Disclaimer : Univers Marvel, histoire de Blind Author, traduction de moi.
Partie Quatre
Portes ouvertes
« Les portes que l'ont ouvre et que l'on ferme chaque jour décident des vies que nous vivons. »
Flora Whittemore
La prison est déplaisante. A l'intérieur, c'est un genre d'incarcération rigide qui va à l'encontre de chaque instinct de la nature humaine, et cela se voit. Surpeuplez une zone animalière, et elle deviendra hostile et anti-sociale.
Pourtant, Charlotte n'apprécie pas que l'on insinue qu'elle ne peut pas supporter la visite.
« Mon chou, » dit le garde d'un ton conciliant, cet horrible surnom tapant sur les nerfs de Charlotte. « Ce n'est pas une petite promenade du dimanche dans le parc, c'est- »
« Un établissement correctionnel pour des hommes ayant été condamnés pour vol, viol, meurtre et autres crimes du même gabarit, et qui purgent actuellement une peine de prison dans notre société, » finit-elle, crispée. « Je suis parfaitement au courant de ce que je suis sur le point de voir. »
Le garde se pince les lèvres, irrité d'avoir été interrompu, et Charlotte surprend le murmure d'un très bien, elle l'a demandé/espèce de garce frigide/j'espère qu'ils la feront bien paniquer.
Mais seul un, « Comme vous voulez, mon chou. » franchit ses lèvres.
« Et ne m'appelez pas mon chou, » ajoute Charlotte.
Le garde est clairement contrarié, mais il n'y a aucune répartie qu'il peut employer sans avoir l'air d'un homme sectaire et crasseux, alors il reste silencieux. Verbalement, du moins mentalement, c'est une autre histoire, et Charlotte tourne délibérément son attention loin de ses pensées.
Erik, qui avait fusillé le garde des yeux dès l'instant où il avait déclaré 'mon chou', est maintenant en train de sourire en coin, comme s'il appréciait le spectacle.
J'ai l'impression que tu ne t'es pas fait un ami, pense-t-il en jetant à Charlotte un regard chargé de sens. Ça ne te ressemble pas, Charlotte.
J'ai mal dormi, lui renvoie-t-elle.
Elle fait en sorte que ce commentaire contienne suffisamment de sa mauvaise humeur, et son cœur se soulève un peu lorsque Erik glousse en réponse.
Mais c'est la vérité elle n'a pas très bien dormi. Charlotte avait réfléchi à ses réactions envers Erik pendant un grande partie de la nuit, et aux alentours de deux heures du matin, elle avait réalisé qu'elle était bel et bien éprise de cet homme elle ne pouvait pas y échapper. Ce n'était pas un problème, pas vraiment, (Charlotte avait été éprise de douzaines d'hommes dans sa vie, et était certaine que ça passerait avec le temps), mais cela pouvait induire une tension dans leur amitié, alors il valait mieux mettre ça de côté.
Mais pour sa défense, Charlotte croit qu'il serait difficile de ne pas s'enticher d'Erik. Elle a vu ce qu'il a vécu, vu l'influence que cela porte sur sa vie quotidienne, et le fait qu'il soit désireux de lui faire confiance malgré ce qu'il a enduré démontre clairement sa force.
Il l'a écoutée raconter ses pires expériences et ses moments les plus sombres sans reculer d'horreur. Il sait ce qu'elle a fait à Amélia et il lui fait toujours confiance à l'intérieur de sa tête.
Comment pourrait-elle ne pas l'aimer ?
Tandis qu'ils approchent de la cellule, Charlotte renforce délibérément ses barrières. Elle peut déjà les sentir, se glissant vers elle comme une obscurité dotée de yeux, d'oreilles et de voix, toutes ces pensées laides et frustrées rassemblées dans un si petit espace sont comme une grenade attendant d'exploser, et elle veut être prête lorsqu'elles le feront.
Le costume de Charlotte ne cache pas le fait qu'elle est une femme, et les railleries, les huées et sifflements admiratifs commencent dès qu'elle passe devant la première cellule. Elle sait que le garde ferait habituellement taire le prisonnier, surtout après le début des propositions lubriques, mais il veut lui faire peur il s'agit d'une revanche mesquine pour la façon dont elle a bafoué son autorité moins de dix minutes auparavant.
