Le jour de la réunion du comité arriva plus vite qu'Harry ne l'avait pensé. Il n'était arrivé à se concentrer qu'à peine plus de quelques minutes par jour suite à la première réunion. Puis cela avait été suivi de jours de productivité intense – des heures d'écriture, suivi par l'expulsion de la dite écriture dans le feu – suivi par la soudaine réalisation que la prochaine réunion était dans quelques jours, ce qui envoya la concentration d'Harry entièrement en enfer.
Angela allait lui faire la peau.
Il n'était pas plus facile de marcher dans Poudlard aujourd'hui que ça ne l'était deux semaines auparavant. Le cœur d'Harry battait tout autant dans sa poitrine et il sentait ses mains transpirer, alors qu'il était assailli par les souvenirs. Ici, à sa gauche, l'alcôve où il avait trouvé refuge pendant la bataille il avait serré les dents quand il avait vu deux Manges-mort stupéfixer un première année, mais ne pouvait pas mettre en danger sa position à ce moment-là. Puis, juste devant, c'est là qu'il avait vu Cho Chang recevoir un sort en plein cœur avant de s'effondrer sur le sol de pierre. C'était un miracle qu'elle ait survécu.
Il trembla. Ces souvenirs malheureux se déroulaient devant des yeux comme quand il avait 17 ans, est-ce qu'ils s'effaceraient un jour ? Il enviait les élèves qui circulaient autour de lui, se hâtant vers leur prochain cours. Il donnerait tout pour pouvoir voir Poudlard simplement comme un vieux château, plutôt que comme un froid mausolée.
« Potter. Tu es là tôt. »
Harry se retourna et fit face à Séverus, déterminé à ne pas laisser son ex-amant le voir s'effondrer. « Ouais, je le reconnais. Mais toi aussi. »
« J'ai fermé la boutique à midi », dit Séverus. « C'est plus facile de fermer plus tôt, que de faire sortir le rush de l'après-midi »
« Je ne me souviens pas que tu avais autant de problème avec ça avant. » dit Harry. Il rougit c'était si facile de retomber dans les vieilles habitudes. Pour un cour instant, il avait même oublié la manière abrupte dont Séverus et lui avaient terminé les choses.
Les lèvres du Maître des Potions se relevèrent. « J'ose dire que non. »
Harry avait la gorge sèche. Merlin, le seul fait d'être en présence de Séverus, lui mettait les nerf à vif. Être seul avec lui et si proche, c'était écrasant. Il pouvait voir les nouvelles rides qui était apparues au fil des ans sur son visage, les mèches argentées qui parsemaient ses cheveux. Harry espérait d'un côté que quelqu'un vienne le sauver du regard intense de l'homme et d'un autre côté, qu'ils puissent rester tous les deux dans leur bulle privée pour le reste de la journée.
« Alors, comment vont les affaires ? » demanda Harry. Il devait dire quelque chose, après tout, et c'était aussi inoffensif que n'importe quel autre sujet.
« Bien, bien. » répondit Séverus, d'un air absent. Il fronça les sourcils en regardant Harry. « Comment dors-tu ? »
Harry chancela. Comment dors-tu ?
Faiblement, il eut conscience de secouer la tête et de donner une réponse neutre, mais mentalement, il était de retour 19 ans en arrière, quand il était entré pour la première fois dans la boutique de Séverus. Il s'entraînait à l'Académie alors, bien qu'entraînement était un mot trop léger, se tuer grâce à ses cours avancés de duel serait plus juste. Il était enfin sur le chemin du retour bien après minuit, son corps douloureux et son esprit épuisé, mais entièrement incapable de dormir. Un désespoir profond l'avait conduit à la boutique de Séverus en recherche une potion avec des effets addictifs minimaux qui lui permettrait de dormir.
« Comment dormez-vous, Potter ? »
La voix de Séverus avait été coupante, professionnelle. Harry lui en avait été reconnaissant Hermione avait tout le temps l'air préoccupée à chaque fois qu'Harry mentionnait le fait qu'il ne dormait pas beaucoup. Au moins le ton de Séverus avait fait sentir à Harry qu'il n'était pas anormal. Le fait que personne d'autre n'était dans la boutique à ce moment là, l'avait aussi fait se sentir plus à l'aise. La dernière chose qu'il voulait, c'était que Le Prophète en fasse les premières lignes de la une le lendemain.
