Le train s'arrêta à la gare de Pré-au-Lard. Les filles de Poufsouffle l'entraînèrent avec elles dans une diligence. Etaine les suivit en mâchonnant le morceau de chocolat que lui avait donné la rondouillarde, Laura. C'était bon après une attaque de détraqueur, lui avait-elle assuré. Maintenant la Fourchelang savait pourquoi la prison des sorciers était si redoutée. Personne ne voudrait avoir pour gardien les détraqueurs. Ils vidaient leurs victimes de toute pensée positive, lui avait confié Ev après avoir calmé Laura. Et leur seule présence suffisait à éteindre toute lumière et faire disparaître tout sentiment de joie, ne laissant que le désespoir. Les trois filles venaient de familles de sorciers et en savaient bien plus qu'elle sur les détraqueurs. Le fait qu'elles se préoccupent de sa santé aurait surpris Etaine en temps normal mais pour l'instant elle était plutôt contente de cette attention. Elle préférait oublier les premières années passées à l'orphelinat alors qu'elle ne maîtrisait pas encore sa magie et qu'Herbert, Caine, Soren et Egel la tourmentaient. En voyant son bras cassé l'infirmière l'avait réprimandé et dit qu'il était peu prudent de grimper aux arbres. Etaine avait essayé de lui expliquer ce qui c'était passé mais elle l'avait fait taire. Les trois comparses avaient écopés une punition de trois jours et elle d'autant pour avoir accusé ses camarades. L'enfant qu'elle était alors s'était refusée à croire que cette punition injuste était parfaitement calculée pour la mater mais l'adolescente ne se faisait plus d'illusions. La jeune fille serra les poings silencieusement.
-Calme-toi, petite sœur, siffla doucement Saernel.
Ce surnom fit naître un léger sourire sur les lèvres de la Fourchelang. Cela faisait des années qu'il ne l'avait plus appelé ainsi.
-Je vais bien, lui assura-t-elle.
-Arrête de mentir, je sens ton malaise.
-Ça passera, j'ai connu pire.
Le serpent émit un doux sifflement de réconfort et se tut. Etaine entra dans la diligence sous la pluie fine. Elle était frigorifiée mais moins que lorsque le détraqueur l'avait regardé et qu'elle avait cru que son souffle s'était gelé à l'intérieur même de son corps. Elle s'installa à côté de Laura, en face d'Ev, et se pelotonna dans sa cape. De temps en temps l'une des filles lui jetait un regard mais elles se taisaient. La Fourchelang mâchonnait dans le vide, cela faisait longtemps que le chocolat avait fondu, quand le château apparu à l'horizon. La jeune fille se figea : deux silhouettes noires se tenaient de part et d'autre du portail. La longue file de diligence passait entre eux, tirées par leurs chevaux squelettiques. Les détraqueurs n'étaient donc pas là par hasard. Elle n'était pas les seuls à les avoir vus.
-C'est un scandale, murmura Laura, tremblant de peur ou de fureur on ne savait pas, des détraqueurs à Poudlard !
-Poudlard est un endroit stratégique du monde de la sorcellerie, répondit à voix basse Etaine. Ils s'assurent que Black n'y viendra pas. Mais pourquoi irait-il à Poudlard ? Il y a quelque chose ici qui doit l'intéresser.
-Le discours de Dumbledore nous éclairera surement, songea Ev.
-Espérons, acquiesça Sandra.
