CHAPITRE 4 : L'embuscade
TONKS Nymphadora
En quelques secondes, ils les avaient tous laissés derrière eux. Le cœur de Tonks battait à tout rompre dans sa poitrine tandis qu'un bourdonnement assourdissant résonnait dans sa tête. Jamais, de toute sa vie, elle ne s'était sentie aussi nerveuse.
Le vent zoomait dans ses oreilles, lui ébouriffant les cheveux avec fureur. Le plan de FolOeil était un coup de génie mais Tonks était persuadée que les Mangemorts n'allaient pas tomber dans le panneau. Ils étaient bien plus rusés qu'ils ne voulaient le faire croire. Ils étaient également bien plus dangereux et n'hésiteraient certainement pas à utiliser des sortilèges interdits.
La vie de Harry dépendait de leurs réflexes et de leur capacité à réagir dans l'urgence. Mais étrangement, ce n'était pas ce qui l'inquiétait le plus. Elle avait confiance en elle et elle avait amplement confiance en chacun des membres de l'Ordre du Phénix. Ils avaient tous été choisis avec soin pour cette mission. Tant pis pour ceux qui restaient en arrière, FolOeil avait désigné ceux en qui il savait pouvoir placer sa confiance, Mondingus mis à part, mais c'était une autre histoire.
Elle jeta un rapide coup d'œil par-dessus son épaule et avisa Ron, installé à l'arrière de son balai. Elle sentait ses mains serrées sur ses hanches. Il était terrifié et elle pouvait le comprendre. Et pourtant, il n'avait pas émis la moindre plainte lorsque FolOeil lui avait parlé du polynectar. Il avait acquiescé et, pour Harry, avait immédiatement accepté.
Tonks était fière de lui servir d'escorte et Harry, lui, pouvait être fier d'avoir un ami tel que lui. Même s'il semblait souvent maladroit, même si, régulièrement, il se montrait malhabile ou indélicat, il n'en était pas moins loyal et attentif aux besoins de ses amis.
Oui, Tonks avait beaucoup d'affection pour lui, tout comme elle avait beaucoup d'affection pour les autres membres de l'Ordre du Phénix et même pour ceux qui étaient encore trop jeunes pour les rejoindre officiellement. N'empêche, elle se sentait tout particulièrement proche de Ron.
« Tout va bien ? »
Elle dut crier pour couvrir les hurlements du vent. Ron, sous les traits de Harry, acquiesça vivement et se força même à sourire. Tonks se sentit soulagée. Avec un peu de chance, ils s'étaient tous alarmés pour rien et les Mangemorts n'avaient tout simplement pas eu vent de leur plan.
Elle jeta un œil à la boussole fixée à l'avant de son balai. Ils étaient toujours sur la bonne route. D'ici quelques dizaines de minutes, ils allaient atteindre le portoloin et rejoindraient le Terrier, sains et sauf.
Une secousse fit trembler le vieux brossedur, manquant de justesse de désarçonner les deux passagers.
« Sur la droite ! hurla Ron dans son oreille. Deux Mangemorts ! »
Tonks jura mais le vent emporta ses mots sans que personne ne puisse les entendre. D'un geste vif et assuré, elle tira sa baguette hors de sa poche et regarda sur sa droite. Deux silhouettes montées sur balai filaient effectivement dans leur direction. Les robes noires aux capuches rabattues laissaient peu de place au doute, il s'agissait bien de Mangemorts, le garçon ne s'était pas trompé.
« Deux autres à gauche ! reprit Ron en hurlant de plus belle. Vite ! Accélère ! »
Elle ne lui recommanda pas de s'accrocher comme elle sentait son étreinte se resserrer sur ses hanches. Plissant les yeux dans le vent qui menaçait de l'aveugler, elle se pencha en avant. Avec un sursaut, le brossedur accéléra. Mais l'engin était au maximum de sa vitesse. Bien entendu, si elle avait eu la possibilité de s'offrir un éclair un de feu ou même un nimbus 2001, elle aurait pu espérer semer ses poursuivants mais son balai, poussé jusqu'à ses dernières limites, eut un hoquet et commença à perdre de la vitesse.
Ron jura dans son oreille suffisamment fort pour qu'elle puisse l'entendre. Et malgré la gravité de la situation, elle ne put s'empêcher de penser avec une pointe d'amusement que Molly pâlirait d'horreur si elle entendait son plus jeune fils parler de la sorte.
L'un des Mangemorts la dépassa et Tonks sut qu'elle n'avait plus aucun espoir des les semer. Ils allaient devoir se battre. Elle pointa sa baguette et lança son sort mais sa cible bougea au dernier moment et l'éclair écarlate se perdit dans les nuages. Derrière elle, Ron lançait au petit bonheur la chance tous les maléfices qu'il connaissait. Malheureusement, avec les cahots du vieux balai, il avait plus de chance de toucher un pigeon que l'un de ses adversaires.