Bien sûr, ce moment n'avait pas duré longtemps.
« Il y a une quantité innombrable de médicaments moldus qui vous rendraient inconscient pour la nuit entière. Pourquoi n'essayez-vous pas l'un de ceux-là ? »
Ça avait suffi. Toute l'anxiété, la colère, la folie dû à l'épuisement d'Harry étaient remontées à la surface ? Il avait hurlé sur l'homme et sur n'importe qui d'autre qui avait pensé entrer dans la boutique, n'en n'ayant plus rien à faire de quoi que ce soit.
« Je ferme les yeux et je vois des corps, Rogue ! Je vois voler des sorts que je ne peux pas bloquer et tomber des gens que je ne peux pas rattraper. Je vous vois sur le sol, le sang giclant de votre foutue gorge, et je vois tout ça, Rogue, au seul moment où j'aurais juste besoin d'un instant de paix mais je ne peux. Pas. Dormir. »
Harry n'avait aucune idée du temps qu'il avait hurlé.. Tout ce qu'il savait, c'est qu'une fois qu'il eu fini, sa voix était cassée, et il se sentait mieux qu'il ne l'avait été depuis des années. Il avait à un moment glisser sur le sol, et restait là, accroupi, la poitrine se soulevant, reposant sa tête dans ses mains pendant qu'il attendait que Séverus dise quelque chose.
À la place, le Maître des Potions avait tendu un verre contenant une substance froide et claire, à Harry
« Qu'est-ce que c'est ? Un Philtre Calmant ? »
C'était ce moment-là qui avait marqué l'esprit du jeune homme? Il en avait parlé à Séverus plus tard. Bien sûr, ce dernier avait rit et l'avait traité de ridicule, mais Harry avait toujours secrètement cru qu'il en avait été content. Parce que c'était à cet instant précis, cet instant où Séverus avait gloussé et ses doigts avaient effleuré légèrement sa main, le remplissant d'une chaleur étrange et puissante. Il su à ce moment-là qu'ils avaient quelque chose de spécial. Une connexion, un lien… qu'importe ce que c'était, c'était plus puissant que tout ce qu'Harry avait jamais ressenti. Ça les avait rassemblé, cela avait été cristallisé à cet instant unique.
« Oh, oui. Le plus puissant connu par l'homme : de l'eau. Buvez, Potter. »
Harry avait bu avec gratitude, ne regardant pas vers le haut avant d'avoir fini la dernière goutte. Quand il a eu fini, il avait été frappé par le regard de Séverus. Il y avait de la compassion, de la préoccupation, et, encore plus, de la compréhension.
Harry avait pris sa main, s'attendant presque à ce que Séverus la repousse. Mais à la place, ils étaient simplement restés là, agenouillés sur le sol, tenus ensemble par ce seul point de contact. Ça avait été sa ligne de vie, la première fois depuis des années, qu'Harry s'était senti protégé.
Et cela avait été le début de la plus grande histoire d'amour de sa vie.
Bien sûr, ça ne faisait plus de grande différence maintenant. Deux décennies plus tard et il en était réduit à discuter de tout et de rien avec l'homme qui, une semaine après cette rencontre du destin, avait violemment embrassé Harry jusqu'à ce qu'ils jouissent tous les deux dans leurs pantalons. Et plus encore, Harry en était heureux, parce qu'au moins ce n'était pas un antagonisme hostile.
Il mettait décidément la barre très bas.
« Tu as l'air épuisé », fit remarqué le professeur, et Harry eut le sentiment qu'il parlait depuis plus longtemps.
« Juste une conséquence de la vieillesse », dit Harry, espérant que sa voix passe pour légère et neutre. « J'ai presque 40 ans maintenant, tu sais ? »
Les yeux de Séverus se rétrécirent. « De toute évidence. Si ça t'intéresse, j'ai quelques potions qui pourraient t'être utiles si tu veux t'arrêter à la boutique. »
Harry baissa les yeux, effrayé de rencontrer le regard de l'homme en face de lui.
Celui-ci avait toujours été capable de dire exactement ce qu'il pensait, ce qui était très dangereux en cet instant. « Merci », dit-il, « J'apprécie . »
Et pour son malheur, il le pensait
