Chapitre 4 : Sous la neige
« Lynn! Lyyyynn! »
James avait eu la chance de se glisser hors de l'avalanche rapidement. Malheureusement, il avait alors perdu Lynn des yeux, et ne la retrouvait désormais plus. Avec un petit soulagement, il repéra son sac à dos à moitié enfoui sous la neige. Non loin de là se trouvait également celui de la jeune fille. Sentant qu'il était sur la bonne voie, James se mit à courir comme il le pouvait, encombré par les sacs. Mais ceux-ci étaient très lourds: avant de partir skier, tous deux avaient secrètement jeté un sort d'allègement à leurs affaires, ce qui avait d'ailleurs rendu perplexe Lily. Et maintenant, l'enchantement s'était brisé, et lui ignorait la formule. C'était Lynn qui la connaissait, et pour le moment, elle était introuvable.
« Putain de bordel de merde! » jura-t-il, découragé, en s'affalant à genoux. Les doigts engourdis par le froid, il ouvrit lentement son sac, fouilla dedans, et en sortit sa baguette, qu'il déposa à plat sur la paume de sa main.
« Via Lynn. »
Une petite agglomération de poussières dorées et argentées se forma à l'extrémité de la baguette, et s'étira rapidement à la hauteur des yeux de James, formant un chemin jusqu'à un amoncellement de neige plus important que les autres, une centaine de mètres plus haut.
Le jeune homme courut fébrilement jusqu'au monticule, et dégagea la neige à mains nues. Peu à peu, il vit apparaître des cheveux blonds mouillés, une combinaison, des gants en laine, des chaussures de ski. James se rendit compte que Lynn était face contre terre, ce qui était assez dangereux. Tandis qu'il la dégageait de là, des paroles lancées en l'air par Lily alors qu'ils étaient dans le train résonnaient dans sa tête.
« Pendant 19 minutes, tes chances de survies sous la neige sont de 91 … »
James vit enfin le visage de Lynn, mais son expression changea du tout au tout quand il s'aperçut de la pâleur de la peau, des lèvres violacées, des paupières fermées, de leur contact glacial.
« Au-delà de 19 minutes, tes chances se restreignent à 36 … »
Après s'être débarrassé des deux sacs, il entama la respiration artificielle, technique qu'il avait également apprise peu de temps auparavant grâce à sa petite amie. Après vingt secondes, il frotta le visage glacé entre ses mains, lançant des paroles d'encouragement qu'il ne savait destinées à lui-même ou à la jeune fille.
« Allez … Me fais pas ça … Contrôle-toi … Tout va bien, ça va s'arranger … S'il te plaît … Allez … »
Sentant le découragement le gagner, James se servit d'un autre enchantement, qui fit naître un courant d'air chaud. Il passa la baguette de long en large sur les parcelles de peau non couvertes de son amie, refaisant régulièrement une respiration artificielle, et vit peu à peu sa poitrine se soulever et se rabaisser.
« Lynn … Tu m'entends? »
La jeune fille ouvrit lentement les yeux en papillonnant des paupières, gênée par la lumière agressive du soleil de 15 heures. Elle adressa un sourire hésitant à James, puis se mit à tousser.
« T'étais passé où? »
Entendant ses paroles, James sourit à son tour, et répondit sur le même ton; faussement accusateur pour cacher sa joie.
« Quelle idée tu as, aussi, de mettre une combinaison de ski blanche. »
Lynn eut un petit rire, interrompu par une autre crise de toux. Apparemment frigorifiée, elle tenta de se lever, et serait retombée aussitôt si James ne l'avait pas retenue de justesse. Ils se regardèrent et éclatèrent de rire, plus par soulagement que par amusement. James la serra dans ses bras, l'embrassa sur la joue gauche, sur la joue droite, et, après une seconde d'hésitation, sur la bouche. Lynn ne sembla pas s'en formaliser, mais lui tourna ostensiblement le dos dans le but de reprendre ses affaires.
James, embarrassé, se racla la gorge.
« Hum … Euh, c'est quoi le sort pour … alléger les sacs? »
Le visage impassible, Lynn sortit sa baguette et la pointa successivement sur son sac, puis sur celui de James.
« Levis.»
