Bonjour à tous !
Voici le chapitre quatre ! J'espère qu'il vous plaira tout autant que les autres :)
Bonne lecture !
Son sifflement résonnait dans le couloir, entre les murs métalliques. L'usine était immense, mais le moindre son s'entendait à l'autre bout de la bâtisse. Negan avançait vers ses quartiers, d'une démarche plus entraînante qu'à l'ordinaire. Il n'avait pas rendu visite à son invité durant deux jours, afin de lui laisser prendre un peu de repos. Mais que cette absence lui était parue longue. Un sourire carnassier s'installa sur ses lèvres alors qu'il pensait à l'entrée fracassante, qu'il s'apprêtait à faire. Une putain d'entrée, qui se devait d'être mémorable, comme il le disait souvent. Il aimait accrocher les mémoires, et les salir de sa personnalité destructrice. Comment allait-être Julia aujourd'hui ? Allait-elle le rejeter encore une fois ? L'homme en cuir soupira, l'attente qu'elle lui faisait subir le rendait exécrable. Il en avait marre de se voir mener par une femme, encore plus si elle n'était pas la sienne. Mais Negan s'était posé des limites à ne pas dépasser. Écouter son instinct et les franchir ? Il la détruirai. Elle ne le supporterai pas, peu de personnes le pouvaient. Il était si névrosé, qu'aucun n'arrivait à le suivre dans son délire. Il était le genre de spécimen à ne jamais souhaiter croiser sur sa route, mais la chance n'avait pas souri à Julia ce jour-là. La salle dans laquelle elle était enfermée était reliée à son salon. Mais une porte extérieure existait aussi, et celle-ci, Negan se l'était appropriée. Lui seul possédait la clef l'y menant. Au fil du temps, il avait développé une paranoïa excessive, la crainte de se voir voler une femme par l'un de ses hommes, le rendait fou. Alors qu'il s'approchait de la pièce, il frappa Lucille contre les parois des murs, faisant retentir l'écho de la batte en un bruit de ferraille strident : le meneur des Sauveurs arrivait, et le faisait savoir. Fièrement, il poussa la porte et bomba le torse. Arrivé à la hauteur de sa prisonnière, il lui lança le sac à dos quelle portait avant sa capture, puis énuméra le contenu :
- Un couteau, une bouteille et une couverture, franchement t'aurai pas tenu longtemps si je n'avais pas été là. Quoi qu'il y avait un flingue aussi, mais il était déchargé, c'est vraiment con. Il la dévisagea minutieusement en saisissant son visage, puis hocha la tête par satisfaction. On dirait que tu reprends des couleurs, t'as meilleure mine...
Negan se redressa pour marcher dans la pièce, un doigt posé sur la bouche. Son allure lui donnait un aspect moins dur : ses yeux étaient pétillants et sa voix moins agressive :
- Alors ma belle, que vas-tu me dire aujourd'hui ? reprit-il amusé. Tu as réfléchis à ma putain de proposition ? Madame Negan, ça sonne bien, ricana t-il d'un air absurde.
Julia ne répondit pas et releva la tête avec amertume. Elle aurait espéré que ces deux jours de silence calment ses ardeurs, mais il en était tout le contraire. A quoi s'attendait-elle, n'avait-il pas été clair ? Elle eut envie de le supplier une dernière fois, afin qu'il la relâche. Les rôdeurs la dévoreraient peut-être, mais la souffrance ne serait pas continue :
- Pourrais-je avoir quelques jours supplémentaires ? demanda t-elle en soufflant. Cependant, elle n'avait pas beaucoup d'espoir. Negan s'esclaffa.
- Quoi ? Il tendit l'oreille, faisant mine de ne pas avoir compris. Tu veux un joker ?
- Elle hocha timidement de la tête. La vache, même le dos au mur, tu ne démords pas. Il croisa les bras et se planta devant elle, la surplombant de sa large carrure. Pourquoi pas, mais ça dépend de ce que tu appelles « joker ».
- Je voudrais simplement du temps, laissez moi encore du temps pour me décider, répondit-elle en brisant les idées qui trottaient dans sa tête.
