Chapitre 4 : La variable d'ajustement
AN : Merci encore à ceux qui ont pris le temps de m'écrire ou de laisser une review.
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« Une entreprise. Ce mot revêt une pluralité de sens économiques, juridiques, sociaux, environnementaux, de connotations, positives, négatives, tranchées, tronquées, orientées, galvaudées… C'est un mot orienté qui peut servir pour tout et n'importe quoi, dire une chose et son contraire. Personnellement, avant, quand je parlais d'entreprise, je me détachais de toute explication politisée. Je préférais parler 'humain'.
Chaque définition que l'on recense s'accorde au moins sur un point : un projet. Je parlais davantage quant à moi de convergence de volontés dans un but commun. Il n'y a pas de définition communément admise pour ce terme. Des individus s'approchent, se regroupent, s'appréhendent, font des compromis et s'organisent de manière à atteindre un objectif. Un dessein commun, celui qui réunit. Ça c'est le discours d'un médecin qui n'a rien d'un administrateur. C'est le discours que nous avions tout, nous autres, les rescapés du crash, quand nous avons décidé de sauver le Seattle Grace. Nous voulions sauver le service rendu à la population, sauver une institution, sauver des emplois, et à terme, rendre notre hôpital innovant… comme pour rendre la pareille à la vie qui avait décidé de nous épargner. Nous étions bien candides… Nous nous en sommes aperçus quand nous avons monté le projet, et négocié. L'argent appelle l'argent, pas l'humain.
La réalité économique d'une entreprise nous a vite rattrapés. Nous avons investi tout l'argent que nous venions de recevoir. Nous n'en avons pas gardé un cent. Millionnaires sans l'être… Puis le Conseil, s'est vu confronté à la nécessité d'afficher et de réaliser des objectifs à court, moyen, et long terme. Là, il devient évident qu'on ne peut se contenter de ce qu'on a si l'on veut faire mieux. Il faut prendre des décisions, des risques, définir des stratégies : investir pour l'avenir. Cela s'apprend, très vite même lorsqu'une fondation comme celle d'Avery-Harper est un actionnaire majoritaire. On découvre un nouveau monde, on apprend à maîtriser un nouveau vocabulaire. Le plus connu de ces mots est la variable économique. La variable est un facteur économique venant la plupart du temps de l'extérieur. La variable est un système, un évènement, un agent, auquel est confronté quotidiennement l'entreprise, et avec lequel elle doit composer.
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Un mois après
Depuis un mois Arizona apprenait à partager son quotidien avec un homme. Cela lui avait demandé un grand effort d'imagination, beaucoup de concessions, et surtout d'organisation. Leur relation devait être construite sur un pied d'égalité. Il n'y avait pas de résident et pas de titulaire, pas d'administrateur en chef et pas de membre du Conseil d'Administration. C'était dur de laisser chaque jour le travail à la porte de l'appartement pour rejoindre une relation bancale... Aucun ne l'aurait avoué, même sous la torture, mais l'acclimatation était difficile. Elle avait presque explosé lorsque la mère de Jackson apprit leur arrangement et décida de meubler les lieux pour qu'ils aient assez de classe pour un Directeur d'hôpital. Le jeune chirurgien vit rouge et fit tout livrer chez sa mère. De fait Webber fut au courant. Il jura de n'en rien dire, même si Catherine manigança pendant une semaine pour faire cesser ce rapprochement. Jackson la menaça, s'opposa frontalement à elle pour protéger la réputation d'Arizona qu'elle commençait à amener sur le sujet.
Leur amitié était à ce prix, il était prêt à le payer. Pour l'instant, cette amitié leur était si précieuse à tous les deux que personne d'autre à l'hôpital ne savait qu'ils partageaient ce logement. Ils préféraient garder ça pour eux. Jackson en avait profité pour mettre un terme à sa relation avec Stephanie et profitait de ses discussions, le soir, avec Arizona, pour réfléchir à son avenir et à April.
Le soir était l'un de leurs moments préférés. Ils se laissaient tomber dans le vieux Chesterfield qui avait accueillit leur premier sommeil de beuverie. Son cuir était élimé, décoloré par le soleil, mais il avait ce moelleux incomparable pour pousser à la confidence. La règle était que chacun choisissait le thème de conversation de l'autre pour la soirée. La première fois, Jackson avait demandé à ce qu'Arizona lui parle de sa situation financière qu'elle lui avait annoncé catastrophique. Arizona quant à elle voulait savoir pourquoi Kepner avait l'air si triste alors qu'elle devait se marier à son ambulancier, se doutant que Jackson avait certainement joué un rôle là-dedans.