Les deux compagnons de fortune marchèrent pendant près de 4 heures, sans voir une seule fois âme qui vive. Quand la nuit commença à tomber, ils sortirent tous deux leurs baguettes et jetèrent chacun un Lumos. Enfin, vers 20h00 …
« James! Regarde! »
Le jeune homme se retourna et observa ce que Lynn lui désignait du doigt. En regardant bien, il distingua, 500 mètres plus loin, un chalet encadré par des sapins. Tout d'un coup excité, James rejoignit la jeune fille.
« C'est un refuge, tu crois?
-Qu'est-ce que ça pourrait être d'autre? » s'exclama Lynn en se mettant à courir, moitié riante.
A l'aide d'un Alohomora et d'un grand coup de pied, elle ouvrit la porte, regarda quelques secondes et fit la remarque:
« Personne. »
Au pied des pistes …
Lily était au bord des larmes, mi-terriblement angoissée, mi-terriblement énervée. Elle criait depuis ¼ d'heure après le chef des secouristes.
« Et comment ça se fait qu'aucun de vos secouristes ne soit revenu, depuis le temps? Tous les skieurs sont redescendus, sauf mes amis, et ça fera bientôt 5 heures que l'avalanche est passée!
-Mademoiselle, vos amis devaient être en hors-piste …
-Et alors? Qu'est-ce que ça change? Vous ne les sauvez pas, pour les punir et leur apprendre à rester sur les pistes délimitées?
-Non, nous …
-Ou vos secouristes sont trop trouillards et préfèrent rester sur les pistes bleues?
-Mademoiselle, nous faisons ce qui est en notre pouvoir, croyez-moi.
-Alors trouvez-les! »
Remus attrapa Lily par les épaules et la força à s'asseoir sur une chaise.
« Calme-toi. Ils font ce qu'ils peuvent.
-Mon cul!
-Après tout, » ajouta-t-il avec une légère hésitation dans la voix, « James et Lynn n'auraient peut-être pas dû …
-Pas dû quoi ? » interrogea Lily, le regard noir.
« Et bien … Aller en hors-piste … »
Lily se releva aussitôt, furieuse.
« Mais donne leur raison, pendant que tu y es! Donne raison à ces enc …
-Lily, je ne leur donne pas raison, je trouve juste que c'était … imprudent d'aller en hors-piste, c'est tout. »
La jeune femme se rassit, boudeuse, et croisa les bras rageusement. Remus, découragé, s'assit également et se mit à contempler ses mains. Sirius était plongé dans ses pensées depuis l'annonce de l'avalanche. Peter, quant à lui, regardait anxieusement le sommet de la montagne, s'exclamant régulièrement:
« C'est eux, je les vois ! »
Ce qui faisait sursauter les autres à chaque fois, qui cherchaient alors des yeux les hypothétiques Lynn et James, pleins d'espérance, jusqu'à ce que Peter reprenne timidement:
« Euh non, désolé, je me suis trompé. »
Alors ils se replongeaient dans un silence qui en disait plus long que toutes les plaidoiries, jusqu'à la prochaine exclamation.
Plus haut, beaucoup plus haut …
Lynn et James avaient visité le refuge, qui était assez sommaire mais relativement très confortable quand on comparait à la neige qui s'offrait à eux au-dehors. Le chalet se composait d'une seule grande pièce. Il y avait un canapé, une cheminée, quelques ustensiles de cuisine, une table et trois chaises. Une lampe à pétrole était posée sur la cheminée.James avait découvert des couvertures dans un coin, et les avait installées comme il le pouvait, complétant avec ce qu'ils avaient emportés dans leurs sacs. Lynn, pendant ce temps, avait allumé un feu, et sortit la nourriture dont ils disposaient.
« Bon, » interrogea James, « quel est le festin que tu nous as préparé?
-Nous avons un grand paquet de chips, un saucisson, quelques tranches de pain, deux bouteilles d'eau, et trois pommes.
-Hmmm, je m'en lèche d'avance les babines! Eh, mais j'y pense … Attends une seconde … »
Pendant que le jeune homme farfouillait dans son sac, Lynn regardait la nourriture qu'elle avait disposée devant la cheminée, les sourcils froncés.
