Chapitre III
-Ok, Scorpius. Tu m'écoutes ?
Le Sang-Pur se recroquevilla, en boule contre la porte de la chambre.
-Scorpius ? Réponds-moi…, fit Jade, de l'autre côté, aussi patiemment qu'il le pouvait mais avec une anxiété tout de même audible.
Le sorcier se borna au silence, quoiqu'il continuait à gémir et renifler. Il entendit le brun soupirer.
-Bon. J'ai réussi à convaincre ma sœur d'aller faire les courses ; j'ai jusqu'à son retour pour obtenir de bonnes explications à ton comportement, sinon elle appellera mon père et il fera certainement venir la police. Alors, s'il te plaît, ouvre cette porte et discutons.
Discuter ? Et de quoi ? Le blond tremblait. Il voulait rentrer chez lui, dans son monde où la magie était chose commune, même s'il savait qu'il n'y avait pas sa place. Mais il ne se souvenait même pas de comment il avait rejoint le Londres moldu et n'avait jamais mis les pieds dans le seul endroit qu'il connaissait capable de faire la jonction ; le Chaudron Baveur. Son père n'avait toujours fait que lui en parler, car comme ils n'en avaient pas besoin, ils n'y avaient jamais été. Ainsi, l'héritier Malfoy ignorait jusqu'à l'emplacement du pub.
-Scorpius… Je t'en prie… Je veux juste t'aider…, insista le Moldu.
-Et pourquoi ?! Tu ne me connais pas ! Tu ne sais rien de moi ! Je pourrais être dangereux ! Qu'aurais-tu à gagner à t'occuper de moi ?! Contra Scorpius, d'une voix chevrotante.
Le silence tomba. Il crut brièvement, et naïvement, être parvenu à faire capituler son hôte, mais ce dernier répondit alors ;
-C'est vrai. Je ne sais pas qui tu es. Et tu pourrais être dangereux. Je ferais sans doute mieux de te jeter dehors. Mais je vois bien que celui de nous deux qui a le plus peur de l'autre, de ce qui l'entoure, c'est toi, pas moi. Allez… Ouvre la porte.
Le Sang-Pur posa la tête contre ladite porte. Il tendit une main vers la clé et se figea une fois les doigts dessus.
-Ai-je ta parole… que tu ne me feras rien ?
-Que je-… ? Seigneur, Scorpius, qu'est-ce que tu es allé t'imaginer ?! S'écria Jade, catastrophé.
-Ai-je ta parole ?…, s'entêta le sorcier.
-Bien sûr !
Le brun put donc entendre la clé tourner. Il y eut des bruits de pas précipités. Le Moldu entra doucement et trouva son invité à l'autre bout de la pièce.
-Tu as promis ! Fit valoir le blond.
Incertain de la marche à suivre, l'hôte leva les mains, les laissant bien en évidence, atterré. C'était la première fois de sa vie que quelqu'un avait peur de lui...
-Bon sang, dis-moi ce qui se passe…, souffla-t-il, presque suppliant.
L'héritier Malfoy ferma les yeux, se prit la tête entre les mains et se laissa glisser le long du mur.
-Je ne peux pas rentrer chez moi ! Je ne sais ni comment je suis arrivé ici ni où se situe le seul endroit d'où je pourrais retrouver mon chemin ! Et je ne peux pas te dire où j'habite ; tu ne comprendrais pas ! De toute façon, hormis mon père, nul ne veut de moi, là d'où je viens ! Je n'ai rien fait de mal mais ils me haïssent tous ! Et si, par miracle, je trouvais le moyen de retourner chez moi, j'aurais de graves ennuis car j'ai employé le terme de « Moldu » devant toi alors que transmettre des informations sur le monde d'où je viens à l'un des tiens est formellement interdit ! Je suis pris au piège et il n'y a rien que je puisse faire pour arranger les choses !
Alors Jade saisit toute l'étendue du problème. Le jeune homme qu'il avait devant les yeux devait avoir grandi dans l'une de ces sectes dont les informations parlaient parfois et qui se complaisaient à vivre en autarcie, rejetant toute empreinte de la modernité. Ce qui expliquait que Scorpius ignorait ce qu'était un grille-pain ou un portable. Bien sûr, dans ces sectes, les tabous sur les femmes étaient courants, d'où l'ignorance de son invité sur la résolution de quelques détails parfois problématiques de la nature féminine. Et évidemment, sa répulsion des médecins modernes prenait là encore tout son sens.
