Sanji était terriblement inquiet. Il se trouvait à moitié nu, attaché dans un lit, le sabreur au dessus de lui. Il se demandait jusqu'où Zoro avait-il l'intention d'aller. Il était un homme à femmes, bordel ! Pourquoi le bretteur ne pouvait-il juste pas comprendre ça ? Peut-être s'en foutait-il, cet obsédé. Probablement. Il était totalement à sa merci, et il le savait. Sanji leva la tête vers l'écharpe formant ses liens pour tenter de les délier, peine perdue. L'épéiste s'y connaissait en nœud. Celui-ci le regardait se trémousser avec un sourire amusé. En croisant son regard émeraude, le cuisinier se figea net.
- Je t'explique ce qui va se passer. Ne me mord pas, ne me frappe pas, je vais juste te montrer qu'on peut prendre du plaisir avec un homme... surtout quand il est aussi doué que moi. Je ne toucherai pas à ta... virilité, ajouta-t-il en regardant son entrejambe.
- Zoro...
Sanji déglutit. Ce nom était si dur à prononcer. Il continua :
- ... Ça reste une agression
- Si tu veux, appelle ça comme ça. Je veux juste te prouver que j'ai raison. Prouve-moi le contraire. Reste insensible à mes avances, et j'admettrais que j'ai tort, et que les hommes ne t'intéresse pas du tout.
Sanji le fusilla du regard. Un énième défi entre eux. Un qu'il n'avait pas du tout envie de relever. Mais quel autre choix avait-il, attaché dans ce lit, totalement soumis aux caprices du bretteur. Le seul moyen d'y échapper serait de supplier Zoro de le relâcher, en espérant que celui-ci accepte sa requête. Foutue fierté ! Et en même temps, pour cette fois, il n'était pas responsable des événements. Le sabreur allait trop loin. Il n'avait jamais imaginé qu'il puisse se montrer aussi conquérant, aussi indifférent à son consentement, aussi... violent. Pour la première fois, il avait peur de Zoro. Et pourtant, il ne voulait pas lui céder. Fou, oui fou, il devenait fou. D'un signe de la tête, il montra au vert qu'il acceptait ses conditions. Ce n'était qu'une l'affaire que de quelques minutes, il l'espérait. Après, s'il le voulait, il ne reverrait plus le bretteur de sa vie.
Zoro se sentit pleinement satisfait en voyant l'acquiescement du blond. Il savait qu'il avait présenté les choses de telle sorte que son rival ne pourrait pas refuser. Il savait qu'il le manipulait. Il savait qu'il en faisait bien plus qu'il n'en avait jamais fait pour convaincre quelqu'un de coucher avec lui. Et pourtant, il n'arrivait pas à éprouver de remords, pas encore. Car il avait toujours la certitude que Sanji aimerait, et finalement lui pardonnerait. Il misait tout là dessus.
Le sabreur se pencha vers sa proie, et commença à l'embrasser. Celle-ci se raidit mais se laissa faire. Il resta totalement inerte alors que Zoro s'immisçait en lui, lui caressait le visage et se collait à son bassin.. Ses mains remontaient le long du corps du blond, glissant sous sa chemise, découvrant ses bosses et ses creux, puis saisirent le cou offert pour approfondir le baiser. Ses gestes étaient fermes et décidés, pas si désagréables, mais tellement différents de ceux d'une femme.
Lorsqu'il en eut fini avec la bouche du cook, Zoro se glissa jusqu'à son oreille pour lui chuchoter, intimement, comme s'ils étaient seuls au monde :
— Je sens qu'on va bien s'amuser.
Un frisson parcourut l'échine de Sanji. Le bretteur lui lécha le lobe de l'oreille et descendit en baiser le long de son cou tandis que ses mains écartaient les pans de la chemise, avant de suçoter légèrement la clavicule. C'est à ce moment que la température commença à monter en Sanji. Contrairement à Zoro, il n'avait pas pu se soulager récemment et les verres qu'il avait accumulés faisaient finalement ressentir leurs effets. Sa stratégie pour amasser du courage se retournait contre lui.
