Chapitre 3 :
Je cours, presque haletante dans un long couloir à peine éclairé. Je sais pourtant où je vais sans même faire attention, je me dirige à l'instinct. Un point de côté commence à se faire sentir au niveau de ma hanche droite, j'appuie fortement dessus pour le faire disparaître. C'est étrange : c'est la première fois que je ressens cela de ma vie et ce n'est pas très agréable. Mais, je force le rythme et fais de plus longue foulée. Je dois accélérer !
Où vais-je comme ça ? Je n'en sais vraiment rien. Fuir, retrouver mon but et éviter à quelqu'un de faire une bêtise, c'est tout ce à quoi je pense et ce dont je me rappelle. Quelqu'un qui m'est cher et à qui je tiens depuis longtemps. Je n'en sais pas plus : tout est noir, incertain et embrouillé dans ma tête. Si j'essaie de fouiller, de chercher les raisons de cette course, un mal de crâne me prend et me ralentit.
Mes cheveux, qui m'arrivent juste au-dessus des reins, flottent derrière moi, emportés par ma vitesse. Je vais vite. Très vite. Autant que je le peux, que mes jambes peuvent me porter dans ma toute nouvelle robe blanche et noire. Les larmes coulent faiblement sur mes joues, gardant toujours le même tracé et tombant au niveau de mon menton. Est-ce à cause de la vitesse ? J'en doute fortement.
Un poids douloureux oppresse en plus ma poitrine, m'empêchant de respirer – ce doit être l'origine de ce point de côté. J'ai presque envie de m'effondrer, et de rester à genoux, sur le sol. Un visage flou et dont les traits précis me sont absents, est gravé sous mes paupières et revient à chaque fois que je cligne des yeux – vite pour chasser mes larmes et pouvoir toujours voir ma route. Un sourire flotte sur ses lèvres, et son regard bienveillant me réchauffe et me force à aller plus loin et à continuer plus vite.
Il m'a dit de partir, et ce rapidement, et qu'il allait tenter d'arranger les choses, de lui faire changer d'avis, de la convaincre et argumenter afin de ne pas faire d'erreurs. Je lui fais confiance, je sais qu'il tient ses paroles. Et que, pour moi, il fera tout ce qui est dans son possible.
Je vois la porte, en face de moi, celle que je veux atteindre, mon objectif. Elle se rapproche, elle doit être à environ cinquante mètres, un peu moins. Un serviteur se place sur ma route, déterminé à m'arrêter par ordre de mon opposant, j'en suis sure. Mais il est hors de question que je m'arrête dans ma course. Je fais un rapide mouvement du bras, et sa gorge est déchiquetée par mes ongles. Il tombe en poussière au sol, rassemblé en un petit tas ordonné.
Que suis-je en train de faire ?!
— Tout s'arrête ici, chère Ashuramaru !
Elle ! Les poings sur les hanches, elle me fixe froidement de ses yeux étranges. Je me crispe, et sens mon espoir se fracasser au sol. J'ai échoué lamentablement à m'enfuir d'ici, tout ce que j'ai essayé n'a servi à rien. Qu'il me pardonne, ses efforts n'auront pas payé.
Mais, soudain, une forme saute sur mon interlocutrice, ses mouvements sont flous. C'est lui ! Mon cœur fait un bond en le réalisant, j'ai envie de lui sauter au cou et de l'embrasser pour le remercier. De rester enfouie à jamais dans ses bras. Mais c'est impossible. Il m'aide encore une fois et il tient sa parole une fois de plus. J'ai vraiment de la chance qu'il soit de mon côté.
— Fuis, Ashuramaru ! Je te retrouverai, je te le jure ! Je te chercherai partout si c'est nécessaire pour te revoir ! Maintenant, fuis !
Je sors brutalement de ma torpeur, prenant une grande inspiration. Trois mots me brûlent les lèvres : « merci, mon amour ». Était-ce l'un de mes rares souvenirs qui me reviennent parfois ? Ais-je vraiment pu aimer ? Pourquoi ne puis-je pas me rappeler de son visage ? Je me repositionne correctement sur le sabre duquel j'ai failli tomber.
Je crispe puis décrispe les poings et fais jouer mes épaules pour tenter de me décontracter. Mes ongles rentrent douloureusement dans la peau de ma paume, y laissant des demi-lune, tandis qu'en me mordant la lèvre inférieure, mes canines l'incisent. Je dois me reprendre, oublier ce que j'ai vu.
Du moins momentanément, car j'essaie de rassembler mes souvenirs et de retracer mon parcours avant ma venue dans le sabre je dois être concentrée aujourd'hui. Nous sortons dans le monde extérieur ! Je reprends alors ma froideur et ma cruauté mordante en sentant Yū m'attacher à ma place habituelle : sa ceinture.
A mon habitude, je sonde ses sentiments : impatience, stress, envie, et un désir puissant de vengeance. Je souris, il est vraiment impétueux et insouciant du danger à venir. Cela me remonte un peu le moral, je dois l'avouer, et, me fait oublier mon souvenir.
Nous avons eu deux jours d'entraînement et, d'après Glenn, cette bande de gamins inconscients est prête à sortir face au danger et à l'affronter. J'ai hâte de goûter à du sang de vampire frais. Le repas, j'en suis sûre, va bientôt être servi ! Cela tombe bien : j'ai toujours aussi faim qu'au moment de ma rencontre avec Yū.
Mon possesseur me dégaine, et place ma lame devant ses yeux, de façon à pouvoir l'examiner à la lumière de la pièce. Oui, c'est avec moi que tu vas te venger, avec moi que tu vas tuer les vampires qui figureront sur ta longue liste sanglante d'ennemis morts ! Il sourit, satisfait, et me rengaine alors, savourant le chuintement du métal.