Ils étaient allongés, chacun posant sa tête sur un accoudoir du canapé, positionnant son corps confortablement contre celui de l'autre. Ils étaient bien dans cette ambiance cosy sublimée par un grand feu de cheminée. Arizona prit la parole en premier.
_ Les quinze millions, je n'en ai pas vu la couleur puisque nous les avons immédiatement réinvestis.
_ Mais tu n'étais quand même pas sans rien avant.
_ C'est compliqué. Nous avons dû payer beaucoup pour les soins et le suivi médical de Callie après notre accident de voiture. Et comme j'ai été reconnue responsable par l'assurance… Les médecins ne sont pas toujours les mieux lotis en matière d'assurance médicale. Nous avons eu du mal à redresser la barre même si Mark nous avait aidées à l'époque.
_ Tu n'avais pas d'économies de côté ?
_ Après le crash, Callie a reçu l'appartement de Mark à gérer en héritage. Il y a eu bien sur des frais relatifs à la succession et elle a tardé à le mettre en vente. Nous n'avons jamais pu ouvrir de compte-joint avec Callie puisque notre mariage n'était pas reconnu juridiquement. Nous avons donc décidé de revoir les dépenses de note ménage en fonction de notre nouvelle situation. Pour soulager Callie j'avais décidé de prendre à ma charge le loyer de l'appartement à moi seule. Notre grand, bel et vaste appartement dans un coin branché de Seattle engloutissait à lui seul il la moitié de mon salaire. Les dépenses courantes et les deux mauvais crédits que j'avais déjà sur le dos ont fait le reste. Mon compte se retrouvait à sec chaque mois.
_ Et Callie, elle payait quoi ?
_ Tout ce qui était relatif à Sofia, sa part des impôts, un part des dépenses courantes aussi. Cette répartition nous allait bien, on était heureuses comme ça.
_ Il n'y avait aucune sécurité pour toi avec cet arrangement.
_ Il n'y avait aucune raison que les choses tournent mal Jackson. C'est moi qui ai tout foutu en l'air.
_ Chhhh, ne dis pas ça.
_ C'est la vérité, et tu le sais. Depuis, Callie a vendu l'appartement de Mark, elle a gardé la voiture puisque je n'ai pas reconduit depuis l'accident… Ses parents l'aident pour Sofia. Bref, elle se débrouille plutôt bien. Quant à moi, je survis pour l'instant. Nous ne percevons aucune indemnité supplémentaire en tant qu'administrateur et il faudra attendre l'année prochaine pour voir si nous percevrons des dividendes sur résultats…
_ Dans ce cas pourquoi avoir pris cet appart' aussi cher ?
_ Parce que j'avais besoin d'un appartement près de l'hôpital pour que je n'ai quasiment aucun trajet à faire. Parce qu'il me fallait un ascenseur, et au moins deux chambres… J'imaginais que Sofia viendrait de temps en temps chez moi… et puis je me suis dit que je trouverais bien un colocataire, d'où la troisième chambre. En fait, je ne pensais pas rester autant de temps ici.
_ Mais avec ce qui s'est passé, tu n'as même pas cherché un coloc'. Même là t'as foiré Robbins ! dit-il malicieusement. Heureusement que Jackson est arrivé !
_ Ça ne m'étonne pas que tu te sois dirigé vers la chirurgie plastique. Tu as tout à fait l'ego pour ça. Souffla-t-elle en souriant.
_ Mark Sloan était mon maître…
_ Et un maître de l'ego ! s'exclama-t-elle en riant de bon cœur. Avec Mark Sloan tu as aussi le côté bourreau des cœurs en commun… Beau gosse !
Jackson se redressa et pivota pour venir prendra la pédiatre dans ses bras. Couché contre elle il commença à lui raconter ce qui s'était passé avec April depuis l'année dernière.
_ Mais vous avez été ensemble si longtemps ?