Lorsque la langue de son tortionnaire vint titiller ses tétons, il se tendit imperceptiblement. Imperceptible, sauf pour un épéiste entrainé à discerner les moindres mouvements de ses adversaires. Le sabreur sourit contre le torse dénudé. Il redoubla d'attention sur le téton sensible tout en malaxant l'autre d'une main. Il entendit avec contentement la respiration du blond s'accélérer. La langue vint ensuite taquiner son jumeau et obtint un nouveau cabrement en récompense. Puis il plongea jusqu'aux fermes abdos, redessina leurs contours, déposa des baisers papillons alors qu'il massait lascivement la peau incroyablement douce du dos, achevant de la détendre.
Zoro, en respectant sa parole, s'abaissa aux cuisses, survolant la zone intime qui commençait, il le remarqua au passage, à se réveiller. Il s'attaqua alors aux jambes puissantes, les chatouilla, les caressa. Il entreprit de laisser la marque de son passage et, remontant délicatement le caleçon au plus haut, déposa un suçon sur la peau tendre près de l'aine, lui arrachant un furtif soupir, presque le gémissement qu'il attendait pour que Sanji ne puisse définitivement pas nié avoir pris du plaisir.
Zoro se redressa pour regarder son captif dans les yeux. Celui-ci cessa de se mordre les lèvres et détourna son regard. Il avait honte. Honte des réactions de ce corps qu'il ne contrôlait plus, honte de ses joues rougies par les attentions, honte du plaisir qu'il ressentait, honte de se sentir à l'aise entre les bras du bretteur. Et cette honte surpassait la colère et le déni. Son geôlier saisit son menton pour le forcer à relever les yeux. Il préféra les fermer. Il voulait conserver la dignité qu'il lui restait et éviter au maximum de manifester ses émotions. Et surtout, il voulait oublier que c'était Zoro qui était à l'origine de tout ça.
L'épéiste ne s'en formalisa pas et, la main sur sa joue, rapprocha leurs fronts et leurs lèvres pour un baiser d'une douceur inespérée. Une nouvelle fois surpris par les talents du bretteur, Sanji sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. Cet homme, son plus vieil ennemi, était en train de tout remettre en question. Si un homme pouvait lui procurer un tel plaisir en le touchant si peu, quelles sensations pouvaient provoquer une nuit avec l'un d'entre eux ? Il se refusait à admettre que Zoro puisse le connaitre assez pour deviner ses faiblesses. Il n'en restait pas moins qu'il allumait en lui un feu ardent sans que Sanji n'ait besoin de guider, de maitriser ou de rendre la pareille comme… comme avec une femme. Il n'avait qu'à se laisser choyer par les lèvres sur son cou. Il s'était totalement abandonné au désir, reposant entièrement dans les bras musclés de Zoro, regardant en l'air pour tenter de s'évader, de l'oublier.
Il fut rapidement ramené à la réalité par un souffle agaçant son téton, se rapprochant, puis s'écartant, sans jamais se poser. Puis une langue vint taquiner la peau, traçant des cercles autour du bout de chair rosé, le frôlant sans jamais s'attarder. Alors, instinctivement, Sanji se courba pour en profiter davantage, mais la langue s'esquiva de nouveau. Puis elle se posa, immobile, et Zoro observa, amusé, le cuisinier se trémousser pour provoquer les sensations, les caresses de langue râpeuse. Puis finalement, il le prit en bouche, le mordilla délicatement avant de donner un grand coup de langue. Et enfin, à son grand ravissement, il perçut le gémissement tant espéré. Un gémissement fugitif, presque un murmure, mais un gémissement tout de même. Et la rougeur caractéristique de Sanji en devint plus éclatante encore. Zoro lui caressa la joue, presque avec tendresse, tandis que le cuisinier se désolait d'avoir cédé, de lui avoir donné satisfaction ; alors le bretteur lui apposa un dernier suçon dans le bas du cou afin qu'ils se souviennent, que pendant ces courts instants, le blond avait vraiment été sien.
