Et voilà un nouveau chapitre ! Encore un grand grand merci à toutes les personnes qui me laissent des reviews, c'est adorable et ça me motive à travailler sur ces chapitres et à tout faire pour qu'ils vous plaisent !
Egalement un énorme merci à ma bêta Saad Maia sans qui mes chapitres seraient très, très loin du résultat que j'en attends et de ce que vous, vous en attendez !
Sur ce... ENJOY !
- Quelqu'un qui avait passé sa vie à t'admirer, Victor, à te regarder patiner pendant des heures et à t'imiter. Il y avait certainement beaucoup de personnes qui répondaient à ces critères, mais je n'en connaissais que trois. La première était morte en même temps que toi, la deuxième avait suffisamment à faire avec des triplées sur les bras… Il n'en restait plus qu'une.
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Yakov et Yurio attendaient dans le hall des arrivées de l'aéroport de Saint-Pétersbourg. Le jeune homme consulta son téléphone qui affichait un nouveau message de Phichit :
« Ça va bien, merci. J'essaye de tenir le coup, la mort de Yuri a été un choc pour moi aussi… Mais je fais ce qu'il faut pour continuer. J'ai fini par me dire qu'il n'aurait pas voulu que j'arrête de patiner à cause de lui, même s'il y a des jours où c'est plus difficile que d'autres…
Comme tu me l'as demandé, je te joins les coordonnées de la fille du conservatoire qui avait écrit sa musique. Je l'ai prévenue, elle semblait emballée par ton idée. Elle attend ton coup de fil ! Bon courage ! »
Yurio laissa échapper un soupir de soulagement. Il allait finalement réussir à réunir tous les éléments qu'il lui fallait pour mener ses programmes comme il les avait imaginés. La porte du couloir des arrivées s'ouvrit, laissant sortir un flot d'inconnus. Yurio rangea rapidement son téléphone en scrutant la foule. Soudain, son regard s'éclaira et il tendit le bras aussi haut que sa taille le lui permettait :
- Eh, Chris ! héla-t-il avec enthousiasme.
En l'apercevant, le suisse esquissa un sourire. Il les rejoignit rapidement, tirant ses deux valises derrière lui.
- Salut Yuri ! Yakov, salua-t-il. Ça fait plaisir de vous voir.
- Toi aussi. Merci d'être venu, sourit Yurio.
- Oh, je t'en prie. La retraite a beau être reposante, c'est parfois très ennuyant. Et j'étais intrigué par ton projet.
Ils sortirent rapidement de l'aéroport et s'engouffrèrent dans la voiture de Yakov. Assis derrière Chris, Yurio s'empressa de sortir son téléphone pour lui montrer la vidéo de son dernier entraînement, filmé par Yakov. Le suisse la regarda silencieusement, concentré sur les images. Puis il esquissa un sourire en rendant son téléphone à Yurio :
- Il y a encore pas mal de boulot, c'est vrai. Tu ne t'es pas facilité la vie… Tu as beau être capable de faire un sans-faute et pouvoir obtenir une note technique incroyable… Ta prestation n'est pas encore à la hauteur du résultat que tu attends.
- C'est pour ça que j'ai besoin de toi. Tu comprends pourquoi il me fallait autant un fan qu'un entraîneur ?
Le regard de Chris s'éclaira.
- Bien sûr ! Tu as fait appel à la bonne personne ! On va travailler ça ensemble !
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Yurio esquissa un sourire en se remémorant :
- Ça n'a pas été facile pour Yakov d'avoir une deuxième personne qui me conseillait et me disait comment patiner. Chris et lui se sont pas mal engueulés, c'était franchement super drôle ! Tu aurais payé cher pour voir ça, Victor… Mais on avait tous les trois un but commun, alors on a continué comme ça. Et puis, les affectations sont tombées.
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- Refais-le encore, ordonna Chris, les sourcils froncés.
Il observa Yurio recommencer sa suite de pas et secoua la tête de droite à gauche.
- Non, c'est pas encore ça… grommela-t-il. Il manque… De la fluidité. Tes mouvements sont trop hachés. Tu n'as jamais vu à quel point on aurait dit qu'il n'avait aucune articulation, aucune retenue quand il dansait ? Comme s'il était fait de caoutchouc. Détends-toi plus, laisse-toi voler sur cette patinoire.
