Chapitre 4
« Alors, ce boulot ?
-Chiant. »
Yusuke sourit. Il ne s'attendait pas à autre chose de la part du jaganshi.
« Le travail, c'est pas fait pour être agréable.
-Stupides ningens ! A quoi ça sert alors ?
-A gagner sa vie…
-Illogique. La vie, on l'a, on a pas besoin de la gagner, juste de la garder. »
Yusuke éclate de rire.
« C'est payé correctement ton truc au moins ?
-Y paraît. »
Botan et Keiko se sont rapprochées et interviennent dans la conversation.
« Si tu peux économiser un peu, tu pourras faire une avance pour un appart et…
-On pourra t'aider à en trouver un.
-Et à le décorer !
-Oui, j'ai vu plein de jolis trucs dans les boutiques !
-Je ne veux pas d'un appart ! Je reste ici ! »
Keiko et Botan ont un sourire complice.
« On plaisantait ! On sait bien que tu veux rester ici ! »
Hiei les regarde avec étonnement. Est-ce qu'elles savent quelque chose ? Au vue de leurs visage au yeux qui pétillent, c'est bien possible.
« Moi, je comprends pas pourquoi tu veux rester ici, fait Yusuke.
-Moi, je sais, dit Kuwabara. T'es un sale profiteur !
-Quoi ?
-Ben oui, si t'as pas envie de partir, c'est parce que Kurama se tape le ménage, la cuisine et tout. Alors, t'es peinard ! Moi, ce que je comprends pas, c'est comment Kurama peut te supporter…
-Ce que je ne comprends pas, c'est comment t'es encore en vie ? »
Hiei regarde Kuwabara avec colère.
« Ben alors, nabot, qu'est-ce que t'attends ?
-T'inquiètes, ça vient…
-Aiiieeee ! »
Yusuke éclata de rire. Les flammes de Hiei avaient contourné Kuwabara avant de l'attaquer. Et d'enflammer son postérieur. Et le voir courir en cercles en hurlant était tellement drôle que personne n'intervint. Jusqu'à ce que Keiko, compatissante, interrompe ses cercles pour le diriger vers la salle de bains.
« C'est prêt ! fit Kurama en entrant dans le salon. Où est Kuwabara ?
-Il règle un problème, répond Hiei.
-Un problème ? Ca pouvait pas attendre ?
-Non, c'était plutôt chaud, s'esclaffa Yusuke. »
Kuwabara arrive, le pantalon à moitié carbonisé. Kurama lance un regard désapprobateur à Hiei.
« Quoi ? Il m'a cherché !
-Je n'ai dit que la vérité ! rétorque Kuwabara. Et je maintiens ce que j'ai dit. Je ne sais pas comment Kurama te supporte ! Si j'étais lui, je t'aurais foutu à la porte depuis longtemps ! »
Kurama se mord les lèvres. Les paroles sont blessantes. Il sait que ce n'est pas le but du grand ningen. Mais le résultat est le même.
« Tu n'es pas moi, Kazuma, dit-il lentement. Et Hiei restera ici aussi longtemps qu'il le désire. C'est clair ? »
Dans les yeux émeraudes, il y a le côté glacial du yohko. Kuwabara réprime un frisson.
« J'disais ça pour déconner…
-Ca ne me fait pas rire. Hiei est mon ami. Et il est ici chez lui.
-Ton ami ? fait le jaganshi avec un demi sourire. »
Kurama a un sourire aussi. Ils savent tous les deux ce qui se cache derrière le mot « ami ».
Et… Hiei jette un regard à Botan et Keiko. Apparemment, elles aussi savent ce qui se cache derrière ce mot. Est-ce que les filles seraient plus sensibles à ce genre de chose ? Parce que Yusuke et Kuwabara semblent à milles lieues de comprendre. Même Kuwabara avec son instinct légendaire n'a rien capté ! Faut dire que s'il se permettait de s'introduire dans son esprit ou dans celui de Kurama, il se ferait mettre en pièces.