Puis il se sépara avec regret du corps élancé, avant d'aviser la bosse apparue sous le caleçon de ce dernier. Il sourit à pleines dents :
— Ben alors ero-cook, on dirait qu'il y en a une qui demande sa part d'attention !
Sanji retrouva immédiatement sa fougue et releva la tête avec impétuosité :
— Ah non ! Tu m'as promis !
— Comme tu voudras, soupira le bretteur en levant les mains vers le nœud emprisonnant Sanji.
Puis soudain, il se stoppa, et laissa retomber ses bras. Le cuisinier lui lança un regard interrogateur, et légèrement inquiet.
— Je devrais peut-être te laisser ici finalement, suggéra Zoro.
— Détache-moi tout de suite, espèce de connard !
— C'est demandé si gentiment, remarqua Zoro en haussant les épaules.
Il se tourna vers la porte et la déverrouilla.
— Marimo, détache-moi !
L'épéiste s'immobilisa mais resta de dos.
— Zoro… lâcha finalement le cuisinier avec peine.
L'interpelé se retourna enfin et, d'un geste prompt, récupéra son écharpe, libérant ainsi le cuisinier. Il l'observa se redresser avec peine et haine. Sanji , foudroya son camarade du regard et lui lança :
— Je… ne veux… plus jamais…jamais… te voir.
— Ça, ça risque d'être compliqué love-cook, ricana l'intéressé. D'ailleurs, sache que tu as perdu.
Il lui jeta un dernier regard moqueur avant d'abandonner Sanji dans la solitude de la chambre qui lui semblait désormais bien morne. Ce dernier se laissa alors submerger par l'amertume. Il sentit une boule brûlante remonter le long de sa poitrine. Il était perdu, perdu comme il ne l'avait jamais été. Le sol commença à tourner lentement. La tête entre ses mains, il laissa échapper quelques larmes.
Au bout de quelques minutes ainsi, il réalisa où il se trouvait. Il se rhabilla rapidement. Puis prit du temps pour reprendre le contrôle de son souffle. Et pour ça, qu'un moyen : oublier, tout oublier. Oublier que Zoro l'avait touché, oublier qu'il avait perdu, oublier qu'il avait aimé. Il amena lentement ses doigts à son cou, frôla la marque et fut saisi d'un frisson. Cette bouche chaude, ces lèvres humides, cette langue moite contre sa peau. Il avait froid soudainement, loin des bras inébranlables du bretteur. Toute la température que son corps avait amassée retombait en flèche. Il lui fallait un verre.
Il quitta la chambre et retourna au salon. Il constata l'absence de Zoro autour de la table et s'assit avec soulagement… Jusqu'à ce que tous les regards curieux se tournent vers lui. Il remarqua alors le silence inhabituel de ses amis.
— Sanji ? Tu peux nous raconter ce qui t'as pris autant de temps ? Se dévoua Nami. On a vu Zoro sortir, il nous a juste dit qu'il avait un truc urgent à faire, et a filé aussi vite.
L'enfoiré ! Il n'avait aucune explication plausible à donner alors il s'était sauvé, le laissant se démerder tout seul ! Et le cuisinier avait intérêt à se dépêcher d'en trouver une s'il ne voulait pas paraitre suspect. Le cas échéant, leur curiosité serait attisée, et ils mèneraient leur enquête jusqu'à découvrir le pot au rose. Et ça, c'était hors de question s'il voulait préserver un semblant de dignité. Le problème, c'est qu'après un si gros choc, toute son inspiration était accaparée par la mémoire de ces instants de promiscuité.
— Humpf, ça me rappelle que moi aussi, j'ai un truc à faire.
