Chapitre 3 (1ére partie) Première « rencontre »
Poudlard, le 19 Septembre 1997
Minuit sonna à la grande horloge de Poudlard.
Tandis que résonnaient dans un château endormi les douze coups du carillon, Drago lui se retourna pour ce qui lui semblait bien être la millième fois dans son lit à la recherche d'un hypothétique sommeil.
Et il ne put retenir un profond soupir en songeant à la nouvelle journée qui commençait dés à présent et qui s'annonçait déjà comme toutes les précédentes.
Deux semaines.
Deux semaines qu'il avait repris les cours et depuis il n'arrivait plus à trouver le sommeil.
Certes Morphée n'avait jamais été son compagnon le plus fidèle et il avait toujours éprouvé les plus grandes peines du monde à s'endormir même dans sa plus tendre enfance.
Il faut dire que les séances d'éducation à la Malfoy père avaient sans nul doute largement contribué à la sourde inquiétude qui envahissait Drago à chaque tombée du jour et qui l'empêchait de tomber dans le sommeil innocent que tout enfant devrait connaître. S'il avait conservé de ces années « d'apprentissage » une sensibilité ultra développée à son environnement qui lui donnait l'avantage de n'être quasiment jamais pris par défaut, Drago avait fini malgré tout par se résigner à dormir ainsi et avait pu passer dés lors des nuits à peu prés comme tout le monde jusqu'à l'année passée.
Évidement il ne pouvait nier que sa sixième année à Poudlard n'avait pas contribué à arranger son petit problème nocturne et l'avait même aggravé. Mais il avait à l'époque bien d'autres soucis en tête tels que réussir sa mission ou protéger ses parents pour se préoccuper de celui-ci n'en déplaise à son corps qui montrait de plus en plus des signes marquants de fatigue et surmenage.
Lorsqu'il s'était finalement retrouvé à l'hôpital Sainte Mangouste, les medicomages avaient sans le savoir résolu ses insomnies en le gavant de potions en tout genre qui lui permettaient de plonger chaque soir dans un sommeil récupérateur et surtout sans rêves.
A son arrivée à Poudlard bien avant les autres élèves, Lupin lui avait conseillé de ne plus recourir à de tels artifices qui ne lui étaient d'aucune utilité selon lui dés lors qu'il était rétabli d'un point de vue strictement thérapeutique. Si Drago n'avait pu s'empêcher de répondre à son loup-garou de professeur qu'il était assez mal placé pour tenir ce genre de discours, il avait néanmoins suivi son avis en arrêtant tout le jour même. Et jusqu'à la rentrée exceptée les fois où ses blessures de « guerre » se rappelaient à son bon souvenir, il n'avait pas eu trop à se plaindre de ce sevrage médical forcé.
Mais maintenant il en venait presque à regretter son geste de défi devant son nouvel ami qui avait été d'aller chercher toutes les préparations élaborées par les medicomages pour ensuite les vider une à une dans le lavabo de l'infirmerie.
Que n'aurait-il pas donné aujourd'hui pour en détenir une seule encore ?
Parce que depuis le retour des étudiants à Poudlard, la seule solution qu'il avait trouvé pour s'endormir était d'amener son corps aux limites de l'épuisement afin de retrouver pour un bref moment l'état dans lequel il était avec les remèdes magiques. Résultat son attention en cours suivait le rythme de son état physique ce qui signifiait en clair qu'elle était soutenue lorsqu'il avait pu enfin se reposer et son exact opposé chaque fois qu'il venait d'enchaîner les nuits blanches.
Bien sur cela n'avait pas manqué d'attirer l'attention sur lui et certains des élèves cherchaient à profiter de ses faiblesses passagères pour lui faire payer « sa trahison ».
Une trahison dont il ignorait tout mais qui le mettait dans une situation quelque peu déstabilisante : il n'était plus dans le noir mais pas encore et peut-être jamais dans le blanc. Saurait-il un jour quelle est sa place dans ce monde ?
En attendant de répondre à cette douloureuse question il devait tout faire pour survivre, une fois de plus, alors même qu'il se trouvait dans l'endroit réputé le plus sur pour les « résistants ».
