Vous vous souvenez qu'à un moment j'ai dit que j'allais poster régulièrement, tous les 15 jours ? Mouahaha, laissez tomber, je n'y arrive pas. Mais c'est votre faute aussi, parce que vos commentaires me motivent ! (Merci, vraiment.) Donc, un petit chapitre qui ne fait pas trop avancer l'histoire, mais avec quelques éléments malgré tout importants pour la suite. L'action arrive au prochain chapitre, promis. Avec encore un peu plus d'engueulades...
Petite note importante : il est question dans ce chapitre du peuple des Elasiens. Dans TOS ("Elaan of Troyius", III, 13), l'équipage de l'Enterprise a affaire à ce peuple, dont les femmes ont un pouvoir mystérieux (et assez flippant, je trouve) : elles ont la capacité, par leurs larmes, de rendre les hommes complètement dingues d'elles. Dans mon histoire, j'ai imaginé deux choses totalement non-canon : 1) Comme les Vulcains, les Elasiens peuvent avoir des rapports féconds avec des humains et 2) Les Elasiens sont insensibles à la télépathie, ils ont comme une sorte de bouclier naturel qui dissimule leurs pensées.
Apparemment, vous n'aimez pas trop Juliette (qui est, est-il besoin de le préciser, complètement non-canon)... Voyons si ce chapitre va vous faire changer d'avis (ou pas).
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Chapitre 4 - Où Spock commence à comprendre la très humaine notion d'"intuition"
Il faut bien tenter de se rejoindre. Il faut bien essayer de communiquer avec quelques-uns de ces feux qui brûlent de loin en loin dans la campagne.
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- Commandant, souhaitez-vous que le lieutenant Effner vous assiste pour la reprogrammation ? Vous êtes ici depuis près de vingt heures et…
Spock lança au commandant Perkins un regard qui, à bord de l'Enterprise, aurait immédiatement fait comprendre à l'intrus, quel qu'il fût, la nécessité de quitter la pièce dans les plus brefs délais. (A bord de l'Enterprise, pour commencer, personne ne lui aurait proposé son aide pour un travail aussi ridiculement simple.)
Long, fastidieux, sans intérêt, mais simple.
Et qui lui demandait malgré tout suffisamment de concentration pour éviter que son esprit ne s'égare vers des chemins émotionnels et tortueux.
Mais la femme, nullement démontée par le regard dissuasif de son interlocuteur, se contenta de s'interrompre pendant 3,12 secondes, avant d'enchaîner en désignant un jeune homme que son corps massif dissimulait à demi :
- … et je suis certaine que Jonathan sera tout à fait capable de suivre la procédure que vous lui indiquerez pendant que vous irez prendre un peu de repos.
Le premier officier ouvrit la bouche pour rétorquer que les Vulcains n'avaient pas besoin de « repos » à la même fréquence que les humains, et que lui, Spock, n'avait certainement pas besoin de l'aide de qui que ce fût pour une reprogrammation aussi simpliste, mais il commit alors l'erreur de tourner brièvement les yeux vers le très jeune homme qui se tordait nerveusement les doigts à côté de Susan Perkins. L'espace d'un instant, leur regard se croisa, ce qui permit au premier officier de s'apercevoir que le lieutenant Jonathan Effner ressemblait à Chekov de façon saisissante. Mêmes taches de rousseur, même boucles aux reflets dorés et cuivrés, même pâleur de peau, mêmes yeux candides. Désireux de faire ses preuves, timide jusqu'à l'excès, et probablement plus intelligent que la plupart des membres de la base.
Pendant une fraction de seconde, Spock se demanda d'où lui venaient de telles idées, qui n'étaient fondées sur rien de rationnel – une simple ressemblance physique, un « faux air de » – et comprit que ses défenses psychiques, encore mal reconstruites, laissaient filtrer ce que les humains appellent des « intuitions », des « impressions ». Autant de structures mentales qui n'avaient rien à faire, en toute logique, dans l'esprit d'un Vulcain. Mais Spock ne pouvait cependant pas les éliminer, elles étaient là, et ses boucliers, trop occupés à se défendre contre certaines pensées autrement plus dérangeantes, ne pouvaient totalement les contenir. Fallait-il les éliminer totalement, pour ne plus se laisser distraire par elles ? La question demeurait en suspens depuis un mois, depuis qu'il avait commencé, sous l'égide de son alter ego, à repenser totalement l'architecture de son esprit.