Et sous le regard stupéfait de ses camarades, il déposa sur la table de quoi payer ses consommations et s'esquiva. Une fois dehors, il se frappa la tête du poing. Sérieusement, il n'aurait pu trouver plus mauvaise répartie. A coup sûr, il était bon pour un interrogatoire en règle avec l'une de ses deux sublimes ladies. Et il ignorait s'il serait capable de garder le silence bien longtemps. Il devait à tout prix les éviter jusqu'à ce que tout ça se calme. Ou simplement attendre que Zoro se fasse chopper avant lui. Oui, mais… Et s'il dévoilait tout ? Non, aucune chance, il se ferait incendié par les autres. Ces derniers supportaient ses excentricités la plupart du temps, mais sûrement pas une agression, encore moins contre l'un des leurs. Du moins, Sanji l'espérait-il.
xXx
Une ou deux semaines passèrent sans que le groupe ne se réunisse au complet. Zoro passait son temps en entretiens, il semblait s'y être enfin mis sérieusement, et en entrainements de kendo, ses compétitions approchant. Ils tentèrent à plusieurs reprises de lui soutirer des informations sur l'autre jour, mais tout ce qu'il accepta de révéler fut qu'ils avaient eu une conversation importante et que cela ne les concernait pas. Sanji, quant à lui, était tout simplement incontactable ; et lorsqu'ils tentèrent de le surprendre chez lui, il leur affirma simplement qu'il allait bien pour ne pas les inquiéter, mais qu'il avait besoin de calme et de repos pour tourner la page avec Nadia.
En vérité, tout ce temps libre, il l'avait bien utilisé pour faire une mise au point, mais pas à propos de la jeune femme aux courbes douces et délicates… à propos du jeune homme aux muscles puissants et saillants. Et il en était arrivé à la conclusion qu'il était dangereux de le laisser approcher, après tout, tout ce qui pouvait procurer du plaisir n'était pas forcément bon, comme… les cigarettes. Ce n'était peut-être pas un bon exemple… Ou si, après tout, pour garder un rythme de vie sain, il fallait limiter les excès. S'accorder les cigarettes le forçait à se refuser Zoro, c'était logique. Dans l'esprit de Sanji, du moins.
Et une résolution de prise : rester à distance de Zoro ! Résolution qui allait être mise à l'épreuve… hé bien, dans les instants suivants, alors qu'il se dirigeait vers la porte, pour ouvrir à une personne frappant avec insistance.
Durant sa semaine de réflexion (et d'exil), il avait acquis le réflexe de vérifier qui sonnait avant d'ouvrir la porte. Réflexe qu'il loua ce jour là quand un bretteur lui répondit de sa voix rauque. :
—Le pape
— Roronoa, qu'est-ce tu fous là ?
— Je cherche ma licorne rose… Je viens demander asile pour la nuit, ducon.
— Tu déconnes Marimo, j'espère ?
Zoro tiqua. Il avait déjà entendu cette phrase quelque part. Enfin, nevermind.
— J'suis sérieux, en ce moment même, y'a probablement des mecs devant ou dans chez moi, attendant avec impatience de me faire ma fête, et c'est de ta faute !
— Ma faute ? Si t'es assez con pour te mettre à dos les premières sauvages venus ? T'es pas chié, toi alors !
— Vu que ces sauvages en avaient après toi, oui, c'est ta faute !
— Après moi ? Et pourquoi donc ? Je ne provoque pas les gens, moi ! Enfin sauf les rustres ne respectant pas les femmes…
—Si tu surveillais mieux ton petit cul, t'aurais moins de problèmes.
Silence. Moment de gêne, moment de souvenirs embarrassants. Zoro soupira et s'adossa contre la porte :
— Ecoute Sanji, je te jure que je ne suis pas venu pour te chopper. Je ne peux vraiment pas rentrer chez moi.
Son ton s'était radouci. Inconsciemment, le cuisinier lui répondit de la même façon :
— Pourquoi cette allusion, alors ?
— Tu te souviens des gars du bar ?
Un nouveau silence. Sanji commençait à comprendre son implication dans l'affaire. A voix encore plus basse, il acquiesça :
— Oui, évidemment.