Jusqu'à aujourd'hui Drago avait eu de la chance, une chance qui se matérialisait par des interventions inopinées de la part de ses professeurs mais également de certains élèves aux goûts prononcés pour les couleurs Rouge et Or…
Il n'aurait jamais cru pouvoir un jour leur être reconnaissant de quoique ce soit et pourtant…
En l'espace de trois mois ils avaient tous œuvré d'une manière ou d'une autre à le sortir de situations plus que périlleuses, à commencer par le soutien de Potter à son procès... Si cette aide inespérée l'avait surpris et le surprenait toujours, il n'aurait en aucun cas imaginé que celle-ci continuerait dans le château et qu'elle s'étendrait aux autres acolytes de son ancien ennemi.
Et tous ces agissements troublaient Drago bien plus qu'il ne le laissait paraître, le plongeant dans la plus grande des confusions qu'il savait à l'origine de ses insomnies.
Combien de fois aux cours de ces deux dernières semaines Potter, Granger, les Weasley et même Londubat et cette folle de Lovegood étaient subitement apparus alors même qu'il se retrouvait en fâcheuse posture ?
Bien sur, ils n'intervenaient jamais directement en sa faveur mais leurs présences systématiques sur chacun des lieux où Drago essuyait des tentatives d'agression l'avaient vite alerté sur les intentions des plus célèbres Gryffondors de leur génération.
Pas plus tard qu'hier, il n'avait du son salut qu'à l'arrivée inopportune de Granger accompagnée de son éternel prétendant Weasley, quoique la scène à laquelle il avait assisté dans la Grande Salle ce matin avait de quoi ébranlé ces certitudes, au moment précis ou il avait le plus besoin d'aide.
En effet trois Serpentards de dernière année avaient réussi à déjouer sa vigilance pour l'attendre au détour d'un couloir et baguettes dressées s'apprêtaient à lui lancer une série de sorts Impardonnables. C'est à cet instant précis que les deux Gryffondors avaient soudainement surgi, détournant ainsi involontairement semblait-il le piège dans lequel il était bêtement tombé, faute d'un sommeil suffisant.
Certes les attaques de ses anciens camarades n'étaient en rien comparables à celles qu'il avait du subir cet été et il se savait assez fort pour leur résister voir retourner la situation à son avantage.
Il n'était pas devenu le plus jeune des Mangemorts seulement par ce que son père en était un lui aussi. Rejoindre les fidèles du Mage noir avait toujours été un privilège que ce dernier n'accordait pas volontiers : Drago possédait donc de réelles compétences estimées utiles au moins pour un temps par le Lord.
Même si finalement il aurait donc réussi à s'en sortir cela n'aurait pu se faire qu'au prix de nouvelles blessures certes de faibles gravités mais assez pour en réveiller d'autres, plus anciennes et beaucoup plus difficiles à guérir, ce qui l'aurait conduit certainement tout droit à l'infirmerie de Poudlard qui l'avait vu bien plus ces deux dernières semaines que les six années passées.
Alors assurément l'intervention de Miss je sais tout et de la belette lui avait épargné bien des désagréments… d'ailleurs lorsqu'il s'était retrouvé encerclé par ses anciens camarades il n'avait pu s'empêcher d'espérer leur venue. Et il se maudissait intérieurement d'y avoir songé car ses seize années écoulées en parfait Malfoy lui avaient bien appris une chose : ne compter que sur soi même, jamais sur les autres.
Or depuis sa mésaventure dans les sombres cachots de Voldemort, il commençait à dépendre sérieusement d'eux et ce n'était pour lui plaire car cela chamboulait une fois de plus tous ces repères
Pourquoi Potter et les siens ne profitaient-ils pas de sa situation pour l'affaiblir davantage ?
Ils avaient aujourd'hui toutes les cartes en main pour se venger et lui faire chèrement payer son comportement passé : tout Poudlard les soutenait maintenant et personne ne remettait plus en cause leurs dires ou oserait même le faire.
Drago était véritablement à leur merci et au lieu de savourer leur triomphe, ces idiots préféraient lui sauver la mise…
La première fois, il avait tout d'abord pensé à un cruel hasard, ses anciens ennemis le sauvant de ses anciens amis. Puis leur aide était apparue au fur et à mesure systématique bien que jamais en pleine lumière et à ce moment là Drago avait sérieusement envisagé une manœuvre habile de ceux-ci afin d'endormir sa vigilance pour mieux l'atteindre par la suite.
Ne disait-on pas que la vengeance était un plat qui se mangeait froid ?
Mais plus le temps passé et plus il devait bien reconnaître que cette deuxième explication ne tenait pas plus la route que la précédente, ne serait-ce par cette étrange impression qu'il ressentait à chaque fois qu'il les croisait.