Il soupira de mécontentement en la pointant du doigt. Puis, sur un ton vexé, continua :
- Bordel, je ne suis pas assez bien pour que tu te décides de suite ? Tu sais combien de nanas se battraient pour que je les prenne dans mon pieu ? Et puis merde à la fin, arrête avec ton « vous » à la con, tu veux. Je ne le supporte pas ! termina t-il en hurlant, déversant sa rage.
L'ego de Negan avait été touché de plein fouet, et il n'appréciait pas qu'on lui refuse quelque chose. Il loucha sur la batte, qui attendait ses ordres, mais ne fit rien, se convaincant d'accepter sa demande. Il se maîtrisait, glissant l'arme dans son dos pour la faire taire. S'il l'avait écouté, la jeune femme se serait retrouvée la face défigurée. Le temps finirait par trancher, il devait attendre. Toutefois, il ne lui offrirait sa patience qu'une fois. Exceptionnellement, il négocia, en priant qu'elle fasse le bon choix à l'avenir, car il ne pourrait pas refuser à Lucille, ce qu'elle rêvait d'obtenir :
- Tes beaux yeux t'ont sauvé, je t'ai sorti de la merde, et après ça, t'as toujours pas confiance en moi ?
- Jamais je ne pourrai avoir confiance... Negan semblait apprécier le rapport de force.
Personne ne s'était permis de lui tenir tête jusqu'ici. Il menait sa barque, appliquant ses idées, ses hommes lui obéissant tel un chef de guerre. Il s'arrêta pour observer sa prisonnière : ses pupilles claires lui donnèrent le vertige et il vint lui caresser le visage du bout des doigts :
- T'as bien raison, finit-il par lâcher espiègle, faut pas faire confiance, car tôt ou tard tu finis par te faire baiser. Je suis de bonne humeur aujourd'hui, alors je vais t'accorder un autre délais. Mais bordel, grouille toi de réfléchir, parce que te regarder sans penser à tes cuisses devient difficile. Il tourna les talons, et quitta la pièce, vérifiant le verrou de la serrure.
…
Julia attendait, la journée ne passait pas si lentement que cela. Elle ne pouvait pas quitter la pièce, ses jambes lourdement attachées commençaient à la faire souffrir. Elle aurait tout donné pour avoir la permission de sortir un instant dehors, profitant d'une marche revigorante. La jeune femme regarda par la fenêtre : les hommes de Negan défilaient. Certains ramenaient des vivres, comme du bois ou de la nourriture. D'autres montaient la garde, armés jusqu'aux dents. Pendant que les derniers s'entraînaient sur les rôdeurs attachés, autour du périmètre du Sanctuaire. Elle ne remarqua aucune femme et se demanda si les seules existantes étaient celles du meneur. Quelle idée d'avoir plusieurs épouses, il devait certainement avoir un traumatisme perpétuel, le forçant à excéder dans l'extrême. La jeune femme espérait que l'une de ses amies, ayant survécu dans son ancien groupe, y soit présente. Comme elle se sentait seule dans ce monde perdu, et aurait donné n'importe quoi pour retrouver un visage familier. La porte s'ouvrit lentement en grinçant. La figure de Julia se tordit, mais ce ne fut pas Negan qui entra : Tom, l'adolescent qui lui avait fais visiter une partie de l'usine, approcha. A ses mains, il portait le plateau quotidien, accompagné cette fois-ci, d'un verre d'eau :
- Bonjour, commença t-il gêné. J'espère que vous ne m'en voulez pas trop... Je vous apporte de quoi manger. Il le posa sur la table et saisit le bol, qu'il lui tendit fébrilement. Tenez, mangez, cela vous fera du bien.
- Merci Tom, lâcha la jeune femme, le faisant rougir sous la honte.
- Il vous a fait du mal ? finit-il par questionner sous la gène.
- Non.
- Tant mieux.
- Il veut que je devienne sa femme, termina Julia.
Un puissant silence s'empara de la pièce, alors que le garçon ne prenait pas le temps pour répondre. Tout en fixant ses pieds avec dégoût, son visage se raidit brutalement :
- Je sais, avoua t-il, si vous saviez comme je m'en veux. J'aurais dû vous aider depuis bien longtemps, je n'aurais pas dû l'écouter et vous menez à ses appartements. Je n'ai pas le choix si je veux survivre, mais je ne supporte pas l'ambiance de cette usine... Elle me donne la chair de poule.