— J'suis allé à ton entretien d'embauche, tu sais, celui du papier que tu m'avais… passé chez Marc. Sauf que c'était pas un entretien… C'était un piège, ils me cherchaient. Enfin, ils te cherchaient surtout.
— Je vois…
—Je les ai défoncés mais ils ont mon adresse, sur le CV. Alors j'y suis passé rapidement prendre des affaires, puis je suis venu ici.
— Et tu ne pouvais pas aller chez quelqu'un d'autres ? Pourquoi moi ? En me demandant aussi gentiment en plus ? Tu veux me faire culpabiliser pour que je me sente responsable ?
—Mais non, bien sûr que non ! C'était près simplement. Oui je sais, Luffy encore plus. Mais aussi, je ne voulais pas que les autres posent des questions. Qu'est-ce que j'aurais répondu ? Ils s'inquiètent déjà assez pour nous…
— La faute à qui ? Répliqua immédiatement Sanji.
— Je sais… souffla tout doucement Zoro, avec comme un remord dans la voix. Excuse-moi.
Blanc. Avait-il bien entendu ? Le marimo qui s'excusait, envers lui en plus !? Et C'était la deuxième fois depuis qu'il avait révélé aux autres que Nadia avait rompu. Il fallait qu'il trace une croix rouge sur son calendrier, c'était un miracle ! Il ne cessait de le surprendre ces derniers temps. Il ne put s'empêcher de le faire remarquer.
— Pardon ?! Je dois rêver, la tronche d'algue qui s'excuse ! J'ai du mal à y croire, c'est un jour à marquer d'une pierre blanche !
—Pousse pas trop, ou je vais devoir les retirer, soupira le bretteur.
Ces deux dernières semaines, il avait pris conscience de ce que le désir l'avait poussé à faire. Il ne le regrettait pas mais il comprenait la colère du cuisinier. Lui-même s'étonnait de ses récents changements d'humeur. De la provocation, il avait voulu consolé son ami lorsqu'il l'avait entendu sangloter derrière cette même porte, il y a un mois à peine. Il avait l'impression que ça faisait une éternité. Puis il s'était senti coupable, ou plutôt concerné, lorsqu'il avait révélé sa situation aux autres. Et finalement, il était redevenu lui-même, provocateur, la violence en plus. Il devait être un peu bipolaire, voire tri ou quadripolaire. Pour être honnête, il se préférait ainsi, mais il devait éviter que le cuisinier en pâtisse trop fortement. Enfin, il n'allait tout de même pas baisser les bras, il était hors de questions que sa proie s'en sorte si facilement. Seulement, il allait lui laisser un peu de temps… du moins, il essaierait.
— Bonjour jeune… homme, lança une voix féminine suivie de pas précipités.
— Marimo ! Quand une demoiselle te dit bonjour, la moindre politesse est de lui répondre ! Le réprimanda Sanji.
— Une demoiselle ? Humpf, j'n'aurais pas dit ça comme ça. C'est pas de ma faute, elle s'est cassée avant que je n'aie le temps d'ouvrir la bouche. Elle court vite pour son âge d'ailleurs.
— Ah bon ? C'est encore à cause de ta tête de tueur en série, ça...
— Ou alors, à cause du sang sur mes vêtements.
Pause.
— DU QUOI ?! … Le tien ou… le leur ? reprit le cook plus doucement.
— Le mien, répondit-il avec calme alors que Sanji ouvrait grand la porte devant lui.
Il le détailla longuement du regard. Ses vêtements étaient tâchés, déchirés par endroit. Il avait quelques hématomes. Le sang coulait encore le long de son épaule, d'une plaie sur le côté, mais ce n'était pas le pire… Une large coupure sous l'œil, où le sang coagulait, lui donnait l'air d'un tueur en série. Zoro savait qu'il n'était pas en bel état, mais le cuisinier en avait vu d'autres. Le jeune homme comprenait enfin pourquoi son rival ne s'était pas rendu chez Luffy, celui-ci serait devenu fou à le voir ainsi. Il croisa le regard de jade qui attendait sa réaction, avec un brin d'appréhension.
