Bonjour à tous, j'espère que tout va bien du côté de chez vous !

Merci à tous ceux qui ont laissé une review :narcissia potter, Kitkat, Julia Aris, Lilypoesy, francinette, CaraMalfoy, Kuumquat, LaSilvana, Puky, Caramelise, malilite, Rosa020, Abelforth Dumbledore, Zod'a, Kalahane, hannah98

Un bon point à celui qui trouve la référence à Bob l'éponge que contient ce chapitre :p

Bonne Lecture


Chapitre 4

Way Too Young To Get A Divorce

James bailla pour la centième fois depuis que son réveil avait sonné et lâcha son sac sur la table de bibliothèque avec fracas. En face de lui, Lily ne semblait pas en meilleur état. Ses yeux étaient gonflés par la fatigue et elle semblait dormir debout. Le bruit du sac s'écrasant sur la table en bois la fit sursauter.

« 'Jour, » bailla-t-elle en s'étirant. « Bien dormi ? »

« Pas assez, » grogna James en s'asseyant en face d'elle. « Pourquoi on doit faire ça à cinq heures du mat' plutôt qu'après les cours ? »

« Dix jours, » répondit Lily avec simplicité. James arqua un sourcil interrogatif. « Jeanne n'a plus parlé à Jessica pendant dix jours quand elle a commencé à sortir avec toi. Tu as la moindre idée de ce qui va se passer si elle apprend que je me suis mariée avec toi ? »

« Une vraie amie accepte tes choix et les personnes que tu fréquentes, » répliqua le jeune homme avec humeur. « Tu… donne-moi un bouquin »

« Wouah. » Lily lui tendit un gros manuel de droit magique qu'elle avait trouvé la veille en prétendant à ses amies qu'elle cherchait des informations sur une potion compliquée, l'excuse marchait toujours. « Monsieur n'est pas du matin. »

James frotta ses yeux sous ses lunettes, ébouriffa ses cheveux et ouvrit la couverture du livre avec la tête du condamné à mort. « Me lever à cinq heures pour lire des bouquins imbuvables tout ça parce qu'un imbécile nous a drogué pour qu'on se marie à notre insu et que la loi est merdique ne m'aide pas à être de bonne. »

« Et être en tête à tête avec moi ? » plaisanta-t-elle en secouant la tête. Depuis leur petite discussion dans le train, depuis que toutes ses larmes avaient enfin été évacuées, elle se sentait détendue. Presque de bonne humeur, perpétuellement, un peu comme sa mère lorsqu'elle prenait ses antidépresseurs. Elle souriait, était calme en toute circonstance et se sentait juste incapable de se mettre en colère ou d'éprouver des émotions trop intenses. A croire que la pression trop forte pesant sur elle l'avait transformée en … clone des très chères amies de sa sœur.

En face d'elle, d'ailleurs, James fronça les sourcils. « Je ne sais pas sur quoi tu planes mais j'en veux, » soupira-t-il. « Qu'est-ce qui t'arrive ? »

Lily haussa les épaules. « Je me sens étrangement bien, relaxée, » avoua-t-elle devant un James abasourdi. « Allez, au travail ! »

James ferma les yeux et inspira. Elle était injuste. Alors qu'il parvenait enfin à se détacher d'elle, à oublier que l'épouser était une sorte de fantasme secret, elle apparaissait comme un ange, resplendissante, souriante, un rayon de soleil dans son ciel maussade. Comment ne pas être amoureux d'une fille comme ça ?

De la loi sur le mariage :

Section A : actes de mariage

Art. 5 Le mariage civil doit toujours précéder la bénédiction nuptiale.

Section D : interruption du mariage

Art. 1 Le divorce peut être prononcé en cas de consentement mutuel, en raison d'acceptation du principe de la rupture du mariage, en raison d'altération définitive du lien conjugal soit en cas de faute.

Art. 9-b Le juge peut refuser l'homologation du divorce s'il constate que la convention préserve insuffisamment les intérêts des enfants ou de l'un des époux.