Yurio recommença la suite de pas, tentant d'avoir l'air aussi décontracté que possible.
- C'est déjà mieux, approuva Chris.
- Déjà mieux ? grommela Yurio. Ce n'est pas encore ça ?
- Non mais ça s'en rapproche déjà plus. Attends.
Chris relança une vidéo sur son téléphone et la regarda quelques secondes avant que son regard ne s'éclaire.
- Les doigts ! C'est ça, c'est la position de tes doigts qui ne va pas !
- La position de mes doigts ? rugit-il. Tu te fous de ma gueule ?
- Pas du tout ! La grâce doit habiter chaque fibre de ton corps jusqu'au bout de tes doigts, répondit Chris avec passion. Comme un pianiste, tes mains doivent accompagner le mouvement que tu dessines.
Avant que Yurio n'ait pu céder à son envie d'étrangler Chris et son perfectionnisme, Mila les appela :
- Yuri ! Chris ! Les affectations du Grand Prix sont tombées !
Ils se précipitèrent tout deux au bord de la patinoire et se jetèrent sur le téléphone de Mila. A la vue du tableau, le cœur de Yurio rata un battement.
- Toi qui voulais leur rendre hommage, tu es servi, commenta Chris.
- Tu crois qu'ils l'ont fait exprès ? demanda Mila.
Yurio resta silencieux quelques secondes avant de répondre :
- C'est un peu gros quand même, non ? Le trophée NHK du Japon. Je vais présenter mes programmes pour la première fois dans le pays de Yuri…
- Non… reprit Mila. C'est pas une coïncidence.
- Qu'est-ce que tu en sais ?
La jeune femme désigna une ligne, en bas de la liste des affectations.
- C'est pas vrai… souffla Yurio. La finale aura lieu ici, à Saint-Pétersbourg ?
- Raison de plus pour être parfait ! déclara Chris. Allez, on y retourne ! Je te disais donc, la position de tes doigts…
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- Je pensais avoir tout vu en termes de perfectionnisme après avoir passé un an avec Lilia, mais ça n'avait rien à voir avec Chris. Le moindre détail lui sautait aux yeux. La cambrure de mon dos, la position de ma tête quand je sautais, mes doigts tendus mais décontractés dans les courbes… On n'a pas eu trop de tout l'été pour s'entraîner. Début septembre, il a commencé à être satisfait, mais il se retrouvait dans la même situation que Yakov et moi avant son arrivée : il était trop impliqué pour avoir un point de vue objectif. Alors il m'a filmé une dernière fois et je me suis tourné vers Yuko. On s'est donné rendez-vous sur Internet à une heure où elle était sûre que les petites dormiraient. J'aurais pu juste lui envoyer la vidéo et lui demander son avis, mais je voulais voir son visage au moment où elle découvrirait le fruit de mon travail. Je n'ai pas été déçu. Elle a lancé sa vidéo et, quand j'ai vu ses yeux s'écarquiller, ses mains se plaquer contre sa bouche, ses tremblements et les larmes qu'elle ne pouvait plus retenir à la fin de ma prestation, j'ai su que j'y étais arrivé. Il ne restait plus qu'à le montrer au monde entier.
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- Mesdames et messieurs, bienvenue au trophée NHK du Japon ! annonça le présentateur.
Yurio ne l'entendait qu'en sourdine. Il était encore dans une loge, assis dans un fauteuil pendant que Chris s'affairait autour de ses cheveux, un lisseur en main.
- Tu es sûr que tu sais te servir de ces trucs de gonzesse ? se méfia Yurio. Tu me crames pas la joue avant mon entrée !
- Mais non. Tu apprendras qu'un patineur doit savoir soigner son image physique. Comment tu crois que je faisais, pour allumer le public avec mes danses ? Le moindre détail était calculé. Et c'est encore plus important pour toi…
Yurio avait laissé ses cheveux pousser pendant l'été. Ils lui arrivaient au milieu du dos. Chris les lissa soigneusement et les coiffa, répartissant chaque mèche avec attention avant de regarder le reflet du russe dans le miroir.
- Voilà, comme ça, c'est parfait. Prêt ?
- Prêt ! acquiesça-t-il.