— Comment… t'ont-ils fait ça ? demanda le blond, se trouvant toujours dans l'embrasure de la porte.
— Ils étaient nombreux, ils avaient des barres de fer, l'un un couteau, celui derrière le bureau… Je ne l'ai pas remarqué à temps, expliqua le sabreur.
—… Ils sont toujours en vie ?
— Bien sûr, idiot ! Soupira le blessé.
Le cuisinier ne répondit pas au commentaire et s'écarta de l'ouverture.
— Je peux entrer ?demanda Zoro, incertain.
— Nan, je tiens la porte pour la horde de filles en chaleur derrière toi…
— J'me disais aussi.
Zoro entra et posa son sac près du canapé. L'appartement était petit, moins que le sien, où sa chambre faisait salon, entrée, salle à manger et bureau, mais il n'y avait tout de même qu'une seule chambre. Sanji se rendit directement dans la salle de bain et appela le bretteur. Ce dernier, étonné, le rejoint et grimaça lorsqu'il vit la bouteille d'alcool à 90 degré dans la main du cuisinier. Il tenta de se désister :
— C'est pas la peine. Vraiment
— Allez, fais pas ta chochotte, viens ! Enjoint Sanji en le retenant par le bras.
Il le fit assoir sur le rebord de la baignoire puis commença à humidifier un coton avec le liquide. Le bretteur releva les yeux vers lui, et tel un gamin, tenta une autre approche :
— T'as pas d'autres désinfectants ? Moins agressifs, par exemple.
— Et moins efficaces. On ne plaisante pas avec la santé. Ça sera vite fait, je commence par le moins douloureux, commenta Sanji en passant le coton sur la blessure de l'épaule.
Zoro sentit rapidement sa peau le bruler mais n'eut aucune réaction. Ce n'était pas pour cette plaie qu'il s'inquiétait : ça, il pouvait l'endurer sans problème. L'autre, en revanche… Sanji prit un nouveau coton et se rapprocha, prenant appui sur le dessus de l'épaule du bretteur.
— Ferme les yeux, lui ordonna-t-il.
Zoro obéit sans rechigner au ton autoritaire. Il tenait à sa vue. Sanji se concentra, il ne fallait pas qu'il touche l'œil. Lentement, trop lentement pour le blessé qui ne savait pas quand il allait souffrir, il approcha le coton pour le déposer délicatement sur la plaie. Il sentit le bretteur frémir et le vit grimacer. Sanji sourit. Il était rare que son ami montre des signes de douleurs et il était le spectateur privilégié de celle qui lui infligeait. Il essuya le sang qui coulait puis retira le coton.
— Tu ferais mieux d'attendre un peu avant de rouvrir les yeux. Ah et prend une douche, t'as vraiment pas fière allure. Je vais dans la cuisine, faut que je prépare un repas pour deux maintenant, tu me rejoindras quand tu seras prêt.
Encore un ordre. Le cuisinier semblait s'amuser à ce petit jeu, remarqua l'épéiste. Il n'avait pas tort. Sanji riait intérieurement en pensant qu'il avait bien d'autres désinfectants. Mais bon, puisqu'il acceptait d'accueillir ce foutu marimo, il pouvait bien le faire souffrir un peu. Il aurait pu le laisser à la porte, lui et ses airs suffisants. Il l'aurait peut-être fait, sans cette demande d'excuse, si fragile, si… réelle. Décidément, cette face de pelouse était surprenante, à bien des égards.
Le surnommé "face de pelouse" le rejoignit rapidement et s'assit sur une chaise pour le regarder cuisiner. Il apprécia la danse envoutante, les mouvements gracieux, les gestes précis et le sourire éclatant ; il aima que le blond ne lui prête guère attention, comme si sa présence ne le dérangeait pas, alors qu'il cuisinait pour lui ; et il sentit la chaleur monter lorsque Sanji huma et gouta ses plats avec délice, les yeux fermés et une expression de bien-être sur le visage. Zoro détourna le regard : il devait rester calme, il avait affirmer à son hôte qu'il n'était pas là pour le piéger.