C'est certain : aujourd'hui je vais bien m'amuser et me dérouiller un peu. Et rien, pas même ce souvenir et ce rêve désagréable, ne m'en empêchera ! Je vais certainement devoir prêter de la force à ce gamin prétentieux.
Yū rejoint Shinoa, une apparence détendue affichée sur son visage – contrastant avec l'excitation qui se déchaîne dans son esprit. Il enfonce négligemment les mains dans ses poches après avoir ajusté son képi et son manteau-cape plié, sur son bras.
Sa camarade se penche vers lui, les mains croisées dans son dos et lui sourit innocemment. Sa robe est extrêmement courte mais lui va plutôt bien : cela lui donne un certain sérieux. Cela semble aussi surprendre Yū, et elle le lui fait remarquer en le taquinant.
— Surprenant, hein ? Mais ça te va plutôt bien à toi aussi, cet uniforme ! Dis, fais un tour sur toi-même ! Alors, c'est ton premier jour dehors depuis huit ans ? Pas trop le stress ? Rigole-t-elle.
Yū lève les yeux au ciel, blasé, mais il ne l'est pas vraiment, les remarques de la jeune fille l'amuse un petit peu. Je sens son désir de sortir et de tuer, augmenter en lui. Son désir de vengeance et sa soif de combat le tiraillent de l'intérieur. Ne t'inquiète pas, mon petit Yū, tu vas bientôt les satisfaire, et je serai là pour t'aider !
Shinoa sautille vers le train. Yū regarde perplexe autour d'eux : tout est désert, pas un soldat, pas un passager. Tout est vide, et le vent emporte quelques papiers par-ci par-là. J'ai presque l'impression que le temps s'est arrêté en cet endroit, ou que les personnes ont fui le plus vite possible – ce qui est sans doute le cas. Ici, on peut bien voir les séquelles du virus – dont j'ai vu l'atrocité dans les souvenirs de Yū : le nombre d'Humains a chuté brutalement.
Yū monte dans le train un peu délabré, mais surtout vieux. Un silence pesant s'installe entre eux. Mon maître pose alors sa main sur ma garde, sans faire attention.
— Dis-moi Yū, j'espère que tu as l'intention de faire appel à moi, cette fois-ci, remarqué-je. En tout cas, les vampires ne sont pas tous aussi faibles que celui que tu as affronté dans l'école militaire, ne te berne pas. Je te préviens de nouveau : ils sont armés !
Il hoche gravement la tête, concentré.
— Je sais, Ashuramaru, c'est pour ça que j'espère que tu vas m'épauler
Je souris et essaie déjà d'établir des plans pour réussir à le posséder quand il me nourrira de son sang dans un combat trop difficile.
Le train s'arrête enfin. Ils en descendent mécaniquement. Durant notre trajet, je n'ai vu aux alentours que des immeubles détruits et presque tous effondrés. Je pense que, dehors, ce ne doit pas être très différent. On dirait que la vie est en suspens.
Yū inspire profondément en s'avançant vers la grande porte métallique qui donne sur le monde de l'extérieur. Comment quelques remparts composés de grands murs et de barbelés, et seulement surveillés par quelques soldats peuvent empêcher les vampires de passer ? C'est absurde, vu la technologie qu'ils possèdent…
Lorsque les soldats les examinent avec stupeur, en réalisant leur âge, je ne peux pas m'empêcher d'éclater de rire. Yū frémit et se retient de ne pas les attaquer simplement pour leur prouver sa force et faire disparaître leurs hésitations. Visiblement, il déteste être sous-estimé, c'est pourtant utile parfois contre un ennemi.
— Ils te traitent de gamine et tu ne réagis pas ? Préfère-t-il embêter sa camarade.
Elle ricane et lui répond d'un ton détaché qu'elle grandit et que sa sœur était plus grande même si elle est morte. Le remord frappe alors Yū tandis que la porte s'ouvre petit à petit. Pourtant, sa coéquipière semble bien le prendre.
Ils s'avancent alors à l'extérieur. Je ne sais pas vraiment à quoi s'attend le jeune homme : à faire le héros ? A des vampires sans défense ? Toujours est-il qu'il semble toujours aussi sûr de lui. Sa main est posée sur ma garde, tout de même prêt à dégainer si un danger se présente.
Je suis certaine qu'il va déchanter rapidement : il va connaître la perte de camarades auxquels il s'accroche, et…
Des éclats de voix nous parviennent alors que nous nous avançons vers le point de rendez-vous et que nous rejoignons Kimizuki et Yoichi. Une fille et Glenn. Celle-ci se tourne, furieuse, vers nous, et en particulier vers Shinoa. Elles semblent se connaître sans s'apprécier… L'inconnue se met en colère lorsque Shinoa lui fait un signe de la main. Elles dégainent toutes les deux et se sautent dessus.
Aussitôt, le lieutenant-colonel réagit et les saisit par le col, les décollant du sol. Shinoa fait une petite mine contrite tandis que sa faucheuse tombe. La jeune inconnue s'excuse formellement.
— Je vous préviens, vous deux, vous allez vous entendre à partir de maintenant, parce que vous êtes coéquipières, Mitsuba et Shinoa ! Vous tous, je compte sur vous pour accueillir correctement votre nouvelle coéquipière Mitsuba Sangū.
Hey, donc voilà la suite - l'histoire n'est qu'à la case départ, mais promis, elle commence vraiment dans deux chapitres! ;p Je trouvais intéressant de passer dans la tête d'Ashuramaru et de pouvoir raconter son histoire: elle est super énigmatique dans le manga! :) review?
