Note d'xNJx : Alors comment vous allez Kiffer ce chapitre (oui nos chevilles vont bien, oui, au pire ça me fera une excuse pour masser celles d'Obvy). Je pense qu'il va nous rester un petit chapitre de fin, un prologue et on y sera. Merci pour vos avis, vous êtes choux, on vous aime. Bizzz, Angie
Note d'Obvy : La fin est proooche ! Merci pour votre soutien, ça nous fait plaisir que vous aimiez nos délires. Bonne lecture !
Playlist :
Nothing Else Matters - Metallica
Heart Shapped-Glasses - Marylin Manson
Accidentally in love - Counting Crows
(euh, nos styles musicaux divergent un peu, donc si le contraste est perturbant c'est parfaitement normal)
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Tony resta si longtemps hébété devant son plus vieil ami qui voulait sa mort que celui-ci se dirigea d'un pas furieux vers la porte de la salle, la rouvrit, et la claqua derrière lui. Dépité, le prof de maths voulut se frapper le front avec la main tenant toujours la brosse, et se retrouva couvert de craie.
D'accord.
Se pincer, peut-être ?
Non Tony, ça a peut-être l'air d'un cauchemar mais c'est bien réel, alors tu vas réfléchir, arrêter d'être un connard, et réparer tout ça.
Il enleva la poudre blanche de sa tête, vérifia sur son portable qu'il n'en restait rien, et partit à la poursuite du prof d'anglais, afin de lui demander s'il s'appelait bien Loki.
Parce que sérieusement. Comment avait-il pu avoir la poisse à ce point-là ?
Il déboula devant la salle des profs. Le prof d'anglais –Misc, Tony, Misc, assume le désastre, il est entièrement de ton fait- bavardait avec Steve, le bandant prof de sport.
Et lui…
Filait son numéro ?
Lui disait à ce soir ?
Misc était donc bel et bien gay, et allait s'envoyer en l'air avec la seule autre personne que Tony avait repérée comme une highway to heaven potentielle ?
Le regard froid que lui lança le prof d'anglais lui fit l'effet du dernier coup de lame d'une décapitation fastidieuse, et Tony le regarda partir en se sentant comme l'un de ses élèves, largué par une fille, avec un mauvais bulletin de notes, et la lanière usée de son sac ayant fait se précipiter toutes ses affaires dans une flaque de boue.
À ce moment précis, il voulait être un sorcier, et avec son bâton magique retirer le whisky de la chemise, le café des chaussures, la rincette de la copie de Pietro. En bref, revenir au premier jour, tout recommencer, et faire un clin d'œil charmeur au prof d'anglais avant de lui proposer de le guider jusqu'à sa salle.
Mais oui.
Il tenait la solution.
Il était hors de question de révéler au prof d'anglais qui était Ironman42 (il devait d'abord vérifier qu'il s'appelait bien Loki. Peut-être s'était-il trompé ?). Hors, de, ques, tion. Il se sentait bien trop mal. Et puis, puisque le bon et le mauvais de sa personnalité étaient aussi bien séparés en deux identités distinctes, réunir les deux ne pouvait qu'apporter un très mauvais résultat. Ce serait comme mélanger un bon café et de l'huile de foie de morue. Ҫa ne rendrait pas meilleure l'huile de foie de morue, et surtout, bousillerait irrémédiablement le bon café.
Non non non, la solution était de remplacer l'huile de foie de morue par du bon café et ainsi la réunion des deux liquides n'aurait aucun autre résultat qu'un très bon café double.
Voilà.
Il avait toujours été doué en maths.
Les relations humaines c'était autre chose, mais les équations, factorisations, X et son plan cul Y, ça lui avait toujours réussi.
Donc.
Être un parfait gentleman jusqu'à ce que l'image qu'avait Misc de Tony Stark change, et ensuite, et seulement ensuite, révéler l'identité secrète du bon samaritain Ironman42.
Bien.
Le soir venu, afin d'oublier que le prof de sport et le prof d'anglais étaient en train de jouer à la bête à deux têtes sur la table de la cuisine ou ailleurs, il alla voir mademoiselle Lee et lui raconta tous ses malheurs. Elle lui servit un grand bol de thé qui dans un premier temps ne fit qu'aggraver la situation, mais dont il ressentit les bénéfices le lendemain, bien qu'il se réveillât en retard à cause de toutes ces émotions négatives (et une certaine image mentale qui lui brisait le cœur lorsqu'elle s'invitait dans son cerveau toutes les vingt-trois secondes).
