Chapitre 4 : Infirmière en herbe

Le professeur installa Conan sur le canapé de son salon.

-On doit prévenir le FBI si l'organisation est mêlée au braquage, Ai-kun.

-Je sais professeur. Contactez Jodie Sterling avec son téléphone, ajouta elle en jetant un regard à Conan, pas vraiment en capacité de décider quoi que ce soit. Je vais chercher de quoi retirer la balle, mais après il devra faire un séjour à l'hôpital, et tu ne discuteras pas, c'est une réparation de ton épaule provisoire le temps que le FBI puisse te protéger.

Haibara laissa Conan allongé sur le canapé après lui avoir serré la main pour lui donner un semblant de courage tandis qu'elle allait chercher ses outils retire-balle, et de la morphine ou un médicament qui avait les mêmes effets qu'elle avait synthétisée il y a un moment de ça. Agasa, au téléphone avec la non moins énergique professeur d'anglais, expliquait ce qu'il s'était passé après le braquage. D'après les cris qui parvenaient du téléphone, Jodie avait légèrement paniqué quand elle avait appris que l'organisation pouvait très bien être après Conan Edogawa, parce qu'il avait arrêté le frère d'un de leurs membres. Elle demanda au professeur de venir rejoindre le FBI où il pourrait tout expliquer en détail, comme Haibara avait fait avec lui dans la voiture. C'était la seule personne actuellement capable d'assurer le témoignage pour le moment. Si l'organisation était mêlée à toute cette histoire, comme Aquilae l'avait laissé entendre, la police japonaise ne devait en aucun cas savoir que Conan, Haibara et Agasa étaient sur place lors de la fuite du coupable. Cela aurait mêlé la police à l'organisation, ce que voulait à tout prix éviter Conan.

Mais bon ce n'est pas dans son état qu'il allait pouvoir donner des directives, alors pour le moment, il se laissait faire, non sans râler intérieurement. Quand Haibara redescendit à l'étage, le prof lui indiqua qu'il filait rejoindre le professeur Jodie, après s'être assuré que Conan était entre de bonnes mains. Il attrapa ses clefs de voiture, et sortit en courant.

Conan regarda non sans difficulté la petite scientifique, et lui demanda, essoufflé :

-Qu'est ce que tu fais ?

-Avec une pince, je vais retirer la balle qui est restée dans ton épaule. Ensuite, je regarderais avec plus de précision si tu fais une hémorragie ou pas.

-Non… Haibara… Pourquoi tu te déshabilles ?

-Ah, ça. J'ai appris à manipuler le corps humain sous ma taille adulte, alors autant que je te donne toutes tes chances. Mes mains d'enfant ne seront pas assez précises.

Elle lui enfonça une aiguille dans le bras, et y déversa un liquide.

-Une chance que je sois une ancienne criminelle biochimiste qui possède tout un tas d'équipements médicaux. Tu vas moins souffrir d'une seconde à l'autre.

-Que m'as-tu donné ?

-Un tranquillisant. Tu ne vas pas tarder à dire n'importe quoi et à sourire bêtement… ah non, ça tu le faisais déjà avec Ran.

-Tu m'as drogué ?!

Elle posa sa main sur la bouche de son ami, et son index sur sa propre bouche.

-Ne parle pas. Tu ne feras qu'empirer les choses.

Alors qu'elle se préparait pour le carnage, elle monologua :

-Ce que je vais faire va donc être de la pure expérience, de plus, ton artère sub-clavière est peut être touchée (voir à la fin). C'est bien que le professeur soit parti, je ne veux pas qu'il voit ça. Cette personne ne mérite pas de tomber aussi bas que moi, aussi je la protégerais de l'organisation autant que je le peux. Je suis déjà assez inquiète qu'il soit obligé d'aller traiter avec te petits copains. Et toi aussi, d'ailleurs, mais pour ça, il faudrait que tu sois plus prudent.