Ils rejoignirent le bord de la patinoire, où Yakov surveillait la prestation de Georgi. Il ne restait plus que Leo de la Iglesias à passer avant lui. Yurio fit glisser les écouteurs de son baladeur dans ses oreilles et lança sa propre musique. Il lui fallait réunir dès maintenant la concentration nécessaire à la prestation qu'il s'apprêtait à donner. Pendant que Leo exécutait son programme, Yakov revint à côté de lui. Le silence tomba entre eux jusqu'à la fin de la représentation de l'américain. Puis la voix au micro annonça son nom et Yuri enleva ses écouteurs et sa veste de survêtement, révélant son costume. Ils avaient dû le faire retoucher, puisqu'il était trop grand et s'était légèrement abîmé au fil des années passées au fond d'un carton. Pour autant il lui allait désormais comme une seconde peau. Yakov se rapprocha de lui et posa une main sur son épaule, plongeant son regard dans le sien. D'une voix grave serrée par l'émotion, il dit:
- Yuri… Peu importe ce qui se passe pendant ton programme. Il aurait été fier de toi.
Yurio trembla légèrement. Yakov n'aurait pas pu trouver de meilleurs mots pour le motiver et le rassurer. Il acquiesça d'un hochement de tête et s'engagea sur la piste.
- Yuri Plisetsky, annonça le présentateur, sur la musique Valse, du Mariinsky Theatre Orchestra.
Aussitôt, les commentateurs des pays en lices se penchèrent sur leurs micros.
- Victor Nikiforov avait déjà patiné sur cette musique à l'âge de Yuri, je ne me trompe pas ? fit un premier.
- Non, c'est bien ça, confirma un deuxième. Yuri porte d'ailleurs aujourd'hui le même costume que celui que Victor avait pour ce programme. On sait qu'il veut honorer la mémoire de Victor pour cette année, peut-être en imitant ses chorégraphies ?
Yurio esquissa un sourire. Imiter ses chorégraphies. Il allait leur montrer qu'il n'imitait personne. Oui, sa musique, sa chorégraphie et son costume étaient les mêmes que ceux de Victor, pour sa deuxième saison chez les seniors, à 16 ans. Mais ce n'était pas pour l'imiter qu'il avait fait cela.
La musique retentit et Yurio commença à danser. Son programme nécessitait une concentration absolue, chaque pas, chaque geste était dicté par les indications de Chris."Ta tête plus en arrière, lève un peu plus les yeux avant ce mouvement, détends tes articulations, baisse les épaules mais tiens-toi droit." La voix de Chris résonnait à ses oreilles comme s'il était en mesure de lui souffler ces commentaires. Il s'élança pour son premier saut, celui qui débutait chaque chorégraphie de Victor.
- Quadruple flip… Réussi ! s'exclama la voix du commentateur.
Yurio ferma les yeux. De la même façon que l'Agapé nécessitait de se plonger dans un sentiment d'amour inconditionnel, il ne pourrait atteindre son but qu'en revoyant Victor patiner avec lui. Qu'en se sentant être lui. Ses cheveux longs de l'époque qui volaient autour de lui de la même façon que ceux de Yurio aujourd'hui, ses bras qui s'allongeaient dans des mouvements lents et souples, sa tête redressée au moment où il s'élançait pour ses sauts. Il le revoyait patiner devant lui, il avait suffisamment vu ses vidéos pour s'en souvenir et pour suivre chacun de ses mouvements, même le plus infime. A cet instant, il avait presque l'impression qu'il n'était plus maître de ses gestes, que l'esprit de Victor était bel et bien en lui, le guidant et l'aidant à danser cette chorégraphie de la même façon que lui-même l'aurait fait. Mu par l'émotion de l'instant, il enchaîna les choctaws avec une grâce qu'il ignorait lui-même posséder. Les dernières notes de la musique résonnèrent et Yurio s'immobilisa. Puis il exécuta une révérence en direction du jury, clôturant son programme et laissant ses cheveux longs retomber sur son visage de la même façon que Victor l'avait fait plus de dix ans auparavant.