- Comment cela ? Elle avait dévoré la soupe, et amenait une bouchée de pain à ses lèvres.
Tom continua d'une voix troublée, n'osant pas la fixer sous le malaise qu'il ressentait. La réalité l'avait frappé et il ne souhaitait plus écouter les ordres donnés :
- Ses hommes sont des barbares, hier encore j'ai eu la malchance d'en croiser un, en allant à mon poste pour monter la garde. Et regardez ce que cette brute m'a fait. Il souleva son débardeur pour lui montrer l'hématome recouvrant son flanc. Je les hais, je les hais tous. Mais je suis le petit nouveau vous comprenez.
Julia se rendit compte qu'elle n'était pas l'exception de torture qui vivait dans ce lieu. Même les propres alliés de Negan paraissaient touchés par le morbide des mentalités. La violence exercée ne l'étonna pas, elle en avait eu un léger aperçu en entrant dans le Sanctuaire. Elle ressentit une profonde peine pour le jeune : il n'était qu'un gamin sans repère, paumé au beau milieu d'une terre dévastée. Toutefois, il n'avait pas l'air de côtoyer la virilité exacerbée des survivants, non, il semblait différent. Peut-être parce qu'il n'était au final, encore qu'un enfant ? Il y avait donc un espoir d'humanisme, certes il était difficile à trouver, mais pas inexistant :
- Je suis désolée pour toi.
- C'est moi qui suis désolé pour vous M'dame.
Il réussit à lui décrocher un sourire sous l'appellation. Elle n'avait jamais aimé être appelée de la sorte. Combien de fois avait-elle reproché à des individus, que cette politesse la complexait au point de se sentir mère au foyer, de trois enfants déjà grands. Julia n'avait que vingt sept ans, la femme habitant son esprit n'en était encore qu'au stade de la jeune, profitant de sa vingtaine. Toutefois, elle reprit son sérieux et l'interrogea concernant une question qui lui brûlait la langue depuis un moment :
- Combien a t-il de femmes ?
- Je ne sais pas exactement, je n'ai jamais pu les voir de mes propres yeux. Negan est intransigeant avec cela : son toit, ses règles, c'est ce qu'il dit toujours. Gare à toi si tu poses les yeux sur elles.
- Tu sais où elles se trouvent ? J'aimerai les rencontrer.
- Quoi ?! Il ouvrit de grands yeux ronds de stupéfaction.
- Tu pourrais me mener à leur quartier ? Tom, continua t-elle d'un ton persuasif, il faut que tu m'aides. Si je ne l'épouse pas, il me tuera...
- Je sais M'dame.
- Tu comprends que la mort serait préférable, je ne veux pas finir enchaînée à ce malade. Mais en même temps...
- … Tu ne veux pas mourir, la coupa t-il calmement.
- Personne ne veut réellement mourir. La nature humaine est faite pour survivre et prospérer. Si je baissais les bras, ce serait comme devenir l'une de ces créatures ambulantes.
- Vous avez raison, enfin je croise quelqu'un de normal... Je commençais à désespérer vous savez. Entendre votre récit me fait chaud au cœur. Je vais aller parler à Negan, dit-il en balançant la tête sur le côté, je vais vous aider. En attendant, mangez, vous devez être en forme pour la confrontation, qui ne risque pas de vous donner une pleine satisfaction.
Julia le remercia chaleureusement, ayant enfin trouvé une personne similaire à sa nature. La violence ne rimait à rien et surtout, ne menait à rien. La communication et l'entraide passaient avant tout. Une heure après l'avoir quitté, l'homme en cuir entra, la mine rayonnante :
- Si je voulais être réaliste, je dirais que Tommy chéri a flashé sur toi ma belle. Mais je préfère penser le contraire, je ne vais pas lui éclater la gueule alors qu'il n'est qu'un gosse. Non, ce n'est pas mon genre. J'espère qu'il ne te refourgue pas des conneries, sorties de son imagination ! Il ricana, donc tu veux voir mes femmes si j'ai bien compris ? Serais-tu en train de changer d'avis ?