Mais s'il s'attend à ce qu'elle tressaille, ou ait un mouvement de recul, il sera déçu : Charlotte a déjà lu bien pire dans les esprits de gens supposément citoyens intègres. En fait, comparé à certains fantasmes qu'elle a surpris par inadvertance lors de soirées ou dans les pubs, les images fonçant dans son bouclier en ce moment sont plutôt fades.
Erik, d'un autre côté, est rapidement de très mauvaise humeur. Ses mâchoires semblent se serrer de plus en plus après chaque remarque tapageuse faite à Charlotte, telle que 'viens par ici', et elle ne pense pas que le fait qu'Erik se situe entre elle et les cellules, diminuant la vision d'elle qu'ont les prisonniers, soit une coïncidence.
Elle comprend d'où vient son instinct protecteur Erik a vu trop de personnes qu'il aimait souffrir et mourir pour ne pas vouloir se jeter entre elle et tout ce qui pourrait, de près ou de loin, être considéré comme une menace, mais parfois, Charlotte aimerait qu'il ne s'inflige pas autant de pression. Le fait que les prisonniers la sifflent n'était pas vraiment inattendu, et n'était certainement pas un signe de faiblesse de sa part.
Elle pose sa main sur son bras pour attirer son attention, puis lui lance, bruyamment et fermement, Je vais bien. Fais-moi confiance, ce n'est rien comparé à une soirée dans un pub.
Erik se renfrogne, mais Charlotte peut le voir se forcer à se détendre et à ravaler sa tension. Je crois qu'on les appelle plus communément des 'bars' en Amérique.
Je m'en fiche, ce sont des pubs pour moi.
L'amusement d'Erik la parcourt comme une bonne gorgée de café chaud, avec rien qu'un soupçon d'amertume, et Charlotte se mord les joues pour cacher son sourire.
Elle peut sentir Alex un peu plus loin, condamné pour possession de comptes multiples et pour trafic de drogue. La police et le juge ont supposé qu'il n'était qu'un idiot qui voulait planer.
Charlotte connaît la vérité. Alex a payé, mélangé et pris les drogues comme si elles étaient des bonbons parce qu'elles le gardaient sous sédatif, passif.
Gardaient son pouvoir soigneusement à l'écart et sous contrôle.
Dieu sait que c'est un chemin que Charlotte avait envisagé à plus d'une occasion. Tout ce qui l'avait retenue, vraiment, était la peur et si les drogues augmentaient sa télépathie au lieu de la réprimer ? Et si elles libéraient totalement sa télépathie, mais brisait sa capacité à se protéger ?
Dans tous les cas, le risque n'avait jamais vraiment valu le potentiel bénéfice, et finalement, Charlotte avait appris à contrôler son pouvoir sans stimulants chimiques.
Elle espère seulement pouvoir offrir la même chose à Alex : le contrôle sans dépendance.
Erik peut avouer qu'il avait été – pas inquiet, parce qu'il ne s'inquiète pas – mais préoccupé par la réception de Charlotte auprès des autres mutants. Après tout, une femme télépathe portant des costumes n'est pas très banale, et Erik a vu les préjugés automatiques et irréfléchis que les gens peuvent démontrer envers ceux qui dévient de ce que l'autorité leur dicte comme étant 'normal'.
Mais il avait été agréablement surpris jusqu'ici. Il y avait un tel désir d'acceptation dans chaque mutant qu'ils avaient rencontrés qu'ils auraient probablement suivi un génie à la peau violette s'il leur avait promis d'autres mutants. Alors une femme en costume ? C'était à peine à relever.
Jusqu'à ce que Charlotte ne laisse Erik avec Alex pendant qu'elle clôt leurs affaires officielles avec le garde, et que le jeune mutant lance un commentaire sarcastique, murmuré et presque dans sa barbe.
« Alors quoi, vous laissez une garce vous donner des ordres ? »
Erik peut sentir l'incertitude d'Alex dans le ton légèrement agressif, et il sait que ce garçon ne fait qu'essayer de déterminer qui donne les ordres dans cette nouvelle société, de la seule façon qu'il connaît. Il n'y a pas de réel mépris dans sa voix Charlotte avait dû réprimander le gardien déplaisant une fois encore pour l'avoir appelé 'mon chou', et les yeux d'Alex avaient brillé avec fierté. Il s'agissait simplement d'un jeune homme intimidé, essayant au mieux de ses moyens de faire comprendre qu'il n'allait pas se laisser bousculer.
