Au clair de la Lune


A la Soul Society, un homme attend le sommeil qui ne semble pas vouloir venir à lui. Dans sa cellule, vêtu d'un simple kimono blanc, Ichimaru Gin est assis sur sa couchette, adossé au mur. Il a ramené ses jambes écartées vers lui, posé ses bras sur ses genoux, appuyé sa tête contre le mur et regarde calmement le ciel étoilé par son unique fenêtre. Il pense… Il revit son enfance et son adolescence toute la journée durant. Il se noie dans ses souvenirs pour oublier sa tristesse et sa solitude.

'Rangiku… tu me manques affreusement…' pensait-il dans un long soupir lourd de sens.

Comment avait-il été assez bête pour ne pas penser qu'il vivrait avec un manque aussi évident au Hueco Mundo. La voir se faire blesser à mort l'avait achevé et il s'était alors rendu. Pourquoi l'avait-il trahie ? Il avait trouvé les plans d'Aizen amusants.

'Moi, qu'on disait un petit génie ? Tu parles… Même pas fichu de me rendre compte de ce dont que j'ai réellement besoin pour vivre… Je ne suis plus qu'un vulgaire « traître à la face de renard » maintenant, et Rangiku ne me pardonnera jamais…' se disait-il tout en plongeant son visage honteux dans ses mains.

« Il ne faut jamais dire jamais… » murmura soudain une voix féminine et malicieuse.

Gin fit alors une grimace incrédule, il ne s'était pas rendu compte qu'il avait commencé à parler tout haut et il n'avait absolument pas senti la présence de la dernière personne qu'il pensait revoir un jour, qui s'était glissée dans sa cellule :

« Ça faisait un bail… Gin… » dit-elle d'une voix emplie d'une infinie douceur.

« Ra…Rangiku ? Que…comment…pourq… »

Le prisonnier était tellement surpris qu'il n'arrivait plus à parler correctement, ce n'était pourtant pas dans sa nature d'être gêné. Mais il avait peine à y croire. Elle était là, devant lui, dans le faible halot de la lumière de la Lune que laissait filtrer les barreaux de la fenêtre. Elle lui souriait, gentiment, et elle tenait dans ses mains un petit vase avec une unique fleur, une rose.

Un silence apaisant s'installait alors entre eux, ils étaient plongés dans la contemplation de l'un et de l'autre. Aucun des deux ne voulait briser le calme qui régnait. Alors, en quelques mouvements gracieux et silencieux, Rangiku alla déposer la vase sur le rebord de la fenêtre. Ensuite, elle arracha délicatement un des pétales de la rose. Gin ne posait pas de question, il la regardait faire, la voir si près de lui lui faisait tellement de bien. Il regardait cette femme qui comptait tant pour lui s'approcher, prendre doucement sa main gauche dans la sienne, y déposer le pétale et la refermer. Elle releva son doux visage vers lui, et la voyant si belle devant lui, ses lèvres s'étirèrent en un tendre sourire, le premier qu'il arrivait à faire depuis bien longtemps. Le sentant heureux, Rangiku sentit une douce chaleur monter en elle. Tenant toujours son poing fermé entre ses doigts fins, elle se décida à parler :

« Une amie m'a dit qu'un simple pétale de rose pouvait changer une vie et la vision des choses d'une personne… que ça pouvait apporter beaucoup de bonnes choses… »

« Ton amie a raison », répondit-il d'une voix qu'il ne se connaissait pas. « Il m'apporte le bonheur de te voir si près de moi… plus près de moi que tu ne l'as jamais été, je pense. »

Leurs visages se rapprochaient petit à petit, jusqu'à ce que leurs soufflent se mêlent. Gin avait entrouvert ses yeux : pour la première fois, personne n'aurait pu dire qu'il étaient rouges comme le sang. Non, ils étaient rouges comme la passion qui l'animait. Dans un murmure infime, Rangiku lui dit :

« Gin… Il y a quelque chose que j'aurais dû te dire il y a bien longtemps… »

« Alors ça peut encore attendre un peu », lui susurra-t-il malicieusement avant de capturer ces lèvres qu'il avait tellement rêvées.

Non, elle n'avait pas besoin de lui dire. Ce long baiser signifiait à chacun tout ces choses que l'autre voulait lui dire. Désormais, le sourire de Gin ne quitterait plus jamais son visage, Rangiku viendrait le voir tous les soirs en douce dans sa petite cellule, et elle l'attendrait. Ils le savaient.