Yurio resta immobile quelques secondes, la tête baissée, les cheveux sur les yeux, attendant avec appréhension la réaction du public. Mais elle ne vint pas. Un silence de mort était tombé sur le complexe. Une seconde, deux secondes s'écoulèrent sans qu'aucun son ne se fasse entendre. Lentement, il releva la tête et parcourut la salle du regard. Les yeux des membres du jury étaient écarquillés, certains tremblaient légèrement. Yakov avait les yeux humides, Chris le regardait avec fascination. Dans le public, beaucoup de gens avaient plaqué leurs mains sur leur bouche avec ce même air de stupeur figée. Est-ce que ça avait marché ? Est-ce qu'ils avaient aimé, détesté ? Il se releva lentement et finit de dégager ses cheveux de son visage. Une personne dans le public commença à applaudir, puis une deuxième. En une seconde, la salle résonna en applaudissements et en acclamations pendant que les commentateurs reprenaient avec une voix coupée par l'émotion :
- In Memoriam, c'est le thème de la saison de Yuri Plisetsky, et il commence en beauté. Pendant ce programme, nous avons tous oublié que c'était Yuri qui dansait sur cette patinoire. Aujourd'hui, nous avons tous vu Victor Nikiforov renaître et patiner une dernière fois devant nous.
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- J'avais du mal à le croire. Yakov et Chris avaient eu beau me soutenir depuis le début, je doutais encore de la réaction d'un public entier. Mais ce jour-là, j'ai réussi à te faire revivre, Victor. Je n'avais pas choisi ce programme pour t'imiter, mais pour me transformer en toi, pour que, le temps d'une chorégraphie, le monde te revoie et se souvienne de quel patineur de génie il avait perdu. Il faut croire que ça avait marché. La difficulté technique de cette danse n'était pas suffisamment élevée pour que je batte mon record du monde, mais j'ai quand même dépassé les 100 points. Mais ce n'était pas fini. J'avais rappelé au monde qui il avait perdu. Il fallait ensuite que je lui rappelle pourquoi et comment.
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- Et notre dernier patineur pour ce programme long, Yuri Plisetsky ! Il s'est classé premier au court avec une interprétation mémorable de l'ancien programme de Victor Nikiforov et on attend avec impatience de voir ce que nous réserve son programme long ! Sa musique se nomme Yuri on Ice et nous nous demandons tous s'il s'agit de celle de Yuri Katsuki.
Yurio s'élança quand les premières notes de piano résonnèrent. Le début de la musique était la même que celle de Yuri, la fille du conservatoire ne lui avait recomposé que la fin. La chorégraphie, elle, avait changé. Il avait demandé conseil à Lilia et Yakov afin de réécrire le programme pour danser la façon dont lui-même avait perçu la carrière de Yuri. Des débuts hésitants mais prometteurs, des gestes techniques approximatifs mais une grâce sans précédent, une confiance en lui insuffisante mais un amour de la glace qui le faisait briller lorsqu'il patinait. Son premier saut était un triple axel, la spécialité de Yuri. Il le réussit aisément et continua son interprétation tout habité de la grâce si particulière du japonais. Sa carrière qui avait brusquement décollé quand Victor l'avait rejoint, un patineur éclos sur le tard mais que rien ne pouvait plus arrêter, guidé par la puissance de l'amour qui le reliait à son coach. Un observateur extérieur aurait pu croire qu'il volait sur la patinoire, enchaînant les sauts, s'élevant toujours plus haut et plus loin, de la même façon que Yuri avait remporté une par une les compétitions lui permettant d'accéder à la finale du Grand Prix. Quadruple flip. Le saut que Yuri s'était approprié comme signature en hommage à Victor, lui signifiant son envie de patiner avec lui, son envie de dominer le monde du patinage à ses côtés en plaçant ce saut en fin de programme, comme personne ne l'avait jamais fait avant lui. Ses mouvements se fluidifièrent progressivement, ralentirent, et entamèrent une danse plus lente et plus sensuelle. Se laissant glisser presque sans efforts, il retraça dans l'air des gestes remplis de tendresse comme s'il exécutait un duo avec l'amour de sa vie. Et c'était presque le cas. Alors que les notes s'égrenaient, rappelant indubitablement l'instrumentale de Stay Close to Me, Yurio enchaîna un triple axel parfait, jusque dans la souplesse de sa réception qui faisait écho à celle de Yuri l'année précédente. Puis, caressant la joue d'un amant imaginaire, il se retourna et se laissa glisser vers le sol, donnant presque l'illusion qu'un autre était là pour le soutenir. L'instant d'après, il se redressait pour exécuter une arabesque, suivie d'un petit saut de valse et d'une séquence de pas, transition vers cette pirouette combinée que le japonais dansait si gracieusement. La musique accéléra légèrement et Yurio reprit de la vitesse, symbolisant le départ de Yuri pour sa nouvelle saison auprès de Victor, son envie de s'envoler sur la glace à ses côtés. Puis le ton de la musique changea brutalement, les notes de violons devinrent sèches, cassantes, pendant que Yurio freinait subitement des griffes en abandonnant toute grâce. Sa chorégraphie se fit violente et cassée, les mouvements de Yurio devinrent brutaux, déstructurés. Brisés en plein vol, comme l'avaient été la carrière et la vie de Yuri. Le jeune russe réalisa un dernier triple salchow, excluant volontairement toute grâce de sa réception, suivi d'une pirouette assise, la jambe délibérément repliée en un angle peu élégant. Les notes de musique s'évanouirent et Yurio se laissa glisser par terre, achevant sa chorégraphie en rappelant à tout le public japonais la mort tragique de leur idole. De nouveau, le silence s'installa, étouffant, avant que le public ne se lève comme un seul homme pour l'applaudir, l'acclamant et envoyant des fleurs sur la patinoire. Il salua le jury, puis la foule avant de rejoindre Yakov qui l'attendait au bord de l'aréna. Sans un mot, son coach l'attira contre lui et le serra dans ses bras.