_ Oui… En fait tout a commencé entre nous pendant qu'on passait les examens. Et tout s'est arrêté quand elle a cru qu'elle était enceinte…
Il lui raconta l'étrange relation qu'entretenait cette dernière avec Dieu, l'importance des messages qu'elle croyait recevoir de lui, ce côté bizarre qui la rendait si spéciale. Jackson en était encore amoureux, mais il souffrait de la manière dont les choses s'étaient terminées entre eux. Stephanie n'avait été qu'un divertissement sexuel, pas plus.
_ Après l'explosion du bus, April a débarqué dans ma chambre.
_ Et ?
_ Elle a dit que c'était moi qu'elle voulait. Je lui ai dit qu'elle allait se marier.
_ Et ?
_ Elle m'a dit « sauf si tu me donnes une raison de tout arrêter ».
_ Et ?
_ Stephany est arrivée.
_ Et depuis ?
_ Et depuis, rien. Je ne lui ai pas vraiment parlé depuis. Elle va se marier un point c'est tout.
Arizona se tourna pour lui faire face et cacha son visage dans son cou.
_ On est deux paumés Jackson… finit-elle de dire avant de s'endormir dans ses bras.
_ Mais on s'en sortira. lui répondit-il.
Les jours qui suivirent, Jackson se trouva face à un dilemme. Il voulait à tout prix aider Arizona. Il voulait l'aider sous différentes formes, sur les plans physique et pécuniaire notamment. En cela, sa position de leader et la manière dont il l'avait investie était un véritable frein. Il se voulait juste et équitable. Il ne pouvait décemment pas favoriser un employé de l'hôpital plus qu'un autre. Cette barrière qu'il s'était lui-même imposée lui paraissait aussi digne qu'insupportable. Alors il se contenta de veiller sur elle. Il l'observa. Il remarqua qu'elle avait changé la sonnerie de son réveil pour mettre Rhapsody in blue de Gershwin. Depuis qu'elle était officiellement autorisée à aller et venir selon son gré à la garderie de jour, sa bonne humeur légendaire revenait et s'insinuait chaque jour un peu plus dans sa personnalité. Elle était moins sombre, toujours aussi fluctuante mais moins triste : tout aussi imprévisible. Sa fille lui rendait un amour puissant, faisant battre son cœur en instrument soliste d'un thème repris inexorablement mais joué tantôt piano, tantôt crescendo, allegro, appasionato, meno vivo, où la fantaisie trouvait de plus en plus de place pour s'exprimer, et que le contexte quotidien accompagnait et arrangeait en différentes orchestrations. Arizona commençait à retrouver un équilibre et ne s'en rendait pas compte.
La fondation Avery pressa le Conseil d'améliorer le rendement de l'Hôpital Grey-Sloan Memorial. Un reproche formel était donc adressé en sous-entendu au jeune chirurgien. Le tout avait été formulé de manière très délicate par mail. On reprochait de manière trop explicite au Conseil d'avoir beaucoup investi en matière technologique sans que l'équipe médical ne s'étoffe de quelques chirurgiens de renoms censés faire venir les patients. Jackson avait transmis le mail à l'ensemble des administrateurs. Une semaine plus tard, après avoir fait une étude sur la masse salariale disponible pour accueillir de nouveaux membres dans l'équipe, et aussi étudié quelles personnes avaient de rendement trop bas pour être conservées, le Conseil se réunit pour adopter une sorte de plan social déguisé. La médecine n'échappe pas aux règles du marché…
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Deux fois par semaine Arizona allait voir le docteur Durant. Pendant les deux premières séances, elle ne représenta qu'une voix pour Arizona. Elle laissa parler la pédiatre si elle en avait envie, de ce dont elle avait envie, se contentant de courtes réponses pour orienter le discours de sa patiente. Arizona s'en trouva déstabilisée. Elle ne savait pas de quoi parler, entama plusieurs sujets sans vraiment les relier. Elle n'osa pas directement parler de l'avion et commença par son histoire avec Callie, sans véritablement savoir si c'était ce que le docteur Durant attendait.
Dès la troisième séance, la thérapeute se transforma. Dès qu'Arizona s'installa sur son sofa, elle prit la parole, initiant une nouvelle phase de la thérapie, plus agressive.
_ Pourquoi venez-vous ici Arizona ?
_ Pour…
Elle réfléchit.
_ Pour vous parler.
_ Me parler Arizona ?
A nouveau elle prit le temps avant de répondre.
_ Du fait que j'ai trompé ma femme.
_ Vous venez donc d'admettre que votre principal problème aujourd'hui est donc votre séparation avec votre femme.