Quelque part au fond de lui bien enfoui sous une montagne de principes malfoyen existait toujours une capacité que beaucoup choisissaient d'ignorer alors qu'elle pouvait nous rendre bien des services : l'intuition. Et c'est celle-ci qui le poussait en dépit de tout à croire sincèrement qu'il pouvait dans un certain sens leur faire confiance malgré leurs animosités réciproques.
Cependant Drago n'avait pas encore envisagé la possibilité qu'ils agissaient ainsi dans la seule intention de l'aider. Leur attitude bien qu'il ne la considérait plus comme une menace demeurait pour l'heure un mystère qu'il ne parvenait pas à expliquer.
Pourquoi Potter était-il intervenu à son procès ? Pourquoi Granger et les Weasley surgissaient-ils toujours au moment ou il en avait le plus besoin ? Devait-il changer de comportement à leur égard ou faire comme s'il n'avait rien remarqué ? Comment allait-il s'acquitter de sa dette de sorcier envers le Survivant ? Et pourquoi…
Exaspéré d'avoir encore laissé dériver le cours de ses pensées vers le sujet qui l'accaparait déjà toute la journée, Drago repoussa violement ses couvertures émeraudes avant de s'asseoir sur le coté de son lit, le visage enfoui dans ses deux mains et de pousser un nouveau soupir.
« Visiblement ce n'était pas encore cette nuit qu'il arriverait à dormir. Et il n'était que minuit… »
Une faible lueur argentée régnait dans la chambre du jeune Serpentard et instinctivement Drago se dirigea vers sa fenêtre, source de cette étrange luminosité.
Tout était calme au dehors et la vision nocturne de Poudlard l'apaisa un instant.
Comme il aurait aimé pouvoir afficher la même sérénité que celle qui se dégageait du château endormi comme si rien, absolument rien ne pourrait jamais l'atteindre… Et en levant les yeux vers le ciel étoilé et sa pleine lune il jugea ses tourments ridicule et se traita mentalement de faible. Il n'était pas le seul à passer des nuits blanches, Remus par exemple devait en passer précisément une ce soir, et pourtant il ne s'en plaignait jamais. Cela ne empêchait pas non plus de vivre une vie 'presque normale' malgré son handicap certain.
« Alors pourquoi lui Drago, unique héritier de la prestigieuse famille Malfoy, n'arrivait-il pas à surmonter ses propres difficultés ? N'y avait-il donc rien à faire ? »
De dépit le jeune Serpentard secoua la tête comme pour chasser toutes ses questions qui demeuraient sans réponses. Il songea alors ironiquement qu'au rythme ou son esprit dégotait celles-ci, il terminerait sûrement d'y répondre dans une dizaine d'année, si Merlin lui prêtait vie jusque là…
Mais en regardant une nouvelle fois plus par automatisme que par un réel souci d'observer le parc et sa foret, une idée lui traversa l'esprit et lui arracha un sourire presque mutin.
En fait il restait bien une dernière chose à faire….
Hermione marchait d'un pas rageur dans les couloirs de l'école pour son ultime ronde de la journée.
Elle aurait du la faire avec Ron mais cet 'idiot ' avait prétexté un devoir urgent à rendre et s'était donc littéralement évaporé, une fois le repas terminé de la Grande salle. En temps normal cela ne l'aurait nullement dérangé : Ron avait toujours des devoirs en retard et n'appréciait guère cette partie là du rôle de préfet surtout depuis que s'ajoutait à cela les heures de surveillances d'un certain Serpentard. Sans doute aurait-elle même terminé sa patrouille plus rapidement pour le rejoindre et l'aider, une fois de plus.
Mais aujourd'hui, elle n'était vraiment pas d'humeur à accepter une énième excuse bancale de son ami surtout quand le dit ami oubliait son anniversaire avant que son autre meilleur ami ne lui fasse discrètement mais malheureusement pas suffisamment remarquer.
18 ans.
Elle avait eu 18 ans aujourd'hui et celui qu'elle aimait ne s'en était même pas souvenu. Il avait tout simplement oublié.
Pourtant elle avait tout prévu pour que son passage à la majorité, sa vraie majorité pour elle et aux yeux des moldus, se passe du mieux possible.
D'abord elle s'était arrangée avec Harry et Ginny pour qu'ils assurent ses rondes officielles mais celles aussi officieuses concernant « celui qu'on devait aider ». Ensuite elle s'était avancée dans ses devoirs, d'accord ça elle n'avait pas besoin de fêter son anniversaire pour le faire mais bon c'était le principe.
