Note : durant cette fiction, Lily nommera un Pokémon Théobald. Quand, qui, pourquoi, je l'ignore, mais son équipe contiendra un Théobald.
EDIT : ce chapitre a participé à la Grande Réécriture de Noël 2015.
- Et voici… la route 22 ! déclara Ben avec emphase.
Devant eux serpentait un large chemin de terre battue.
- Rrrrrou, lâcha Piaf en quittant l'épaule de sa dresseuse pour s'élever dans les airs.
- Merci beaucoup, M'sieur Ben, je sais pas ce qu'on aurait fait sans vous.
- Vous auriez fait tout aussi bien, ne t'inquiète pas !
Quand Gaspard avait émergé de son sommeil catatonique, l'œuf au plat que lui avait réservé Ben n'avait pas fait long feu. Les boulettes spéciales (Pour enflammer vos combats ! proclamait fièrement l'étiquette) non plus. Les restes de l'avant-veille avaient vite suivi. Puis ceux de la veille. Puis, sous les quatre yeux stupéfaits de Ben et Lily, un pot entier de glace à la menthe. Après quoi le Salamèche, babines barbouillées et ventre arrondi, s'était dirigé vers le canapé d'un démarche vacillante et avait entamé sa sieste digestive.
Ben et Lily avaient lentement repris leurs esprits.
Le budget de la jeune dresseuse avait filé dans un peu de nourriture humaine, des graines pour Piaf, les boulettes de Gaspard et la panoplie de tout bon dresseur : Antidotes, Potions, un Anti-Para, Antodites, Pokéballs, Potions et Antidotes.
Mary était descendue au moment où Gaspard se réveillait. Ben avait servi le petit-déjeuner à sa femme et avait proposé à la petite équipe de le suivre. J'ai quelque chose à vous montrer, avait-il affirmé.
M'sieur Ben, décida Lily, était trop gentil pour son propre bien. Il avait insisté pour lui offrir un paquet de boulettes alors que Gaspard avait déjà vidé ses placards, il les avait logés gratuitement quand rien ne l'y obligeait, et il lui avait même dit plusieurs fois que sa porte lui serait toujours ouverte. Lily avait failli accepter son offre de rester quelques jours de plus – peut-être qu'au fond, avoir une maison lui manquait un peu. Ce n'était pas une réalisation agréable : elle avait fugué, nom d'Arceus ! Elle n'aimait pas sa maison, sa vie trop banale et sa mère intransigeante ! Mais une partie d'elle restait une petite fille, et cette partie-là était un peu nerveuse quand elle réalisait que ça y est, elle l'avait fait : elle était à présent larguée dans le vaste monde.
Mais tant pis : elle continuerait l'aventure ! Elle était une dresseuse, vagabonde et solitaire, ses longs (bon, pas encore mais elle y travaillait) cheveux flottant dans le vent du matin, et…
- Lily, tout va bien ? Pourquoi lèves-tu le pouce ?
- Ah, c'est rien, M'sieur Ben ! Continuez, je vous écoute, j'vous le jure !
- Comment je le disais, en raison de la composition des herbes de…
Lily replongea derechef dans ses rêveries.
- … Mais bien sûr, je me doute bien que tu n'auras aucun problème avec ça, termina Ben. Surtout, n'oublie pas d'aller jusqu'au bout de la route : tu vas avoir une belle surprise.
Un clin d'œil appuya la dernière remarque.
Lily tenta vaguement d'en savoir plus mais renonça devant la mine amusée du vendeur. Visiblement, il tenait à sa surprise. L'homme finit par regarder l'heure et demanda à la jeune dresseuse son numéro, la priant de le tenir au courant de ses avancées. Une élève du Professeur Chen ne pouvait qu'aller loin !
- Tu as un téléphone étrange, constata-t-il quand Lily sortit son Pokédex.
- Ce n'est pas vraiment un téléphone, en fait, mais Chen m'a dit que ça fonctionnait aussi comme ça.
- Chen t'a donné un de ses appareils ? releva Ben en haussant un sourcil. Eh bien, tu es encore plus prometteuse que je ne le pensais !
Il observa avec amusement la gamine se rengorger comme un Roucool en période des amours.
- La boutique va devoir ouvrir. Bonne chance et passe-moi un coup de fil quand tu auras ton premier badge !
- Pas de problème, M'sieur Ben, merci pour tout !
- Salamèche ! approuva le dinosaure.
Quelques minutes plus tard, la silhouette bien en chair du vendeur disparaissait derrière une maison. Un souffle de vent fit bruisser les arbres aux feuilles vert vif.
- On y va, décida la dresseuse.
Piaf revint se poser sur son épaule ; Gaspard ouvrit fièrement la marche. Lily réajusta son sac et le suivit.
- Gaspard, arrête de courir après mon prochain Pokémon !