Art. 16-b Le mariage qui a été contracté sans le consentement libre des deux époux, ou de l'un d'eux, ne peut être attaqué que par les époux ou par celui des deux dont le consentement n'a pas été libre.

Art. 26 La nullité du mariage peut être prononcée suite à une procédure d'annulation obligatoirement introduite par la brigade des mœurs et dans le cas unique où il a été solidement prouvé que le mariage fut forcé par l'un des époux ou un ascendant de ceux-ci.

« Si les termes du contrat de mariage initial ont été violés, » lut Lily à voix haute, « l'annulation du mariage ne peut être réclamée mais le divorce sera statué en faveur de la partie lésée. Qu'est-ce que ça veut dire ? »

N'obtenant aucune réponse de James, la jeune fille releva les yeux pour le surprendre à l'observer attentivement, un sourire aux lèvres.

« Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? »

« Tu chantais, » expliqua-t-il. Lily sentit son cœur battre un peu trop fort dans sa poitrine face au regard pénétrant de James. Il ne pouvait pas la fixer de cette manière, si intensément, et prétexter un truc si stupide.

« Je ne chantais pas, » assura-t-elle.

« Oh que si. Ce truc à la mode… 'Cœur en garde', » se rappela-t-il. « Tu fredonnais les paroles en battant la mesure de la tête. »

« Je déteste cette chanson, » grimaça Lily en se sentant dépitée. Si seulement elle comprenait ce qui lui arrivait. Pourquoi avait-elle cette impression d'avoir du nougat à la place du cerveau ? « Pourquoi tu me regardes comme ça ? » répéta-t-elle. Elle aurait aimé s'énerver, elle savait que d'habitude, quand il faisait ça, elle s'énervait. Mais là, rien, juste cet apaisement si profond qu'il en devenait flippant. Aurait-elle cassé sa boite à colère ?

« Je crois que tu fais une overdose. »

Lily éclata de rire. « Bien sûr. Une overdose d'air peut-être ? Un autre dealer fou qui nous aurait dans le collimateur ? »

« Non, » pouffa James en secouant la tête. « Une overdose de stress. Tu… tu es différente. »

« Différente ? » s'inquiéta Lily.

« On dirait une… une jeune fille niaise qui sourit tout le temps et ne comprends rien à rien. » Les yeux de la jeune fille se plissèrent. « Ce que tu n'es pas, » assura James, « mais là, c'est juste trop… »

« J'ai le cerveau engourdi, » avoua-t-elle en soupirant. « T'as peut-être raison, je dois avoir dépassé mes limites et devenir une sorte de greluche idiote. J'accrocherai une photo de Black au dessus de mon lit et le portrait sera parfait. »

« Pourquoi Sirius ? » se rétracta James, tout de même content qu'elle continue à être ironique. Elle était toujours Lily.

« Le meilleur ami du mari, le fantasme idéal, tu ne crois pas ? » supposa-t-elle avec un sourire las. « Alors, tu as au moins écouté ma loi ? »

« Et bien, je dirais... si par exemple, le contrat de mariage stipule que tu dois me donner un héritier dans les cinq ans et que tu ne le fais pas, je peux demander un divorce et ne rien te donner, » supposa James. Lily gémit et laissa tomber son front sur le livre.

« Je crois qu'après l'euphorie, c'est la dépression, » murmura-t-elle.

« Je crois que c'est l'heure du petit-déjeuner, » répliqua James en tentant de ne pas s'inquiéter de trop pour sa jolie rousse. « Vas-y en premier, je range tout ça. »

« Va pas dormir trop tard ce soir, Potter, » conseilla Lily en récupérant son sac de cours. « On se voit demain matin. »

James acquiesça, regardant la jeune fille s'éloigner en trainant le pas jusqu'à ce qu'elle disparaisse. Lui aussi aurait aimé juste déprimer dans un coin d'avoir été stupide assez pour se foutre dans cette merde mais il préférait croire qu'il existait une solution. Cependant, il ne savait ce qui serait pire : donner la moitié de son argent à Lily ou rester marié avec elle sachant qu'elle ne l'aimait pas ?

