Résumé du précédent chapitre: une semaine après l'horrible scène dont elle fut accidentellement témoin, Naomi retrouve enfin Simon, plus pétulant que jamais. Et par un concours de circonstances inhabituelles, tous deux rencontrent enfin la "princesse" d'Azkaban qui les protège contre la menace Deborah Malefoy. Mais sans qu'aucun ne le sache, insensiblement, un piège mortel se referme sur chacun d'entre eux...
Parole de l'auteur : toujours rien à dire… à part des remerciements pour toutes celles m'ayant envoyé une review. Ah si ! Le prochain chapitre arrivera dans quinze jours, comme d'hab'. Voilà, bonne lecture à tous.
Réponse à la review anonyme :
Any Black : merci pour ta review très encourageante. Je suis contente que cette nouvelle fic te plaise. Après Cas de Peste, c'est vrai que ça fait du bien de se changer un peu les idées. ;) Bon, j'espère que la suite sera la hauteur ! '-_- Bonne lecture.
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Quatre saisons
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Première partie : le printemps
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L'Ascension
Depuis plus d'un mois que Hermione vivait au manoir Malefoy, elle avait fini par s'habituer au train de vie qu'elle y menait. Même parfois, elle s'était aperçue en elle-même non sans quelque surprise, qu'elle n'était pas si malheureuse qu'elle l'avait craint au départ. La journée, le maître de la maison était absent car il devait travailler au ministère. Hermione jouissait donc d'une certaine liberté qu'elle avait au tout début employée à visiter la bâtisse.
Il ne lui avait pas fallu longtemps d'ailleurs pour prendre ses repères, et trouver notamment l'imposante bibliothèque familiale.
Naturellement, ses vieilles habitudes étant solidement ancrées en elle, l'ancienne élève n'avait pas pu résister à la tentation d'ouvrir quelques livres. Si durant les premiers jours elle avait craint que Deborah Malefoy la surprenne, cette appréhension s'était vite évaporée car la dame ne fréquentait jamais cet endroit, préférant le laisser aux mains habiles des elfes pour l'entretenir. Et d'ailleurs, personne ne lui expressément interdit de consulter les documents.
Hermione avait ainsi pu élargir ses connaissances culturelles et sorcières.
Car contrairement à ce qu'elle avait imaginé, la bibliothèque des Malefoy n'était pas du tout un ramassis de livres de magie noire, mais contenait au contraire une grande variété d'œuvres très diversifiées. Il y avait un peu de tout : des manuels d'apprentissage en tout genre, des livres d'histoire et de géographie, des traités de sorcellerie, de potions, etc… des études et des documentaires sur de nombreux sujets, des récits de voyages et même des romans.
Et bien sûr aussi, des traités sur la magie noire. C'étaient ceux-là qu'Hermione avaient lus le plus attentivement. « Connais tes ennemis si tu veux les combattre », disait-on.
En résumé, la vie qu'elle menait correspondait plutôt à ce qu'elle avait toujours rêvé, d'un point de vue intellectuel.
Seule ombre au tableau – et de taille : la nuit.
Car la nuit, elle redevenait ce pourquoi on l'avait acheté : une mudain, un bien mobilier, une vulgaire marchandise dont on pouvait user en tout impunité, et jeter quand on l'aurait cassé. Bien que quarante jours se fussent écoulés depuis son arrivée au manoir, elle ne s'était jamais habituée aux assauts de Malefoy et ce, parce que c'était tout à fait impossible.
Chaque viol qu'elle subissait, l'ancien Serpentard s'acharnait toujours à en faire une véritable séance de torture. Tous les moyens étaient bons pour lui infliger des souffrances intolérables et elle savait qu'avec lui, il fallait toujours s'attendre au pire. Menaces, coups et humiliations étaient ses jeux favoris, dans lesquels il mettait un raffinement et une cruauté qui dépassaient toute imagination. Et comme à chaque fois il inventait de nouveaux supplices, Hermione vivait toujours l'incertitude et la peur du lendemain.
Cette peur animale et violente devant la souffrance, l'ancienne Griffondor ne la contrôlait plus : elle se débattait toujours avec une force décuplée par la terreur et la rage. De ce fait, Malefoy ne pouvait jamais la vaincre sans la blesser sérieusement. Naturellement, les mesures les plus vicieuses étaient prises pour l'empêcher de mourir, mais pas de ressentir.
Une fois, elle avait essayé une tout autre tactique : celle de ne pas broncher du tout, de se laisser complètement faire dans l'espoir d'avoir à encaisser moins de blessures. Malheureusement, elle avait obtenu l'effet inverse de ce qu'elle recherchait.
Ce soir-là, loin de se laisser déstabiliser par sa froideur, il lui avait carrément brisé les côtes. Elle ne l'avait plus jamais refait.
Son seul réconfort, son point d'ancrage émotionnel qui lui permettait de tenir le choc, c'étaient les enfants.
L'après-midi, ne voulant pas passer son temps à ne rien faire ni à lire, elle se rendait généralement auprès d'eux et les aidait dans leurs menus travaux. Le soir, elle leur tenait compagnie jusqu'à l'heure du coucher et leur racontait une histoire. Souvent, elle les défendait lorsque Deborah Malefoy s'emportait contre eux.
Au bout de quelques jours, elle était rapidement devenue leur préférée.
Et plus elle passait de temps auprès d'eux, moins elle avait le désir d'en consacrer à la bibliothèque, mais elle s'y forçait quand même, au moins deux heures par jour pour ne perdre le niveau.
Les choses en étaient là, lorsque un jour, deux semaines après la légère prise de bec avec Naomi, Hermione fit une rencontre devrait plus tard bouleverser sa vie ainsi que l'ordre établi du monde sorcier en Angleterre.
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Environ trois semaines plus tôt :
Mi-mai. La saison des fleurs avait passé depuis longtemps. À présent les arbres fruitiers commençaient à aborder de timides ébauches rondes mais peu charnues à la place des bourgeons. Les cerisiers étaient les plus avancés, on devinait qu'après la mi-juin, ils seraient fort prodigues de leurs fruits.