_ Sans doute.
_ Et le crash ?
_ Le crash aujourd'hui est secondaire.
_ Pensez-vous que sans lui vous auriez trompé votre femme ?
_ Non. Enfin, je ne sais pas. Peut-être.
_ Est-ce que le crash a participé à votre acte ?
_ Je ne sais pas. Je ne sais pas ! hurla-t-elle comme un oiseau pris au piège.
_ Comment Callie est-elle reliée au crash ?
_ Elle n'est pas reliée au crash ! Elle ne l'a jamais été ! Elle ne l'a pas vécu !
_ Je sais ce que vous lui avez dit. Et vous semblez reprocher à votre femme le fait de ne pas avoir été présente. Dites-moi vraiment ce que vous en pensez vraiment. Dites-moi votre vérité.
Arizona était bousculée, prise au piège des question de la psychologue. Elle se sentait forcée, poussée dans les derniers retranchements de sa défense, mais surtout, confrontée au discours qu'elle tenait depuis tant de temps. Elle était en colère. Prise d'un de ces excès habituels, elle se leva du sofa et fit le tour de la pièce sans un coup d'œil le docteur Durant, et se mit à regarder par la fenêtre. Elle regardait la réalité en face : elle savait qu'elle ne pouvait pas mentir à cette femme. Elle ne l'avait jamais fait à personne jusqu'à présent concernant sa vie, elle n'était pas ce genre de personne. Mais il était toujours plus facile de mentir à un inconnu. Là, elle ne pouvait pas. Il s'était peu à peu créé une connivence avec cette femme, c'était une alliée pour avancer. Si elle lui mentait elle se mentait à elle-même. Après une longue inspiration elle se décida à parler.
_ Callie est une victime, une victime collatérale.
_ Expliquez.
_ J'aurais pu reprendre le dessus, j'aurais pu redevenir moi… mais si j'avais été complète. L'amputation me raccroche définitivement au crash, elle me force à vivre sans arrêt avec. Et la décision c'est elle qui l'a prise. C'est comme si c'était elle qui m'avait renvoyée là-bas et qu'elle m'avait demandé d'avancer après. Elle faisait tout. Elle était pressée d'avancer, de faire comme si rien ne s'était passé. Elle avait réparé la main de Derek. Elle gère l'héritage de Sofia… Et cette obstination qu'elle avait à nous forcer à fêter la décision de justice… C'était horrible. Elle ne s'en rendait pas compte. Aller au restaurant ! Mais pourquoi faire ? cria-t-elle devant la fenêtre. Pour m'enterrer ?
Elle s'arrêta, interdite. La rage ne l'avait pas quittée et l'effrayait toujours autant.
_ C'est horrible. Je suis horrible, souffla-t-elle. En fait… c'est comme si je la rendais responsable… de tout… Et elle ne méritait pas ça.
_ Sans elle, vous seriez morte.
_ Elle m'a sauvé la vie. Mais je ne sais pas si ça en valait la peine. Morte au moins, personne n'aurait cherché à faire revenir l'ancienne Arizona. Elle serait morte et enterrée et tout le monde en aurait gardé un bon souvenir.
_ Si vous aviez gardé votre jambe, est-ce que vous l'auriez trompée ?
_ Je ne sais pas. Plus j'y pense, plus j'y pense, moins je ne peux m'empêcher de penser que j'ai fait ça pour la punir… D'un autre côté, Lauren est arrivée et m'a regardée comme je suis. Elle ne me connaissait pas avant. C'était grisant de se faire poursuivre avec insistance, de savoir que je pouvais encore plaire malgré tout.
_ Est-ce que vous ne l'auriez pas simplement trompée pour lui dire que l'ancienne Arizona était effectivement restée dans les bois ? Réfléchissez à cela pour la prochaine fois.
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La réunion débuta dans l'indifférence absolue. Epuisés par leur journée de travail, les membres du Conseil n'avaient qu'une idée en tête, profondément unanime : rentrer chez eux gagner un repos salvateur. Aucun d'entre eux n'était insensible au sort réservé aux deux personnes qui allaient être débarquées.
_ La fondation a donc accepté notre idée de recrutement immédiat de deux nouveaux Résidents : un Chef du service de chirurgie esthétique et un Résident en Medecine Génerale. Déclara Jackson sans préambule.