Celui-ci, n'ayant pas remarqué la gêne de son compagnon, annonça que le repas était prêt et apporta deux assiettes. Ils mangèrent dans un silence inaccoutumé. Sanji lançait des coups d'œil vers sa montre. La soirée était encore jeune et il ne savait que faire de son invité. Il débarrassa les assiettes, toujours sans un mot, tandis que le bretteur protestait pour la forme : il était capable de se débrouiller tout seul. Il s'occupa donc du reste, faisant maladroitement tinter les verres entre eux, recevant un regard noir en échange.
— Un problème ? Le brava Zoro
Le blond ne répliqua pas, haussant simplement les épaules. A vrai dire, il était intimidé à mesure que le temps passait. Ne pas provoquer l'épéiste… qui savait comment il allait réagir, là, dans cet appartement, où ils ne se trouvaient rien que tout les deux ? Reprendre les choses où ils les avaient laissées serait tellement aisé. Sanji se sentait vulnérable. C'était une sensation qu'il n'avait pas éprouvée depuis longtemps, le bretteur semblait avoir la capacité de réveiller des émotions enfouies au fond de sa mémoire, voire qu'il n'avait jamais ressenties (comme celle d'apprécier une quelconque domination), et il n'aimait pas ça. Il commençait à regretter de l'avoir laisser entrer, mais quels autres choix avait-il ? Il était blessé, par sa faute. Et de toute façon, c'était chose faite, il était trop tard pour le virer. Il n'avait plus qu'à l'ignorer et espérer que Zoro serait assez reconnaissant pour se tenir correctement.
Sanji soupira et partit s'installer sur le fauteuil, devant la télé, à une distance respectable du canapé, et par conséquent, du sabreur. Celui-ci se posa sans rien dire. Il n'aimait pas l'atmosphère embarrassée qui s'installait entre eux et se savait responsable du caractère distant de son ami. Qu'est-ce qu'il n'aurait pas donné pour qu'une bagarre éclate, que les insultes fusent et que les coups soient échangés… comme avant. Puis ils auraient sorti une bouteille de bière et se serait moqué des programmes TV et de leurs intervenants. Il se savait coupable, coupable de l'avoir forcé, coupable de l'avoir trop poussé. Il avait été idiot, avec cette histoire de "chasse". Toutefois, insensible comme il l'était, il ne se rendait même pas compte de toute l'ampleur de sa connerie. Si un autre avait osé lui faire ça à lui, il l'aurait déjà tué.
Le cuisinier tomba sur une chaine de mannequinat et se mit à mater les filles presque dénudées. Zoro lui lança un regard expressif. Ok, ils étaient chez lui, mais il n'était pas obligé de lui infliger pareille torture. Sanji lui répondit par un sourire impertinent, et son compagnon changea immédiatement d'état d'esprit : pour un tel sourire, il voulait bien souffrir quelques épisodes… enfin, non, un c'était déjà assez. Si le blond venait se blottir contre lui, il pourrait peut-être faire plus d'efforts.
Cependant, le gourmet, grand seigneur, changea de chaine… pour en choisir une de cuisine. Grognement du sabreur, rire de son compagnon. Celui-ci se déridait enfin. Il regarda son invité. C'était Zoro, le Zoro d'avant, son ami. Qu'il cesse de s'inquiéter pour ce soir, l'autre semblait plus raisonnable. Les explications viendraient ensuite, sans doute. Il mit une chaîne de divertissement et sortit enfin la bouteille d'alcool. Ce fut au tour de Zoro de sourire. Cette soirée ne s'annonçait pas si mauvaise finalement.
xXx
Cette fois, la nuit était bien avancée. Le programme se terminant, Sanji regarda l'heure et déclara qu'il était peut-être temps de faire son lit. Le bretteur lui lança un regard étonné qui ne lui échappa pas :
— Quoi ?