Le climat, lui, n'était pas perçu de la même façon par tout le monde. S'il était idéal pour la végétation, pour les humains en revanche, il était plutôt pénible : ce n'était que d'incessants changements entre pluie et soleil, chaleur et froideur, le tout baignant dans une atmosphère lourde d'humidité, frisant la moiteur. En très peu de temps, on entendit les enfants tousser, renifler et éternuer. Ajouté à cela, le pollen qui s'infiltrait partout au gré du vent acheva de faire prospérer les épidémies de rhume et de grippe.
Ce jour-là, armée d'un sécateur, Naomi se rendait dans le jardin, un peu déprimée car elle devait tailler les rosiers alors que dehors il tombait des cordes depuis cinq minutes. On pouvait même encore apercevoir le soleil à travers le rideau de pluie.
La météo avait tourné si vite que même le soleil n'avait pas eu le temps de se cacher derrière les nuages.
« Où vas-tu Naomi ? »
La fillette se retourna et aperçut Hermione, vêtue d'un pantalon et d'une chemisette blancs. Elle se troubla un peu car la jeune fille ne lui avait plus reparlé depuis » l'accrochage » qui remontait à deux semaines. D'une voix qu'elle s'efforça de rendre claire et assurée, elle répondit :
-Dans le jardin. Madame Malefoy m'a demandé de tailler les rosiers.
Avisant les conditions atmosphériques à l'extérieur d'un seul coup d'œil, Hermione comprit sans peine la répugnance qu'affichait la petite fille pour ce travail.
-Ok. Est-ce que tu veux que je vienne t'aider ? Proposa-t-elle aimablement.
L'air plein de reconnaissance et de soulagement, Naomi avoua en balbutiant :
-Oui… oui je veux bien s'il-vous-plaît.
-Alors allons-y ensemble », sourit la jeune fille en lui tendant la main.
Ravie par ce secours inespéré, Naomi prit sans hésiter la main de son aînée et elles partirent ensemble dans le jardin. Soudainement à découvert, l'averse les surprit par sa fraîcheur et sa violence. Devant elles, le ciel leur offrait un étrange spectacle : lumineux vers le haut, gris perle dans les hauteurs, plus sombre vers le bas, et tranchant sur l'herbe caressée par les rayons dorés du soleil dont la lumière blanche illuminait les gouttes de pluies comme autant de pointes d'argent.
Profitant de ce que sa petite compagne ne la regardait pas, Hermione posa sa main de libre sur sa tête et murmura :
« Impervius »
Heureusement à son grand contentement, le sort fonctionna tout de suite. La magie sans baguette était beaucoup plus facile avec un contact direct avec la personne que l'on voulait soumettre à l'enchantement.
Mais Naomi se rendit bien compte que quelque chose d'inhabituel se passait. Car lorsqu'elle cessa de sentir les gouttes éclabousser son visage, elle se tourna vers celle qui l'accompagnait, l'air soupçonneux. Hermione soupira, comprenant aisément ce qui avait perturbé la petite : depuis en effet qu'elle vivait dans le monde la magie, Naomi n'avait rencontré que des sorciers fourbes à l'âme aussi noire que le charbon, aussi n'était-il pas surprenant qu'elle eût appris à s'en méfier.
« Qu'avez-vous fait ? Demanda-t-elle avec méfiance.
-Je nous ai protégées de la pluie, déclara Hermione avec douceur. Je n'ai rien fait d'autre. Et si j'avais voulu te faire du mal, tu l'aurais senti.
Peu convaincue, elle lâcha la main d'Hermione et s'écarta d'elle en la fixant comme si elle eût fait face à une bête dangereuse. Alors la jeune fille choisit une autre tactique : s'agenouillant devant elle, elle lui parla d'un ton grave :
-Naomi… regarde-moi s'il-te-plaît.
À contrecœur, elle s'exécuta.
-Naomi… il ne faut surtout pas que tu parles à qui que ce soit de ce que j'ai fait. Si jamais Monsieur ou Madame Malefoy sont au courant, j'aurais de très gros ennuis.
D'une voix qui couvait une longue rancune, l'enfant répliqua amèrement :
-Depuis que je suis ici, on m'a beaucoup demandé de me taire et d'oublier. Et quand va-t-on enfin me donner des explications ?
-Si je t'ai demandé de ne pas le dire, c'est parce que je n'ai pas le droit de faire de la magie normalement, révéla aussitôt Hermione.
Vivement, Naomi lança d'un ton accusateur :
-Donc vous êtes bien une sorcière !
-Oui mais je ne suis pas ton ennemie », affirma-t-elle lentement en la regardant dans les yeux.
Bouleversée par cette conversation qui chamboulait tous ses repères, Naomi se sentit bizarre. D'un côté, elle se sentait aux bords des larmes et de l'autre, remplie d'une sorte d'espoir. En face d'elle, le plus âgée observait toutes les d'émotions qui passaient sur son visage. À la fin, de plus en plus troublée, la fillette demanda brusquement :
« Pourquoi vous n'avez pas le droit de faire de la magie ?
-Parce que je suis une fille de moldus, c'est-à-dire une enfant de personnes sans pouvoir.
Cette fois, la plus jeune parut très étonnée.
-Et alors ?
-Et alors pour les sorciers qui nous réduites toutes les deux esclavages, avoir des parents moldus, c'est comme si on était on était moldu soi-même. Alors moi aussi ils m'ont fait du mal. Ils ont tué mes amis sous mes yeux avant de s'en prendre à moi. J'ai été poursuivie comme une criminelle, j'ai dû m'enfuir et me cacher pendant près de six mois dans la nature comme un animal sauvage. Puis j'ai été capturée, emprisonnée et vendue, mille fois j'ai failli mourir. Tu vois, j'ai connu encore plus de malheurs que toi pour avoir eu des parents sans pouvoir.
Un peu honteuse, Naomi rosit et baissa la tête. Enfin, elle dit :
-Alors… on est pareille en fait…
-Oui. On est pareille.
-Et pourquoi… pourquoi ils nous détestent autant ?