Mais cela ne signifie pas qu'Erik est enclin à le pardonner. Il ne sait pas très bien pourquoi cela l'irrite autant, la simple idée que Charlotte soit vue comme une personne inférieure à ce qu'elle est l'agace.
Erik sait que ses yeux sont durs et sa voix froide de menace contenue lorsqu'il se retourne.
« Mettons les choses au clair, » dit Erik du ton ferme et murmuré qu'il avait employé avec ce banquier en Suisse. « Le professeur Xavier est celle qui t'a trouvé, et celle qui voulait te faire sortir, alors si j'étais toi, je lui montrerais un peu de respect, au cas où elle changerait d'avis. »
Alex cligne des yeux, et se tait jusqu'au retour de Charlotte. Puis Erik soupçonne qu'il ne prend la parole uniquement parce qu'il est difficile de rester silencieux en présence de Charlotte, avec son enthousiasme débordant et son excitation pétillante au sujet de ses pouvoirs, tous ses sourires et ses grands yeux bleus, ses promesses qu'ils ne sont plus seuls.
Erik sait qu'il a un sérieux problème lorsqu'ils sont de retour à la CIA, et porte le blâme de sa lente réalisation sur le fait qu'il n'est pas habitué à faire attention à ce genre de menace.
Pour la première fois depuis son enfance, Erik est investi dans la vie et le bonheur d'une autre personne. Il avait placé son destin dans les mains de Charlotte Xavier pour un futur proche, et il ne se souvient même pas du moment exact où cela s'est produit. Quelque part, entre le moment où des bras l'avaient entouré dans l'océan froid (vous n'êtes pas seul) et un léger sourire par-dessus un échiquier, Erik avait accordé sa loyauté à une femme qui portait des costumes et considérait les mutations comme étant 'stylées'. A une femme qui se tient forte face à la désapprobation du monde, qui peut se glisser dans les esprits et qui n'y laisse qu'un léger toucher de chaleur et de rire, qui est souvent prête de rayonner par la force de son optimisme et de sa compassion.
Et Erik ne peut que penser au fait qu'il doit se débarrasser de ça, ou le changer, ou... le diluer d'une certaine manière.
Étant donné qu'il a mené une existence solitaire pendant plus de la moitié de sa vie, Erik sait très bien s'occuper de ses besoins, que ce soit des besoins de nourriture, d'un abri ou de sexe. Et bien que son habitude de se donner du plaisir à lui-même se soit accélérée depuis qu'il a rencontré Charlotte (ses joues rougies par l'alcool et ses yeux maquillés et absolument incandescents, son expression d'extase surprise lorsque le Cerebro avait pris vie, sa chemise trempée collée à sa poitrine, les lignes fermes de ses seins), il n'a jamais vraiment fantasmé sur elle en se faisant jouir. Cela avait toujours semblé quelque peu irrespectueux, comme si, d'une certaine façon, il profitait d'elle.
Mais maintenant, il n'allait pas se retenir. Peut-être ce lien entre lui et Charlotte ne serait-il pas aussi puissant s'il le transformait en quelque chose de sale et de sordide...
Mais il ne peut pas. Parce que ce qu'il a avec Charlotte est à des années lumières de tout ce qu'il a connu auparavant. Il pouvait essayer de toutes ses forces, il ne pouvait s'imaginer baiser Charlotte rapidement et durement, dans une chambre d'hôtel minable et quelconque, ne peut envisager ramasser ses vêtements au sol et partir juste après.
Au lieu de cela, son esprit forge une image de Charlotte étendue sur ses draps, nue et rieuse, intrépide à l'idée d'être aussi vulnérable, parce que Charlotte serait intrépide, saurait qu'elle n'avait rien à craindre de lui. Il la voit sourire tandis qu'elle se déshabille, se ravissant de dévoiler son corps, curieuse face à celui d'Erik, les yeux brillants de confiance lorsqu'elle l'attire à elle.
Même dans ses fantasmes, ce sont le rire joyeux de Charlotte, son sourire ouvert et son encouragement ardent qui priment. Même dans son imaginaire, l'attrait repose moins sur l'idée d'une relation sexuelle et plus sur le fait que c'est Charlotte qu'il imagine avec lui.