Elle posa affectueusement sa main sur le front du détective qui partait en sucette. Elle attrapa le couteau de cuisine qu'elle avait attrapé, et se trancha profondément la paume de la main sans ciller. Elle souffla un coup, puis recommença au niveau de son poignet, une entaille parallèle aux deux os qui constituaient son avant bras. L'afflux de sang était beaucoup plus important ici, et lui permettait d'avoir une échelle de comparaison entre la gravité des deux blessures. Elle grimaça pendant qu'elle se mutilait. Le temps passé à l'organisation lui avait donné une résistance à la douleur phénoménale, alors elle ne grogna même pas. Alors que le sang coulait en un large filet en dessous de sa main, elle regarda le détective et pensa « Hors de questions que tu ne meures aujourd'hui, tu as encore trop à faire et pas assez vécu. Je ne te laisserais pas mourir. »

Alors que la flaque de sang en dessous d'elle s'agrandissait et qu'elle sentait venir les premiers vertiges, elle avala un médicament. Immédiatement, son corps se réchauffa, chaque battement de cœur lui fit plus mal que le précédant. Dans quelques secondes, elle serait Shiho Miyano à nouveau. Le petit détective, bien mal en point, tourna la tête vers celle qui venait de tomber à quatre pattes et se retenait de crier en respirant comme une bête. Il eut un pincement au cœur en la voyant souffrir comme ça, et il était en même temps impressionné : lui qui était tombé dans les pommes les premières fois qu'il se transformait, Ai encaissait la douleur en silence.

Il essaya de tendre la main, mais son bras pendit juste mollement à côté du canapé. Ai serrait les dents. Plus que quelques secondes. Elle attrapa la main du détective par réflexe et lui broya les os. Puis elle relâcha la pression en soufflant quand tout son corps avait reprit sa forme d'origine. Juste en sous vêtements qu'elle avait préalablement enfilés, elle ne s'en occupa même pas, et regarda sa main droite, celle qu'elle avait entaillée avant de prendre l'antidote. Plus rien. Plus elle regarda attentivement son poignet, qui avait subit une blessure mortelle à terme. Il était encore ouvert. Elle râla, puis attrapa un bandage, et se le mit autour du poignet pour arrêter le saignement. Au moins, elle n'était plus étourdie.

-Bon. Grandir avec un médicament qui est censé restructurer ton corps en contrant celui est censé le détruire permet de guérir les petites blessures, mais pas les mortelles. Je suis désolée, Kudo-kun, tu vas devoir passer par la voie normale après avoir grandit.

-Tu sais à quel point c'est ridicule d'énoncer des théories scientifiques alors que tu portes des sous vêtements en dentelle ?

Shiho rougit jusqu'aux oreilles, puis se repris en secouant légèrement la tête. La drogue faisait enfin effet. C'était la drogue. Il était totalement drogué. Elle enfila rapidement un pull du prof qui trainait sur le fauteuil.

-Ça te donne un air coquin, ce pull trop grand.

« Ne pas lui enfoncer mon point dans la figure, ne pas lui enfoncer mon poing dans la figure. »

-Au cas où tu voudrais savoir pourquoi, je te fais grandir parce que je n'ai jamais travaillé sur l'anatomie des enfants. Sers les dents.

Elle attrapa la pince qui était posée non loin du canapé, et aspergea sa blessure de bétadine, puis la pince, et l'enfonça dans la plaie de son ami. Le sourire de Conan passa à un cri qui déchira l'air. Shiho joua de la pince jusqu'à sentir la balle. Elle essaya de l'attraper deux fois avant de la sortir, et de la déposer dans un verre.

-Pas trop mal ?

-Tu rigoles ? Je me sens libéré là.

-Les sarcasmes, c'est mon truc. Ça ne te va pas.

Elle posa sa main sur le front du détective, dont la grimace s'effaçait petit à petit, et déplaça lentement son pouce.

-Et toi, ça ne te va pas d'être agréable.

-Ce n'est pas finit, petit détective. Avale.

Elle lui fourra le médicament dans la bouche. La douleur qu'éprouvait déjà Conan s'intensifia. Il hurla tant il souffrait, et Haibara, qui s'affola sur le moment, s'assit sur le canapé. Elle essaya de le calmer en lui caressant les cheveux et en calant la tête de son blessé sur ses genoux. Malgré ses efforts, cela ne servit pas à grand-chose puisqu'il vomit l'instant d'après. La scientifique eut peur. Peur. Pas comme quand Gin lui tirait dessus. Ou quand Vermouth la menaçait. Elle avait peur parce qu'une personne qu'elle aimait était plus proche de la mort que de la vie. Quand sa sœur avait été tuée, elle croyait encore qu'elles allaient pouvoir quitter l'organisation un jour et enfin vivre leurs vies. Aujourd'hui, c'était différent. À ce moment précis de sa vie, elle eut peur de devoir affronter la mort d'un être aimé alors qu'il se tenait devant elle, en vie, et qu'elle n'avait pas pu le sauver. Cette peur égoïste qui lui tiraillait l'esprit parce qu'il y avait une chance que le détective ait vomit l'antidote ne voulut pas s'en aller. Sans l'antidote, elle n'allait pas pouvoir être aussi précise que s'il était enfant, et elle risquait de lui faire plus de mal que de bien. Quand elle ouvrit de niveau son esprit au monde, elle ne vit que Conan, qui se battait pour sa vie.