La bonne chose fut que le prof d'anglais était en retard, et la mauvaise était qu'il savait pertinemment pourquoi. Il s'était par ailleurs garé comme un pied (enfin ça, s'il était vraiment Misc, Tony était prêt à trouver ça adorable).
Le prof de maths s'approcha doucement, se sentant pour l'une des rares fois de sa vie comme un con, et ne sachant pas comment l'aborder sans se faire hurler dessus (ou arracher quelque chose de vital avec les dents).
Mais il devait absolument avoir l'air d'un gentleman respectueux et sympathique, et savoir son nom, alors il n'avait pas le choix.
Un caillou eut apparemment pitié de lui, et fit tomber le prof d'anglais en avant, lui donnant ainsi l'occasion d'exaucer ses deux souhaits.
Tony se précipita, et rattrapa Misc in extremis.
Alors qu'on relevait la tête avec une expression de surprise dans deux grands yeux verts, affichant son sourire le plus gentil il demanda doucement :
-Excusez-moi, mais… Vous vous appelez bien Loki ?
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Loki devait sans doute avoir l'air d'un ahuri. Pourquoi, que...? Et il était en retard.
"Euh, je" bégaya-t-il en essayant de se réveiller un peu -mais la nuit qu'il avait passée, bordel. "Oui. Loki Laufeyson. Le prof d'anglais. Un de vos collègues, et, à vrai dire celui que vous détestez pour une raison qui m'échappe."
Un air passa sur le visage du prof de maths et un sourire lui étira même les lèvres. Loki fut pendant un moment perturbé par cela puis s'éclipsa, expliquant qu'il devrait déjà être en train de faire cours. Sauf que Loki ne parvenait pas à se concentrer, partagé entre l'attitude bizarre de Stark et la nuit avec Steve. Il décida de donner une compréhension écrite pour avoir la paix et réfléchir. Il fallait qu'il remette de l'ordre dans son esprit alors que des images de cette nuit lui revenaient en tête.
A la fin du cours, Wade entra, le salua après avoir gratifié Peter Parker d'un sourire pervers et déposa un papier administratif sur le bureau. Ce dernier disait globalement ceci :
"Monsieur Laufeyson, vous serez professeur encadrant et accompagnateur à la sortie des Premières L3 ce vendredi toute la journée. La sortie aura lieu au mémorial de la guerre d'Algérie de Reims et vous serez accompagné de Monsieur Stark, professeur de mathématiques. Le départ est prévu à 8h30 devant le lycée et le retour pour 17h15 maximum. "
Putain. C'était le sort qui s'acharnait sur lui ou quoi ? Ah, la, la. Ce qu'il avait hâte d'être en vacances, en Angleterre, retourner dans ce magnifique pays afin d'oublier à quel point la vie, parfois, c'était de la merde.
Wade traîna un peu dans sa salle, fit quelque blagues sur Henry VIII qui arrachèrent un sourire à Loki et retourna au travail.
Au moment où Loki entra dans la salle des profs, il aperçut Natasha et Clint qui bavardaient. Le prof d'anglais leur parla de la fameuse sortie scolaire et Nat haussa les yeux au ciel.
"Me la suis déjà cognée cette sortie. Avec Thor. Et puis je suis déjà occupée vendredi" fit-elle malicieusement.
Elle évoqua son rendez vous avec Maria et ses beaux yeux.
"Et toi? Quoi de neuf ? Trop occupé à s'entretuer avec Tony ?". Elle gloussa. Loki lui tira amicalement la langue après avoir préparé son thé citron miel.
Au moment où les deux quittèrent la pièce et qu'il pensait avoir un peu la paix, Tony Stark s'installa en face de lui, un bouquin de maths 1ES dans les mains. Loki fit mine de ne pas l'avoir vu, l'ignora donc ouvertement jusqu'à ce que Steve n'entre dans la pièce, le sauvant de la taule pour meurtre INVOLONTAIRE. Si, si, il le jure !