• • • • • • • •

« Mais enfin, c'est pas possible ! » grogna Lily en refermant son livre d'un geste sec et colérique. James releva les yeux de l'amendement qu'il essayait de comprendre depuis plus d'une heure. « On était tous les deux sous influence ! Il doit bien y avoir une loi contre ça, non ? »

« Non, » répliqua James d'un ton sans appel. Il était content que Lily ait repris du poil de la bête. Cela faisait une semaine qu'ils se voyaient tous les matins et elle était passée par à peu près toute la gamme de sentiments, de la déprime morbide à l'insupportable euphorie. Mais elle semblait enfin avoir repris ses esprits et son caractère habituel.

« Et si je dis que je t'ai forcé à m'épouser pour avoir ton fric ? » proposa-t-elle. « Je n'ai rien contre le parjure. »

James rigola. « Il nous faut un témoin de moralité et tu risques de très gros ennuis. »

« Et… enfin, on s'est mariés aux Etats-Unis où la majorité est à vingt-et-un ans, non ? Ce mec qui nous a unis a violé la loi, non ? Non ? »

« La majorité est à dix-sept ans pour les sorciers du monde entier, » lui rappela James. « J'ai envoyé une lettre à un juriste, » ajouta-t-il en espérant qu'elle n'y accorderait pas trop d'importance. Ce qui rata exceptionnellement bien.

« Quoi ? » Lily redirigea brusquement son regard sur le jeune homme. « Quand ? »

« A mon retour de Vegas, » avoua James. « Il ne m'a répondu que ce matin »

Lily plissa les yeux, n'en croyant pas ses oreilles. « Tu as envoyé une lettre à un juriste et tu n'as pas jugé bon de me le dire ? Pourquoi est-on en train de se taper des centaines de lois auxquelles on ne pige rien si t'en a déjà parlé à un professionnel ? »

« Tu t'es vue ces derniers jours ? » répondit James en expirant profondément pour ne pas s'énerver à son tour. Elle n'était pas la seule à se sentir étouffer ici. « Tu allais exploser, littéralement. Je voulais juste… J'avais besoin de garder l'esprit occupé et toi aussi ! »

Les yeux plein de rage, Lily tira à elle un des livres jonchant la table et se remit à lire sans ajouter un mot. Ce ne fut qu'au bout de dix minutes qu'elle demanda : « Qu'est-ce qu'il a dit ? »

« Qu'il n'y avait rien à faire quasiment, » répondit James qui se demandait combien de temps elle allait faire semblant de lire quelque chose juste pour ne pas lui parler. Elle avait ouvert son livre à la section deuil et héritage, ce qui l'inquiétait un peu.

« Quasiment ? » répéta Lily en sentant naître en elle un petit espoir qu'il y ait une solution au final.

James se racla la gorge et baissa les yeux. « Faudrait qu'on le refasse. »

Lily se figea avec une grimace dégoûtée. « Quoi ? »

« Le mariage, » expliqua James. « Faudrait qu'on se remarie avec un contrat de mariage stipulant qu'on ne partage pas les biens et que tu renonces à ta partie du corps de mariage en cas de séparation. »

Lily ferma les yeux, laissant la joie se répandre dans ses veines. « Alors c'est tout ? C'est aussi simple que ça ? »

« Non. » James repoussa ses lunettes sur son nez et chipota avec le parchemin qu'il tenait en main pendant un moment. « Mon cousin travaille au service des mœurs du Ministère. »

« Et ? » demanda Lily qui ne voyait pas en quoi cela pouvait être un problème. Au pire, ils disaient la vérité à son cousin et faire ce nouveau faux mariage n'en serait que plus facile.

« Et ? Il déteste mes parents, il va le crier sur tous les toits ! En plus, au cas où tu l'aurais oublié, les Potter sont des personnages importants de la vie publique sorcière. Et de la lutte contre Voldemort. »

Lily soupira et se passa la main sur le front. « Et alors ? Ca ne concerne pas tes parents, que je sache. On ne serait pas dans cette merde si t'avais encore besoin de leur accord pour- »

« Mais tu ne vois pas que c'est impossible d'y arriver sans qu'il y ait une fuite ? On va se retrouver en première page de la section Potin de la Gazette ! Je suis l'héritier d'une des plus grandes fortunes d'Angleterre, Lily. Ils ne me laisseront pas me marier discrètement, sans faire en sorte que tout le monde le sache. »

Lily gémit. « Donc soit on reste marié sans que personne ne sache, soit on se remarie publiquement pour mieux divorcer après, c'est ça ? »

« Oui, » murmura James d''une voix morne.