- Tu étais magnifique, souffla-t-il.
Le geste et les mots de Yakov le confortèrent plus que la réaction de tout le public. Yakov avait beau être un excellent entraîneur, ses compliments étaient relativement rares. Il s'obstinait plus volontiers à pointer le moindre défaut de la chorégraphie de ses élèves qu'à les féliciter. Son compliment était la preuve qu'il avait donné tout ce qu'il avait, qu'il n'aurait pas pu rendre de meilleur hommage à Victor et Yuri. Ils se rendirent dans le coin presse où ils attendirent les résultats, qui ne tardèrent pas à arriver.
- Yuri Plisetsky, 210,48 points, pour un total de 313,58 ! Il se hisse sur la première marche du podium pour la première compétition de ce Grand Prix !
Yuri explosa de joie pendant que Yakov le serrait à nouveau contre lui. D'un seul coup, la pression de ces six derniers mois d'entraînement retomba. Il l'avait fait. Faire renaître Victor à travers lui, faire prendre conscience des conditions dans lesquelles ils étaient morts, émouvoir le public et le monde entier sur leur sort… Il l'avait fait. Ce n'était pas fini, bien sûr, il lui restait encore la Skate Canada, puis la finale, mais le plus dur était fait. Il se rendait compte que, depuis six mois qu'il s'entraînait, un doute subsistait au fond de lui, une petite voix qui lui soufflait qu'il n'y arriverait pas, qu'il ne ferait qu'effleurer les objectifs qu'il s'était donnés. Et pourtant il l'avait fait. Le silence et l'émotion du public après son programme court, les acclamations après le long, cette première place qu'il avait raflée… Oui, aujourd'hui, il en avait la preuve : il était capable de rendre à Victor et Yuri l'hommage qu'ils avaient mérité. Yakov murmura :
- Prêt pour un dernier effort ?
Il se demanda une seconde de quoi il parlait avant de voir les journalistes qui l'attendaient quelques mètres plus loin. Yurio acquiesça d'un hochement de tête, prit une grande inspiration et se leva, se dirigeant vers eux.
- Yuri ? Yuri, que ressentez-vous après cette première victoire ? Un mot pour les gens qui nous regardent ?
S'il y avait quelques caméras d'autres pays, la grande majorité des journalistes présents étaient japonais.
- Je veux dire aux gens qui nous regardent de ne pas oublier mes prestations d'aujourd'hui. Je continuerai à patiner comme ça et à attirer votre attention sur Victor Nikiforov et Yuri Katsuki. Je veux dire aux gens qui nous regardent que mon combat n'est pas terminé, il commence à peine. Et qu'ils peuvent m'aider. L'interprétation de mon programme long n'était pas une histoire, c'est une réalité ! Yuri Katsuki est mort dans l'indifférence générale et la Russie nous demande de l'oublier. Je ne le ferai pas, nous ne le ferons pas ! Tant qu'il n'aura pas obtenu justice, je continuerai à patiner pour vous rappeler que le Japon a perdu son meilleur patineur dans une agression qui restera impunie si nous ne faisons rien !