Ils échangèrent un sourire et Loki se maudit de rougir comme un ado. Mais il se maudit également de la faire devant Stark qui semblait maintenant le fixer ostensiblement.
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Toute la bonne humeur qu'il avait emmagasinée en débusquant finalement Misc et marquant des points avec lui s'écroula devant le duo de sourires dont il fut le malheureux spectateur.
C'était une torture ! Il connaissait Misc depuis qu'ils se racontaient leur exploit de lâchers de grenouilles dans les couloirs et de mentos dans l'éprouvette ! Et ne pouvait rien lui dire, simplement le regarder se faire harponner par ce fichu prof de sport bien gaulé, comme un poisson devant son hameçon agrémenté d'un ver !
Tony était sûr qu'elle n'était pas plus grosse qu'un ver justement, et que le 4x4 du gros tas de muscle était bien là pour compenser quelque chose. Si vous voyez ce qu'il veut dire.
Ruminant de sombres et peu charitables pensées, il regarda le blond s'éloigner, accompagné du regard discret de Misc aux joues teintées.
La jalousie faillit lui faire lâcher quelque chose qu'il regretterait, mais heureusement, mademoiselle Lee lui avait passé un tel savon hier soir que sa voix de craie sur tableau se rappela à lui, martelant de bien tenir son café et de toujours dire des choses gentilles à ses petits camarades. Et qu'il ne gémirait plus jamais au dessus de sa tête.
Il respira donc une fois, deux fois, le regarda du coin de l'œil se reconcentrer sur ses copies, puis dit doucement :
-Je peux t'offrir un thé ?
Le prof d'anglais leva la tête, et il n'aurait pas eu les sourcils plus hauts que si Tony lui avait demandé de monter un show de strip-tease avec lui. En uniforme d'infirmières, le strip-tease. Et pareillement, Misc considéra lentement sa proposition avant de répondre :
-De un on ne m'achète pas, et de deux, certainement pas avec un sachet de lipton.
-Citron miel, donc, conclut Tony en feignant une crise sévère de surdité.
Alors qu'il préparait la tasse d'eau chaude saveur savon, il écouta distraitement Misc jurer en anglais et marmonner qu'il avait expliqué la structure Be + ing des centaines de fois. Comment avait-il pu imaginer qu'il serait prof d'arts plastiques ?
Misc était devenu ça, donc, songea-t-il avec affection. Un prof susceptible avec un faible pour les blonds. Il n'aurait jamais deviné.
Posant le mug brûlant juste à la bonne distance de la main de Misc, il se racla un petit peu la gorge et lança :
-Vous vous entendez rudement bien, le prof de sport et toi.
La réponse acerbe ne se fit pas attendre.
-Un le vouvoiement était bien, deux ce ne sont pas vos affaires, répliqua le prof sans lever le nez du torchon qu'il tenait et éclaboussait énergiquement d'écarlate.
-Un, deux, ce n'était pas censé être moi l'obsédé des chiffres ?
On ne répondit rien, et ne toucha pas à la tasse non plus.
Tony leva discrètement les yeux au ciel. Il avait un long chemin à parcourir pour transformer l'huile de foie de morue en café torréfié. Peut-être devrait-il demander conseil à Bruce. Si quelqu'un était capable de transformer du plomb en or dans ce lycée c'était bien lui.
Il finit par sortir ses copies et commencer ses propres gribouillages, surveillant du coin de l'œil la tasse fumante. Il reprit espoir quand un quart d'heure plus tard une main attrapa l'anse et porta le bord aux lèvres. Se rappelant la fois où il avait vu un renard tout près de la maison, et réussi à l'approcher en détournant les yeux et par de mouvements très lents, il ne détacha pas son regard de la copie impeccable de Peter sur les intégrales. Quel petit génie ce gosse.
Le mug se reposa, et quand la voix posée et basse du prof d'anglais résonna, Tony fit un petit gangnam style de la victoire dans sa tête, se marquant machinalement trois points. D'après ses calculs, plus que deux mille six quarante sept, et l'huile serait du café.
-Vous avez entendu parler de la sortie scolaire de vendredi ?