Le cœur serré, Hermione lui avoua la vérité :
-Et bien, ils pensent que nous leur sommes inférieurs, soit parce que nous sommes moldus, soit parce que nos parents sont moldus. Ils considèrent que les vrais sorciers ne peuvent être que ceux qui descendent déjà d'une lignée de sorciers… et que le reste n'est destiné qu'à les servir.
-Alors si j'ai bien compris, dans leur tête, nous les moldus et les sorciers enfants de moldus, nous serions des sous-hommes ?
-Quelque chose comme ça, oui. »
La petite fille hocha la tête sans répondre. C'était simple, clair, concis. C'était la triste réalité. Pour la faire penser à autre chose, Hermione l'emmena vers les rosiers.
Durant leur discussion, la pluie s'était arrêtée. Au loin, on voyait un morceau d'arc-en-ciel jaillissant des arbres touffus et fondant dans la masse nuageuse.
Arrivées devant les fleurs qui grimpaient le long des murs, l'ex-Griffondor s'exclama d'une voix un peu trop enjouée :
-Bon, il s'est arrêté de pleuvoir, c'est bien non ? Allez, mets tes gants, on va commencer par ce coin-là.
-Mais… je n'ai pas de gants, objecta Naomi avec perplexité.
-Comment ça tu n'as pas de gants ? Dit-elle en fronçant les sourcils. Qui t'a demandé de tailler les rosiers ?
-C'est madame Malefoy, en personne, confessa-t-elle du bout des lèvres.
-Et elle ne t'a pas donné de gants ? S'exclama Hermione dont la voix grimpait au fausset. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? A-t-on idée de tailler des roses sans protection ?
-Est-ce qu'il faut qu'on aille lui en demander ? Suggéra simplement Naomi.
-Oui. Allons-y maintenant. Tailler des rosiers sans gants… on marche sur la tête. »
Là-dessus, elle entraîna la fillette à sa suite et retourna dans le manoir. Parcourant les couloirs à droite à gauche et glanant des informations auprès des mudains, elles finirent par trouver Mrs Malefoy, s'apprêtant visiblement à partir chez ses amies. Sans façon, Hermione la harponna sur son chemin :
« Ah ! Ma bonne femme, je vous cherchais justement.
-Je n'ai pas le temps ! Et je te serais gré de m'appeler « Mylady », rétorqua-t-elle d'un ton glacial.
-Très bien, Votre Sérénissime Grandeur, susurra Hermione d'une voix mielleuse en insistant sur les derniers mots. Auriez-vous l'obligeance, que dis-je ! L'immense et incommensurable bonté de nous prêter deux paires de gants pour tailler les haies de roses dans le jardin ?
-Depuis quand tu jardines, toi ? Riposta-t-elle d'un ton acide.
-Depuis quand que j'ai eu connaissance de la consigne, euh… originale que vous avez donné à cet enfant : tailler des roses sans gants. La plaisanterie est piquante, mais si vous voulez que le travail soit réalisé, il faudra tout de même nous procurer des gants.
-Tu discutes mes décisions ? Dit-elle d'une voix dangereuse.
-Jamais de la vie ! Protesta Hermione théâtralement. Je conçois très bien au contraire que dans la précipitation due à la vie stressante et é-pui-sante que vous menez, cela vous aura échappé. »
Une fois de plus, Deborah regretta d'avoir acheté à son mari une esclave aussi bavarde et irrespectueuse. Et elle qui avait cru que l'horrible première nuit à subir les brutalités de l'homme aurait suffi à lui rabattre son arrogance, elle en avait été pour ses frais. La dame commençait à comprendre qu'elle avait rencontré en Hermione un chêne qui ne craignait pas les tempêtes.
Le plus frustrant dans tout cela, c'était qu'elle n'avait absolument pas le droit de la corriger elle-même car elle était l'esclave de son époux, pas la sienne. Sa seule consolation, c'était de se dire que dans peu de temps, elle connaîtrait une nouvelle épreuve dont cette fois elle ne pourrait plus se relever.
Au même moment, une sorte de miaulement aigu et prolongé les fit toutes sursauter et elles se retournèrent quasi en même temps vers la source du bruit.
À leur droite, se tenait une jeune fille l'air renfrognée, tenant dans ses bras un bébé d'environ cinq mois qui pleurait. Avec stupeur, Hermione reconnut Padma Patil, la jumelle de Parvati qui était morte il y avait plus d'un an. Choquée, elle considéra le bébé qu'elle tenait, essayant de comprendre le sens de tout cela.
Ainsi Padma avait eu un enfant. Mais qui pouvait être le père ? Vu la taille du poupon, cela s'était forcément produit après la bataille. Tout à coup, Hermione n'eut plus très envie de savoir en quelles circonstances cette naissance avait eu lieu.
Se reprenant avant les autres, Deborah l'interrogea sèchement :
« Oui ? De quoi s'agit-il ?
-Excusez-moi madame, déclara Padma, mais j'ai trouvé ça dans les cuisines et là, je ne sais pas trop quoi en faire. Je ne sais pas non plus qui l'y a amenée, rajouta-t-elle en évitant le regard de Lady Malefoy.
Mais chacune des trois femmes comprit l'allusion. D'un ton revêche, la dame grinça :
-Et en quoi cela me regarde-t-il ?
-Mais… c'est que… ce n'est pas un endroit pour elle, et en plus elle nous embarrasse là-bas.
-Et bien laissez-la ici si vous voulez, rétorqua Mrs Malefoy, ou bien posez -la ailleurs, je ne sais pas moi. Faîtes-en ce que vous voulez, je m'en moque. Je ne veux surtout pas me mettre en retard. Vous deux, fit-elle en s'adressant aux deux autres filles, voilà vos gants, mais ne croyez que cela s'arrêtera là. Nous avons encore des comptes à régler. »
Elle fit apparaître deux paires de gants et disparut sans un regard en arrière. Padma souffla, l'air à la fois énervé et fatigué. Le bébé dans ses bras était redevenu sage mais il possédait un regard incroyablement vide. Hermione récupéra les gants tombés par terre, en tendit une paire à Naomi et et prit l'autre pour elle. Ensuite, se tournant vers la pauvre fille qui s'apprêtait à repartir avec son fardeau dans les bras, elle l'appela :
« Padma ?