Je ne me suis toujours pas remis de la vision de Hiei dans ces vêtements. De son corps exposé dans la lumière. Et je suis un imbécile. Pourquoi ai-je invité Yusuke et compagnie ce soir ? Alors que je n'avais qu'une envie depuis qu'on a quitté l'agence, c'est qu'il me fasse l'amour.
Dans le bus, sa main dans la mienne m'a fait ressentir un frisson délicieux qui est remonté le long de ma colonne vertébrale. C'est incroyable à quel point il peut me faire perdre la tête. Parce que je l'aurais bien embrassé à pleine bouche, dans ce bus bondé.
Mais l'attitude du mec à côté m'a complètement refroidi.
Je pouvais patienter jusqu'à la maison. Etre enfin à l'abri de tous les regards et laisser mon amour et mon désir pour Hiei s'exprimer.
J'avais oublié les autres qui se sont pointé à peine dix minutes après nous. Alors que j'en étais à caresser les pectoraux de Hiei sous son tee-shirt.
J'ai essayé de ne pas y penser en préparant le repas. De ne pas penser à son visage au teint mat et aux reflets nacrés sous les projecteurs. De la longueur de ses cils qui faisaient des ombres sur ses joues. Et… Je dis que j'ai essayé, pas que j'ai réussi.
Keiko s'est blotti contre Yusuke dans le canapé après le dîner et il a passé son bras autour de ses épaules. J'aimerais bien pouvoir faire la même chose.
Hiei semble à des kilomètres de moi, perché sur la fenêtre. J'ai envie de leur dire. A tous. Mais après la façon dont Kuwabara s'est comporté, je ne suis pas sûr que ce soit le bon moment. Est-ce qu'il y a seulement un bon moment ? Ca, j'en doute. Et puis, zut, je vois pas pourquoi ça les dérangerait ! J'ai bien le droit d'aimer qui je veux.
Je sais que j'ai peur, et que je suis lâche. Mais les gens peuvent changer tellement facilement quand ils découvrent un aspect de vous qu'ils n'aiment pas. Je n'ai sans doute pas assez confiance en Yusuke pour croire qu'il puisse comprendre.
Quand ils partent enfin, je constate que je ne suis pas le seul dont la patience a été mise à rude épreuve. Hiei se jette dans mes bras.
Confortablement installé dans le canapé, je caresse ses cheveux et pose de petits baisers sur son visage.
Je me demande si on n'est pas trop dépendants l'un de l'autre, si notre relation est une bonne chose pour Hiei. Mais en même temps, comment m'en plaindre ? Je suis si heureux comme ça.
Ils ont passé la matinée à me tripoter. Sous prétexte de prendre des mesures. J'ai cru que j'allais tuer un des mecs quand il s'est exclamé :
« A peine un mètre soixante, pour un mannequin, c'est une petite taille.
-Tu veux répéter ? »
Il s'est tu et a continué à noter des trucs sur son calepin. Je sais que je suis petit. Mais j'ai pas forcément envie de l'entendre à longueur de journée. Kurama est plus grand que moi et bien plus beau. Je me demande vraiment pourquoi Isaki a tenu à m'engager.
D'ailleurs, il n'est pas là ce matin. C'est une fille qui le remplace, Sayako je crois. Elle brasse beaucoup d'air mais je ne comprends pas vraiment ce qu'elle fait.
Et elle parle beaucoup. Elle pose des questions auxquelles je ne réponds pas.
Je me dépêche de rentrer après être enfin sorti de l'agence. Et j'évite ces bus stupides en courant sur les toits. En plus, c'est plus rapide comme ça.
Mais j'avais oublié que Kurama n'était pas là aujourd'hui. Il m'a encore laissé un mot. Je ne regarde même pas.