Et ce n'était pas aujourd'hui qu'il obtiendrait une réponse claire et définitive.
Contre toute attente, ce fut son côté vulcain qui lui offrit une porte de sortie : il venait d'achever de rectifier une ligne de code un peu plus tordue que les autres et arrivait à un passage bien moins difficile, que le jeune Effner, avec les bonnes instructions, parviendrait sans nul doute, en effet, à reprogrammer. Une demi-heure de pause lui permettrait de se restaurer et de se rafraîchir avant de se plonger dans l'analyse des données de la base.
Il acquiesça donc et se leva de la chaise sur laquelle il était assis depuis 19,86 heures.
- Lieutenant Effner, vous trouverez sur ce PADD les diverses formules à intégrer au programme 2781C. Je serai de retour dans moins d'une heure.
- Commandant, intervint de nouveau Susan Perkins, vous avez largement le temps de…
Le Vulcain décida qu'il avait été suffisamment poli et l'interrompit sans hésitation.
- La réinitialisation complète de votre système requiert encore 112,35 heures de travail. L'analyse des données et leur résumé, si mon estimation est correcte, me demanderont quant à eux 125,11 heures. Soit un total de 237,46 heures de travail continu. L'Enterprise devant revenir nous chercher dans maintenant treize jours, cela me laisse en théorie 79,54 heures libres, si aucun imprévu ne surgit. Or, mon expérience m'a appris que des imprévus surgissent toujours. Afin de ne pas retarder notre retour à bord du vaisseau, je me contenterai de prendre deux à trois heures de repos par jour, du moins durant la première semaine, ce qui sera amplement suffisant.
Comme prévu, Perkins écarquilla les yeux.
- Mais, commandant Spock, ce n'est pas assez…
- Commandant, je suis Vulcain, répondit le premier officier en essayant de ne pas prendre ce que McCoy appelait « sa voix d'ordinateur » (mais il l'entendait lui-même, les mots résonnaient de façon robotique, froide, totalement dépourvue d'humanité), et les standards humains ne me concernent pas.
Une telle affirmation n'était pas tout à fait vraie – pas un mensonge non plus, non, tout au plus une exagération, car Spock avait malgré tout besoin de davantage de sommeil que les « vrais » Vulcains – mais il n'avait pas l'intention de se laisser dicter sa conduite. Il savait que ne pas dormir pendant une semaine et se contenter de méditer deux heures par jour ne lui poserait pas de problème majeur. Il était encore affaibli physiquement, mais pas au point de devoir sacrifier au sommeil. Il avait de toute façon dormi, pendant les trois semaines qu'avaient duré sa maladie et sa convalescence, plus qu'il ne lui était normalement nécessaire pour six mois.
Ce qu'il n'avouait cependant pas à son interlocutrice, et à peine à lui-même, c'était la nécessité de maintenir son esprit constamment occupé. S'il s'arrêtait de travailler et se retrouvait trop souvent seul, il allait se mettre à réfléchir, ce qui, dans la situation présente, n'était certainement pas une bonne idée. La reconstruction totale de ses boucliers mentaux devrait attendre qu'il eût réglé certains problèmes.
Refusant pour l'instant de penser auxdits problèmes (à savoir, essentiellement, les disparitions de Vulcains aux abords de Khitomer, l'attitude du docteur McCoy et son propre sentiment de culpabilité), Spock passa devant le jeune lieutenant abasourdi et lui remit son PADD avant de quitter la pièce aux côtés du commandant de la base.
- Je ne souhaitais pas vous offenser, déclara cette dernière lorsque la porte se fut refermée derrière eux.
Le Vulcain fit un bref signe de tête, conscient de toucher aux limites de la politesse humaine.
- Vous ne m'avez absolument pas offensé, répondit-il, et la faute est partiellement mienne : j'aurais probablement dû vous indiquer mes projets avant de commencer à travailler.