Surprise, la concernée se retourna et reconnut enfin Hermione qui se tenait à quelques mètres d'elle. D'une voix blanche, elle s'exclama :
-Ça alors ! C'est toi Hermione ?
-Oui c'est moi, répondit-elle un peu émue.
-Merlin c'est incroyable, souffla-t-elle, si je m'étais doutée… »
Elle s'approcha brusquement de Hermione et lui donna une accolade, ce qui surprit un peu l'ancienne Griffondor car elles n'avaient jamais été vraiment proches toutes les deux. Mais elle était si contente de retrouver un visage connu qu'elle répondit de bonne grâce à son étreinte comme à une vieille amie. Cependant elles ne purent rester très longtemps car le poupon commença à s'agiter et à pleurnicher.
Doucement Hermione se détacha et, contemplant le visage du bébé, elle ne put réfréner sa curiosité :
« Qui est-ce ?
Padma la regarda, perplexe, et demanda :
-L'enfant tu veux dire ?
Hermione hocha la tête.
-Oh ! Soupira-t-elle. C'est la fille naturelle de Drago Malefoy. Elle a cinq mois.
-Sa fille naturelle ? Répéta-t-elle.
-Oui. Apparemment il l'aurait eu il y a longtemps avec sa première « mudain ».
Hermione frissonna.
-Et qu'est-elle devenue cette mudain ?
-Elle est morte en couches d'après ce que j'ai entendu dire.
-Tu sais qui c'était ?
-Non. Quand je suis arrivée ici, l'enfant avait déjà trois mois et personne ne connaissait la mère. Tout ce que j'ai appris, c'est que c'était une fille plutôt effacée, de santé fragile et qui ne parlait jamais sauf aux enfants.
-J'imagine que c'est Deborah Malefoy qui a dû apprécier la « surprise », ironisa Hermione.
-Tu m'étonnes ! Ricana Padma. Elle ne peut pas la voir en peinture, la gamine. Malefoy ne l'a pas reniée alors tu penses si elle étais folle !
-Mais cette petite, qui s'en occupe ?
-Bof, ça dépend. Généralement ce sont les serviteurs, elle passe de bras en bras et jusque là, ça n'a pas l'air de la traumatiser. Le problème c'est qu'ici on est tous débordé alors ce n'est pas facile.
-Et Malefoy alors ? C'est son père quand même, fit remarquer Hermione en fronçant les sourcils.
-Malefoy ne s'intéresse pas aux filles, bâilla l'ex-Serdaigle. À mon avis, ça ne m'étonnerait pas qu'il ait été encore plus déçu que sa femme par la naissance de la petite : sans doute qu'il aurait préféré un garçon.
-Oui bien sûr, j'aurais dû m'en douter : c'est tout à fait son genre », marmonna l'autre d'un ton désabusé.
Intrigué par ce bavardage qui tournait autour d'elle, le nourrisson tourna son regard stoïque vers Hermione qui le regarda avec tendresse. Son crâne ronde était recouvert d'un fin duvet blond pâle et ses yeux bleu clair étaient étrangement placides. Peu dodu, le bébé avait la peau très blanche et sur ses lèvres, une moue un peu hautaine qui rappelait celle de son père. En la regardant attentivement, Hermione fut perturbée car il y avait également sur ce visage miniature quelque chose d'indéfinissable, une expression insolite qui lui était étrangement familière.
Pour masquer son trouble, elle demanda d'un ton indifférent :
« Comment s'appelle-t-elle au fait ?
-Lisbeth.
-Je peux la porter ? » Lui demanda-t-elle.
Sans se faire prier, Padma posa le petit corps dans les bras de Hermione. Le bébé geignit, alors elle commença à le bercer avec douceur. Rassurée par ces mouvements apaisants et par la bonté qu'elle devait ressentir dans cette grande personne qui la tenait, ses pleurs s'éteignirent et Lisbeth ferma les yeux. Devant elles, Padma attendait, l'air tendu. Hermione lui demanda :
« Est-ce que… ça ne te dérange pas si je m'en occupe ?
-Oh non, je n'attendais pas mieux justement, répondit-elle, l'air libérée d'un poids. Tu me rendrais un grand service en la gardant.
-Alors c'est parfait, je te souhaite une bonne journée Padma.
-Merci, et à toi aussi. Et merci encore pour le bébé.
-Ce n'est rien.
La jeune fille repartit vers les cuisines. Hermione se tourna vers Naomi qui la regardait avec envie. Devinant ce qui devait la tourmenter et la fasciner, elle s'approcha de la fillette et lui proposa d'une voix malicieuse :
-Tu veux la porter toi aussi ?
Rosissant, Naomi répondit :
-Mais… on ne doit pas tailler les rosiers ?
-Si bien sûr, et on y va tout de suite. Mais tiens, prends-la. Elle n'est pas en cristal tu sais. »
Hermione avait devinée juste : émerveillée comme toutes les petites filles de cet âge par les poupons, Naomi ne put résister au charme de celui-ci. Avec d'infinies précautions, elle prit maladroitement la petite Lisbeth dans ses bras et, comme la jeune fille l'avait fait, elle la berça doucement. Le bébé ne broncha pas et Hermione sourit, infiniment soulagée.
Le premier contact s'était bien passé, alors les choses seraient beaucoup plus faciles pour la suite.
Une voix tira soudain Hermione de ses souvenirs.
C'était Lisbeth qui pleurait.
À côté, le bébé dans ses bras, un garçonnet lui jeta un regard consterné.
« Qu'est-ce que j'ai fait ? Pourquoi elle pleure ? Je lui ai fait mal ?
Revenant à l'instant présent, Hermione la rassura :
-Non, non ne t'inquiète pas. C'est simplement l'heure de son goûter. Peux-tu aller chercher le yaourt pour bébé dans le panier là-bas ?
-Je le demande à Padma ?
-Oui, vas-y. »
Ni une ni deux, le garçon confia Lisbeth à Hermione, bondit sur ses pieds et se dirigea vers la jeune fille qui avait bien voulu les accompagner et qui discutait en ce moment avec une fillette de six ans.