Il s'attendait à une réplique cinglante sur son thé, à une thèse sur le respect de la vie privée dans le cadre professionnel, ou encore à un reproche sur son désastreux système de notation, mais pas certainement pas à ça. Il leva le nez et son air sans doute surpris incita le professeur Laufeyson à continuer :
-La visite au Mémorial de la guerre d'Algérie pour les premières, à trois heures de car d'ici, où nous sommes les deux seuls accompagnateurs.
Le ton déprimé et trainant n'augurait rien de bon.
-Vous me faites marcher, balbutia Tony.
On secoua la tête comme on annonce un décès, et tout le bonheur d'avoir Misc en chair et en os devant lui ne put écarter cette impression morbide;celle que vendredi allait être une très, très pénible journée.
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Alors non seulement le travail s'amoncelait sur son bureau, si bien que celui ci menaçait de se casser en deux si jamais son propriétaire ne soulageait pas cela, mais en plus de cela, il y avait la sortie scolaire demain, IronMan42 qui ne répondait pas(plus du moins) et Steve qui en voulait toujours plus, si bien que Loki manquait parfois terriblement de sommeil. Et l'attitude de Stark changeait tellement. Étaient-ce les menaces qui avaient ENFIN fait effet ? L'autre fois, ils avaient parlé normalement, avaient même bu un thé ensemble et Stark lui souriait quand ils se croisaient dans les couloirs.
Jeudi soir, donc, et Loki marmonnait des choses inaudibles en surfant sur internet. Non mais pourquoi ne lui répondait-on pas ? Énervé, agacé, irrité, peu importe, choisissez ce qui vous plaît, il se connecta à Asylum et rédigea une réponse rapide :
« Bon. Dis moi. Je suis sûr que tu es très occupé, moi aussi tu sais, mais j'aimerais savoir pourquoi tu ne me réponds pas ? Je m'en fous de paraître désespéré au point de m'en prendre à toi par message. J'ai fait un putain de pas en avant, je t'ai dit qui je suis, et je veux vraiment qu'on se voit parce que... »
Loki s'arrêta, se mordit la lèvre. Il sentit des larmes menacer aux coins de ses yeux. Bordel. Ca faisait tellement longtemps qu'il était amoureux de lui, il ne pouvait juste pas détruire leur amitié en lui annonçant cela comme ça, non ? Oh et puis merde quoi, il en avait assez.
« je t'aime tu sais. Je suis assez idiot pour croire que tu l'avais compris et que, peut être, toi aussi tu m'aimes un peu mais bon dieu, I love you. Alors réponds moi, sinon le dieu que je suis va vraiment se mettre en rogne. »
Il envoya la réponse et partit se coucher en enfonçant sa tête dans l'oreiller. Je suis con. Je suis con. Putain je suis con. Au moment où il commençait à se calmer, son portable vibra sur le sol, ce qui le fit sursauter, pratiquement atteindre le plafond en fait, si bien qu'il leva les yeux au ciel tant il se trouvait idiot, puis le saisit.
Numéro inconnu. Le message était le suivant :
« Bonsoir. Je suis désolé de déranger à cette heure-ci, peut être même que tu n'es pas seul (je sais ça ne me regarde pas) mais voilà, c'est moi, Tony Stark, tu sais. J'ai pensé qu'il était préférable, au vu de la sortie de demain, d'avoir les coordonnées de l'autre au cas où il y aurait un problème. Voilà c'est tout. Bonne soirée. »
Loki sourit étrangement lisant ce message. Bon, après tout, c'était justifié. Imaginons que l'un d'eux se paume avec des élèves. Voilà.
Loki ne répondit pas -après tout ne pas répondre semblait être à la mode- et roula sur lui même avant de trouver une position confortable sur le lit un peu trop utilisé ces derniers temps.
...
Un truc qui ne lui manquait pas, mais alors pas du tout, les voyages scolaires avec plusieurs heures de route pour rejoindre un de ces monuments sur lequel un prof allait vous parler pendant des heures, peut être même des semaines -au moins vous en faisiez, des progrès en dessin, mais chut.
Loki recomptait le nombre d'élèves tandis que Tony déambulait dans le bus afin de vérifier que tous étaient accrochés. Nan s'rieux m'sieur on est assez grand ptain.