_ C'est une excellente nouvelle, continua Derek. Nous n'avons plus qu'à ouvrir les procédures de recrutement.
_ Ce n'est malheureusement pas aussi simple. La Fondation souhaite personnellement soumettre quatre noms, deux pour chaque poste. Nous devrons choisir entre ces deux propositions.
_ Quoi ? s'exclama Callie. Et qu'en est-il du beau discours « nous resterons en retrait, vous dirigerez ? » répliqua Callie.
_ Pour moi, le simple fait qu'ils fassent une présélection ne peut être que bénéfique. Au moins nous perdrons moins de temps en futilités administratives.
_ Mais Christina, si nous cédons comme ça notre autorité au bout de quelques mois, qu'en sera-t-il dans un an ? la sermona Meredith.
_ Jackson, est-ce que légalement ils ont le droit de faire ça ? demanda Arizona.
_ Malheureusement oui, j'ai vérifié dans les statuts.
_ La question ne se pose pas alors. Quand est-ce que nous aurons les noms Avery ? voulut savoir Christina qui s'impatientait.
_ Demain.
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Le lendemain
Dans les vestiaires, Arizona se changeait pour débuter sa garde. Sur le chemin elle s'était arrêtée pour acheter des doghnuts, chez Dunkin Donuts pour être plus précis. Dans la vitrine étaient exposés les préférés de Callie : ceux avec un glaçage rose, aromatisé à la framboise, tout comme la confiture qui le fourrait. Elle n'avait pas résisté. Juste avant de passer sa blouse blanche elle avait déposé une poche avec un de ces beignets dans le casier de Callie… Juste comme ça, pour le plaisir. Se faire plaisir ou lui faire plaisir ?
Les deux chirurgiennes se retrouvèrent autour du jeune Cedric Woods. C'est le jour où Callie devait lui enlever le plâtre de sa jambe gauche. Kepner les rejoignit bientôt de sorte à ce que les trois chirurgiennes qui l'avaient opéré puissent voir le chemin de guérison parcouru depuis un mois par le jeune garçon. Ses parents se tenaient juste à côté de lui, sa mère lui tenait la main.
La fièvre qui l'avait habité un mois plus tôt était partie, mais elle avait mis du temps. Les antibiotiques avaient mis du temps à disparaître. Le problème était considéré comme réglé.
_ Alors champion, prêt pour le grand jour ? demanda Callie en souriant.
_ Il me tarde ! Dans combien je marcherai ?
_ Il va te falloir beaucoup de patience mon grand. Tes os viennent à peine de se remettre. Ils sont solides, mais ce n'est pas le peu de kiné que tu as fait depuis un mois qui aura entretenu ta masse musculaire Ce sera long et dur.
Arizona regarda faire Callie. Elle avait énormément progressé dans sa communication avec les enfants. La maternité y était sans doute pour quelque chose. Lorsque la scie fit son ouvrage, la famille Woods était aux anges. Bientôt ils pourraient rentrer, bientôt ils reprendraient une vie de famille normale. Arizona les enviaient. Cette simplicité et cette banalité lui manquaient. La vie de famille lui manquait. Callie lui manquait. Sofia lui manquait toujours même si elle la voyait.
_ Arizona.
La voix de Callie la tira de ses songes.
_ Arizona viens voir, Kepner, toi aussi.
_ Qu'est-ce qui se passe docteur ? demanda la mère de Cedric inquiète.
_ Pour l'instant, je ne peux pas vous dire.
La peau du talon de Cedric était noirâtre. La surface couverte n'était pas grande, pas plus de deux centimètres carrés. Son pied était froid. Il n'y avait pas mille diagnostics possibles.
_ Cedric est-ce que tu sens quelque chose quand je fais ça ?
Arizona passa la pointe d'un crayon sous son pied qui ne bougea pas. Sa mère voulut relativiser, en disant qu'on venait juste d'enlever le plâtre, que c'était sans doute normal qu'il n'ait pas toutes ses sensations. Le garçon lui fit signe que non de la tête. Ses yeux s'embuaient. Il sentait seulement que quelque chose n'était pas normal.
_ Il y a une plaie. Kepner, je ne me souviens pas avoir vu de plaie quand j'ai posé le plâtre. Tu te souviens de quelque chose ?
_ Non, désolée, je m'occupais de l'autre fracture.