Ce jour-là, Deborah Malefoy étant partie en voyage et ne revenant que le lendemain soir, Drago Malefoy avait accordé une après-midi de liberté à tous les mudains. Beaucoup en usèrent pour faire simplement une bonne sieste. Hermione, elle, profitant du beau temps, avait décidé d'organiser un goûter sur l'herbe avec tous les enfants. Elle avait l'intention ensuite de lancer un jeu collectif pour les distraire.
Obligeamment, Padma lui avait proposé son aide, ce qu'elle avait aussitôt accepté avec grâce.
L'enfant revint soudain, brandissant fièrement le petit pot comme un blason. Hermione le remercia avec un grand sourire et donna la becqué à la petite. Autour d'elle, des pépiements et des rires enfantins se mêlaient au chant des oiseaux et aux cris des cigales. Positivement, tout le monde passait une excellente après-midi, cela faisait si longtemps qu'on ne s'était plus détendu comme cela.
Une nappe blanche avait été étalée par terre pour protéger des tâches d'herbes et des insectes. Comme goûter, Hermione et Parvati avaient chacune préparé deux gâteaux au chocolat en chipant des ingrédients en cuisine, avec la complicité bienveillante de quelques elfes. Comme boisson, elles avaient pris plusieurs briques de lait. Il y avait en tout une vingtaine d'enfants, ce qui signifiait qu'il fallait être bien approvisionné pour nourrir ce petit monde.
Bien entendu, Hermione avait tenu à emmener Lisbeth, la véritable mascotte de cette joyeuse petite bande.
Tout le monde avait le droit de la porter et la nourrir au moins une fois. Dans sa sagesse, Hermione veillait d'ailleurs à ce que cela se fasse souvent afin de prévenir toute éventuelle jalousie. Sage et compréhensive Lisbeth jouait le jeu avec une patience admirable, mais Hermione avait la curieuse impression que le bébé la reconnaissait entre tous.
Car lorsqu'elle la voyait, ses yeux myosotis s'éclairaient. Peut-être avait-elle fini par associer le visage de Hermione à celui de sa mère.
Voyant tout à coup que Lisbeth ne mangeait plus et la regardait avec des yeux ensommeillés, Hermione reposa la cuillère et le pot par terre, cala plus confortablement l'enfant dans ses bras et effectua des mouvements de balancier tout doux pour la bercer. Et tandis qu'elle s'abandonnait, confiante, dans les bras de sa mère adoptive, le cœur d'Hermione tressaillit d'amour pour cette pauvre petite chose, quasi orpheline dès sa naissance, délaissée par son père, rejetée par tous et maltraitée injustement par cette hystérique de Deborah Malefoy.
Apaisée, Lisbeth bâilla et s'endormit comme une fleur contre son sein.
Absorbée par la contemplation du bébé, Hermione ne remarqua pas les deux observateurs silencieux qui la contemplaient intensément à deux points de vue différents.
« Comme tu l'aimes », chuchota soudain quelqu'un à côté d'elle.
Hermione se tourna et croisa le regard d'une jolie fillette de huit ans. Elle reconnut aussitôt Ruth, la petite moldue que Naomi avait défendue avec tant fougue le jour du marquage. Contrairement à celle qui l'avait défendue, Ruth n'avait rien de commun avec elle : elle était plutôt au contraire faible, sournoise et peu intéressante. D'une voix tranquille, l'ex-Griffondor répondit :
« Bien sûr que je l'aime.
-Et nous, tu ne nous aimes pas ?
-Bien sûr que si, je prends toujours du temps pour m'occuper de chacun.
-Mais tu t'occupes plus d'elle, l'accusa Ruth d'un ton boudeur.
-Mais ma pauvre chérie, c'est normal que je m'occupe un peu plus d'elle. D'abord, ce n'est qu'un bébé, et ensuite elle a été abandonnée dès sa naissance. Elle n'a personne d'autre que moi pour la défendre.
-Et si moi, j'avais été abandonnée, tu m'aurais aimée et défendue ? Demanda-t-elle avec une sorte de passion gâtée d'avidité.
-Oui, sans doute. »
Rassurée, la petite s'en retourna auprès de ses compagnes volubiles sous le regard d'Hermione. Ruth, elle l'avait remarquée depuis quelques temps, était une des rares enfants qui n'aimaient pas Lisbeth, soit par jalousie indécrottable, soit parce qu'ils ne supportaient pas les pleurs et les cris du bébé. Mais l'ex-Griffondor ne leur en voulait pas : tout le monde n'avait pas forcément la vocation de s'occuper des plus petits et on ne pouvait pas forcer quelqu'un à aimer les enfants. Quant à la jalousie, c'était un sentiment difficile à maîtriser et qui se raisonnait en général avec le temps. Il fallait juste être patient.
« C'est vraiment admirable ce que tu fais Hermione, dit soudain Padma qui s'était approchée d'elle.
La concernée réprima un sursaut mais le bébé se réveilla quand même, surpris par la soudain tension chez qu'il ressentait chez sa nourrice.
-Ce que je fais ? Répéta-t-elle sans comprendre.
-Oui, ce que tu fais pour ces enfants et pour le bébé. Avant ton arrivée, ils étaient mornes et vides comme des revenants, tu as les fait revivre. Quant à Lisbeth, c'est vraiment généreux de ta part de t'en être chargée.
-J'aime Lisbeth, répondit alors Hermione très sincèrement. C'est vrai, je m'y suis attachée le premier jour. Je l'aime comme si elle était ma propre fille.
-Et elle te semble très attachée aussi, fit remarquer Padma avec gaieté. C'est un dénouement si heureux pour elle. Sans toi, elle aurait fini par mourir des mauvais traitements de Mrs Malefoy. Tu as bien vu dans quelles tristes conditions s'est déroulée votre rencontre.