Comment est-ce que j'ai pu devenir à ce point accro ? C'est étrange, je n'ai jamais eu besoin de personne. Jamais eu envie.
Est-ce que ça fait toujours ça, l'amour ? Est-ce que ça crée un besoin dont on ne peut plus se passer après ?
Parce que maintenant, aimer Kurama, le sentir près de moi, c'est comme respirer, c'est un besoin physique.
Et avoir envie de lui à chaque minute, ce n'est pas seulement physique, c'est vital.
La sonnette de la porte interromps mes pensées.
C'est Shiori. Elle me sourit. Je commence à comprendre comment cette femme a pu faire naître des sentiments dans le cœur de Kurama.
« Hiei, je suis ravie de te revoir. »
Je la laisse entrer. Elle apporte des livres que Kurama avait laissé dans son ancienne chambre.
« Je sais bien qu'il avait dit qu'il passerait mais j'imagine qu'il n'a pas eu le temps. Alors, je nous fait du thé ? »
J'acquiesce. J'ai évité cette femme pendant des années. Ou plus honnêtement, je m'en fichais. Mais plus maintenant.
Elle voit le mot sur la table.
« Ne me dis pas que tu n'as pas mangé aujourd'hui non plus ?
-Pas eu le temps.
-Bien, tu veux que je t'aide. Lis-moi la liste des ingrédients pour commencer. »
Je me bloque complètement. Je ne peux pas le faire. Je n'y arrive pas.
Shiori est contente, Hiei a l'air moins méfiant que la dernière fois. Etrangement, il lui fait un peu penser à son fils quand il était plus jeune. Shuichi n'avait pas été un enfant difficile, bien au contraire, mais parfois, elle avait l'impression qu'il était constamment sur ses gardes, comme s'il se méfait du monde entier. Et Hiei avait cette attitude.
Par contre, son expression quand elle lui demanda de lire n'avait rien à voir avec Shuichi. Elle se demanda brièvement où elle avait déjà vu une réaction pareille.
Hiei avait jeté un œil au papier puis s'était reculé, complètement désemparé, et cherchant une échappatoire.
Puis elle se rappela. Elle avait fait un peu de bénévolat et cette réaction là, c'était…
« Hiei ? Tu n'es pas obligé de me répondre mais est-ce que… tu sais lire ? »
Il hésitait entre honte et colère.
« Qu'est-ce que ça peut faire si je ne sais pas ? répondit Hiei optant pour la colère.
-Et bien, peut-être as-tu envie d'apprendre ?
-Quoi ?
-Je pourrais t'apprendre. »
Le jaganshi regarda la femme humaine avec stupéfaction.
« Pourquoi ? demanda t-il.
-Pour t'aider. C'est utile de savoir lire. Dis-moi, à l'école, tu n'as pas appris ?
-Suis pas allé à l'école. »
Shiori prit le temps d'enregistrer l'information. Et des questions surgirent. Quelle était la vie de Hiei pour qu'il n'ait pas suivi une scolarité normale.
« Tes parents ne t'y ont pas envoyé ? »
Il y eu un temps de pause avant que Hiei réponde très vite.
« Ma mère est morte et je ne connais pas mon père. »
Cela n'expliquait pas tout mais c'était suffisant pour le moment.
« Bon, dit-elle. Dès demain, je t'apporterais quelques livres pour commencer. Et des cahiers. Pour aujourd'hui, on va travailler sans support. Ca te va ? »
Il hocha la tête puis…
« Vous ne direz rien à Shuichi, n'est-ce pas ?
-Il ne le sait pas ? Oui, je m'en doutais. Pourquoi ne pas lui avoir dit ?
-Il ne faut pas lui dire !
-Je ne dirais rien, assura Shiori. »
Tout en cuisinant un petit encas pour Hiei, elle fit le point de ses connaissances. Il savait écrire son nom et reconnaissait certains mots simples et les noms de ses amis.