« Cette fois, c'est officiel. Je te déteste, » grogna Lily en se relevant brusquement. Elle s'agita dans tous les sens pour essayer de récupérer ses affaires sur la table mais elle était d'une inefficacité alarmante et, pour la seconde fois, se sentait sur le point de fondre en larmes. « Mais pourquoi tu es si riche, bordel ! »

« Je suis désolé. »

« Va ta faire foutre, » répliqua-t-elle vertement en abandonnant l'idée de ranger son sac. Elle sortit de la bibliothèque en laissant tout sur la table, y compris un James Potter plus affecté que jamais.

• • • • • • • •

Elle ne pouvait pas dire qu'elle y avait longuement réfléchi. Elle ne voyait pas à quoi il aurait servi de continuer à y penser de toute façon. Aux yeux de son père, elle était sa petite Lily, cette petite chose précieuse qui ne connaissait rien aux garçons, cette petite fille naïve qu'elle était encore il y a si peu de temps. Se marier, elle, à dix-sept ans ? Il préférerait tuer James à mains nues.

Et sa mère. Sa mère mourrait sans doute sous le choc. Elle qui cuisinait sa fille sans relâche pendant deux mois, s'entendant seulement dire de temps à autre que oui, il y avait bien un garçon qui l'intéressait peut-être légèrement, sans plus. Qu'est-ce qu'elle lui dirait ? 'Hey Maman je sais que je t'ai dit et répété que je n'étais jamais tombée amoureuse mais en fait, je veux me marier. T'en dis quoi ?'

Et sa sœur… Sa sœur sentirait le coup fourré et fouinerait jusqu'à découvrir la vérité et n'hésiterait pas une demi-seconde avant de dire à ses parents que Lily était déjà marié depuis plus de deux mois. Et là… Elle n'osait même pas songer aux regards désappointés et déçus, à l'incompréhension qui s'en suivrait. Forcément suivi par le refus catégorique de ses deux parents qu'elle se marie une seconde fois à quelqu'un avec qui elle ne sortait même pas.

Jamais ils n'accepteraient ni le mensonge, ni la vérité. Le mariage était quelque chose de sacré, de pur, de beau, de réservé à une personne unique. On ne pouvait pas regarder un prêtre dans les yeux, lui jurer amour éternel avec Dieu comme témoin, tout ça juste dans le but de se séparer quelques jours plus tard.

Non, elle ne pouvait pas.

Et puis, ce n'était pas comme si la situation était urgente. Ici, à Poudlard, ça ne changeait rien du tout qu'elle s'appelle Evans ou Potter. Personne n'allait vérifier son statut civil. L'argent qu'elle utilisait provenait uniquement de ce que ses parents lui envoyaient, la devise étant changée à la banque de Pré-Au-Lard. Qui ça regardait qu'elle soit théoriquement capable de pénétrer dans un coffre rempli à ras bord à Gringotts ? Elle ne comptait pas utiliser l'argent de James…

Non, il n'y avait aucun problème si elle se permettait d'oublier tout ça. Faire comme si rien ne s'était passé et continuer à traiter Potter comme un avorton égoïste qui – elle interrompit ses pensées, atterrée de voir qu'elle était encore capable de se montrer si vindicative envers lui. Il n'avait rien fait de mal à part l'inviter à Vegas. Il avait même eu un comportement exemplaire depuis leur retour à l'école. Il avait contacté un juriste. Il l'avait aidée à chercher dans les livres les plus rébarbatifs de toute l'école. Il l'avait soutenue, avait supporté chacune de ses humeurs et ne s'était pas plaint une seule fois.