Le dinosaure et sa proie continuaient de décrire des cercles de plus en plus rapides. La langue du Salamèche pendait joyeusement et sa queue frétillait du bonheur de la chasse. Evidemment, Lily restait imperméable à ce plaisir fondamental.
- S'il te mord, tu l'auras cherché ! le prévint-elle.
Gaspard ne prit même pas la peine de réagir. Lui, un prédateur dans l'âme, n'avait en toute logique rien à craindre d'un microbe dont le premier réflexe consistait en une fuite éperdue.
Hélas pour le Pokémon feu, l'avertissement de Lily était prophétique : quelques secondes plus tard, le Rattata qu'il pourchassait bondit en l'air. Gaspard, emporté par son élan, ne réussit pas à s'arrêter à temps. Un parasite violet lui retomba lourdement sur l'échine en laissant une large griffure. Gaspard poussa un couinement indigné. Comment ? Sa proie osait l'attaquer ? Mais… Mais… ce n'était pas comme ça que les choses devaient se passer !
Lily soupira.
- Vas-y, Piaf.
La Roucool avait reçu ses ordres dès que Gaspard avait engagé la course poursuite : elle battit des ailes, fonça sur le duo et attrapa le rat dans ses serres. La bestiole eut beau cracher d'indignation puis se débattre comme un beau diable, rien n'y fit : Piaf resta ferme dans sa prise.
Ce fut la tête pleine d'interrogations existentielles que Lily lança sa Pokéball (« Est-ce que le chromosome Y a des effets sur la santé mentale ? Les neurones de Gaspard se connectent-ils parfois ? Ai-je fait quelque chose de mal dans une incarnation antérieure pour récupérer un crétin pareil ? »). Elle nota mentalement de remercier l'inventeur de la Pokéball pour cette fonction « aimant » qui l'attirait vers les Pokémon sauvages ; sans ça, au lieu d'un Rattata, c'est le gros rocher sur la gauche qu'elle aurait capturé.
« Rattata, Pokémon Normal. Ses dents sont longues et tranchantes. Comme elles poussent sans arrêt, il doit ronger tout ce qu'il trouve pour pouvoir les tailler. Ce Rattata est une femelle. »
Ainsi donc, c'était une Rattata. Ce qui renforçait les théories de Lily sur le chromosome Y : la ratte, contrairement à son adversaire, avait fait preuve d'intelligence. Sa stratégie d'attaque surprise aurait même pu fonctionner sur un Pokémon moins puissant que Gaspard…
Un Gaspard qui avait la décence de paraître mortifié, observa-t-elle avec satisfaction. Elle poussa le sadisme jusqu'à le regarder s'étirer pour atteindre la plaie dans son dos – en vain. Voilà ce qui se passe quand on sous-estime son adversaire ! Il fallut que Piaf elle-même pousse un roucoulement de pitié pour que Lily décide finalement d'agir. Elle ramena son sac à dos bleu devant elle et chercha de quoi soigner la blessure. Gaspard ronronna de satisfaction quand le jet de la Potion l'atteignit : la chair boursoufla, les bourrelets disgracieux pullulèrent quelques secondes puis se rejoignirent et reformèrent une peau orange vif.
- Eh ben, siffla Lily en observant la bouteille bleue. Je sais pas ce qu'il mette là-dedans mais ça marche du feu d'Entei !
A présent que Gaspard était remis, il était temps de faire connaissance d'une manière plus… pacifique avec le nouveau membre de l'équipe.
Ce fut une ratte méfiante qui apparut dans la lumière rouge, les crocs découverts à la vue de Gaspard. Visiblement, l'hostilité était partagée par le Salamèche qui se dressait de toute sa hauteur, ses petites pattes croisées dans un geste qui se voulait méprisant. Si Lily se retint de pouffer devant la puérilité du dinosaure, Piaf ne se priva pas d'un roucoulement moqueur.
La Rattata se retourna immédiatement vers l'oisillon. Mais ses airs menaçants ne prenaient pas ; son poil court était mouillé de sueur, sa faiblesse évidente. Sa petite queue en tire-bouchon, relevée comme pour lui donner une stature plus imposante, tremblait sous l'effort, et Piaf ne sembla pas le moins du monde effrayée. Elle alla même jusqu'à quitter l'épaule de sa dresseuse pour se poser près de la ratte, roucoulant doucement.
Lily regarda la bouteille de Potion dans sa main. Les plaies de Gaspard étaient superficielles, il restait presque la moitié du contenu. Avec les boulettes qu'elle conservait dans la poche arrière… Après tout, d'après son expérience avec les Pokémon, la voie de l'estomac était parallèle à la voie du cœur.
Lily s'avança, Potion à la main.
- Tirbouchon, ça te va comme nom ? demanda-t-elle alors que la Rattata amorçait un mouvement de recul.