Yuri se tut quelques secondes pour reprendre sa respiration, essoufflé par son discours et l'effort de son programme. Il reprit plus calmement :
- Il mérite mieux que ça. Je vous retrouve à la Skate Canada pour vous le rappeler encore et encore.
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Yurio s'était assis devant l'autel pour reposer ses genoux endoloris. Il esquissa un sourire en se souvenant de son discours :
- Je me suis un peu laissé emporter, dans mon discours. Mais ça a eu l'effet escompté. Deux jours plus tard, j'étais revenu en Russie pour continuer à m'entraîner et j'apprenais à la télé que des centaines de japonais manifestaient devant l'ambassade de Russie à Tokyo pour exiger que vos agresseurs soient punis. Je ne le savais pas, mais cette affaire tombait assez mal pour nos dirigeants. Enfin, j'ai pas tout compris et je m'y suis pas franchement intéressé, mais nos deux pays étaient en ce moment même en négociations de je-ne-sais-quel traité et cette histoire aurait pu mettre de l'eau dans le gaz. Bref, une semaine après notre retour du Japon, le gouvernement russe ordonnait à la police de rouvrir l'enquête sur votre mort. Ils n'ont pas eu à chercher bien loin, ils avaient déjà les caméras de vidéosurveillance de la rue et aucun de ces imbéciles n'avait pris la peine de dissimuler son visage. Encore une preuve qu'ils savaient qu'ils n'auraient jamais de problème pour ce qu'ils faisaient… Mais en l'occurrence, ils en ont eu. Ils étaient tous déjà connus de la police et ont été rapidement identifiés et arrêtés. On aurait pu croire que les choses évoluaient dans le bon sens. Pourtant, c'est là que ça a sérieusement commencé à se gâter.
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Yurio restait assis, sa main tremblante tenant le téléphone qui affichait l'information. Les agresseurs de Victor Nikiforov et Yuri Katsuki identifiés et arrêtés. Il n'arrivait pas à y croire… Il avait l'impression que le temps se moquait de lui. Après six mois interminables à préparer sa saison et à s'entraîner pendant que le monde oubliait doucement Victor et Yuri, il n'avait eu besoin que d'une semaine pour briller au trophée NHK du Japon, cibler à nouveau les caméras du monde entier sur leur sort, faire rouvrir l'enquête et faire arrêter leurs assassins… Apparemment, ils faisaient partie d'un groupe entier connu pour leurs agressions homophobes, reconnaissables à leurs tenues et bonnets noirs. Il avait vu plusieurs d'entre eux sur les photos des personnes qui avaient menacé Victor et Yuri à leur retour de Barcelone. Yurio s'étira. Il s'était affalé dans un fauteuil de l'espace pause de la patinoire, le temps de récupérer de son entraînement, mais il était épuisé. Il se leva et s'apprêta à partir quand Yakov, qui entraînait Mila, lui cria :
- Yuri ! Reste ici !
- Pourquoi ?
- Je te ramène chez toi. On en a pour une demi-heure, attends-moi ici.
L'initiative de son coach le surprenait, mais après une journée d'entraînement, il n'allait pas dire non au fait d'être ramené chez lui en voiture. Il haussa les épaules et se laissa retomber dans un fauteuil, reprenant son téléphone. Il ouvrit Facebook et ses yeux s'écarquillèrent en voyant une cinquantaine de messages postés sur son mur. D'où pouvaient-ils venir ? Appuyant sur son écran, il ouvrit la page et commença à lire, le teint de plus en plus pâle au fur et à mesure de sa lecture. Des messages d'insultes, de menaces, par dizaines, en réaction à l'arrestation des agresseurs de Victor et Yuri. Des messages assurant que ces types n'avaient fait que leur devoir en éliminant deux "erreurs de la nature", d'autres lui disant qu'il mériterait de finir comme eux, qu'il salissait l'honneur de la Russie de la même façon que Victor l'avait fait. D'autres encore moins insultants mais tout aussi dégoûtés, l'accusant d'utiliser la mort de Victor et Yuri pour sa gloire personnelle et lui demandant d'arrêter d'exploiter et de salir leur mémoire. Une phrase revenait fréquemment, sur plus de la moitié des messages, une phrase qui lui faisait comprendre pourquoi Yakov avait insisté pour le ramener :
« Tu es le prochain. »
Seules les reviews permettent de savoir ce que vous en avez pensé !
Réponse garantie !
A très bientôt pour la suite !