Le brun comprenait que le Sang-Pur avait dû s'enfuir, espérant changer de vie, avant de se heurter à la complexité d'un monde développé sur lequel il ne savait rien. Voilà pourquoi il ne trouvait pas de travail ; parce que ses diplômes ne devaient même pas être valides dans la société contemporaine. Quant au « Moldu », c'était probablement un terme issu du code de la secte d'où il venait pour parler des personnes qui n'en faisaient pas partie. Et maintenant qu'il réalisait que sa fuite ne l'avait mené à rien, il se retrouvait au pied du mur, voulant reculer mais ayant été trop loin pour y parvenir. L'hôte ne prit pas la peine de faire part de son hypothèse au sorcier ; certain de sa véracité et convaincu que l'autre nierait tout en bloc.
Bien sûr, il y avait encore des choses qui lui semblaient incohérentes, mais il mettait ça sur le compte de son manque de connaissances vis-à-vis du fonctionnement de ces sectes. Puis il se dit que la veille, il n'avait trouvé sur le blond ni carte d'identité, ni passeport, ni rien qui puisse prouver l'existence légale du jeune homme. Qu'il avait toutes les raisons de le mettre dehors avec pertes et fracas s'il ne voulait pas se retrouver dans il ne savait quelle obscure histoire qui lui causerait une foule de problèmes. Mais il ne put s'y résoudre. Il ne parvint à se faire à l'idée de laisser l'héritier Malfoy sur le bas côté tandis qu'il continuait à avancer. Il ne voulait pas être de ceux qui empilent les cadavres.
Alors il s'approcha de Scorpius et lui tendit la main.
-Ne te casse pas la tête à essayer de rejoindre un monde qui ne te convient pas simplement parce que tu as peur de ce que tu ne connais pas. Le monde des « Moldus » n'est pas si terrible, et je peux t'apprendre à y vivre. Je ne gagne pas assez d'argent pour te payer, mais si tu acceptes de travailler ici… disons pour t'occuper de l'intendance, tu n'auras aucun loyer à payer. Qu'est-ce que tu en dis ? C'est mieux que de rester à te morfondre sur ton sort, non ?
-Pourquoi ?… Pourquoi me donnerais-tu une chance alors que des personnes qui auraient dû le faire sont restées les bras croisés ?
Jade passa une main dans ses cheveux, toujours tendant l'autre au Sang-Pur.
-Ma sœur te dira que je suis un idiot.
-Je n'aimerais pas qu'un idiot aussi généreux que toi ait des ennuis par ma faute…
-Les flatteries ne t'épargneront pas de faire la vaisselle.
-La vaisselle ?! Mais je suis sûr qu'il y a dans cet évier des choses qui y traînent depuis plus d'une semaine ! S'indigna le sorcier.
-Tu commences déjà à pinailler ?
Le blond se tut, ayant pris sa puérilité en pleine figure. Il posa les yeux sur cette main qui n'attendait que d'être saisie. L'héritier Malfoy avait la sensation d'être le cul entre deux chaises à tantôt refuser de retourner chez lui, tantôt prier pour retrouver son manoir, et tantôt craignant de nouveau d'y remettre les pieds… Il ignorait quelles conclusions le brun avait tirées des vagues explications qu'il lui avait confiées et qui justifiaient aux yeux de son hôte une telle solidarité, mais il était certain d'une chose… Jamais encore personne ne lui avait tendu la main. Jamais encore personne ne lui avait laissé sa chance. Et il se dit alors que c'était un comble. Que les sorciers lui refusaient un avenir parce qu'ils lui reprochaient d'être en lien avec un tueur de Moldus. Que le premier à l'accepter en était un, de Moldu. Et que les grands-parents de ce même Moldu avaient été assassinés par l'homme que la rumeur lui prêtait pour père.
L'héritier Malfoy serra la main tendue. Son hôte sourit largement et le tira pour le remettre debout. Quelques minutes plus tard, Lily reçut un texto de son frère qui lui faisait part des dernières nouvelles ainsi que de sa théorie sur le passé de son protégé. Elle lui renvoya un message rageur ;
« S'il fait UN SEUL truc louche, je l'assomme et j'appelle les flics. C'EST CLAIR ?! »
Ce à quoi son aîné répliqua ;
« Je t'aime, ma Lily chérie. N'en parle pas aux parents. »