Elle s'apprêta à répondre, quand il reprit soudainement, en pleine démence, ses yeux affichant une noirceur profonde, habitée d'une légère tendresse. Julia fut surprise d'un tel constat et refusa de le regarder plus longtemps. Il ne fallait pas que son bourreau la pense déjà décidée :
- Putain de merde, je vais me marier à nouveau...
- Je veux discuter avec elles, l'étonna t-elle, je veux savoir à quoi m'attendre si j'accepte votre offre.
- A quoi t'attendre ? Il pouffa de rire, comme à son habitude. Julia avait remarqué qu'il jouait souvent sur les mots et les situations, les tournant à son avantage avec un humour particulier. C'est vraiment trop tentant, reprit-il en se raisonnant, je ne vais pas garder le suspens une minute de plus. Tu vas voir mes femmes, mais avant, je vais te dire à quoi tu dois t'attendre.
Il s'approcha d'elle pour se saisir de sa main. Dans un élan improbable de délicatesse, il l'amena contre sa joue rugueuse et ferma les yeux, appréciant le semblant de caresse qu'elle lui donnait. La jeune femme le fixait, épouvantée par son changement d'attitude, ne sachant quoi faire, ni comment réagir. Elle sentait sa barbe drue sous ses doigts, alors qu'il gémissait, en adoration devant elle :
- Je vais te dire à quoi tu dois t'attendre, reprit-il en murmurant. Vu ta gueule d'ange, tu seras privilégiée. Tu pourras rester dans mes putain de quartiers, ce sera toujours mieux que leur taudis merdique. Tu n'adresseras pas la parole à tous ces connards qui vivent ici, t'as l'air d'être redoutable quand tu le veux, tu sauras les recadrer s'ils te font chier. Et si jamais, je te surprends dans leur pieu... Non, tu ne veux pas savoir ce que je ferai. Je serai très en colère, et lorsque je suis en colère, Lucille est incontrôlable. C'est simple, il n'y aura que moi et tu me devras obéissance et fidélité, sinon... eh bien sinon je te bute, il n'y a pas d'autres alternatives. Je ne vais pas te punir, non, ça ne servirait à rien. C'est comme pour les clébards, ils mordent une fois, ils recommenceront à coup sûr. Mais ce serait dommage d'en arriver là, n'est-ce pas Julia chérie ? On ne va pas en arriver là toi et moi, si ?
Ses menaces ne semblaient plus avoir d'effet, suite à sa désolation totale. C'est en se rendant compte qu'elle n'avait plus d'espoir, qu'elle devenait plus forte, inconsciemment. Il continua à faire glisser sa main, la faisant contourner sa mâchoire, pour naviguer sur son t-shirt. Elle était paralysée et sentait qu'au moindre geste brusque de sa part, il entrerai dans un état ravageur. C'est ce que faisait Negan, il ravageait tout ce qu'il rencontrait. Mais ses femmes avaient fini par se plier à sa volonté, qu'avait-il fais pour en arriver à ce stade ? Julia se questionnait toujours :
- Comment avez-vous fait pour les convaincre de vous suivre ? Elle sentait les muscles dessinés de son torse, sous le blouson ouvert. Comme elle avait envie de fuir, l'appréhension de ses gestes la pétrifiait.
- J'ai simplement fais cela ma belle, il accentua la pression de sa main, la baladant jusqu'à son nombril. Et ensuite, je leur ai dis qu'elles seraient en sécurité sous mon toit. Qu'elles n'auraient plus à craindre les cadavres. Je leur ai ouvert ma porte en promesse d'une vie meilleure.
- Et sont-elles plus heureuses ? Il se mordit la lèvre.
- Tu n'auras cas leur demander. Elle afficha un sourire prétentieux.
- Je suppose que c'est toujours le même schéma, votre plan est finement construit...