Et tous ses efforts avaient été consentis dans l'unique but de passer un maximum de temps avec son futur petit ami Ronald Weasley car c'était décidé elle lui avouerait ses sentiments ce soir ou jamais…
Tout aurait donc du être parfait et rien ne l'avait été…
Ce matin Ron était descendu en retard comme d'habitude pour prendre son petit déjeuner et à peine avait-il prononcer un bonjour quasiment inaudible qu'il s'était rué sur la nourriture avant que celle-ci ne disparaisse du fait de l'heure tardive. Il ne lui avait pas adressé un signe ni même jeté un regard… Et puis il avait soudainement relevé la tête et dévisagé avec un agacement difficilement contenu son meilleur ami qui l'avait si injustement interrompu dans son repas. Un échange de regard et brusquement Ron s'était levé, avait contourné la table et lancé un tonitruant « joyeux anniversaire ».
Puis il avait cru lui faire la plus belle déclaration qui soit possible de faire à celle qu'on aime en l'embrassant pour la première fois et cela en public.
Pour Ron c'était la plus belle preuve d'amour qu'il pouvait lui faire car elle connaissait sa timidité.
Pour Hermione ce fut tout le contraire… Car son baiser avait pour elle un arrière goût d'excuse pour son comportement qui avait précédé l'intervention 'discrète' d'Harry.
Il ne l'aimerait jamais autant qu'elle l'aimait, voila ce qu'elle avait pensé quand il avait posé de manière exclusive ses lèvres sur les siennes comme si cela allait de soi.
A ce moment là, Hermione avait eu une réaction qu'elle n'aurait jamais cru possible si un jour on lui avait dit qu'elle embrasserait Ron : elle l'avait repoussé. Et le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle ne l'avait pas fait le plus gentiment du monde…
A partir de là, Hermione avait considéré sa journée comme irrémédiablement perdue…
Et ce qui c'était passé par la suite n'avait fais que la réconforter dans cette idée : la réaction de Ron, les interrogations muettes de ses amis, les moqueries et autres rumeurs qui circulaient sur son compte pour son attitude du matin.
« Comme si tout était de sa faute, comme si Ron n'avait rien à se reprocher lui… Ce n'était pourtant pas elle qui avait omis la date d'anniversaire de son potentiel petit ami. Et qui ne s'en était souvenu que par l'intermédiaire d'une tierce personne. »
Mais ça personne ne semblait en tenir compte et c'est précisément cela qui révoltait Hermione : pour tous il était certain qu'elle passerait sa vie avec Ronald Weasley, point à la ligne.
Bien sur son cœur lui était acquis et depuis longtemps maintenant mais elle n'avait tout simplement pas pu supporter sa conduite de ce matin et sa façon maladroite de contourner son oubli et quel oubli en décidant subitement de l'embrasser alors même que tout cet été elle n'avait fait qu'attendre un geste de sa part.
Jusqu'à aujourd'hui, elle avait toujours considéré que son attitude réservée et un peu gauche envers elle était due à sa timidité excessive et Ginny l'avait d'ailleurs poussée dans ce sens : oui son frère l'aimait mais non il n'était pas doué pour dévoiler ses sentiments.
Lasse d'attendre, Hermione avait alors décidé de précipiter un peu les choses, mais elle n'aurait jamais imaginé que cela se terminerait ainsi. Si elle avait encore du mal à expliquer son geste elle était néanmoins sure d'une chose : elle ne le regrettait pas.
La conduite de son ami était tout bonnement inexcusable pour quelqu'un qui prétendait l'aimer…
Sa réaction était donc tout à fait compréhensible pour elle tout du moins.
Pourtant le reste de Poudlard semblait penser exactement le contraire. Après tout ne venait-elle pas de repousser le garçon dont elle était amoureuse ?
Mais ils n'étaient pas elle et cela la rendait furieuse qu'ils puissent penser à sa place et qu'ils croient savoir ce qui serait le mieux pour elle.
« Non mais pour qui se prenaient-ils à la fin ? Qu'auraient-ils fait eux si leur amoureux avait oublié une date aussi importante ? Ils auraient peut-être réagi d'une autre manière mais au final ils n'auraient certainement pas laissé passé cette incartade… ils n'y avaient bien que des personnes insensibles comme Malfoy pour rester de marbre devant pareil situation »
Quoiqu'en y réfléchissant, Hermione eut soudain quelques doutes, il avait tellement changé…
Et elle avait la nette impression que ce n'était pas fini.