La diligence passa entre les piliers aux sangliers sculptés. Le froid se fit brièvement sentir mais contrairement à celui du train ceux-ci se contrôlèrent. L'un s'approcha néanmoins et resta assez longtemps devant la diligence pour alarmer les passagers des suivantes. Mais il reprit finalement son poste et elles purent se rendre jusqu'au château. Etaine quitta les Poufsouffle dans le hall en les remerciant de ce qu'elles avaient fait. Elles dirent que ce n'était rien et se dirigèrent vers leur table. La Fourchelang balaya des yeux la table des Serdaigle sans repérer ceux qui étaient maintenant les deuxièmes années. Elle s'assit au milieu de la table et regarda autour d'elle. Les élèves entraient petit à petit dans la Grande Salle. Les Serpentard parlaient avec animation, rassemblés autour de Drago Malefoy. Les Poufsouffle et les Gryffondor, plus calmes, se racontaient leurs vacances et discutaient des nouvelles. A la table des professeurs l'atmosphère était différente. Certes les professeurs McGonagall et Sinistra discutaient avec animation mais le sourire du professeur Dumbledore semblait un peu fané et Rogue regardait avec un dégout évident un nouveau venu. La haute silhouette d'Hagrid était absente, occupée à faire traverser le lac aux premières années. Etaine se reconcentra sur le nouveau venu. Il n'avait pas l'air bien solide. D'où elle était elle voyait ses traits tirés et ses cernes mais il semblait encore relativement jeune. Elle n'eut pas le temps de se questionner plus longtemps sur ce sujet que Swan, déboulant sans crier gare comme à son habitude, termina sa course en une glissade sur le banc où elle était assise.
-Etaine ! s'exclama-t-il avec entrain. Tu m'as manqué ça oui !
-Toi aussi, mais pas ta manie de me surprendre.
Elle savait que l'hyperactif était sincère.
-Ben quoi ? Ce n'est pas amusant de faire tout comme tout le monde. Tu as vu dans le train ? Ils faisaient peur, hein ? Emma à faillit s'évanouir et Anne était toute pâle. Luna par contre n'a rien remarqué, elle a juste agité la main en disant qu'il y avait plein de Joncheruine des larmes dans les environs, comme ceux que tu avais l'année dernière.
Et il continua ainsi jusqu'à ce les autres arrivent à un rythme plus raisonnable. Emma la salua avec un sourire et Luna s'empara sans cérémonie de la place à côté d'elle en se plaignant des « exteignoires » qui était selon elle le vrai nom des détraqueurs.
-Tu sais, le mot détraqueur a été créé pour les rendre plus correcte mais à l'origine c'était exteignoire. Parce qu'il est éreintant de rester en leur présence, expliquait-elle avec le plus grand sérieux. Mon père enquête là-dessus, il fera bientôt paraître un article à moins que le ministère ne musèle l'opinion publique comme pour il y a deux ans.
Etaine l'écouta avec attention même si elle doutait qu'un traître mot de ce que disait la fille blonde soit vrai. Toute information était une force, elle l'avait appris à l'orphelinat. Mais Luna ne savait pas grand-chose de plus que ce que les filles de Poufsouffle lui avaient révélé.
-J'ai cru comprendre qu'ils embrassaient les gens, mais vu la réaction de celle qui m'a dit ça ce n'est surement pas amical, glissa-t-elle.
Elle ne jeta pas même un coup d'œil à Scott et Anne qui s'asseyaient le plus loin possible d'elle. Il était clair qu'elle ne s'entendrait jamais avec eux, avait-elle décidé. Elle salua d'un signe de tête Zane qui lui fit un petit geste en réponse.
-Ça non, répondit Luna. C'est pour t'aspirer ton âme par la bouche.
-Et qu'est-ce que tu deviens si tu n'as plus d'âme ? demanda la Fourchelang.
-Un pantin sans vie tu respires, ton cœur bat, mais il n'y a que du vide en toi, répondit une autre voix.
-T'as rien à faire ici, toi, riposta Scott.
-Dans ce cas je m'excuse de cette intrusion, riposta d'un ton ironique Blaise, mais j'ai entendu une question à laquelle j'avais la réponse. Et je ne crois pas inutile de relever le niveau de langage de certains Serdaigle.
Le fan de quidditch rougit.
-Intéressant, répondit Etaine en fixant le Serpentard. Connaîtrais-tu aussi le moyen de t'en protéger ?
-Que me donnes-tu en échange ? sourit le garçon noir.
-Ça dépendra de ce que tu désires savoir.
-Pourquoi cherches-tu as t'en protéger ?
-A qui en feras-tu le compte-rendu ?
-Qui te dit que j'en ferais un compte-rendu ?
-J'ai intercepté une conversation très intéressante cet été. Je crois que les mots étaient « nous ne sommes pas les seuls à nous en être rendu compte, les Zabini déjà… Mais l'autre camp aussi ». Je pense que tu peux aisément deviner ce qu'étaient il y a quelques années les personnes qui parlaient.