C'est si difficile de dire « Excusez-moi », Spock ?
L'expression de la gratitude et des regrets – un trait tellement humain, auquel il n'avait accordé aucune importance avant de rencontrer Nyota, et qu'il lui était encore difficile de comprendre aujourd'hui, au grand dam du docteur McCoy, qui le reprenait fréquemment sur ce point précis comme sur tant d'autres…
- Vous voici arrivé à vos quartiers, commandant.
Spock inclina la tête poliment et entra dans la pièce qui lui avait été attribuée avec l'assurance qu'il serait de retour au travail dans moins d'une heure. Puis, essayant de prendre congé de la façon la moins brusque possible, il se retrouva enfin seul dans ses quartiers.
La cabine, impersonnelle, ressemblait à celle qui lui avait été attribuée à bord de l'Enterprise avec sa petite salle de bains, parfaitement fonctionnelle, son bureau gris métallisé, son lit encastré dans le mur, les draps blancs et les couvertures beiges réglementaires… Posé à terre, contre le mur du fond, se trouvait le sac contenant ses effets personnels, qu'un membre de l'équipage avait dû apporter ici pendant qu'il travaillait dans la salle de contrôle des données informatiques.
Il détacha son communicateur de sa ceinture et constata qu'il avait reçu un message de Nyota. Juste avant de taper les premières lignes de code sur l'ordinateur de Sigma Octantis et de se laisser totalement absorber par son travail, il avait écrit au lieutenant Uhura quelques lignes qu'il estimait réconfortantes. Un des avantages des « intuitions » humaines auxquelles il était sujet depuis que ses défenses mentales avaient cédé était la capacité qu'il avait récemment développée à mieux comprendre, ou deviner, l'état d'esprit de la jeune femme, et par conséquent à adapter son comportement en fonction de ce qu'elle ressentait. Leur relation en avait été améliorée significativement, ou du moins l'avait-il perçu ainsi. Peut-être le fait d'avoir de si près frôlé la folie l'avait-il également rendu plus sensible au plaisir de sa compagnie, et attentif à ses attentes. Il avait donc déduit, du regard qu'elle lui avait lancé lorsqu'il avait quitté l'Enterprise, qu'elle souhaiterait avoir de ses nouvelles le plus rapidement possible, notamment en raison des nouvelles déstabilisantes que le docteur McCoy lui avait brusquement jeté au visage. D'où le message bref mais – du moins le pensait-il – rassurant qu'il lui avait envoyé vingt heures auparavant.
La réponse de Nyota lui prouva qu'il avait vu juste. Elle le remerciait d'avoir pris la peine de lui écrire, se disait désolée de ce qui se passait sur Khitomer, et lui promettait que Kirk allait faire de son mieux pour résoudre le problème et venir en aide au peuple vulcain – ce dont Spock ne doutait pas un seul instant. Elle achevait son message par une phrase relativement sibylline : « Jim espère que tu n'es pas trop fâché contre lui. »
Le Vulcain, légèrement perplexe, se demanda pour quelle raison il aurait dû être « fâché ». Parce que, pour une fois, James Tiberius Kirk avait respecté les ordres qu'on lui avait donnés ? Comment Spock pourrait-il se fâcher pour une telle raison ? Il était évident que ce qui s'était passé dans le secteur de Khitomer était une affaire classée top secret, et que même le premier officier de l'Enterprise n'avait pas à le savoir, quand bien même ladite affaire concernait son peuple au premier chef.
Comment McCoy s'était retrouvé au courant de la disparition de Vulcains dans le secteur était une autre question. Pourquoi il avait choisi cet instant pour divulguer cette information en était encore une autre, que le premier officier ne souhaitait pas approfondir maintenant.
Lorsqu'il quitta ses quartiers cinq minutes plus tard en quête de la salle de restauration, il constata qu'aucun code ne protégeait la porte de sa cabine. Il hésita un instant, puis décida de ne pas se montrer « trop Vulcain », d'éviter de se faire remarquer une fois encore et d'adopter les coutumes locales. Après tout, il n'avait rien à cacher.
