre ce qu'il disait et referma la fenêtre. Ils ne s'étaient pas revus depuis la soirée qu'elle avait passé chez eux, à peine s'ils s'étaient aperçus une ou deux fois. Elle avait remarqué que c'était la fenêtre de sa chambre qui donnait juste en face de la sienne et l'observait machinalement depuis son lit jusqu'à ce qu'il éteigne la lumière. La porte d'entrée finit par s'ouvrir à son tour.

« Qu'est-ce que tu veux ? »

Il ne semblait pas particulièrement de bonne humeur, peut-être l'avait-elle dérangé, mais elle ne s'en formalisa pas et déplia le journal entre eux.

« Regarde, ça. » dit-elle en lui montrant l'article.

« Qu'est-ce que ça peut me faire ? »

« La fille là, Dora, ils viennent de retrouver son corps sans être sûr de rien, pourtant sur les articles qu'il y a au dessus de ton b... »

« Tais-toi. » ordonna t-il.

Surprise, elle s'exécuta sur le champs, le fixant sans un mot avec un mélange d'inquiétude et de curiosité. Il parut aussi surpris qu'elle de remarquer qu'elle lui avait obéis. Ils restèrent de longues secondes à s'observer sans un mot.

« T'as quelques choses à voir avec tout ça ? »

Sarah regretta presque aussitôt d'avoir posé la question de cette manière. Severus sembla se perdre dans ses pensées alors que son regard se voilait d'une tristesse qu'elle ne comprenait pas, mais elle savait qu'elle n'avait pas de rapport avec elle, que ça allait bien plus loin que ça sans savoir de quoi il s'agissait. Elle ne le lui demanda pourtant pas.

« Non. » déclara t-il enfin.

« Alors explique-moi. Une fille a tenu des propos bizarres tout à l'heure, j'ai cru qu'elle savait quelque chose. Sur ton mur, ils disent que c'est Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom qui l'a tuée, et l'article date des vacances de Noël. Comment ils peuvent savoir alors que la police n'en sait rien ? Pourquoi tu ne dis rien ? »

Bien qu'il ne prononça pas le moindre mot, elle comprit qu'il attendait des explications. Elle n'en aurait probablement pas si elle ne lui en donnait pas. C'était injuste mais elle s'y plia sans broncher.

« J'étais aux balançoires quand elle a fait tomber un truc, j'ai été lui rendre, on a échangé deux-trois mots. On en est venues à parler de ma tante, et de la rue, et elle a fini par dire que tes parents et toi n'étiez pas fréquentables, surtout toi, et que vous étiez des monstres. » raconta t-elle d'une traite.

« Petunia... »

« La soeur de... Euh... Lily ? »

« Tu connais Lily ? » s'étonna t-il soudainement.

« Non. Mais Penny m'a dit que vous étiez amis avant et que si je voulais savoir pourquoi vous ne l'étiez plus, j'devais le demander à Petunia qui serait toujours contente de descendre sa soeur. »

S'il avait paru légèrement rassuré lors de sa première explication, il se renferma si tôt la deuxième terminée. Elle se sentit idiote. Elle aurait bien dû se douter qu'apprendre que sa vie se baladait sans qu'il ne contrôle rien ne devait pas être très agréable. Il lui lança un regard mauvais et s'apprêta à rentrer chez lui.

« Je n'avais pas l'intention de demander quoi que ce soit tu sais... » avoua t-elle. « C'est pas ce que je veux savoir et tu le sais. »

Il soupira exagérément, comme pour lui faire comprendre qu'il en avait marre. Elle aurait pu le laisser rentrer sans l'embêter plus longtemps, essayer de ménager le semblant de sympathie qui pouvait s'installer entre eux mais elle n'en fit rien.

« Ca ne me regarde pas, je sais. Et je dois me taire, et je te promets que je le ferais si tu me racontes cette histoire. Tu sembles en savoir beaucoup. Plus que ce qui est raconté en tout cas. S'il te plait... »

« T'attendras d'en savoir plus toute seule. »

« On en saura jamais plus. »

Il s'arrêta et l'interrogea du regard, un air de surprise dissimulée peint sur son visage. Sarah ne rajouta pourtant rien. Elle se contenta de baisser les yeux et de fixer ses chaussures avec un intérêt tout particulier. Elle sentait le poids de son regard sur elle, il ne faiblissait pas.

« Et qu'est-ce que tu en sais ? » finit-il par demander.

« J'en sais rien. Mais je ne sais pas non plus ce que sont que des 'moldus', des 'mangemorts' ni même qui est 'Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom', sauf un assassin visiblement. Et je ne suis pas la seule. Les photos des articles bougent et il se passe des choses qui dépassent tout le monde, je ne pense pas que ce soit qu'une simple coïncidence. »

Il n'avait pas dû s'attendre à ce qu'elle retienne autant de choses de ce qu'elle avait vaguement lu une semaine plus tôt et avait sûrement espéré qu'elle n'avait pas remarqué le mouvement des images, aussi insignifiant soit-il. Il resta sur la défensive un moment, marmonna quelque chose où elle ne comprit que 'stupide' avant de relever les yeux vers elle et ne soutenir son regard.

« Tu passerais pour une folle si tu disais quoi que ce soit. »

« Justement. Explique-moi... »

Il ne répondit rien et reprit son chemin jusqu'à chez lui. Il ouvrit la porte et alors qu'elle s'attendait à ce qu'il disparaisse à l'intérieur, il la tint, attendant qu'elle daigne entrer. Elle se retint de sourire et se dépêcha de le rejoindre.

« Merci. » dit-elle en entrant, mais ils savaient tous deux que ce n'était pas que pour lui avoir tenu la porte.

Il la laissa claquer sitôt Sarah entrer et montra rapidement les marches qui menaient à l'étage. Elle le suivit jusque dans sa chambre. Il vit les cent pas au travers de la pièce, l'évitant plusieurs fois de justesse. Il ne semblait pas savoir par où commencer, ni même s'il voulait vraiment commencer.

« Tu crois à la magie ? » questionna t-il enfin. « Non, qu'importe en fait. Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, le Seigneur des Ténèbres, est le plus grand sorcier de tous les temps. Il veut que les sorciers cessent de se cacher, se débarrassent de tous les nés-moldus, qu'il juge impurs, et reprennent l'ascendant sur les moldus. -Elle ouvrit la bouche mais il la devança- Les gens qui n'ont pas de pouvoir, comme toi. Lui et ses serviteurs, les Mangemorts, ont déjà commencé, c'est pour ça qu'il y a des victimes dans les deux mondes. »

Elle paraissait aussi émerveillée que choquée et buvait ses paroles sans en perdre le moindre mot. Son regard s'était teinté d'admiration et c'était sûrement ce qui l'avait fait faiblement rougir.

« Tu...? »

« Oui. »

« Waw... »

Probablement encouragé par l'intérêt qu'elle lui portait, il se leva et alla fouiller dans son armoire d'où il en sortit quelques livres qu'il lui tendit. Il s'assit à côté d'elle et commença à commenter ses manuels de cours d'une voix emplie d'une certaine fierté. Elle l'écoutait religieusement, voyant en lui une certaine puissance qu'elle n'aurait su expliquer. Il devait l'avoir remarqué. Elle s'intéressait à chaque phrase qu'il expliquait, à chaque schéma qu'il lui faisait voir. Elle rêvait toute éveillée...