- Et il fonctionne à chaque fois ! Negan se détacha brutalement d'elle, Julia chérie, je te raconterai bien le reste de mes secrets mais je dois partir dégager les environs de ces foutues merdes de morts qui marchent. Alors comme je suis de bonne humeur, je t'autorise à voir mes femmes. Tom t'y mènera, mais ne tente pas de bêtise, d'accord ? Et tu vas te dégourdir les jambes en me suivant après. Voir les cadavres va te faire du bien !
…
Le jeune ne tarda pas à venir la chercher. Le regard particulièrement émotionné qu'il avait à chaque visite la rassurait, elle avait un allié. Peut-être pas un ami, mais une personne sur qui compter, qui la soutenait :
- Vous avez de la chance qu'il vous ait accordé cette faveur. Peu ont la chance de les voir. Ne le décevez pas et vous vivrez longtemps, c'est ce que j'essaie d'appliquer.
Ils longèrent le couloir à la faible luminosité pour arriver dans le centre, principal lieu d'activités. Julia retrouva les hommes qui se battaient, l'un des combattant tomba au sol durant le duel en un grognement déchirant. Les autres lui foncèrent dessus pour le ruer de coups : telle était la loi du perdant :
- Ils vont le tuer ! lança t-elle terrorisée, ils vont le tuer s'ils continuent ce massacre !
- Ce n'est pas la première fois M'dame, c'est une question de chance... Moi je ne me bas pas contre ces sauvages, je tiens trop à ma vie.
Elles ne détourna pas le regard et les toisa alors qu'ils les dépassaient. L'un d'eux stoppa son agressivité et c'est la main ensanglantée, qu'il vint à leur rencontre. Julia ne se sentit pas en sécurité et se surprit à vouloir Negan à ses côtés : au constat de sa possessivité, il ne le laisserait pas tenter quoi que ce soit. Tom était tout de même présent, mais il n'avait que quinze ans, l'autre n'en ferait qu'une bouchée :
- Salut le nouveau ! Dis moi, tu l'emmènes où la demoiselle ? Il lui fit un signe grossier, elle en eut la nausée. Tous des brutes difficilement tenable.
- Dégage de là Ivan ! s'imposa l'adolescent.
- Hé ! Il lui attrapa violemment le bras, l'effrayant de son accent russe prononcé. Ne me donne pas d'ordres sale môme !
- Ne t'approche pas d'elle ou tu auras à faire à Negan...
- J'emmerde Negan, grogna t-il en abandonnant la discussion.
Julia fut étonnée du courage du jeune face à la terreur de l'homme. Tom soufflait bruyamment, reprenant une respiration normale après l'altercation qu'il venait d'avoir. Il avait eu très peur, cela était sûr. Toutefois, tout en vérifiant les alentours, il continua à l'accompagner. Une fois à l'autre bout de l'usine, ils finirent par arriver devant une porte lourdement sécurisée, d'une double chaîne :
- On dirait que nous sommes arrivés, lui dit-il satisfait d'avoir mené à bien sa quête. Il sortit la clef que le meneur lui avait confié, l'avertissant s'il ne lui ramenait pas. Je ne vais pas entrer. Je vais monter la garde et vous attendre devant.
Il inséra la clef dans la serrure, ouvrant la porte en un bruit fracassant. La méfiance de l'adolescent l'étonnait. Et elle trouva la situation particulièrement sale et délicate, pour se montrer d'une telle vigilance. La salle était assez grande, divisée en plusieurs recoins. Elle était constituée d'une petite cuisine, d'un canapé avec une bibliothèque, ainsi que d'une chambre, où plusieurs lits étaient installés. Curieuse quant à la présence, l'une des femmes arriva :
- Bonjour, commença t-elle surprise, qui êtes-vous ?
- Je m'appelle Julia...
- C'est une future nôtre, lança une seconde qui venait d'entendre la conversation.
Elle se présenta à son tour, arborant un sourire, qui n'était pas si éteint que ce qu'aurait pensé la prisonnière. Ses cheveux étaient blonds et ondulés, elle lui tendit la main poliment :
- Moi c'est Amber, et voici Sherry. Les quatre autres se reposent.
- Quatre ? Ne put s'empêcher de s'exclamer Julia, les yeux écarquillés sous la stupéfaction.
- Nous sommes nombreuses, enchantée, reprit Amber, nous sommes les femmes de Negan.