Surprise que ces pensées aient encore divagué vers le jeune blond, elle stoppa sa marche effrénée un instant.
Depuis qu'Harry lui avait demandé de l'aider à « sauver » Malfoy, il ne s'était pas passé une seule journée sans que ce dernier ne se retrouve d'une manière ou d'une autre dans son esprit.
Bien sur, elle devait le surveiller comme tous les autres membres de leur nouvelle « association sauver Malfoy » mais il n'y avait pas que ça. Hermione était vraiment curieuse d'en apprendre davantage sur les raisons qui avaient poussé l'orgueilleux Serpentard à l'avenir tout tracé à s'en écarter pour prendre un tout autre chemin beaucoup plus sinueux que celui qui lui était prédestiné. Pourquoi, comment… ?
Autant de questions qu'elle savait sans réponses pour le moment, parce que si l'idée de Harry fonctionnait ce dont elle doutait sérieusement, le Serpentard y répondrait de lui-même.
Sur ce dernier point, Hermione était loin de partager l'enthousiasme de son ami qui restait persuadé que Drago finirait tôt ou tard à faire le rapprochement entre l'aide certaine que les Gryffondors lui apportaient et celle qu'il pourrait lui leur apporter de par son ancienne condition de Mangemort… Un ex Mangemort qui ne devait plus désormais être dupe de leur petit manège qui consistait à le protéger malgré lui des attaques et autres réjouissances de ce genre dont il faisait l'objet depuis la rentrée comme le survivant l'avait prévu.
Mais voila cela faisait deux semaines maintenant et il n'avait toujours prononcé aucune parole, esquissé aucun geste à leur encontre ; il conservait à chacune de leurs interventions son masque typiquement malfoyen.
Cependant elle avait la certitude que tous leurs effort ne le laissaient pas aussi indifférent qu'il voulait bien laisser paraître n'en déplaise à Ron qui ne se privait pas lui de faire remarquer l'attitude de Malfoy… « Un Malfoy reste un Malfoy » voila ce qu'il n'arrêtait pas de leur rabâcher à chaque fois qu'il s'agissait de l'aider même si en fin de compte il faisait ce qu'on lui demandait.
« Pff, il n'avait pas fallu beaucoup de temps pour qu'elle repense à lui, une fois de plus. Comme s'il ne l'avait déjà pas assez tourmenté toute cette journée… »
Agacée d'être aussi dépendante de lui, Hermione reprit sa marche d'un pas plus tranquille cependant : elle commençait à être fatiguée. La journée avait été longue…mais cette ronde lui avait été plus que bénéfique même si elle doutait de l'avoir effectué convenablement.
Mais au moins sa mission de préfète avait fait disparaître toute sa frustration accumulée le seul jour ou rien n'aurait du lui arriver de semblable.
Son esprit entièrement accaparé par les événements du jour elle avait en effet marché pendant une heure quasiment au pas de course sans vraiment prendre la peine d'inspecter les couloirs.
Et cette dernière idée la mit un peu mal à l'aise.
Elle ne devait pas se laisser submerger par ses émotions, quand bien même celles-ci concernaient un jeune rouquin qui hantait ces nuits, ou alors elle ne finirait jamais l'année entière.
Si elle réagissait ainsi pour une simple peine de cœur aussi grande soit-elle, comment ferait-elle pour soutenir Harry dans sa recherche des horcruxes et dans son combat contre Voldemort ? Non elle devait se reprendre coûte que coûte.
Et alors que résonnait dans les couloirs déserts les douze coups de carillon de la grande horloge, Hermione se fit une promesse : ne plus jamais laisser ses sentiments prendre une telle importance dans sa vie qu'elle en oublie tout le reste.
Dés demain, elle aurait une explication avec Ron, elle parlerait à ses amis et replongerait dans ses cours et sa mission de préfète en chef.
Forte de ses nouvelles résolutions Hermione se permit un sourire et décida de suivre dés à présent l'un de ses nombreux projets : elle allait refaire sa ronde et correctement cette fois-ci.
Elle s'arrêta donc pour la deuxième fois et faisant demi tour, remonta les escaliers qui la ramenèrent au tout début de son parcours et repartie d'un pas alerte dans l'autre sens avec la ferme intention de ne plus se laisser surprendre. Cette journée qui commençait s'annoncer comme un nouveau départ, elle en était certaine.
Granger ?