-Oh oui, je ne suis pas prête de l'oublier, mais je t'avouerais que j'ai eu du mal à l'apprivoiser. Elle ne pleurait pas, mais son regard était distant, voire froid. Je l'entendais presque dire : « Je ne crois pas à tes paroles mensongères ni à tes soins. Tu es comme les autres : toi aussi tu m'abandonneras un jour. Je le sais très bien ! » Mais au bout du compte, elle a fini par se détendre.
Rassurée par le son de cette voix familière, caressante et fluide comme le miel, le bambin se rendormit. Padam reprit soudain d'une voix grave :
-Écoute Hermione, je ne suis pas censée te le dire mais je t'aime bien et je ne veux pas qu'il t'arrive malheur.
-Qu'est-ce que tu veux dire ? Interrogea-t-elle l'air crispé.
-J'ai menti, avoua-t-elle. J'ai menti l'autre jour où je t'ai confiée Lisbeth, à propos de sa mère.
Hermione parut alors inquiète.
-Tu sais qui c'était ?
-Non, non. Ça je te jure que je l'ignore, en revanche elle n'est pas morte en couche comme je te l'ai dit.
-Comment alors ?
Vérifiant qu'elles n'étaient pas écoutées, Padma se rapprocha de sa compagne et lui souffla à mi-voix :
-Elle a été assassinée.
Hermione la regarda avec incrédulité, puis la questionna furtivement :
-Comment tu le sais ?
-À vrai dire, ce sont des rumeurs qui circulaient encore à mon arrivée au château. Apparemment, la pauvre fille est tombée enceinte par accident et du coup, Malefoy s'est lassé d'elle dès les premiers mois de sa grossesse. Beaucoup pensent qu'il aurait comploté sa mort quelques semaines avant la naissance de la petite.
La sorcière sentit alors son estomac se nouer. D'une voix étranglée, elle questionna :
-Que s'est-il passé exactement ?
-Ce ne sont que des bruits de couloirs mais… les anciens esclaves pensent que Drago Malefoy aurait sciemment affaibli son esclave pour qu'elle ne survive pas à l'épreuve de l'accouchement.
La jeune fille frissonna de dégoût face à un tel récit : ainsi Malefoy avait poussé la lâcheté jusqu'à persécuter une femme enceinte. C'était répugnant ! Mais au milieu de toute cette infamie, une autre chose la troublait. D'un ton pensif, elle interrogea encore sa compagne :
-Mais s'il n'aimait plus la mère et ne désirait pas le bébé, pourquoi l'a-t-il gardé ?
-Sans doute que… malgré la désaffection qu'il éprouve pour elle, il n'a pas osé se débarrasser de son propre enfant.
Cette nouvelle incroyable percuta aussitôt Hermione.
-Et bien je le trouve drôlement tolérant alors ! Persifla-t-elle. Accepter de s'encombrer d'un enfant de Sang-de-Bourbe après avoir assassiné sa mère… le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il a fait des progrès depuis Poudlard.
Padma hésita, puis révéla à mi-voix :
-En fait, je crois qu'elle n'était pas une Sang-de-Bourbe.
-Pardon ? Reprit Hermione un peu déconcertée.
-C'était une fille de sang-pur, elle devait être une « traîtresse à son sang » comme ils les appellent.
-Oh ! De mieux en mieux à ce que je vois, dit-elle sarcastiquement. Je me demande ce qu'il aurait fait de son rejeton si ç'avait été une Sang-de-Bourbe.
Gênée, Padma n'osa pas répliquer, préférant enchaîner comme si elle n'avait pas entendu :
-Tu sais malgré tout, il a le sens de la famille. D'ailleurs chez les moldus aussi c'était fréquent de voir des rois et des nobles reconnaître leur bâtard, même s'ils avaient du sang de roturier dans les veines.
C'était vrai. Dans l'ancien temps, les nobles avaient tous les droits, même celui d'imposer à leurs femmes la présence de leur progéniture née d'une relation extra-conjugale. Et tout à coup, un nouveau détail lui vint à l'esprit, l'ancienne Griffondor voulut s'informer encore :
-Et Deborah Malefoy ? Que faisait-elle dans tout ça ?
Padma réfléchit, puis admit à haute voix :
-Je n'en sais rien. Mais je ne pense pas qu'elle ait été mise au courant des projets de son mari : vu ses réactions parfois excessives, il a sans doute préféré tout faire lui même dans le calme.
Hermione hocha la tête, comprenant pourquoi Padma Patil, qu'elle avait toujours jugée un peu cruche, avait été répartie à Serdaigle : sa perspicacité et un sens aigu des relations humaines ne lui permettaient jamais de se tromper pour ce genre de choses.
-Tout ça pour te dire de faire attention à toi Hermione. Toutes les mudains qui ont suivi la première jusqu'à aujourd'hui, ont disparu les unes après les autres et personne ne sait ce qu'elle deviennent. À un moment donné, il en changeait même une fois par semaine. Celle qui a tenu le plus longtemps pour l'instant, c'était justement la première qui est tombée enceinte.
L'ex-Griffondor ressentit un grand froid l'envahir à l'entente de ces paroles pessimistes, cependant ce fut d'une voix ferme qu'elle répondit :
-Très bien. Je te remercie de m'avoir prévenue Padma. Désormais je me tiendrai sur mes gardes. »
Mais elle avait si ébranlée et si pâle que Padma sentit la culpabilité l'envahir de se savoir à peu près en sûreté alors que sa nouvelle amie ne l'était pas.
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Au même moment, Drago Malefoy se retira dans l'ombre de la véranda à l'intérieur, le visage bouleversé d'Hermione gravé intimement dans son esprit telle une icône sacrée.
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Au même moment, profitant des quelques minutes où il était seul dans le jardin, Simon s'agenouilla devant un arbre et pria. Aujourd'hui était le jour de l'Ascension, c'était un jour très important car le Christ en rejoignant son père au ciel, avait recommandé à tous ses disciples de répandre la bonne nouvelle à travers le monde et les siècles à venir.
Or, aujourd'hui, avec la victoire des sorciers, la bonne nouvelle était sur son lit de mort et il n'y avait presque plus aucun disciple pour la répandre.
Les opprimés étaient dans l'attente d'un nouveau souffle, un nouvel espoir.