Se retournant, il se trouva presque nez à nez avec le docteur McCoy, qui sortait de la pièce voisine. Cela n'avait en soi rien d'étonnant, mais ce qui surprit Spock (au point qu'il faillit émettre un commentaire) fut le fait qu'une jeune femme aux longs cheveux noirs accompagnait le médecin. Et, à en juger par la façon dont elle… tenait la main de ce dernier, elle n'était pas venue dans la cabine pour se faire examiner.
Spock intima à sa moitié humaine de cesser ce genre de remarques sarcastiques.
McCoy aperçut son coéquipier, lança un coup d'œil paniqué vers la jeune femme, pâlit, rougit, et finalement se détourna. La femme lança au Vulcain une œillade appréciative et emboîta le pas du médecin. Délibérément, refusant de penser à la scène surréaliste dont il venait d'être témoin, Spock prit la direction inverse, sans savoir si le couloir le mènerait à la salle de restauration.
McCoy avait… eu des rapports sexuels avec une de ses patientes potentielles ? En pleine crise sanitaire ? Avec une femme qu'il ne connaissait pas vingt-quatre heures auparavant ?
Spock se reprit, dressa de nouveau ses boucliers et s'absorba dans sa quête prosaïque de nourriture. Après quelques minutes d'errance, il trouva finalement le lieu qu'il recherchait. La salle était parfaitement vide. Le premier officier s'approcha du réplicateur et commença à en étudier les fonctionnalités, lorsqu'une voix résonna, tout proche de lui :
- J'ai bien peur que nous n'ayons qu'un seul menu végétarien à votre disposition.
Spock se tourna vers l'intruse et constata, non sans une légère gêne, qu'il s'agissait de la femme qui était sortie de la cabine du médecin en chef quelques minutes auparavant.
- La variété m'importe peu, répondit le Vulcain en insérant la carte magnétique qu'il avait trouvée sur le bureau de sa chambre dans le réplicateur.
La jeune femme sourit et Spock eut la brève et désagréable impression de se trouver à côté d'un carnassier qui vient de repérer une proie de choix.
- Ça vous dérange si je vous accompagne ? Je n'ai pas eu le temps de manger ce matin. J'ai été assez… occupée.
Spock, l'espace d'un instant, se demanda si ses boucliers avaient été déformés au point qu'il imagine des sous-entendus là où il n'y en avait pas, mais le regard provocateur de la jeune femme ôta ses derniers doutes. Refusant cependant de s'enquérir sur les occupations matinales de son interlocutrice dans la chambre du docteur McCoy, il se contenta de désigner une place en face de celle qu'il avait choisie :
- Je vous en prie, lieutenant, dit-il après un bref coup d'œil aux broderies de ses manches qui donnaient son rang.
- Oh, Juliette, je vous en prie, commandant, répondit-elle avec un clin d'œil, tout en s'asseyant en face de lui. La reprogrammation n'est pas trop difficile ? ajouta-t-elle en enfournant une large bouchée d'une purée rosâtre.
Spock secoua négativement la tête en se concentrant sur sa propre assiette. Le repas, quoique constitué en grande partie d'aliments inconnus, était plutôt bon.
- J'imagine que pour vous autres Vulcains, ce genre de choses est un jeu d'enfants. J'espère que vous êtes parfaitement remis, enchaîna-t-elle sans lui laisser le temps de répondre. Leonard nous a expliqué ce qui vous est arrivé récemment. Je suis biologiste et je n'ai jamais entendu parler d'un tel virus. Vous avez eu de la chance d'en réchapper. Vous savez, j'ai des amis Vulcains, et j'ai un peu étudié leur structure psychique. Je n'ose pas imaginer quel effet ça fait de perdre ses boucliers mentaux.
Les mots atteignirent Spock au niveau de la poitrine, puis il sentit l'onde de choc se répandre à travers tout son corps. Etrange, comme une simple phrase pouvait avoir des répercussions physiques sur un être vivant qui se targuait de n'être que pure logique.
- Je vous demande pardon ? demanda-t-il.