Reprenant ses esprits, elle lui essuya la bouche avec sa manche en lui chuchotant que tout irait bien et qu'il s'en sortirait. Alors que les pensées qui embrumaient son esprit étaient « Vis. Vis. Vis. Ne meure pas. Pas maintenant. Pas encore. Tu dois vivre. »

Le cœur du petit détective battit une première fois avec la douleur qui se propagea dans tout son petit corps d'enfant. Le buste de Shiho s'affaissa alors qu'elle sentait sa cage thoracique se détendre. « Il va reprendre le corps de Shinichi. » Alors qu'il hurlait à la mort depuis qu'il avait ingéré le médicament, il se calma instantanément. Shiho souffla. « C'est bien. Il est tombé dans les pommes, il ne souffrira plus. » Elle se contenta de le voir reprendre sa forme d'origine, la nature reprenant le dessus, toujours en caressant ses cheveux. Quand il se retrouva dans sa taille normale, elle attrapa une couverture et le couvrit avec jusqu'à la taille. Elle se leva en déposant la tête du détective sur le canapé avec attention, puis se mit à la hauteur de son épaule.

Elle inspecta la plaie qui les avait poussés dans leurs derniers retranchements. Le sang ne coulait plus à flot comme tout à l'heure, et la blessure avait du se soigner, où alors c'était moins grave que ce qu'elle pensait, il faut dire qu'avec tout ce stress… Mais ça ils ne le sauraient qu'en allant à l'hôpital dès le lendemain, sous la protection du FBI. Elle attrapa du fil et une aiguille et lui fit quelques points. Une fois son travail terminé, elle posa sa main sur la joue de Shinichi et lui caressa doucement la pommette avec le pouce. Elle ne faisait plus de bruit, elle écoutait juste la respiration maintenant posée du détective. Laissant glisser son index le long de la mâchoire de Shinichi un moment, elle se leva et alla s'allonger sur le canapé d'en face, exténuée.

Plus tard, elle entendit Shinichi bouger dans son sommeil, puis se réveiller. Il grogna. Shiho ne bougea absolument pas d'un pouce.

-Tu te sens comment ?

-Mal.

- Tu vas rapetisser dans la nuit, et tu as encore de la morphine dans le sang. Tu n'es pas encore arrivé au bout.

-Super. Vraiment génial. Pour une fois que je retrouve mon corps d'adulte.

-Pauvre petit lapin.

-Sorcière.

-Bourrique.

-Morue.

-Saligaud.

-Andouille.

Shiho se leva du canapé, et Shinichi la regarda.

-À court d'idées ?

-Si tu es assez en forme pour plaisanter, très cher, alors je peux bien te laisser quelques temps. Tu ferais mieux de dormir.

-Où vas tu ? demanda t-il, comme une plainte.

-Appeler le professeur pour le rassurer, et me doucher, Kudo. Sauver ta vie fut quelque chose d'assez éprouvant physiquement. D'ailleurs, tu devrais y aller toi aussi. Je te réveillerais.

Shinichi la regarda s'en aller chercher son téléphone, et l'entendit rassurer le professeur Agasa. Il allait rentrer dans une petite heure, étant donné qu'il avait du aller assez loin pour rencontrer le professeur Jodie. Puis Shiho fila dans la salle de bain, laissant Shinichi se reposer. Elle entreprit de faire couleur de l'eau sur chaque partie de son corps afin d'effacer toute éventuelle trace de sang. Elle mit le pull du professeur dans la machine, et prépara des habits du professeur, toujours aussi grands pour elle, mais elle n'avait aucun vêtements à sa taille actuelle. Alors qu'elle était devant le miroir, se regardant sous sa version adulte, Shinichi entra dans la pièce.

-Eh ! Je peux savoir ce que tu fais, pervers ?

-Ai… je… j'ai un problème… mon épaule…

L'inquiétude prit le dessus sur la gêne, et elle s'approcha de lui, une serviette autour de la taille.

-Qu'est ce qui ne va pas ?

-Aucune idée, mais aaaah ! Ça me fait mal !