La neutralité de ses paroles abasourdirent la nouvelle venue. Elles avaient l'air en parfaite santé, parfaitement satisfaites de leur vie au Sanctuaire :
- Vous avez fini par accepter... Mais, êtes-vous heureuses dans cette usine ? demanda Julia avec inquiétude.
- Il y a mieux, mais il y a pire, le charisme de Negan a fini par faire son effet, répondit Sherry en faisant bouillir de l'eau, tu veux du thé ?
- Non merci...
- Negan t'as choisi, tu dois te sentir fière. Elle ne sut pas quelle attitude adopter face à la conviction de la femme.
- Justement, je suis venue vous voir pour que vous me parliez de lui...
- Quoi ? Es-tu en train de nous dire que tu doutes ? Mais tu es folle ma pauvre ! Si tu n'accepte pas son offre, il...
- … me tuera, je sais, la coupa Julia en hochant la tête.
Face à tant de bruit, l'une des épouses sortit de la chambre en baillant, la prisonnière la reconnut aussitôt :
- Qui fait tout ce boucan ?
- Alice ?! Elle n'en revenait pas.
- Julia, c'est toi ? C'est bien toi?
Un sourire angélique se dessina sur son visage et elle vint se jeter dans les bras de celle qui avait partagée son groupe autrefois. Alice était l'une des femmes qui avait été enlevé lors du raid de Negan :
- Tu es en vie ! Comme je suis heureuse de te revoir ! Où sont les autres ? La troisième baissa la tête, soudainement attristée.
- Elles sont mortes...
- Mortes ?!
- Elles n'ont pas accepté sa proposition.
Les yeux de Julia s'humidifièrent de larmes sous l'aveu qu'elle venait d'entendre. Le peu de tendresse qu'il lui avait octroyé lors de leur dernière entrevue n'était en fait qu'un leurre. Il demeurait un monstre :
- Mais je croyais qu'il relâchait les femmes, les laissant à leur sort à l'extérieur ?
- C'est ce qu'il fait, mais il n'a pas précisé dans quel état...
- Comment ? articula t-elle faiblement.
- Lucille, chuchota Alice, de peur de prononcer le nom plus fort, c'est Lucille qui fait tout le travail.
- Mais ce n'est qu'une vulgaire batte de baseball ! Vous avez peur d'un objet !
- Ne lui dis jamais cela ! cria Amber en lui attrapant les épaules pour la faire réagir. Ne lui dis jamais qu'elle n'est rien, ou tu es morte dans la seconde qui suit...
Julia était épuisée sous toutes ces révélations. Elle finit par accepter le thé proposé précédemment par Sherry et prit place dans le canapé :
- Tu dois accepter Julia, l'encouragea Alice. Si tu es là, je suppose que le groupe est dissout. Mais même s'il ne l'est pas, ils ne te retrouveront pas ici. Tu n'as plus d'avenir dans ce monde infesté, tu n'as pas d'autre choix.
- Ethan est mort, il a été abattu de sang froid...
- Je suis désolée Julia, sincèrement désolée. Raison de plus pour accepter, tu n'es plus sous la contrainte du mariage désormais.
Elle se demanda comment elle pouvait posséder une telle persévérance, elle qui s'était trouvée dans la même situation qu'elle, quelques mois auparavant. Negan lui avait retourné le cerveau :
- Si tu veux continuer à vivre, suis ses ordres et ne t'oppose pas à lui, termina la femme en buvant sa tasse chaude.
…
Il lui saisissait le bras, la menaçant de son pistolet si elle tentait de s'échapper. Negan installa Julia dans la voiture et posa Lucille sur la plage arrière. Puis, il vint s'asseoir au volant. Il se tourna vers sa prisonnière pour lui lancer un large sourire :
- Je suis si content que nous partagions cette aventure ensemble, Julia chérie. J'espère qu'ils seront nombreux, ces putains de cadavres, ça commençait à me démanger de ne pas leur exploser la cervelle !
L'homme passa son bras par la fenêtre du 4x4 ouverte, pour frapper lourdement contre la carrosserie :
- Allez les gars, on part chercher des vivres et buter les morts !