Mais c'était quand même de sa faute. S'il n'était pas si foutument riche. S'il ne venait pas d'une famille si foutument pure. S'il n'avait pas foutument raison de croire que ça se retrouverait dans la Gazette en moins de deux. Bien sûr que oui. C'était déjà un miracle que le mariage de Vegas n'ait pas fait les gros titres, comme si le mariage d'un adolescent pouvait avoir plus d'importance que l'avancée des Mangemorts au sud du Yorkshire.

Le problème ne se poserait pas vraiment avant qu'ils soient diplômés. Après, ce serait une autre paire de manche. Qu'elle fasse des études supérieures ou travaille, il faudrait qu'elle ouvre un compte. Hors, elle avait appris au cours de ses heures de lecture que les époux ne peuvent pas avoir de coffres séparés. Et quand elle se ferait engagée, ce serait sous le nom de Potter. Et si elle ne voulait pas vivre avec lui, ils devraient entrer une demande de séparation administrative temporaire au Ministère pour ne pas qu'ils se retrouvent domiciliés au même endroit d'office.

Elle n'avait jamais vu une loi aussi mal faite. Certains disaient que le mariage était la fin de la liberté, et bien Lily commençait à être d'accord avec eux : la loi sorcière ne laissait aucune liberté aux couples mariés. C'était comme être en prison dans une cellule où les barreaux étaient composés de la présence de l'époux.

Mais ces problèmes là ne se poseraient pas avant la fin de l'année, ce qui lui laissait neuf longs mois de liberté sans avoir à se prendre la tête sur ces questions. Elle gérerait ce qu'il y avait à gérer en temps voulu. Et pas maintenant. Pour l'instant, elle se contenterait d'essayer de conserver une relation cordiale avec James Potter, question qu'ils soient capables de se parler à la fin de l'année, quand ils devraient prendre ces terribles décisions auxquelles elle ne voulait absolument pas penser.

Lily baissa les yeux sur la potion qu'elle concoctait et ignora le regard interrogatif que Severus posait sur elle. Il savait qu'elle avait des problèmes, il le savait toujours. Personne ne lisait en elle comme il le faisait. Peut-être qu'elle devrait lui dire, ça le blesserait autant qu'il l'avait blessée. Mais elle n'était pas cruelle, la rancune, elle ne voulait pas la cultiver.

Alors comme toujours, elle ignora son regard, ses questions, ses remords. Elle évita son regard et se tourna vers James Potter qui confectionnait son philtre avec un calme déconcertant. D'ailleurs, Slughorn lui lançait des regards fréquents, suspicieux, certain que ce n'était que le calme avant la tempête. Les Maraudeurs n'étaient jamais calmes que pour préparer un gros coup. Même les professeurs savaient cela.

Mais pas aujourd'hui. Aucun chaudron n'allait voler en éclat, personne n'allait changer de couleur ou se retrouver dans une position affreusement ridicule. Elle ne savait pas comment mais elle savait que ce silence était juste la manière dont James exprimait son angoisse, ses doutes, ses peurs.

Ceux qu'il partageait avec elle. Il releva la tête, croisa son regard et chacun reprit ses activités. Il n'y avait plus rien à dire, il fallait juste attendre que ça passe. Que le temps s'égrène lentement afin qu'ils puissent se marier à nouveau et dans le simple but de mieux se séparer.

A quel point cela sonnait-il horriblement ?

• • • • • • • •

Le temps commença à passer. Doucement mais sûrement, les aiguilles de l'horloge avancèrent sans que Lily et James ne discutent plus de leur 'problème commun'. Il n'y avait pas de raisons qu'ils y reviennent encore, tout avait été dit.

Ca n'empêchait pas Lily de sentir son estomac se tordre douloureusement en observant James Potter flirter avec Gwynette Rich sur le canapé juste en face. C'était de l'abus de pouvoir, non, un capitaine qui draguait son attrapeuse ? Non ?

D'un geste distrait, sa main attrapa la bague qui se balançait autour de sa chaîne et elle soupira. Elle n'avait pas été aussi pensive au sujet d'un garçon depuis bien longtemps. Était-elle jalouse de Gwynette ? Était-elle jalouse pour James Potter ?