« Tadaaam! »
James exhibait fièrement deux grands paquets. Il s'assit à côté de Lynn, et déposa sa trouvaille devant elle tout en expliquant:
« Je me suis souvenu que j'avais emporté des bonbons. Il y a un paquet de Fizwizbiz, et un de marshmallows.
-De quoi?
-De marsh-ma-llows. Tu ne connais pas? »
Il ouvrit le paquet et sortit en sortit un marshmallow. Lynn sembla comprendre.
« Aaaah … Des chamallows, tu veux dire!
-Non, c'est des marshmallows.
-Des chamallows.
-Marshmallows!
-Bon, tu m'en passes un?
-Seulement si tu admets que ce sont des marshmallows!
-Bon, comment le paquet dit que ça s'appelle?
-Hmmm … « Délicieux cubes de guimauve fondante aux goûts divers ».
-Bon, alors tu me passes un succulent …
-Délicieux!
-Tu me passes un délicieux cube de guimauve fondante au goût divers que tu veux?
-Tiens, régale-toi.
-Merci de me donner un chamallow. »
James s'apprêtait à répliquer, quand il aperçut le sourire enfantin et gourmand de Lynn, ce qui le fit éclater de rire. A vrai dire, rien n'était réellement hilarant, mais la tension, l'angoisse et la peur qui pesaient autour d'eux étaient plus faciles à évacuer en riant pour des choses futiles qu'en se disant des paroles faussement rassurantes.Lynn, qui s'était mise à rire doucement, lança d'un ton sérieux quand James se fut calmé:
« James … Qu'est-ce qu'on fait, pour la nourriture?
-On la mange.
-Mais tu crois qu'on doit la manger entièrement, ou on doit en garder la moitié au cas où ... »
Le visage de James devint grave en une fraction de seconde. Il prit Lynn par les épaules, et la secoua légèrement.
« Lynn, écoute-moi. On va manger tout ce qu'on veut, ensuite on va dormir ici, et demain matin, on va retourner à la station, même si on doit y passer toute la journée.
-D'accord. « répondit-elle d'une petite voix, en fixant le feu.
« Tu me crois? On va y arriver, il n'y a aucune raison pour qu'on ne retrouve pas la station.
-C'est vrai …
-Et puis on a nos baguettes, on peut utiliser la magie, maintenant.
-Pas vraiment, on a juste rompu le pari.
-Oui, enfin pas juste par caprice, c'est une situation d'urgence, là.»
Pour rassurer la jeune fille, James la serra dans ses bras. Se rappelant soudainement de quelque chose, il se sépara d'elle. Lynn lui lança un regard étonné, et comprit aussitôt.
« Euh … Bon, on mange?
-Hein? Ah, oui, bien sûr. »
Se félicitant intérieurement d'avoir changé de sujet, elle trouva un couteau et se mit à découper les tranches de pain.
Au bas des pistes, le groupe se décidait lentement à rentrer. Il était près de 21 heures, et il faisait beaucoup trop sombre pour songer à rester.
22 heures
Lynn et James avaient quasiment mangé toutes leurs provisions, et venaient de se coucher. James avait insisté pour que la jeune fille dorme sur le canapé, tandis qu'il se contentait du grand tapis posé à côté. Ils utilisaient leurs combinaisons comme oreillers, n'en ayant pas trouvés dans le refuge.
Malgré la fatigue qui les accablait, ni l'un ni l'autre ne dormaient. Cependant, ils ne parlaient pas, fixant tous les deux le plafond en silence.
Tout à coup, la voix de James s'éleva. Il n'avait pas besoin de parler haut, chuchoter suffisant à se faire entendre.
« Lynn …
-Hmm?
-Tu dors?
-Bien sûr, je suis plongée dans un profond sommeil, là.
-Remus m'a raconté votre discussion dans le train …-Il pouvait pas se la fermer?
-C'est moi qui lui ai demandé de me raconter.
-Bon, OK, et en quoi ça te regarde?
-Eh bien, sachant que Sirius et Lynn sortent ensemble, que Sirius est mon meilleur ami, que Lynn est ma meilleure amie, et que je passe la plus grande partie de mes journées avec eux, j'estime que leurs problèmes de couple me concernent un tout petit peu.
-Ah oui, en effet oui, ça te concerne, d'autant plus qu'il n'y a pas de problèmes.