— Rien, répliqua Zoro sur la défensive. Enfin, je pensais que je dormais ici, quoi.
—Sur ce canapé ? Qui ne fait même pas la moitié de ta longueur ? Enfin si ça t'amuse, j'te souhaite une bonne nuit.
— C'est bon, j'arrive, lança Zoro en se levant précipitamment alors que l'autre s'éloignait.
Sanji sourit puis lui montra le haut de l'armoire :
—Tu peux attraper le matelas, stp ?
Le bretteur s'approcha et s'exécuta en se moquant :
— Ben alors nabot, on est trop petit pour se débrouiller tout seul ?
— Non simplement, moi je supervise, et les brutes sans cervelles travaillent, comme ça tu dormiras vite, et sans ronfler j'espère.
— Je le pose où ? Souffla Zoro sous le poids du matelas.
— Là, lui répondit le cuisiner en lui indiquant un coin éloigné du lit, mais tout de même dans sa chambre. Y'a pas assez de place dans le salon.
Le bretteur récupéra ensuite les draps qu'il lui tendait, les dépliants gauchement dans tous les sens. Sanji soupira :
— Bon va te préparer, je m'en occupe… Putain, je me demande comment tu fais chez toi.
Le sabreur, trop heureux, partit sans demander son reste. Il revint en caleçon et T-shirt, sous le regard désapprobateur du blond. Zoro haussa les épaules : si Sanji n'avait pas été là, il n'aurait même pas pris la peine de mettre un T-shirt, il avait fait un compromis.
Le cuisinier partit se changer à son tour, dans la salle de bain. Alors qu'il s'apprêtait à enfiler son pyjama, évidemment impeccable, son œil fut attiré par une marque, presque invisible, au creux de son cou. Elle persistait, ne semblait vraiment pas vouloir s'effacer. Les souvenirs remontèrent. Etait-il fou ? Il allait passer une nuit avec l'homme qui lui avait imposé ce suçon et bien d'autres choses encore, et espérait tout de même qu'il ne récidive pas. N'était-il pas trop naïf ? Et pourtant, si Zoro avait voulu tenter quelque chose, il n'aurait pas eu la patience d'attendre tant de temps, si ? Certainement pas…
Un peu rassuré, Sanji s'habilla, quitta la salle de bain et retourna dans la chambre où, sans un mot, il se glissa dans son lit avant d'éteindre la lumière, les volets ayant été préalablement fermé.
— Bonne nuit, cook, lâcha Zoro pour le geste.
Surpris, son camarade répondit sur le même ton et ferma les yeux. Singulièrement, il sombra vite dans les bras de Morphée, ses inquiétudes s'étant dissipée, l'alcool aidant. Plus singulier encore, ce ne fut pas le cas de Zoro, apparemment pas assez fatigué par sa journée, pourtant lourde en émotions. Et il resta donc là, éveillé, les yeux tournés vers le plafond, écoutant la respiration de son ami se stabiliser.
Il aurait pu en être ainsi jusqu'à ce qu'il s'endorme, si seulement le cuisinier n'avait pas fait des rêves… disent particuliers. Rapidement, sa respiration fut perturbée et il commença à gémir, de plus en plus forts. Zoro, les sens en alerte, pria pour que ça s'arrête, se sentant durcir peu à peu. Mais il ne semblait pas en être ainsi dans l'esprit du blond. Le jeune homme soupira : la nuit allait être longue.
Voilà donc la fin de ce chapitre problématique. Je m'excuse auprès des personnes qui ont pu être gênées, et aussi par rapport au comportement de Sanji, très étrange, très amical avec Zoro malgré l'agression qu'il a subie. Je précise, parce que quand même, mesdames et messieurs, un mec comme Zoro dans la vraie vie, c'est pas un mec bien, oust, du balai x)