Ils démarra la voiture en trombe et roula à vive allure, traversant les champs, pour arriver dans une ville abandonnée. Elle ressemblait beaucoup à celle dans laquelle le meneur avait trouvé la jeune femme. Elles se ressemblaient toutes. Après l'épidémie et les mouvements de foule en détresse, tout avait été saccagé. Certains murs étaient tombés, les vitres et portes des immeubles étaient brisées. Des morceaux de verre recouvraient la chaussée, entre les objets perdus, tombés durant la fuite :
- On est arrivé ma belle, il coupa le contact pour sortir du transport. Alors comment as-tu trouvé mes femmes ? Elles sont belles hein ? Il attrapa sa batte et claqua la porte. Julia l'imita et vint le retrouver, tête baissée. Tu ne veux plus me parler ? lui demanda t-il innocemment.
Pensant à ces pauvres femmes ayant été tuées, une sombre colère envahissait son être. Pour toutes ces femmes, pour ces âmes innocentes prises par la violence, elle ne lui répondrai pas. Quoi qu'ait pu encouragé ou dire Alice, accepter l'offre sordide de Negan était difficile :
- Ah non Julia chérie, ne tire pas la gueule ! Il patienta quelques secondes, alors qu'ils arpentaient la rue principale, suivis des autres hommes. Je sais ! s'exclama t-il, tu vas parler à Lucille, je vais vous laisser en tête à tête. A elle, tu peux tout lui raconter, même tes secrets les plus honteux. Il se rapprocha d'elle pour lui murmurer à l'oreille, je suis sûr que t'en as pleins, des putains de cachotteries à lui confier.
Soudain, des rôdeurs arrivèrent, claquant des dents dans ce qui leur restait de cavité buccale. Ils étendirent leurs bras en approchant, dans l'espoir d'attraper une proie. Ils n'avaient pas faim, non, ils étaient affamés. Negan éclata de rire en se moquant d'un des cadavres, dont un bras manquait :
- T'as bien l'air con toi, lui dit-il en pointant dangereusement son doigt vers lui. Il attaqua, l'homme esquiva, raté ! gueula t-il, mais moi je ne vais pas te louper ! L'homme en cuir lui asséna un violent coup de batte dans le crâne, Lucille, s'enfonça dans la chair molle et putride.
Julia restait spectatrice de la scène, repliée vers le 4x4. Il ne lui avait pas donné d'arme et l'avait laissé à la merci des créatures. Une forme approcha, un sourire mesquin aux lèvres. Elle le reconnut sur le champ, cet Ivan qui avait essayé de l'approcher, plus tôt dans la journée :
- Te voilà la demoiselle qui accompagnait cet attardé de gosse ! T'es avec Negan, c'est ça ? Veinarde, profite tant qu'il est là, car une fois éloigné, tu ne seras plus protégée.
- Hé ! hurla le concerné en voyant l'entrevue, qu'est-ce que tu lui as dis ? Laisse la tranquille, tu veux.
- A ce que je sache, elle n'est pas encore ta femme, alors j'ai le droit de lui parler ! se défendit le Russe.
- Vas chier ! gronda le meneur en ricanant, elle n'est pas encore ma femme, mais c'est tout comme. Elle m'appartient, et tu n'es pas censé l'ignorer ! Tu me déçois Ivan, tu me déçois beaucoup...
- Je t'emmerde Negan ! Je me casse ! Il tourna les talons, les poings serrés.
- Quoi ? Reviens ici ! Ne me tourne pas le dos ! Je sais que tu lui tournait autour ce matin, Tom m'a raconté...
- Quelle balance ce gosse !
- Ce merdeux m'est fidèle au moins, il pointa Lucille devant lui, mais l'homme n'eut aucun mouvement de recul. Alors comme ça, tu brises le putain de contrat hein, mon toit, mes règles... tu te souviens ?
Pendant ce temps, ils en avaient oublié les rôdeurs, qui avaient fini par arriver un peu plus nombreux. Sous l'intensité de l'attaque, alors qu'ils continuaient à régler leurs comptes dans leur coin, l'un des hommes se fit dévorer par un cadavre :
- Merde ! cria Negan en voyant le corps sanguinolent. Débarrassez-vous de ces foutues merdes putrides avant que je ne vous foutent mon pied au cul !