Lorsque les formalités furent enfin achevées, le prof de maths s'installa à côté de Loki qui avait sorti son portable et un roman de Paul Auster. Loki essayait de se concentrer sur son bouquin mais, bien entendu, le brouhaha présent dans le bus l'empêchait de lire sans avoir à regarder par dessus son épaule que les projections de mouchoirs et de bouffe n'avaient plus lieu.
Il gloussa en pensant au fait que lui, plus jeune, il en avait également vu des vertes et des pas mûres. Et même que la plupart du temps c'était à cause de lui, le bordel. Alors maintenant il comprenait pourquoi ses profs s'époumonaient qu'ils souhaitaient un peu de silence. Il se connecta sur Asylum grâce à son portable, histoire de rester dans la nostalgie et jura lorsqu'il se rendit compte qu'aucune réponse ne l'attendait bien au chaud. Du coin de l'œil, il put également voir que Tony le fixait.
Merde, quoi encore ?
« Quoi ? » fit-il, en relevant ses yeux émeraude sur le type. Sûr que lui c'était forum de bagnoles et de filles en mini tenues.
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On était jeudi soir, et Tony se prenait sérieusement la tête pour un simple sms.
Juste après avoir surveillé que Natasha, la prof de russe, avait jeté un coup d'œil à lui faisant un thé à son collègue d'anglais, il lui avait négligemment demandé de bien vouloir lui donner le numéro personnel de Loki pour la sortie du lendemain.
Mais à présent, il se retrouvait bien stupide devant son téléphone, à ne pas savoir comment initier le contact.
Repoussant le problème, il ouvrit son mac et se connecta machinalement sur Asylum, curieux de savoir si son silence avait provoqué quelconque réaction. Quand il vit que Misc était en ligne, il se précipita catastrophé sur la gestion des comptes et se mit en invisible. Une fois sûr de ne pas se faire griller, il attendit en retenant son souffle, comme s'il pouvait se faire repérer, que le message ne s'écrive.
Quand il apparut finalement devant ses yeux, il cligna des yeux plusieurs fois. Se pinça. Vérifia qu'un petit malin du forum ne lui avait pas lâché un programme débilitron dessus, mettant ainsi tous les mots sans dessus dessous.
Apparemment… Non.
Ce fut ainsi que ce sourire de débile resta sur son visage, alors que pourtant le sentiment de culpabilité augmentait en flèche.
Merde, pouvait-il vraiment lui faire ça ? Rester sans réponse après un aveu pareil ?
Comment était-ce possible ? Il l'aimait, lui ? Quoi ? Sans l'avoir jamais rencontré ? Sans savoir qu'il n'était qu'un prof arrogant avec une névrose du café renversé ?
Après tout, lui n'avait jamais rencontré Misc auparavant non plus, et pouvait accepter son goût pour l'eau chaude aromatisée.
Après ce constat ma foi fort agréable, le sms vint tout seul sous ses doigts, et il lui envoya sans attendre, pour profiter du vide que laissait cette image idéalisée de lui-même et le remplacer par son lui imparfait mais bien présent.
Il ne reçut aucune réponse, s'inquiéta un peu, mais finit par se dire que c'était de bonne guerre. Il dormit parfaitement bien.
Les gamins comptés et recomptés mis dans le bus (étonnamment nombreux mais leur absence à la sortie et en cours c'était coup de fil aux parents illico), Tony insista pour qu'ils accrochent leur ceinture (il y avait des tas d'accidents de bus ces derniers temps), et se fit très bien accueillir. Sauf par Pietro, qui s'exécuta avec un sourire aussi large que le lycée, semblant lui vouer un véritable culte depuis ce quinze en maths. Ҫa ne durerait sûrement pas mais pour l'instant, c'était bien agréable.
Il s'affala à coté de Loki, sentant une pointe de plaisir et de culpabilité mêlée à cette identité qu'il gardait secrète. Il ferait un super-héros à chier.
Ils avaient démarré, et les gamins derrière eux faisaient un boucan d'enfer. Pas possible ça ! Était-il aussi insupportable à leur âge ? Sûrement pas ! Misc avait, semblait-il, voulu continuer City of Glass que Tony avait entraperçu l'avant-veille sur un coin de bureau, mais il l'avait abandonné pour son téléphone.