Elle s'approcha de lui, qui s'était adossé contre le mur à côté de la porte. Elle entreprit de déboutonner sa chemise et de découvrir son épaule.

-La morphine a du être complètement évacuée de ton corps, je ne vois rien à ta blessure. Je vais aller te chercher un antidouleur.

Alors qu'elle allait quitter la pièce pour aller chercher le médicament, il lui prit la main. Elle se retourna, et posa ses deux mains sur les joues du détective :

-Hey, je vais prendre soin de toi, d'accord. Assis toi le temps que je revienne, tu dois avoir des étourdissements.

Elle quitta la salle de bain en prenant ses habits qu'elle enfila rapidement dans son labo, et remonta, elle trouva Shinichi adossé contre le mur, assis, les yeux clos serrant les dents. Elle rempli un verre d'eau au robinet, puis s'accroupi à ses côtés. Elle sourit.

-J'aurais préféré d'autres circonstances qui auraient mené à autant de proximité.

Shinichi sourit faiblement.

-Crois bien que moi aussi.

-Accroche-toi, petit détective.

Elle lui fit avaler le médicament avec le verre d'eau.

-Ça devrait faire effet assez vite. Tu devrais aller sous la douche maintenant. Ah oui, donne moi tes vêtements.

Shinichi enleva complètement sa chemise et lui tendit. Il commença à se déshabiller, la tête vaseuse et vide.

-Heu… Je vais sortir, d'accord ? Je les récupèrerais après.

Shiho sortit de la salle de bain, et s'adossa contre la porte, son cœur battant à tout rompre. Elle ferma les yeux et s'appliqua à inspirer et expirer calmement. Elle descendit dans le salon pour nettoyer le canapé comme elle pouvait. Le prof n'avait plus qu'à l'emmener dans un pressing à canapé. D'en bas elle entendit Shinichi sortir de la salle de bain et aller dans la chambre d'amis. Elle monta chercher les vêtements du détective en herbe et lança une machine. Quelques temps après, le professeur rentra, et alla se coucher aussi. Demain matin tôt, ils allaient pouvoir emmener Conan à l'hôpital.

Dans la nuit, alors que Shiho était assise devant son ordinateur –rien ne l'arrête-, elle entendit un hurlement venant de la chambre de Shinichi. Elle accouru, affolée, pensant immédiatement à l'organisation. Elle s'arrêta devant la chambre d'Agasa, qui ronflait, puis passa directement à la chambre d'amis.

-Kudo ?! Que se passe t-il ?!

Elle regarda plus attentivement la chambre, ses yeux s'habituant au noir. Il n'y avait pas un bruit, et il était seul, assis sur le lit.

-J'ai juste fait un cauchemar.

Shiho ne répondit pas, son regard perdu dans les tréfonds de la chambre sombre, adossée contre le cadre de la porte.

-Gin. Encore. Ne t'inquiète pas, tu peux repartir, ajouta le détective.

Contre toute attente, Shiho ne partit pas, mais décroisa ses bras, et entra dans la chambre. Elle contourna le lit double, et alla s'assoir de l'autre côté du lit à côté de Shinichi, le dos adossé contre le mur, et les jambes étendues devant elle.

-Je fais des cauchemars de lui aussi.

Shinichi fut surpris d'une telle confession de la part de la chimiste.

-Alors je ne suis pas seul…

-Bien sur que non, Shinichi Kudo. Tu ne seras jamais seul tant que je serais en vie.

-Tu ne seras plus seule non plus, je te le promets.

Le silence prit place un instant dans la chambre où dormait Shinichi. Shiho tourna la tête et regarda le jeune homme.

-Tu peux dormir tranquille, je te surveille.

-Tu vas t'endormir avant moi.

Shiho bailla.

-Surement.

Elle se baissa un peu dans le lit et se cala. Quelques minutes plus tard, elle avait plongé dans un profond sommeil. Shinichi se réveilla une deuxième fois au milieu de la nuit, mais en silence. Il regarda la scientifique à ses côtés qui dormait profondément dans une position assez improbable, ce qui le fit rire. Il posa sa tête sur le ventre de Shiho, ce qui avait un côté réconfortant, et se rendormi à nouveau, paisible.

Artère sub-clavière : m'en voulez pas, j'aime être précise mwahaha, c'est l'artère située sous votre clavicule, l'espèce d'arrête au dessus du sternum et des côtes qui part du milieu en bas de votre cou et qui va vers l'épaule, on la sent très bien