-Très fort Etaine, répondit le Serpentard. Mais il n'y a jamais eu de tort à rentrer dans les grâces des puissants.
-Non, en effet. Mais est-ce de moi ou de lui que tu cherches à gagner les faveurs ?
-Les deux, comme tous ceux qui savent. Mais toi comment as-tu su ?
-Dès notre rencontre, dès que Mme Guipure l'a aperçu tu as cherché à m'aider. Nous ne sommes pas tant que ça il était logique d'y voir un lien. Mais vous n'êtes pas les seuls, son pire ennemi cherche aussi, mais apparemment sans succès jusqu'à présent.
-C'était à prévoir, combien savent ?
-Les rumeurs vont vite, répondit-elle. A qui feras-tu ce rapport ?
-A ma mère, et elle-même en parlera à qui elle le jugera bon.
-Tu devrais être plus prudent, Blaise, il n'est pas d'une extrême discrétion de venir à la table des Serdaigle.
-Il n'en est pas plus d'en discuter aux vues de tous.
-J'apprécie ce défi pourrait-on dire. Remarque que Dumbledore et Rogue nous regardent.
Le Serpentard jeta un coup d'œil à la table des professeurs, les deux enseignants les fixaient en effet. Il se retourna vers elle.
-Revenons-en donc à notre sujet, sourit-elle. Comment fait-on ?
-Un patronus. C'est un sort qui concentre les pensées positives de manière à former un bouclier entre le sorcier qui l'invoque et les détraqueurs.
-Magie noire ?
-Non, mais d'un niveau ASPIC.
-Il n'est jamais trop tôt pour apprendre, connais-tu la marche à suivre ?
-Ma part du marché d'abord.
-Un de ceux qui fouillait le train a voulu m'embrasser.
Les yeux du Serpentard s'écarquillèrent légèrement.
-Ils renient leur allégeance ?
-Ne sont-ils pas censés servir le ministère ?
-Il n'en a pas toujours été de même.
-Je ne l'ignore pas.
-Je ne connais pas le sort il est d'un niveau trop élevé pour moi.
-Dans ce cas tu ferais mieux de retourner t'asseoir, les premières années ne vont pas tarder à arriver.
Blaise inclina légèrement la tête et tourna les talons.
-De quoi vous parliez ? demanda Emma.
-J'ai rien suivi ! ajouta Swan.
-D'hypothèses… De comportements pour le moins significatifs. Qui prennent sens.
-Tu bluffais ? interrogea de nouveau la née-moldue.
-Je n'ai aucune certitude. Et eux non plus, juste des faisceaux d'indices qui correspondent étrangement…
-De quoi parliez-vous ? interrogea Zane.
-Rien qui n'ait d'influence pour le moment. Mais plus tard, qui sait ? Ce n'est pas impossible… Je ne le comprends pas, j'ignore quelle sera sa réaction. Saura-t-il seulement ? Oui, sans aucun doute…
-Tu es au-delà du flou, Etaine, je n'y comprends rien, dit Zane, les sourcils froncés.
-Je ne cherche pas à être compréhensible. Je réfléchi à voix haute. C'est donc pour ça qu'il s'est figé… De la part de quelqu'un d'aussi arrogant c'était curieux.
-Cela confirme ce que tu pensais…
-Je sais, père a toujours dit qu'il reviendrait et que nous devrions nous battre, siffla la Fourchelang.
-Même sachant cela ?
-J'ignore ce que je vais faire, mais c'est sans nul doute une opportunité… Tant qu'il ne sera pas revenu.
-Je n'arrive pas à comprendre pourquoi tu es si avide.
-Le savoir est une force, l'ignorance une faiblesse.
-Et tu poursuivras ta doctrine jusque-là ?
-J'aviserais, rien n'est encore décidé, après tout.
-Mais maintenant ?
-Je vais continuer comme je suis sans me ranger d'un côté. Il faut que nous manipulions les deux camps.
-Dumbledore n'est pas un idiot.
-Dumbledore est légilimens, tant que j'hésite il ne saura pas si mon ambition est de suivre Lord Voldemort ou de me ranger dans son camp. On peut dire la même chose pour les mangemorts.