Avec surprise, Tony le vit se connecter sur Marvel Asylum, et pousser un juron silencieux devant ses deux messages verts à lui, le rouge de son correspondant se faisant désirer depuis cinq jours déjà.
Trop ébahi pour être discret, il releva le nez quand on le fusilla légèrement du regard et lui lâcha un « quoi » de circonstance.
-Oh c'est juste que j'étais sur ce genre de forum quand j'étais ado. C'est de comics, c'est ça ?
La surprise qu'il lut le fit se sentir mal et très heureux à la fois. Il n'avait pas osé dire que c'était le même, car il lui aurait fallu lâcher un faux pseudo et il ne voulait pas lui mentir.
-Oui, c'est ça, lui répondit-on prudemment.
-J'avais un super ami, on se disait tout, déballa Tony. Jamais rencontrés mais pas un jour sans se parler. C'était la belle époque, se freina-t-il finalement de peur d'en dire trop.
-Oui, moi aussi… à peu près, tempéra le prof de maths.
La culpabilité/joie refit surface quand il vit quelque chose dans les yeux verts de Misc qu'il n'avait jamais vu auparavant. L'intérêt.
-Donc les comics, hein ? relança-t-on. Quel genre ?
-J'avais un faible pour les méchants de DC à l'époque, révéla-t-il car soulagé d'être sur un terrain moins glissant. J'étais incollable sur le Pingouin, Harley, le Joker évidemment.
-Oui, ils commençaient tout juste à mettre du mauvais chez les bons et du bon chez les mauvais. Ҫa devenait intéressant, au niveau de profondeur des personnages. Harley était frappadingue mais amoureuse, ça la rendait attachante.
Apparemment, il venait de propulser Misc sur une longue lancée, et lui s'était machinalement redressé pour l'écouter. Il se renfonça un peu, se maudissant de ne pas mieux contrôler ses gestes : mais après toutes ces années où il avait rêvé de parler de comics en face à face avec Misc, il avait du mal à garder son calme.
-J'étais un vrai passionné à l'époque, continua le prof d'anglais en perdant ses yeux dans les souvenirs. Je m'étais créé tout un personnage, des pouvoirs, un costume… Vous aussi ? lança-t-il avec un brin d'hésitation.
-Bien sûr ! affirma Tony.
Et aïe, terrain glissant le retour, mayday, mayday, ravin en approche.
Trouvant soudainement leurs élèves beaucoup trop bruyants, Tony se retourna vers le fond, et lança un petit avertissement, qui fut royalement ignoré.
-Il faudrait mieux que l'un soit au fond et l'autre devant, proposa-t-il en se levant. Ils se tiendraient davantage à carreau. Le conducteur à l'air sur le point de sortir un flingue et tous les tuer.
Sans plus d'explications, il passa devant son collègue assis et se dirigea vers le fond, faisant s'asseoir deux élèves introvertis l'un à coté de l'autre pour n'avoir lui aucun voisin.
Tony Stark, stupide hobbit joufflu ! se morigéna-t-il en regardant par la fenêtre. Pourquoi fuis-tu alors que ça se présente très bien ?
Mamzelle Lee allait sacrément l'engueuler à son retour ce soir, songea-t-il en interpellant l'un de ses petits caïds qui avait tenté d'allumer une cigarette.
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3h15 de trajet (oui parce qu'il avait bien fallu s'arrêter) et les voilà enfin arrivés. Loki s'était retrouvé seul à l'avant, avec rien d'autre que l'ennui. Ah, si, et Steve qui l'avait appelé pendant la récréation. Mais Tony, avec qui il avait enfin réussi à avoir une conversation normale, était parti s'installer à l'arrière. Il puait ou quoi ? C'était quoi cette manie des gens de fuir quand une conversation devenait intéressante...
D'ailleurs, oui, elle l'avait été, cette conversation. Loki n'aurait jamais cru que Tony serait un homme à passer du temps sur ce genre de forum mais il avait jugé trop vite, et avait même jugé trop méchamment. Oui car Tony était comme lui, plus jeune. Il s'était inventé des pouvoirs, un costume, une identité complète, quoi. Loki y songeait tandis qu'un guide expliquait et montrait aux élèves des choses qui ne l'intéressaient pas. Et puis cette manie de vérifier toutes les quatre secondes son portable pour voir s'il avait une notification d'Asylum. Non mais non.