Ca semblait ridicule à avaler et pourtant, ce pincement était là, bien présent, et elle ne pouvait l'ignorer. Elle ne pouvait pas ignorer non plus qu'elle n'avait plus adressé un mot à James depuis près d'un mois et que c'était un exploit qu'elle n'ait pas cédé à son envie de le faire.

Il ne lui avait pas parlé non plus, et c'était une première. Jamais il ne s'était écoulé une si longue période de temps sans qu'ils échangent au moins des civilités. Mais jusqu'au jour d'aujourd'hui, il était toujours venu la chercher. L'agresser parce qu'elle était amie avec Severus, la charmer par quelques poèmes scabreux et cadeaux bien trop coûteux, lui proposer un traité de paix et qui sait, l'amitié.

Mais ce qu'il se passait aujourd'hui, la manière dont ils s'ignoraient mutuellement, ça la tuait à petit feu. Elle avait envie de crier 'James, regarde par ici, arrête d'éviter mon regard !'. Elle avait mal aussi, mal de voir que se marier avec lui avait sonné le glas de leurs ententes et mésententes.

Elle aimait se disputer avec lui, trouver des arguments à lui jeter au visage, elle aimait le voir chercher mille et un sujets de conversation pour passer du temps avec elle, les excuses les plus stupides pour qu'elle accepte de l'accompagner à Pré-Au-Lard, elle aimait simplement interagir avec lui et sentir son dos frissonner quand il murmurait son prénom, elle aimait se sentir agacée et flattée qu'il la reluque sans cesse…

Et elle détestait être mariée avec lui. Parce qu'elle voyait cette peur chaque fois qu'elle croisait son regard, cette résignation, leur résolution.

Mais s'ils ne trouvaient pas très vite un moyen de communiquer, Gwynette allait bientôt se retrouver avec une main en moins, foi de Lily Evans. Retire ta main de la cuisse de mon mari ! grinça Lily intérieurement et cela la fit presque rire la facilité avec laquelle elle avait intégré, en seulement deux mois, James comme étant son mari.

Même si ça n'avait aucun sens : ils ne s'aimaient pas, ne vivaient pas ensemble, ne partageaient rien. La seule preuve de ce mariage était l'anneau qui pendait à son cou et qui lui pesait comme un rappel de tout instant que sa vie avait changé cet été, même si rien n'apparaissait à l'extérieur.

Et elle était en rage que James Potter puisse si facilement tout oublier. Tout. L'été, le mariage, elle. Qu'avait-il fait de son alliance, il l'avait balancée par-dessus un pont ? Elle ne comprenait juste pas comment il pouvait ne pas y penser, comme si c'était aussi facile de mettre de côté toute une partie de sa vie et prétendre que rien n'était arrivé et que ça n'avait plus d'importance.

Parce que même si ça n'avait pas d'importance, même s'ils devaient subir cette infernale situation, même s'ils ne pouvaient rien faire, cela signifiait-il qu'elle avait le droit de simplement retourner à sa vie, comme ça ?

Elle ne comprenait pas comment il agissait si naturellement alors qu'elle avait l'impression d'étouffer chaque fois que ses yeux se posaient sur son collier.

« Hey, Lily. » La jeune fille détacha à contre cœur ses yeux du Maraudeur pour voir Ethan Laughland s'asseoir à côté d'elle. « Tu fais le planning des préfets ? »

Lily baissa les yeux sur le parchemin étendu sur ses genoux et acquiesça. Remus avait raison, elle avait été nommée préfète-en-chef. Est-ce que quelqu'un lui retirerait son insigne une fois qu'ils apprendraient ce qu'elle avait fait, qu'elle était mariée ?

« C'est un casse-tête incroyable, » assura-t-elle au jeune homme en secouant la tête d'un air désespéré. « Entre les entraînements de Quidditch, les clubs et les rassemblements intramaisons, j'ai l'impression que je ne vais jamais en sortir. »

Ethan rigola légèrement et pencha la tête sur ce qu'elle faisait en posant la main sur le bras de Lily qui se tendit à ce contact, ayant la désagréable impression qu'il n'était pas naturel. « Je pourrais t'aider ? » proposa-t-il avec un sourire en coin qui devait sûrement séduire beaucoup de filles.