-Les mangemorts ont besoin d'un chef, pas Dumbledore, il est le danger le plus immédiat.
-Puisque je suis à Poudlard. Mais pendant les vacances d'été c'est l'inverse. Si nous ne voulons pas nous faire davantage d'ennemis que nous en avons surement déjà il faut continuer à satisfaire les deux camps sans prendre parti.
Voyant ses yeux vitreux, ils comprirent qu'il ne servait à rien d'essayer de la tirer de cette conversation dont ils étaient exclus.
-C'est dangereux.
-C'est inévitable.
-Nous pourrions prendre parti.
-Et nous faire tuer par l'autre.
-Pas si nous commençons ta comédie à son retour.
-Ce n'est faisable que si on choisit le camp de Dumbledore qui entretient déjà des doutes à mon égard.
-Il ne faut pas paraître en ennemi.
-Je m'en doute. Mais mon caractère me fait naviguer entre les deux camps et il faut surtout éviter de paraître faux.
-Tu vas donc continuer ?
-Oui.
-Pourquoi est-ce que je prends la peine de parler ? Tu ne m'écoutes jamais.
-Si, Saernel, je considère ce que tu dis et j'agis selon les conseils que tu me prodigue quand ils me semblent bon. L'an passé j'ai suivi ton avis.
-J'admets m'être trompé cette fois-là, mais cela aurait tout aussi bien pu nous sauver la vie si cela avait été vrai.
-Je sais, Saernel, je ne te reproche rien. Il aurait de toute manière fallu le faire à un moment, Rogue le savait déjà et il est toujours dangereux de voir ses secrets en d'autres mains que les siennes. Nous n'avons fait que devancer l'inévitable.
-Si tu le dis…
-Il serait égoïste de ma part de t'en vouloir, après tout ce que tu as fait pour moi.
-Tu en as fait autant.
-Je n'en suis pas sûr sans toi je serais mort consumé par les flammes.
-Sans toi je serais morte en me jetant du toit de l'orphelinat.
-Nous sommes donc quitte.
-Oui.
Le silence se fit dans la Grande Salle et Etaine releva la tête. Les portes s'étaient ouvertes et le professeur McGonagall avançait à la tête d'une file de premières années trempés. Il devait y en avoir environ une quarantaine, comme chaque année.
-Ils sont tout petits, observa Swan, on n'était pas comme ça l'an dernier.
L'hyperactif n'était pas arrivé à se taire.
-Surement, si, c'est juste que nous on n'a pas remarqué, répondit Emma.
Le professeur de métamorphose plaça le Choixpeau sur un tabouret et tous attendirent. Les premières années jetèrent des coups d'œil effrayés autour d'eux. La Fourchelang plaignait les nés-moldus qui ne savaient pas ce qui allait leur arriver. L'un des inconvénients de ne pas naître dans une famille de sorciers. La déchirure sur le bord du Choixpeau s'ouvrit et il commença à chanter :
Il y avait jadis quatre compagnons
Dont je vais en ce jour vous révéler les noms :
Godric Gryffondor
Le trompe la mort
Helga Poufsouffle
Généreuse jusqu'à son dernier souffle
Rowena Serdaigle
A l'intelligence espiègle
Et Salazar Serpentard
Des quatre le plus roublard.
Venus de tous les horizons,
Ils avaient néanmoins la même passion :
Transmettre leur savoir, enseigner,
Et de leurs connaissances les esprits des jeunes sorciers aiguiser.
En ce lieu ils se réunirent
Afin d'y discuter de leur avenir
Et construisirent ce château
Que de tous ils voulaient le plus beau.
L'appel fut lancé,
Et les jeunes doués vinrent de toutes les contrés.
Chacun des quatre compagnons
Donna son nom à sa maison.
Les enfants y furent répartis selon les traits
Que de leur maître ils partageaient.
Mais toutes les histoires ont une fin
Et la mort les prit un par un.
Aujourd'hui c'est à moi que reviens
De mener la répartition à bien.
Approches-toi,
Coiffes-moi
Et je te dirais
A qui tu es destiné.