Son orgasme est rapide et surprenant dans son intensité, et Erik jouit avec l'image de Charlotte derrière ses paupières la sueur brillant sur chaque carré de sa peau exposée, ses hanches se tortillant, ses seins alourdis par chaque respiration, la bouche ouverte et les yeux aveuglés d'extase.
Pendant que son corps se calme, Erik fixe le plafond et ressent une peur insidieuse lui saisir la peau comme une sueur froide.
Parce que son attachement pour Charlotte l'a saisi comme un hameçon, enfoui dans sa peau et dans ses os, et il ne pourrait pas être facilement supprimé.
Erik tient à Charlotte Xavier. Et il a perdu tout ce à quoi il a tenu. Ou, plus spécifiquement, Schmidt et les préjugés d'humains aveuglés le lui a pris.
Si on tient à quelque chose, on doit être suffisamment fort pour le protéger. Et malgré tous ses pouvoirs, Erik n'a jamais été suffisamment fort lorsqu'il devait véritablement l'être.
Quand sa mère allait se faire abattre à moins qu'il ne bouge la pièce-
Quand il n'y avait pas à manger à moins qu'il n'ouvre la serrure de la cellule-
Quand la douleur n'arrêterait pas à moins qu'il n'arrache les instruments des mains de Shaw-
Immédiatement, il se dit qu'il ne doit pas être aussi stupide. Charlotte se protège elle-même bien plus efficacement qu'Erik ne le pourrait elle identifie les menaces avant qu'elles ne soient des pensées à moitié formées, et leur fait face dès l'instant suivant.
Par ailleurs – et Erik déteste avoir besoin de se réconforter ainsi, comme un enfant ayant mouillé son lit à la suite d'une terreur pure – Schmidt ne sait même pas que Charlotte existe. Schmidt ne la touchera jamais.
Sa tentative pour atténuer leur lien étant un échec, Erik concède sa défaite. Il se nettoie rapidement, et se dirige vers la pièce à vivre pour retrouver Charlotte afin de jouer leur partie d'échecs devenue un événement régulier.
Charlotte est sur la défensive. Son expérience dans la prison l'avait laissée plus fatiguée qu'à l'accoutumée, et Erik semble particulièrement sournois ce soir. Elle a déjà perdu son fou, ses deux cavaliers, et un tas de pions.
« Est-ce que tu es particulièrement religieuse ? » demande Erik.
Venant de quelqu'un d'autre, elle aurait pu être décontenancée par cette soudaine question, mais pas avec Erik. Ces parties d'échecs semblaient moins concerner le jeu que leur conversation, leurs impressions, qu'apprendre à se connaître, ainsi qu'étudier le fonctionnement de leurs esprits qui étaient différents, oui, mais si similaires en bien des façons.
Elle sait qu'Erik n'a pas pratiqué le judaïsme depuis des années, depuis le coup qui l'avait privé de la dernière personne qui le connectait à ce monde, et Charlotte peut sentir sa sincère curiosité derrière cette question.
« Je n'en suis pas très sûre, » avoue Charlotte. « J'admets volontiers que je ne peux croire à aucun de ces dieux divers que prônent les religions aujourd'hui. Je n'arrive pas à croire qu'il existe une sorte d'ordre intrinsèque ou de plan dans ce monde, parce que tout est bien trop... hasardeux. Trop illogique. De bonnes choses arrivent à de mauvaises personnes, et de mauvaises choses arrivent aux personnes qui ne l'ont jamais mérité. »
Elle fait de son mieux pour ne pas penser à combien son dernier commentaire s'applique à l'homme assis face à elle. Mais elle ne peut supprimer la montée de chagrin qui monte en elle, lorsqu'elle se rappelle vivement qu'il n'y a ni justice inhérente ni ordre dans ce monde. Il n'y a que la chance, et ce qu'on en fait.
« Et pour ce qui est de la vie après la mort, » continue Charlotte, « je n'ai jamais senti aucun esprit sans corps, alors quelque soit ce qui fait de nous... nous, ça ne repose certainement pas là-dessus. Mais d'un autre côté... »
Elle s'interrompt, réfléchissant à la façon d'articuler ses sentiments sur le sujet. « J'ai touché l'esprit des gens, ressenti leurs émotions, et il semble étrange de croire qu'ils disparaissent simplement dans le vide après la mort. L'énergie ne peut pas être détruite, après tout, seulement transformée, et l'esprit des gens, ce que les théologiens aiment appeler notre âme... je suis certainement qu'il possède de genre d'énergie.