Il sortit son arme à feu et tira sur les morts, animé par une rage sans limites. Julia fut soudainement en danger, l'un des rôdeurs la menaçait, en ouvrant une large gueule en lambeaux. Incapable de se défendre, elle hurla le nom de son sauveur :
- Baisse toi ma belle ! Elle s'exécuta, et une fois l'angle nécessaire apparu, Negan visa la tête et l'éclata, sous la torpeur de sa prisonnière. Je viens de t'épargner d'une mort dégueulasse, tu pourrais me remercier !
- Fou de rage d'avoir perdu un des sien, il attrapa ensuite Ivan par le col, et le força à le suivre à l'arrière d'une maison. Julia chérie, ramène toi aussi, tu vas assister à un procès en direct !
Il lança l'homme au sol, qui trébucha et s'affala de tout son poids :
- Relève toi connard ! lui ordonna le meneur, ajustant Lucille au dessus de sa tête. A cause de ta putain de connerie, on vient de perdre un gars... et ça je n'apprécie pas du tout. D'une, tu mate ma femme, et de l'autre, le groupe s'est fait bouffer par ta faute. T'as gueulé comme une chienne pour te défendre ? Tu les as encore plus alerté de notre présence ! Il s'arrêta subitement pour soupirer, tu me déçois tellement Ivan, t'étais mon préféré, pourquoi t'as joué au con ?! Je vais être obligé de le faire, je vais être obligé d'écraser ta putain de tête.
- Je t'emmerde Negan, répéta le Russe.
- C'est tout ce que t'as à dire ? l'interrogea le meneur, déçu.
Julia était à côté, croisant les bras pour camoufler ses mains tremblantes. Elle se devait de regarder, elle ne détournerai pas le regard, malgré l'effroyable scène. Ivan ne répondit pas et Negan, après s'être esclaffé bruyamment, abaissa sa batte. Dans un bruit macabre, elle fit gicler le sang tiède de la tête du pauvre homme, qui tomba raide mort au sol, le visage défiguré, sous la puissance du coup. Negan se redressa fièrement et passa un mouchoir en tissu sur les barbelés de Lucille afin de la nettoyer :
- Tu vois le sort que je réserve à ces connards s'ils s'approchent de toi ? T'es en sécurité avec moi, je ne t'avais pas menti.
Il lâcha l'arme, qui vint s'échouer lourdement au sol, puis s'approcha d'elle. Devant tant de violence, Julia était pétrifiée, ses idées se bousculant dans son esprit, en une tempête déchaînée. Negan posa son menton contre son épaule et l'entoura de ses bras protecteurs. Son blouson était taché de sang, et déposa une marque sombre, contre le bas du débardeur de la jeune femme. La force de l'étreinte la plongea dans l'attitude familière de la matinée. Elle était assurément effrayée, mais cette panique décuplait ses sens :
- Je te protège ma belle, lui murmura Negan à l'oreille, en lui embrassant la nuque. Un frisson lui traversa le corps. Putain ce que j'aime être contre toi, je suis impatient de connaître ta réponse.
Si Julia voulait survivre, elle devait entrer dans son jeu et ne pas lui résister. C'est ce que lui avait assuré son amie, Alice. Si elle espérait encore une quelconque offre de la vie, elle devait accepter la proposition de l'homme. Après une profonde respiration, pour se donner du courage, elle ouvrit enfin la bouche, après être restée muette un moment :
- Tu devrais la connaître prochainement... Negan surprit par le tutoiement si désiré, retira son visage de sa peau. Il resta stoïque un instant, réalisant ce qu'elle venait de dire.
- Oh ! Enfin tu baisses ta putain de garde ma belle, son regard devint un peu plus brumeux. Ce que ça me fait du bien d'entendre le son de ta voix. Il la plaqua davantage contre lui en saisissant sa taille, sa carrure l'englobant sous une masse passionnée. On va bien s'entendre toi et moi, tu verras, tu ne le regretteras pas, termina t-il sur un ton suave.