Ethan était mignon, pas sexy comme Sirius, ni incroyablement bien foutu comme James, mais il était agréable à regarder. Sa silhouette fusiforme n'était pas sans rappeler les corps maigrelets de certains chanteurs à la mode et il portait délibérément ses cheveux longs et frisés pour accentuer cette ressemblance. Certes, il était mignon. Un an plus jeune et un ami proche de Ben, son ancien petit ami, qui les fixait d'un air troublé de l'autre côté de la salle commune.

« Lily, » reprit Ethan d'une voix moins sûre, sa main toujours sur le bras de la jeune fille. « Je me demandais si tu avais déjà quelqu'un pour la sortie à Pré-Au-Lard ? Parce que si ce n'est pas le cas – »

« Et Ben ? » l'interrompit-elle, ne pouvant empêcher son regard de voguer vers James Potter. Celui-ci avait abandonné sa conversation avec son attrapeuse et fixait effrontément Lily. Elle eut envie de se lever et d'aller lui demander de quel droit il la regardait ainsi, à cet instant précis, après l'avoir ignorée un mois. Mais elle détourna le regard pour se replonger dans celui d'Ethan. « Vous n'étiez pas amis ? »

« Il m'a donné sa bénédiction, » assura le jeune homme. Ses yeux avaient quelque chose d'étrange, presque de désagréable. Elle ne savait pas dire de quoi il s'agissait exactement mais c'était comme s'il cherchait à lui faire passer un message télépathique ou quelque chose du genre. Pensait-il que la fixer si lourdement allait faire pencher la balance en sa faveur ?

« Je ne sais pas… » murmura-t-elle en touchant du bout des doigts la chaine autour de son cou. Est-ce que c'était correct ? Est-ce qu'elle pouvait vraiment sortir avec lui ? James n'avait sûrement pas son mot à dire là-dedans et pourtant, ne devrait-il pas ?

« Réfléchis-y, » proposa-t-il en retirant sa main. « En attendant, que dirais-tu que je mette à ton service mes incroyables capacités intellectuelles pour t'aider avec ce planning ? »

Lily leva les yeux au ciel d'un air amusé. Elle avait le chic pour attirer les arrogants, c'était une certitude…

• • • • • • • •

« Hey, Cap'tain ! »

James s'arrêta au milieu du couloir et lâcha la main de Gwynette aussi rapidement que si c'était un professeur qui l'avait appelé. La jeune fille fronça les sourcils, regarda James, le nouveau gardien de l'équipe puis décida de les laisser en tête-à-tête. De toute façon, James ne faisait que l'accompagner à la bibliothèque et elle était presque sûre que c'était juste pour ne plus avoir à regarder Evans se faire draguer par Laughland…

Avec un signe de la main, elle laissa les deux garçons. De toute façon, elle ne voulait pas sortir avec James Potter. Pas après ce qui était arrivé à Las Vegas. Elle ne sentait pas encore prête à être intime avec quelqu'un… après ça. Surtout pas quelqu'un faisant partie de la 'conspiration du secret' qui avait entouré tous ceux ayant fait partie du voyage.

« Désolé mais il faut que je te parle, » reprit Ben rapidement en regardant Gwynette s'éloigner. Il ne savait pas si ce qu'il faisait était bien ou mal, ni malin ou très stupide, mais il devait faire quelque chose.

« Si c'est à propos du Quidditch, attends l'entraînement de demain, et si c'est personnel, attends qu'on ait partagé plus qu'une douche, » le prévint James. Il ne connaissait pas spécialement Ben Tweddle, il savait qu'il avait été le meilleur gardien lors des sélections et qu'il était sorti avec Lily Evans l'année précédente. C'était assez pour lui. Il ne voulait pas le connaître.