C'est lorsque l'heure du déjeuner arriva que Loki paniqua à ce sujet. Merde, son portable n'était plus dans la poche de sa veste. Bon, attends, réfléchis Lo, réfléchis. Non il ne voyait pas où il pouvait l'avoir paumé. Pendant ce temps là, Tony expliquait aux mômes jusque où ils avaient le droit d'aller pour pique-niquer. Certains, du type Pietro et Wanda, faisaient déjà les clowns et Tony se transformait alors en gendarme et les engueulait.
Loki restait près de la table en bois, à fouiller son sac et sa veste. Lorsque Tony revint près de lui et aperçut la précipitation dans les gestes de son collègue, il haussa un sourcil.
« Vous avez perdu quelque chose ? »
Loki leva les yeux au ciel. « Non, bien sûr que non, je fouille mes affaires pour le plaisir. »
Le prof de maths aurait pu répliquer, sauf qu'il n'en fit rien. Au lieu de cela, il s'approcha de Loki et le questionna sur la nature de l'objet disparu. C'est ainsi que les deux se mirent en quête du portable, un Iphone gris, au lieu de déjeuner. Les élèves les observaient, au loin, avec intérêt. Mais qu'est-ce qu'ils foutaient ?
Et puis, comme un éclair soudain, Loki se souvint. Oui. Lorsqu'ils avaient quitté le premier bâtiment de la visite, il avait été bousculé par Pietro qui avait marmonné un « d'solé m'sieur » avant de rattraper les autres en courant, les mains dans les poches. Le professeur d'anglais expliqua la chose à Tony, qui, lui, ne semblait pas trouver cela très justifié d'accuser un élève sur une simple bousculade.
« Mais c'est quoi votre problème ? Je ne l'accuse pas immédiatement, je ne fais que constater que tout à l'heure, il m'a bousculé avant de partir comme un voleur. »
Tony fronça les sourcils. Loki le fusillait du regard. Il allait lui faire bouffer l'emballage de son sandwich, si ça continuait.
« Bon. Vous savez quoi, je vais en avoir le cœur net. »
Loki se dirigeait d'un pas pressé et, certes, enragé vers le gosse insupportable. Lorsque Pietro le vit arriver, son expression sembla changer et même la couleur de son visage. Loki tendit une main et dit, avec un sourire bizarre :
« Mon portable, Pietro. »
L'élève jura, demandant des explications, pourquoi était-ce tout le temps lui qu'on accusait ?
Et puis, Wanda lui dit de rendre le portable du prof. Une fois l'Iphone à nouveau en sa possession -fort heureusement, il n'était pas déverrouillé-le prof demanda des explications tandis que les pas de Tony s'approchant derrière lui résonnèrent.
Pietro marmonna des choses, avant que sa sœur ne lui explique, comme cela semblait souvent être le cas.
« Votre portable est tombé dans sa main quand il vous a bousculé, alors il voulait pas que vous pensiez qu'il l'avait volé. Il voulait le remettre dans votre veste tout à l'heure, dans le bus, Monsieur. »
Pietro grimaça. « La poche de votre veste est trop petite pour un portable aussi gros, vous devriez faire gaffe. »
Loki ravala un juron et ne dit rien. C'était bon pour cette fois ci. Lorsqu'il se retourna, il dépassa Tony sans même le regarder et partit manger l'esprit tranquille à table. Bien sûr, son collègue avec lequel il s'était légèrement embrouillé plus tôt vint le rejoindre et ils mangèrent tous les deux silencieusement jusqu'à ce que Loki, en soupirant, ne dise finalement :
« Je suis désolé. Excusez-moi de m'être emporté. Je suis sur les nerfs ces temps ci. »
Il sentait sa voix trembler légèrement. La fatigue, sans doute. « On oublie tout ça, d'accord. Je n'aurais pas dû vraiment, c'est juste que... »
Loki s'interrompit. Non, il n'allait tout de même pas se confier à un individu comme Stark.
« Never mind, » termina-t-il en mordant dans son sandwich.
Cette journée était vraiment nulle. Et encore, elle n'était définitivement pas terminée.
….