Un éclair vert fondit droit sur eux. Tonks appuya de toutes ses forces sur le nez de son balai qui plongea en avant. Surpris, Ron poussa une exclamation de frayeur et elle le sentit s'agripper davantage à elle. La chute lui sembla durer une éternité. Rassemblant ses forces, elle lutta contre la gravité et parvint à redresser le nez de l'engin avant d'atteindre la hauteur autorisée par le ministère de la magie. Ce n'était pas non plus le moment de se faire repérer par des moldus bien que, pour l'instant, ce fut le cadet de ses soucis.
Le balai reprit donc de l'altitude, entraînant avec lui les deux passagers, agrippés à l'un à l'autre. L'un des Mangemorts vint se mettre à sa hauteur. Dans un réflexe, Ron lui envoya un coup de talon dans la rotule. L'homme poussa un hurlement qui se perdit dans le vent et lâcha le manche de son balai. Poussé par les bourrasques, il perdit immédiatement l'équilibre et bascula dans le vide. L'un de ses compagnons fondit en piquet à sa suite.
Il n'en restait donc plus que deux qui la talonnaient de près. Tonks effectua une large boucle. Elle n'avait pas réellement espéré se retrouver derrière ses deux poursuivants mais elle préférait, pour le cas où, les éloigner de la zone où se trouvait le portoloin. Après tout, elle n'avait pas très envie non plus qu'ils utilisent l'objet à leur place et se retrouvent directement au Terrier.
Elle n'était plus qu'à quelques mètres d'eux. Le vent lui fouettait furieusement le visage, la forçant à garder les paupières mi-closes. Du coin de l'œil, elle vit Ron pointer sa baguette puis elle l'entendit hurler :
« Stupefix ! »
Le sortilège jaillit et alla frapper l'un des Mangemorts en pleine tête. Ce dernier se raidit immédiatement sur son balai avant de chuter. Son compagnon ne sembla pas se soucier de son sort. Mais qu'à cela ne tienne, il avait perdu quelques précieuses secondes à regarder dans sa direction et la jeune auror eut tout le temps de le mettre en joue et de lui jeter un maléfice à son tour.
Lui aussi tomba comme une pierre.
Derrière elle, Ron poussa un cri victorieux et elle ne put s'empêcher de sourire, fière d'elle mais également fière de son jeune compagnon. Elle fit écho à son cri puis rangea sa baguette.
« Accroche toi ! »
Elle sentit l'étreinte du garçon se resserrer sur sa taille. Alors elle se pencha à nouveau en avant et le vieux brossedur fila à toute allure. Mais lorsqu'ils atterrirent dans le champ où était censé se trouver le portoloin, tous deux découvrirent avec horreur qu'ils avaient manqué l'heure du départ, probablement de quelques secondes.
« Non ! Il va sûrement revenir n'est-ce pas ? s'écria Ron, les oreilles écarlate. Il va revenir et on va pouvoir rentrer. »
Les bras le long du corps, Tonks secoua piteusement la tête.
« Non. Il ne va pas revenir.
_ Qu'est-ce qu'on va faire alors ? »
Il y avait de l'inquiétude et beaucoup de désespoir dans cette simple question. Tonks soupira.
« Je ne vois pas d'autre solution que d'y aller en balai.
_ Mais ça va nous prendre des heures et le polynectar ne fait presque plus effet !
_ Je sais mais on n'a pas d'autre choix. »
Elle empoigna le balai, posa une main qui se voulait réconfortante sur le bras de l'adolescent. Il avait beau être courageux, certaines choses étaient naturellement de trop pour lui et Tonks ne lui en voulait pas le moins du monde.
« Hé, dit-elle, tu as été splendide avec ce Mangemort, ok ? Tu t'en sortiras comme un chef. »
Ron acquiesça bien qu'il donnait l'impression d'être assez peu convaincu.
« Moi aussi je veux rentrer et vite alors on va se dépêcher. Remus nous attend. Et les autres aussi. »
Du moins l'espérait-elle parce que si jamais il était arrivé la moindre chose à son époux, alors les Mangemorts pouvaient s'enfuir dès maintenant, elle les pourchasserait jusqu'à l'aube s'il le fallait mais pas un ne s'en sortirait vivant.
Elle enfourcha le balai et, bien qu'un peu réticent, Ron la rejoignit.
« On y sera en un rien de temps. »
Elle tapa du pied et, à nouveau, le vieux brossedur s'éleva dans les airs. Mais le voyage ne fut pas aussi rapide qu'elle l'avait promis et il leur fallut presque deux heures pour arriver enfin en vue du village de Loutry Sainte Chaspoule. Ils atterrirent un peu trop brusquement et se précipitèrent dans le jardin du Terrier.
Cette fois-ci, le cœur de Tonks donnait l'impression d'avoir cessé de battre. L'angoisse lui étreignait la poitrine, la faisant presque étouffer. Et alors elle le vit, quittant la maison, un masque d'inquiétude sur le visage. Sans même lui laisser le temps de prononcer le moindre mot, elle se jeta dans ses bras. Remus… ils étaient sains et saufs.
Indice pour le personnage du chapitre 5 : de lui, on ne sait pas grand-chose, mais le destin de sa famille a toujours été lié à celui de Harry. Il est souvent vu par les fans comme le moyen de rédemption de son père.