-Oh, je crois que si. Je ne vais pas te refaire tout le pitch de Remus, car nous le connaissons tous les deux, mais je vais redire l'essentiel: vous n'êtes plus comme avant.
-Bon, et alors? Si vous avez un jour des problèmes, avec Lily, je ne vais pas pour autant me mêler de ce qui ne me regarde pas.
-Eh bien si un jour j'ai des problèmes avec Lily, ce qui n'est heureusement pas le cas pour le moment, j'accepterai tes conseils avec plaisir.
-Ah. Parce que tu as des conseils pour moi, peut-être?
-Non.
-Ha!
-Non, je n'en ai pas, mais par contre, j'ai une question. Une seule.
-Vas-y toujours …
-Qu'est-ce qui a changé, pour toi?
-Comment ça?
-Tu sais parfaitement ce que je veux dire. Quelque chose a changé entre vous deux, et j'aimerais savoir ce que c'est, pour toi.
-Je vois … »
Le ton de Lynn avait changé. Elle semblait prendre les paroles de James au sérieux.
« En fait, je crois que … je préférais quand on s'embrassait dans les coins, quand personne ne savait qu'on était ensemble. Il y avait une sorte de … pas d'interdit, mais … je n'arrive pas à expliquer … Je crois, qu'en fait, vu qu'on était « à moitié » ensemble, on ne se préoccupait pas des histoires banales de tous les couples, tu vois le genre … On ne s'occupait que de l'essentiel; on s'embrassait, on couchait ensemble, on riait, on s'engueulait, on faisait des conneries et voilà. Maintenant, on … on agit comme tout le monde, on vit ensemble, on travaille … Je cherchais à échapper au couple plan-plan, en décidant de sortir avec Sirius et de ne plus rester l'amoureuse transie, et un an après, je me retrouve à vivre comme ça. On essaye encore de régler nos problèmes en couchant ensemble dès que l'envie nous prend, mais sitôt les galipettes finies, on ne reste plus au lit à se marrer; on reprend nos activités et on ne parle plus que pour se donner la date, l'heure ou la météo. Tu … tu me comprends?
-Je comprends parfaitement. »
Il y eut un long silence de plusieurs minutes, puis James se remit à parler.
« Et tu cherches autre chose?
-Hein?
-Vu que tu … en as « marre » de Sirius, tu as envie de trouver quelqu'un d'autre?
-Bien sûr que non, je l'aime toujours! »
Silence.
« Alors pourquoi tu m'as embrassé?
-Quoi? C'est toi qui m'as embrassée!
-Oui, enfin tu t'es laissée faire …
-Qu'est-ce que je pouvais faire? J'étais à moitié frigorifiée, ma seule préoccupation était la joie d'être en vie, et mon meilleur ami m'embrasse!
-Oui, mais tu n'as pas beaucoup de morale, alors …
-Je venais d'échapper à une mort par congélation, et toi, tu me parles de morale?
-OK, désolé. N'empêche que …
-Bon, qu'est-ce que t'as?
- …
-Tu veux savoir pourquoi je me suis laissée embrasser?
- …
-Tu trouves que c'était trop court, trop chaste, peut-être?
-Je …
-Bon, eh bien je vais te satisfaire! »
Dans le noir, Lynn se leva du canapé, chercha le visage de James à tâtons, et, quand elle le trouva, l'embrassa profondément. Quand le souffle lui manqua, elle s'écarta de quelques centimètres.
« Alors? Content du service après-vente? »
Contre toutes ses attentes, James l'attira contre lui et l'embrassa à son tour. Elle resta tendue quelques instants, ne sachant quoi penser, mais se détendit rapidement, décidant de ne rien penser.
Alors qu'elle enlevait son tee-shirt « Harpies de Holyhead », sous lequel elle n'avait qu'un soutien-gorge, des paroles s'échappèrent de ses lèvres sans qu'elle ne puisse s'en empêcher.
« Qu'est-ce qu'on dit à Sirius et Lily? »
Un silence, puis …
« On ne dit rien. »
Instinctivement, ils se serrèrent la main et chuchotèrent en même temps:
« Honneur Gryffondor. »
Au même moment, Lynn sentit son soutien-gorge se détacher à son tour.