_ Ok. Cedric, je pense que tu as développé une forme de gangrène, ça signifie que les tissus autour de ta plaie sont en train de mourir. On va te mettre directement sous antibiotiques dès qu'on aura réalisé quelques analyses de ton sang pour savoir lequel sera le plus adapté. Ils aideront à ralentir l'infection. Ensuite, nous retirerons les tissus nécrosés.
Les parents retenaient leur souffle. Le mot de gangrène évoque des images alarmantes et des suites souvent douloureuses. Pendant que Callie procédait à la prise de sang nécessaire, le jeune Cedric s'était mis à pleurer. Arizona se rapprocha de la famille et leur parla comme elle avait l'habitude de le faire.
_ Je sais que vous avez peur. C'est tout à fait normal. Toi aussi Cedric, tu as le droit d'avoir peur. Mais c'est une bonne chose que nous nous soyons aperçu de la chose si tôt. Le temps est très important dans ce genre d'infection. C'est un allié précieux. Je ne vous cache pas que cela peut être grave. Mais nous avons de bonnes chances circonscrire la gangrène rapidement si c'en est une. Les résultats du labo reviendront dans une heure environ.
_ Vous serez là docteur Robbins ? demanda le petit garçon.
_ Non mon grand. C'est le docteur Torrez qui sera là.
Lorsque les médecins quittèrent la chambre de Cedric, Callie posa une main sur le bras d'Arizona.
_ Je sais que c'est toi pour le beignet…
_ Je suis passée devant et j'en ai eu envie. C'était juste comme ça… se pressa de répondre la blonde qui attendait déjà une verte remontrance.
_ C'est… gentil. Merci.
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La salle du Conseil était silencieuse. Les administrateurs attendaient qu'Avery annonce les quatre noms attendus. La plupart était soulagée de ne pas avoir à ouvrir une procédure classique de recrutement et c'était rendue à l'évidence énoncée par Yang : ils seraient ainsi déchargés d'une corvée de deux semaines au moins de travail administratif et pourraient se concentrer sur leur vrai métier, celui pour lequel ils avaient étudié.
Le visage de Jackson affichait pourtant une expression inhabituelle qui inquiéta Arizona. C'était elle qui le connaissait le mieux à présent. Et elle sentait qu'il était embarrassé.
_ J'ai reçu le mail de la fondation.
_ Alors, quels sont les noms ronflants choisis par ta mère ? demanda Yang impatiente.
_ Ruby Zeligman et Jeremiah Smith pour la Médecine Générale.
_ Zeligman ! s'exclama Meredith. Ce type est très reconnu. L'hôpital pourra payer son salaire sans faire de lui un Chef de Service ?
_ La Fondation est prête à faire l'effort. Répondit le jeune adminsitrateur.
_ Et pour la Chirurgie Esthétique ? l'interrogea Derek.
_ La fondation souhaite renommer le service Chirurgie de Reconstruction. Les deux noms proposés sont Zacharias Taliure et… Lauren Boswell…
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« La variable est un piège. Tout comme la notion d'entreprise il n'existe pas de définition faisant autorité en matière de variable économique. Il n'en existe pas une mais une diversité remise en cause selon le théoricien. Chaque variable a son dessein et modifie la géométrie de l'économie regardée, influe sur les objectifs et décisions à prendre.
Alors il faut donner une valeur ajoutée au produit de notre économie pour le rendre attirant et plus compétitif.
Toute entreprise a besoin de valeur ajoutée. Elle peut être technologique ou humaine. Quand elle est apportée par une personne et non par une innovation technique, il faut s'assurer que son intégration ait des retombées positives supérieures aux effets secondaires éventuels. En général ceux-ci sont connus, évalués, mesurés, attendus. Normalement. Quand bien même on connaît ces effets on les accepte. Parce qu'on n'a pas le choix si on veut atteindre ses objectifs, parce qu'on en minorité sur un vote, parce que c'est l'entreprise qui décide. Alors on fait le dos rond. On attend. On attend que ça passe. En espérant, toujours et encore, que les dommages collatéraux en résultant ne soient pas pires que ce que l'on pensait.
C'est à ce moment là qu'on retombe de manière inattendue sur la variable, parce que l'économie est sans pitié. Les effets secondaires inhérents à la valeur ajoutée sont pudiquement appelés 'la variable d'ajustement' parce que malgré tous les calculs qu'on peut effectuer, il y a toujours une part inconnue quant à ses effets.