« Mais cette loi ne stipule-t-elle pas aussi que l'énergie ne peut pas être créée ? » fait remarquer Erik. « Et que représente la naissance, sinon notre création ? »
« Tu marques un point, » songe calmement Charlotte. « Et je n'adhère pas à l'idée de la réincarnation. Peut-être ne faisons-nous que... nous dissiper, comme nos corps qui pourrissent en terre. Peut-être toutes les parties de nous-mêmes d'une certaine façon deviennent une part de tout le reste. Peut-être est-ce la notre vie après la mort. »
« Pas de paradis, ni d'enfer ? » insiste Erik, les yeux et l'esprit brillant de quelque chose de sombre et de vif. « Pas de récompense éternelle ? »
Mais Charlotte sait que ce n'est pas le paradis qu'il espère. Le judaïsme n'adhère pas à l'idée de l'enfer, mais Erik aime l'idée que Klaus Schmidt puisse souffrir pour toute une éternité.
« Je ne suis pas certaine pour le paradis et l'enfer, » dit Charlotte, tous les deux tournant autour de cette ombre dans un accord mutuel et informulé. « Cela m'a toujours semblé arbitraire. Enfin, nous avons peut-être soixante-dix, quatre-vingt ans pour faire tout ce que nous devons, et être puni ou récompensé pour ces courtes années pendant toute l'éternité semble inapproprié, dans le meilleur des cas. »
Mais pas dans tous les cas, murmure l'esprit d'Erik, si doucement que Charlotte n'est pas certaine qu'il ait eu l'intention de le lui faire savoir.
Elle décide de continuer comme si elle n'avait pas obtenu un nouvel aperçu du sombre labyrinthe de l'esprit d'Erik. « Par ailleurs, j'aime l'idée de ne rien recevoir. L'idée que ce qu'on fait dans cette vie doit être notre récompense, plutôt qu'une chose que nous accorde un individu tout puissant. »
Les lèvres d'Erik se tordent, comme s'il était amusé par quelque chose. « Tu apprécierais plutôt l'idée de créer ta propre récompense. »
Charlotte rit. « Eh bien, cette idée contient peut-être une touche d'inquiétude. Après tout, de nombreuses personnes m'ont dit que j'irai en enfer pour avoir porté des vêtements inappropriés et pour avoir eu des relations sexuelles avant le mariage. »
Erik se moque, « S'il existe un enfer, tu ne le verras jamais. »
Ses yeux sont tombants et étrangement intenses, et Charlotte veut effleurer la surface de ses pensées pour découvrir pourquoi, mais se retient. Elle limite sa télépathie autant que possible lorsqu'ils jouent aux échecs cela semble être de la triche sinon.
« Tu en es sûr, pas vrai ? » sourit-elle en regardant de nouveau l'échiquier. Erik allait probablement la battre en trois coups, et pour le moment, elle ne voit aucun moyen de s'en sortir.
L'esprit de Charlotte se refroidit lorsqu'elle repense à la raison exacte pour laquelle elle devrait craindre l'enfer, s'il en existait bien un.
« Je peux te le garantir, je ne suis pas un ange, » dit-elle doucement, sans jamais lever les yeux. « Toi, en particulier, tu devrais le savoir. »
Le reste de la partie, ou ce qu'il en reste, est joué en silence. Erik arrive bien à échec et mat en trois coups, et il se lève et s'en va au lieu de rester et de discuter comme il le fait habituellement.
Charlotte pourrait être inquiète, si elle n'avait pas senti la préoccupation irradier d'Erik chaque fois qu'elle bâillait. Il avait réalisé qu'elle était fatiguée et la laissait aller se coucher tôt.
Il était presque amusant de voir combien Erik s'occupait d'elle sans même le savoir.
La porte était presque refermée lorsque Charlotte l'entendit, comme une radio parasite. Les pensées dirigées directement vers elle semblaient toujours plus bruyantes que les autres, comme si elles criaient son nom dans une pièce bondée pour attirer son attention, et les pensées qui la concernaient étaient identiques, ce qui lui avait souvent causé bien des regrets.