« C'est à propos de Lily, » déclara Ben. James soupira. Pourquoi ? Pourquoi s'adresser à lui ? Ce n'était pas comme s'il était son mari – enfin, pas comme si quelqu'un se doutait qu'il l'était. Les affaires de la rousse ne le concernaient pas, il s'y employait suffisamment fort.

« C'est pas mon problème, » grogna le jeune homme en avisant que Gwynette était trop loin pour qu'il la rattrape. Il fit demi-tour dans le but de retourner vers la salle commune mais Ben l'attrapa par le bras.

« C'est Ethan. Je ne crois pas que Lily devrait sortir avec lui. »

James donna un regard incrédule au jeune homme. « Tu viens me trouver pour me dire qu'une fille à qui je parle à peine ne devrait pas sortir avec un de tes amis ? »

« Je sais que tu tiens à elle. Je me souviens, Potter, » déclara Ben et James se rappela vaguement l'avoir menacé de ne surtout pas, sous aucun prétexte, blesser Lily. C'était il y a longtemps, bien longtemps, comme dans une autre vie. Aujourd'hui c'était lui, James Potter, qui faisait du mal à Lily. « Ethan ne s'intéresse pas à elle pour de bonnes raisons. »

« Encore une fois, en quoi cela me concerne ? » répéta-t-il en essayant de ne pas paraître impliqué. Il ne voulait pas savoir, à quoi ça servirait ? Même s'il disait à Lily de ne pas sortir avec Ethan Laughland, elle le ferait quand même. Elle n'écoutait jamais ce qu'il disait. « Règle tes problèmes de jalousie avec elle directement. »

Ben claqua la langue. « Ce n'est pas ça, c'est… Ecoute, je ne sais pas ce qui s'est passé l'année passée et je ne veux vraiment pas savoir. Je sais juste que Lily a grommelé un truc à propos de toi et cette Jessica de Serdaigle puis les choses se sont enchaînée et… » Ben jeta un coup d'œil à James, incertain de ce qu'il devait révéler. « Ethan aime un peu trop les défis, Potter. Il ne lui veut pas du bien. »

James soupira et se détacha de la poigne du garçon. De quoi parlait-il ? En quoi Lily était un défi ? Et quel rapport avec ce qu'elle avait surpris dans cette classe avec Jess ? Il ne comprenait pas, il ne comprenait pas pourquoi c'est à lui qu'on s'adressait pour les problèmes de Lily. Depuis quand…

« Tu as le seul mec de cette école à pouvoir lui faire assez peur pour qu'il la laisse tranquille, » assura Ben après quelques secondes de silence. « Réfléchis-y. C'est Lily après tout. »

« C'est Lily, » répéta doucement James en regardant son gardien s'éloigner de lui.

Lily. Il ne savait exactement définir quand il était tombé amoureux d'elle. Il se souvenait avoir voulu devenir son ami pour emmerder Rogue mais les choses ne s'étaient pas exactement passées comme dans ses plans… Lily, il n'avait jamais voulu croire qu'il n'avait aucune chance avec elle. Il pensait qu'elle résistait pour la forme, puis pour le plaisir d'être courtisée mais jamais il n'avait vraiment cru qu'il n'avait aucune chance.

Mais ce mariage… Tout avait changé. Il ne pouvait plus se permettre de la draguer, d'essayer de flirter avec elle et prétendre que ça n'avait pas d'importance. C'était sa femme bon sang ! Et il ne pouvait même pas lui parler sans se rappeler douloureusement que le seul but de sa vie était d'obtenir ce fichu divorce et s'envoler le plus loin possible de lui.

Il n'osait imaginer à quel point elle devait le détester, à quel point sa simple vue devait lui être insupportable. Il avait couché avec elle, il l'avait épousée. Après toutes ces années à la poursuivre, à l'entendre lui répondre non, tous deux devaient très bien savoir qui avait trainé l'autre dans cette situation merdique, qui avait commandé cette Tequila, qui avait emmené tout le monde dans l'hôtel de Vegas…

Tout était de sa faute. Les batteurs incapables de se regarder dans les yeux, Sirius et Remus ne sortant plus de la salle de bains sans vêtement, Peter bavant sur la copine de Sirius. Lily.

Lily.