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La Pentecôte
Et ce nouveau souffle vint.
Une semaine et demi plus tard, dans les hauteurs où vivaient l'ermite, le nouvel espoir vint sous la forme d'une espèce de carcasse humaine, à moitié morte, qui avait trouvé on ne sait comment la force de se traîner jusque là. Ce matin, il faisait un peu gris mais rien de menaçant. Lorsque le solitaire sortit de sa baraque, il se rendit dans sa chapelle dont l'une des façades s'était écroulée.
La lumière entrait désormais à plein flot dans l'endroit sacré, ce fut grâce à cela que l'ermite l'aperçut immédiatement, la pauvre silhouette en haillons renversée contre l'autel et immobile.
Mû par un pressentiment, il s'avança à grands pas vers la personne apparemment inconsciente.
« Mon Dieu, se dit-il, est-ce un signe ? »
Arrivée devant la créature mourante, il s'agenouilla et l'examina avec soin. La personne était tellement maigre qu'on aurait su dire s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme. D'abondants cheveux noirs et crasseux retombaient sur sa figure, masquant tout à fait ses yeux et ses traits. Tout doucement comme s'il craignait de le réveiller, l'ancien curé écarta les mèches qui voilaient son visage.
La première chose qu'il y vit, ce fut la cicatrice en forme d'éclair qui zébrait son front.
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Au même moment, en France, un message gouvernemental prioritaire passait à la radio, à la télé sur toutes les chaines à la fois. Ce message était délivré par le président en personne et déclarait :
« Françaises, Français, après maintes concertations avec les pays de l'Union Européenne, puis avec l'ONU, la décision a été arrêtée. En raison des événements graves qui se sont déroulés un an plus tôt au Royaume-Uni et du fait que le dictateur actuel reste sourd à nos avertissements, la guerre est officiellement déclarée à l'état d'Angleterre. Nous rappelons aux citoyens, moldus comme sorciers, que toute aide apportée au pouvoir en place sera considérée comme un acte de haute trahison. Nous prions également tous les sorciers français de faire enregistrer leur « statut » auprès des mairies sous peine de sanctions. Nous rappelons qu'il s'agit là de mesures pour assurer la sécurité et le bien de tous. D'autres informations circuleront dans les prochains jours. D'ici là, nous recommandons à chacun de garder son sang-froid et d'être prudent dans les jours à venir… »
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Le solstice d'été
Au soir du vingt-juin, il faisait une chaleur étouffante, et ce n'était pas pour adoucir la tempête qui grondait en lui, Drago Malefoy. Quelques minutes auparavant, il avait brutalement quitté son travail sans explications et était rentré au manoir en catastrophe, l'air dans tous ses états. Sans se préoccuper des regards, il déambulait furieusement dans les couloirs, l'esprit obsédé par une seule pensée : « Pourvue que j'arrive à temps. Pourvu qu'elle soit encore là ! »
Il entra avec fracas dans la chambre jouxtant la sienne où elle dormait.
Regardant autour avec une acuité presque animale, il fut tout d'abord suffoqué par l'affolement. Pas d'Hermione. Alors, de toutes ses forces, il beugla :
« Granger ! »
Cet appel fut si tonitruant qu'il résonna jusqu'à la salle-de-bains où se trouvait la pauvre Hermione, à dix mètres de la chambre. Celle-ci sursauta et se mit inconsciemment à trembler. « Oh non ! Mais qu'est-ce que j'ai encore fait ? » Cependant, sans traîner, elle se revêtit de sa nuisette, d'un peignoir et prit la direction de sa chambre avec l'expression d'un condamné qui allait à l'échafaud.
Quand la porte s'ouvrit craintivement, Drago se retourna comme un fou et ne reconnut pas immédiatement la jeune fille en peignoir blanc et aux cheveux humides qui se tenait devant lui. Puis soudain, il s'exclama :
« Tu es là !
-Oui, répondit-elle sans bien comprendre l'émotion de son « maître ». Que se passe-t-il ? Quelqu'un est mort ?
Sans répondre, Drago s'avança en deux pas vers elle et l'étreignit brutalement par la taille fragile, la serrant à la briser contre lui, son autre main plaquée sur sa nuque et y enfonçant ses ongles. Il sentait ses formes pleines et douces plaquées contre son corps dur et musclé. Hermione poussa un gémissement de douleur.
« Aïe ! Mal-maître… mais qu'est-ce qui te… qu'est-ce qui vous prend ? »
En dépit de sa position particulière au sein du foyer Malefoy et de leur passé commun, Hermione n'était pas autorisée à tutoyer son maître. Et ledit maître le lui avait assez brutalement fait comprendre. Voulant résister au début, l'ancienne Griffondor n'avait pas d'autre choix que de se plier à ce caprice au bout du compte, ce qui ne l'empêchait pas de cracher le mot « maître » comme une insulte.
« J'ai cru mourir… mille fois sur le chemin, dit-il d'une voix entrecoupée sans lui répondre. Je le sais maintenant… maintenant je n'aurais pas pu… le supporter.
Essayant en vain de se dégager de son emprise, des larmes de souffrance lui montant aux yeux, Hermione tenta au moins de lui faire lâcher pris sur sa nuque.
-Mais de quoi est-ce que t…vous parlez ? Aïe ! Lâchez-moi, vous me faîtes mal », sanglota-t-elle.
Alors Malefoy l'empoigna brusquement par les avant-bras et la plaqua contre le mur le plus proche, ignorant la plainte de douleur qu'elle lâcha. Terrifiée, Hermione le dévisagea, incapable d'émettre le plus petit mouvement, même un battement de cils. Le visage de Drago Malefoy devint soudain incroyablement passionné et, en se collant à elle presque sensuellement, d'une voix basse et chaude qui provoqua chez la jeune fille une sensation inattendue au plus intime de son être, il chuchota à l'oreille :
« Tu vas me promettre une chose Granger.
Captivée comme l'oiseau par les yeux du cobra, Hermione le contempla dans les yeux, fascinée malgré elle.
-Promets-moi…
Il se rapprocha de sa bouche entrouverte, presque jusqu'à la toucher.