Le fait que Charlotte ne soit pas activement en train de lire l'esprit d'Erik signifie que cette pensée est sourde, mais claire tout de même.
… pas un ange, mais sacrément proche.
Il y a une sorte d'admiration perplexe attachée à cette pensée, ainsi qu'un soupçon d'amertume, l'arrière goût des espoirs perdus. Mais le mélange compliqué d'émotions qui pèsent sous ces paroles n'est pas ce qui fait battre son cœur un peu plus fort.
Elle se dit que cela ne signifie rien. Étant donné les expériences d'Erik, il était évident qu'il la tiendrait en haute estime, étant la première personne à lui offrir ce genre d'amitié et d'acceptation.
Mais cela n'empêche pas ses joues de rougir, et Charlotte jure tout bas.
Elle avait vraiment un problème.
Sean Cassidy semble plus avoir dix-sept ans que vingt-deux, et a l'air extraordinairement mauvais pour draguer les filles. Et Raven qui se moque de Charlotte pour sa réplique au sujet des mutations stylées elle aurait dû entendre celle concernant les poissons que Sean avait utilisée.
Il ne leur faut pas longtemps, mais ce n'est jamais le cas. Ces personnes se sont crues seules pendant si longtemps, et la simple idée de savoir enfin qu'ils sont plusieurs au-dehors, de pouvoir les rencontrer, est un appât si puissant que c'en est presque de la triche.
Sean emballe ses affaires dans l'heure, racontant à ses amis qu'il a trouvé du travail hors de l'état et serait peut-être absent pendant un temps.
Ils sont tous impatients de partir avec nous, pense Erik lorsque lui et Charlotte aident à charger les affaires de Sean dans la voiture. Tu as cet effet sur tout le monde ?
Quel effet ? se demande Charlotte, curieuse. A moins que tu ne parles de ma télépathie, et non, je ne les force pas à venir avec nous. Cela n'aiderait en rien notre cause.
Je ne parlais pas de ta télépathie. Il y a de fortes allusions dans cette pensée, des allusions contenant des pourquoi elle ?/que fait-elle ?/qu'y a-t-il chez elle pour que les gens veuillent la suivre jusqu'au bout du monde ?
Et plus profondément encore planent l'affection/la frustration/la perplexité qu'y a-t-il en elle qui me donne envie de la suivre jusqu'au bout du monde ?
Charlotte inspire malgré la chaleur presque douloureuse qui lui compresse la poitrine, et ne peut s'empêcher de lui sourire. J'admets que ma télépathie y joue un rôle, d'une certaine façon . Le Cerebro ne les trouve pas simplement, vois-tu. Je les ressens aussi. Et je peux sentir ceux qui cherchent autre chose nous ne serons pas toujours ce qu'ils attendent, mais j'ai une plutôt bonne idée de ceux qui se joindront à nous et de ceux qui n'en feront rien.
Il y a une vague de surprise/émerveillement/questionnement/qu'est-ce que ça fait ?/comment est-ce possible ? qui émane de l'esprit d'Erik, représentant les mêmes pensées basiques et sentiments que Charlotte a l'habitude de percevoir chez cet homme chaque fois qu'elle lui expose un aspect de ses pouvoirs.
Même Raven n'a jamais été très à l'aise avec la présence de Charlotte dans son esprit (il y a certaines choses qu'on ne veut pas vraiment savoir au sujet de sa sœur), mais Erik ne se retire jamais, ne se détourne jamais, ne lui avait jamais dit de sortir de sa tête depuis cette première nuit sur le bateau. Ce genre de confiance est intoxicante, et parfois, Charlotte s'en inquiète. Elle s'inquiète à l'idée que ce stupide petit béguin de sa part ne se transforme en quelque chose de plus important (si ce n'était pas déjà le cas), s'inquiète à l'idée de gâcher toutes futures perspectives romantiques, maintenant qu'elle connaît une telle acceptation de sa télépathie.
Charlotte soupire, contre elle-même, contre le monde, et plaque une mèche de cheveux derrière son oreille, dans un tic nerveux qu'elle n'avait plus eu depuis des années. Puis elle sourit, parce que, vraiment, que peut-elle y faire ? Ce n'était pas comme si on pouvait s'empêcher de tomber amoureux soit cela se passait, soit non. Il n'y avait pas de juste milieu, pas d'en 'quelque sorte' ou de 'mi-chemin', aucun moyen d'arrêter cette chute une fois entamée.