Ce n'était pas une de ses répliques les plus brillantes, mais il s'estimait déjà satisfait d'avoir réussi à articuler une phrase complète tant il était stupéfait du tour que prenait la conversation. Qu'avait donc dit Leonard à son propos ? La jeune femme esquissa un sourire compatissant et glissa une main vers la sienne.
- Il avait un peu bu, confessa-t-elle avec un petit haussement d'épaules. Mais ne vous en faites pas, il n'a rien dit de trop compromettant à votre sujet.
Le ton du lieutenant indiquait cependant le contraire, et Spock se demanda si elle se délectait de ce petit jeu ou si elle était simplement totalement naïve et ne comprenait pas que le secret médical devait être respecté dans tous les cas.
Puis il se rendit brusquement compte que la main de Juliette était posée sur la sienne – mais qu'il ne ressentait aucun contact télépathique, rien, pas le moindre sentiment.
Une bouffée d'angoisse – non, de pure panique – s'empara de lui et il sentit la sueur jaillir des pores de sa peau. Il avait déjà vécu cette situation, un mois auparavant. Jim lui avait pris la main, et il n'avait rien senti. Il s'était senti amputé d'une partie de lui-même, diminué, rabaissé…
Respire. Concentre-toi sur ta respiration.
Il n'était pas en train de faire une crise de panique. Certainement pas. Il y avait une explication logique, rationnelle, à ce qui lui arrivait. Il n'était pas en train de rechuter, pas en train de perdre de nouveau son côté vulcain…
La réalité le frappa soudainement et il ne put s'empêcher de la formuler à voix haute.
- Vous êtes Elasienne ? demanda-t-il.
Juliette émit un petit sifflement appréciatif, mais elle ne retira pas sa main.
- Pas mal trouvé, commandant. Généralement, les humains mettent beaucoup plus de temps à le comprendre. Mais je ne suis qu'à moitié Elasienne, précisa-t-elle avec un petit rire. Mon père est humain.
Rassuré sur ses capacités télépathiques (les Elasiens étaient totalement imperméables à de tels pouvoirs), Spock hocha la tête.
- Je ne voulais pas vous offenser, lieutenant…
- Juliette.
Il hésita un instant.
- Je ne voulais pas vous offenser en vous demandant quelles étaient vos origines, reprit-il en omettant délibérément de nommer son interlocutrice. Mais je n'ai jusqu'ici rencontré que peu d'hybrides. Je suis à moitié humain également, précisa-t-il en réalisant que le terme hybride pouvait en lui-même apparaître offensant.
La jeune femme ne parut pas surprise outre mesure, et le premier officier en déduisit, non sans amertume, que Leonard avait également évoqué cet aspect particulier de sa personnalité. Il essaya de ne pas penser à tout ce qu'il avait pu dire à son sujet sous l'emprise de l'alcool, mais sentit malgré lui la colère bouillonner sous les boucliers soigneusement érigés de sa conscience.
- Disons qu'être à demi Elasienne a ses avantages et ses inconvénients, expliqua Juliette en reprenant une bouchée (pour ce faire, elle lâcha enfin la main de son interlocuteur). Mais je ne me sens vraiment à ma place nulle part, ni sur Terre, ni sur ma planète natale.
Spock acquiesça pensivement. La jeune femme poursuivit :
- Mon père a cru que m'appeler Juliette serait une bonne idée. Comme si le romantisme du nom allait changer quoi que ce soit à ma condition. Mais mes larmes sont toujours dangereuses, quoi que je fasse. Ne vous inquiétez pas, conclut-elle en riant (mais son rire sonnait amèrement), je ne vais pas en user avec votre ami.
Le Vulcain faillit rétorquer que Leonard McCoy n'était pas son ami, surtout pas après qu'il eût divulgué des informations confidentielles à son sujet, mais il se ravisa. Rien de tout cela ne concernait la jeune femme assise en face de lui.
Le reste du déjeuner se déroula beaucoup plus agréablement qu'il n'avait commencé. Juliette (dont Spock ignorait toujours le nom de famille) était la première hybride que Spock eût jamais rencontrée, et confronter leurs points de vue sur leurs origines se révéla tout à fait fascinant.
Tellement fascinant qu'il faillit même arriver en retard pour prendre la relève auprès du jeune lieutenant Effner.