-Promets-moi que tu ne t'enfuiras jamais. »
Ses lèvres effleuraient les siennes en attouchements légers mais si intenses qu'ils laissèrent une sensation brûlante sur la peau de la jeune fille. Cette dernière haletait, tétanisée et ne sachant quoi faire. Mais lorsqu'il voulut l'embrasser pour de bon, sa défense intime la réveilla brusquement et elle détourna alors la tête.
Mais la bouche du séducteur atterrit alors sur son cou et commença à le parcourir de la bouche. D'une voix rauque, il reprit entre ses baisers :
« Allez Granger… promets-moi que tu me seras à tout jamais soumise et dévouée… et que tu ne tenteras jamais de t'enfuir…
Il remonta, jusqu'au menton. Mais lorsqu'il voulut reprendre les lèvres, Hermione au bord des larmes, secoua la tête et résista :
-Non… non, lâche-moi.
Furieux, Malefoy lui donna un coup de poing au visage. Elle poussa un hurlement aigu, le nez en sang, et recommença de plus belle à se débattre. Comme le premier soir, il lui porta un coup dans la ventre qui la fit suffoquer. Alors il tonna dans ses oreilles d'une voix terrible :
-Tu vas parler, oui ? Promets-le moi Granger ! Promets-moi que tu ne t'enfuiras pas jamais ! Jamais ! Jamais !
Peinant à retrouver son souffle, la pauvre fille pleura à moitié :
-Je… je promets.
-Tu promets quoi ? Dit-il en la forçant à se redresser contre le mur. Dis-le moi entier.
-Je… je promets de ne pas… m'enfuir.
-Dis-le encore ! Hurla-t-il.
-Je… promets de ne pas m'enfuir, répéta-t-elle.
-Encore !
-Je promets de ne pas m'enfuir, cria-t-elle cette fois sans trébucher.
Satisfait, il la lâcha et elle retomba assise par terre, les bras croisés et plaqués nerveusement sur sa poitrine dans un geste de protection animal. Avec suffisance, il lui flatta la tête et ronronna :
-Bonne fille. Tu as été une gentille fille Granger. Aussi, tu mérites une récompense.
Sa main glissa sur son cou et entrouvrit le peignoir avant de se glisser sournoisement sous sa nuisette. Mais aussitôt, Hermione le repoussa avec violence et se rua vers la porte en criant :
-Non !
Outragé, Malefoy fondit sur elle comme un fauve enragé et retint son bras tentait d'atteindre la poignée. Ils luttèrent un moment et roulèrent l'un sur l'autre. À la fin, Malefoy la domina et fulmina, au bord de la folie :
-Qu'est-ce que tu croyais faire ? Tu sembles avoir oublié qui est le maître en cette demeure : pas un recoin dans ce château ne t'offrira asile si tu oses t'enfuir. Tu es à moi Granger, tu entends ? À moi !
-Lâche-moi ! Vociféra-t-elle. Sale fou !
À demi-aveuglé par la fureur et la soif de la vaincre définitivement, Malefoy arracha littéralement le peignoir du corps de sa victime qui s'égosilla, frôlant la crise de nerfs :
-Non, non ! Assez !
-Hermione ! Lança soudain une autre voix suraiguë.
Malefoy stoppa tout mouvement.
-Hermione ! Répéta la même voix à demi hystérique. Non ! Laisse-moi passer… elle est en danger. Hermione ! »
Délaissant sa proie derrière lui, Drago jaillit tout d'un coup hors de la pièce. Devant lui, se tenait la petite Naomi, droite et implacable comme un archange justicier, retenue à grand-peine par Padma Patil qui s'efforçait de l'emmener ailleurs. Lorsqu'elle aperçut, l'enfant, possédée par une colère qu'elle ne maîtrisait plus déversa ses foudres sur la tête de Drago :
« Toi ! C'est toi qui la tues. Je le savais. J'ai jamais cru à tes bobards ! Je sais très bien que tu m'as menti comme un arracheur de dents : tu l'as torturée alors qu'elle ne t'avait rien fait. Et qu'est-ce que tu est en train de lui faire cette fois-ci ? Espèce de sale monstre !
-Ça suffit Naomi, ne restons pas là, tenta de la retenir Padma.
-Non, tu ne comprends pas. Il va la tuer… Il va la tuer ! Assassin ! » Rugit-elle à l'intention de l'homme qui frémit.
Padma réussit finalement à entraîner l'enfant furibonde dans les cuisines, mais ses cris résonnèrent longtemps dans les couloirs. Assassin… assassin… monstre… fou… Drago ne savait plus où il en était. Il avait vécu tellement d'émotions contradictoires en si peu de temps que toute sa passion animale l'avait quitté et il se sentait tout à coup vide et las comme après un combat.
Titubant presque, il retourna dans la chambre et ce qu'il vit le retourna péniblement.
Il vit Granger dans un coin dans la pièce. Elle s'était trainée là et gisait à présent collée au mur dans un état pitoyable. Elle ne tremblait pas mais s'était roulée en boule sur elle même et se balançait d'avant en arrière, à la manière d'un elfe de maison qui tente de se punir.
« Granger ? » L'appela Malefoy avec hésitation.
Pas de réponse, elle ne semblait pas seulement l'avoir entendu. Le jeune homme comprit qu'elle n'était plus en état de percevoir ce qui l'entourait, ni d'être raisonnée avec de simples mots. Consterné, il quitta la pièce, tout désir bestial l'ayant définitivement quitté.
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Combien de temps était-elle restée dans cette position primitive, Hermione n'aurait su le dire. À l'instant où elle retrouva enfin ses esprits, dehors il faisait nuit noire. Et à l'instant où elle put enfin relever la tête, elle aperçut un petit billet froissé par terre, non loin d'elle. Il était tombé de la poche de l'homme tout à l'heure sans qu'il s'en fût aperçu.
Non sans mal, elle rampa jusqu'au papier et lut le simple petit mot non signé qui y était inscrit :
« L'Armée de Dumbledore est de retour, tenez-vous prêts. »
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Tout ça pour ça, et oui ! Allez, je vous souhaite une bonne semaine.