Et si elle avait déjà commencé à emprunter ce chemin... eh bien, le moins qu'elle puisse faire était d'apprécier cette expérience.
Erik en est arrivé à la conclusion que Charlotte était soit plus inconsciente qu'aucun télépathe ne se devait de l'être, soit...
En fait, il n'arrivait pas à trouver d'autre explication.
Il avait été hésitant pendant des jours, certain qu'il émettait son affection tellement fort que Charlotte aurait pu le remarquer à l'autre bout du pays, mais si elle l'avait remarqué, elle n'en avait rien montré. Elle n'abordait pas le sujet comme Erik imaginait qu'elle le ferait si elle saisissait ses émotions par-dessus leur partie d'échecs, ne l'évitait pas comme il avait à moitié craint qu'elle ne le fasse si elle jetait un coup d'œil mental vers l'un de ses fantasmes.
En bref, Charlotte agit comme s'il ne se passait rien du tout, et Erik n'est pas certain de savoir si elle a la moindre idée de ses sentiments pour elle, ou si elle est simplement trop gentille et foutrement polie pour réduire verbalement tous ses espoirs à néant.
Erik a toujours été le genre d'homme à poursuivre tout ce qu'il désire, mais avec tout ça, avec Charlotte, il ressent une sorte d'hésitation qu'il n'a pas éprouvée depuis aussi longtemps qu'il se souvienne. S'il avait désiré une toute autre personne de cette manière, il n'aurait pas agi ainsi. Il serait passé à l'acte pour se sortir cette personne de son esprit, et serait allé de l'avant, et cela avait très bien fonctionné jusqu'à présent.
Mais il était retenu par l'horrible impression que les choses ne s'arrêteraient pas là s'il prenait un jour Charlotte dans son lit (ou sur le sol, ou encore sur la table, comme il l'avait parfois imaginé). Qu'il ne serait pas satisfait par une nuit ou une semaine, qu'il voudrait rester avec elle plus encore qu'il ne le voulait aujourd'hui, et cela était tout simplement... inacceptable.
Même en laissant de côté la question de savoir si une télépathe optimiste et pacifique l'aiderait ou l'entraverait dans son objectif de tuer Schmidt, restait la question de savoir ce qu'une association avec lui causerait à Charlotte. Erik sait ce qu'il est, un 'meurtrier' est un terme encore flatteur.
La violence le suivait comme un chien fidèle, et bien que son ombre ait pu toucher Charlotte, par le biais de sa télépathie, elle ne l'avait pas souillée, pas encore. Et ce ne serait pas le cas, tant qu'il garderait ses distances.
Mais garder ses distances de Charlotte Xavier est plus facile à dire qu'à faire. Il est presque automatique pour Erik de partir à sa recherche dès qu'il s'ennuie de la monotonie ennuyeuse de la CIA, instinctif de tenter de diriger ses pensées vers elle plutôt que de murmurer dès qu'il ne veut pas être entendu par autrui. Il en est en partie ainsi pour des raisons pragmatiques – on ne peut pas surprendre des pensées, après tout – mais cela est également en grande partie dû à l'impression de Charlotte de sa tête chaude, douce et partout.
Mais peut-être est-ce une habitude pour Charlotte, d'être aveugle face à ceux dont l'affection pour elle s'est approfondie au-delà de l'amitié. Erik peut voir le désir caché, mélancolique, dans les yeux de Raven chaque fois que Charlotte met son bras autour d'elle ou lui embrasse le front.
Peut-être Erik devrait-il être dégoûté par l'idée d'une femme désirant une autre femme, mais il ne l'est pas. Les homosexuels étaient dans les camps de concentration aux côtés de son propre peuple. Les Nazis les avaient étiquetés comme étant des pervers écœurants, et Erik doutait que ces putains de sadiques aient pu avoir raison pour quoi que ce soit. Et par ailleurs, on pouvait juger les gens sur des choses bien plus importantes que sur leur choix de partenaires au lit.
Erik sympathise donc. Il n'est pas facile d'avoir des sentiments aussi profonds pour une femme qui semble si aveugle face à l'effet qu'elle produit sur les gens, et ce, malgré sa télépathie.