Bien sûr, la journée se poursuivit, continua de s'engager plus ou moins sur un terrain boueux. Sinueux, pensait plutôt Loki.
En effet, combien de fois avait-il vérifié son portable avec le cœur battant, mais aussi évité le regard de Tony pour il-ne-savait-quelle-raison. Il se sentait...Il ne savait pas. Épuisé, sans doute. De tout, cela dit. Énervé, également, qu'on ne daigne pas lui répondre alors que lui faisait le premier pas, prenait des devants qu'il ne se soupçonnait alors pas.
Pour le moment, il pensait aux interros à corriger qui l'attendaient chaudement sur son bureau. Tandis que le guide continuait avec une passion non dissimulée à raconter tous les détails sur les monuments, les contextes, les grandes figures, Loki, lui, sentait ses paupières lourdes imposer leur volonté de se fermer.
« Vous pouvez vous reposer sur mon épaule, » chuchota Tony, en se rendant compte que son collègue dormait pratiquement debout.
Loki gloussa silencieusement, décidant de ne pas prendre cela comme une moquerie. Il était trop sur les nerfs pour pas grand-chose, ces derniers temps. Ses yeux se fermaient d'eux pas, pas sa faute là, en l'occurrence. Et puis, il n'avait pas bien dormi. Heureusement que le week-end approchait à grand pas, plus que quelques heures à tenir dans cet enfer. Bon, peut être exagérait-il légèrement. Peut être.
« Dans le bus, sur le chemin du retour, pourquoi pas, » sourit-il sincèrement en laissant même fuiter un clin d'œil complice.
Au moins, il était de meilleure humeur, histoire d'améliorer cette journée qui avait débutée de façon médiocre, et d'éclaircir ses pensées qu'il savait assombries. Tony et lui continuèrent de murmurer derrière le groupe d'élève, en retrait, partageant même parfois des opinions sur les dires du guide parce que, après tout, c'étaient eux les profs.
Après des heures de torture -toute blague mise à part-, l'heure de repartir vint enfin.
En même temps, l'envie d'avoir une réponse d'IronMan42 brûlait littéralement Loki de l'intérieur…
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Tony se demandait comment il en était arrivé là. Après tant de prises de tête, d'ascenseurs émotionnels, comment pouvait-il être aussi apaisé en feuilletant distraitement Paul Aster, le prof d'anglais dormant sur son épaule.
Tout paraissait si… simple, en cet instant. Les cahots du bus, les élèves bruyants et cleptomanes, les horreurs entendues durant la journée, tout cela avait difficilement de l'importance, avec le contact chaud et tranquille sur son bras.
Du peu qu'il en comprenait, ce bouquin avait l'air super bizarre. Il le lisait pour être réveillé lorsque Misc ferait de même, et ainsi Tony lui dirait qu'il avait menti, que c'était le même forum de comics, et que son pseudo était IronMan42. Il avait pris sa décision. Et advienne que pourra.
Misc dormit les trois heures du voyage. Et fur et à mesure qu'ils s'approchaient du lycée, Tony sentit sa résolution fléchir. Les élèves allaient sortir en trombe, il allait falloir faire l'appel, quand allait-il pouvoir lui dire ?
Il prit donc la décision de le réveiller, mais le temps de le tirer de son sommeil profond, le chauffeur se garait, les peu d'élèves ayant bouclé leur ceinture la retiraient et les autres se mettaient à courir dans le bus. Donc il n'y eut pas un moment de calme où faire sa révélation, et le prof d'anglais eut à peine le temps de lui jeter un regard confus qu'il se levait pour engueuler les chimpanzés qu'ils avaient accompagnés. Ils les forcèrent à se rasseoir pour faire l'appel avant d'enfin les laisser sortir, mais ensuite Loki et Tony se firent copieusement enguirlander par les parents venus chercher leurs marmots car ils avaient quinze minutes de retard.
Restés seuls, ils se contemplèrent. Les yeux vitreux de sommeil servirent d'excuse à Tony pour ne rien révéler ce soir afin de ne pas l'empêcher de dormir, et ils se séparèrent après un salut gêné.
Ayant vu la voiture de Misc quitter le parking, Tony s'autorisa à faire tomber sa tête sur son volant, maintenant un horripilant klaxon strident et continu dans la rue.
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À suivre