La femelle s'assit, yeux plissés, réfléchissant visiblement à son nouveau nom. Elle finit par l'approuver d'un « Rattata » neutre, puis laissa Lily la badigeonner de liquide.
Et maintenant, se dit la dresseuse en voyant Tirbouchon récupérer à vue d'œil, ils étaient tous bons pour une petite séance d'entraînement.
Le Férosinge feinta sur le côté et lança son poing dans les côtes de la Rattata. Lily hurla un « Esquive ! » paniqué – trop tard : le coup venait d'atteindre la pauvre ratte qui tomba sur l'herbe, au pied du chêne immense qui ombrageait la scène de combat. Un « Féro ! » victorieux retentit alors que le Pokémon sauvage courait vers sa victime, ses petits yeux plissés par la colère et la fatigue. Impuissante, la dresseuse vit Piaf s'élever dans les airs pour se préparer à piquer, Gaspard bondir dans un saut de la dernière chance, et elle sut qu'ils n'arriveraient pas à temps – ni eux, ni elle, qui avait commencé à courir dès qu'elle avait vu la rage dans les yeux de cette machine de guerre qu'était le Férosinge. Ses neurones tournaient à plein régime, son cerveau surchauffé cherchait désespérément une solution qui n'existait pas alors que la distance entre les deux Pokémon se réduisaient…
Puis Tirbouchon fonça.
Un éclair violet se précipita à la rencontre du Pokémon combat. Le Férosinge n'eut pas le temps de comprendre ce qui se passait : des crocs pointus s'enfoncèrent dans son ventre, une fois, deux fois, et le duo tomba à terre pour une dernière lutte.
Cette Rattata avait vraiment des talents cachés. Soulagée, Lily arrêta sa course et admira le spectacle.
Le combat continuait. Le corps du Férosinge était agité de spasmes agressifs, impuissants face à la vivacité surnaturelle de la Rattata : celle-ci mordait, griffait, crachait, visant le visage et la peau tendre du ventre, et Lily se demanda si elle ne devait pas faire quelque chose. La jolie Tirbouchon, qui jouait à merveille les princesses offensées quand Gaspard la taquinait, avait visiblement de la sauvagerie à revendre.
Quand une traînée sanglante commença à couler dans le poil blanc du Férosinge, Lily se décida à intervenir. Elle avança vers les combattants et Tirbouchon par la peau du cou, ignorant les crachats enragés de celle-ci, pour la jeter par-dessus son épaule. Gaspard et Piaf sauraient se débrouiller avec la ratte. Pour l'instant, elle avait autre chose à faire – soigner le pauvre Pokémon qui, au sol, poussait des râles d'agonie théâtraux.
- C'est bon, tu vas pas y passer non plus, grogna-t-elle en sortant une autre Potion de son sac – heureusement qu'elle était blindée de remèdes en tout genre.
Le « Féro » accusateur du Pokémon semblait suggérer tout autre chose.
- Bon, d'accord, ça a failli admit-elle. Mais plus maintenant. Et je vais même te donner une Potion alors si tu essaies de me griffer, je rappelle Tirbouchon et elle te fait ta fête, c'est compris ?
Elle leva son index devant son visage, imitant le geste favori de sa préceptrice en colère. Heureusement, la boule de fourrure blanche comprit le message et se tint à carreaux pendant que ses plaies se refermaient sous l'effet de la Potion. Derrière le duo, on entendait un mélange furieux de feulements et de roucoulements.
Lily sursauta quand un grondement sourd perça la dispute. Est-ce que ce son effrayant venait de… Mais oui, constata-t-elle en se retournant, c'était bien cette joyeuse andouille de Gaspard qui venait d'émettre un tel bruit. Lui-même louchait sur son museau avec surprise.
En tout cas, c'était efficace : même Tirbouchon avait arrêté de se débattre pour fixer le Salamèche avec des yeux ronds. Rassurée, Lily retourna à son blessé – plus si blessé que ça, d'ailleurs : si la sueur imbibait toujours la fourrure sale du Férosinge, il avait récupéré assez d'énergie pour se redresser et darder un regard menaçant sur les Pokémon domestiques. Lily plissa les yeux devant les intentions meurtrières que le Pokémon ne dissimulait même pas.
- Essaie de faire ça et je les laisse te tuer, siffla-t-elle méchamment.
Son équipe était peut-être constituée aux deux tiers d'un crétin jovial et d'une ratte aux pulsions assassines, elle n'en restait pas moins son équipe, non mais. Ses Pokémon, ses bébés. Ce n'était pas un idiot de Férosinge qui allait les menacer !
Une brise légère souleva ses mèches brunes et pénétra dans la fourrure humide du Férosinge. Un frisson le parcourut ; Lily fit une moue méprisante puis lâcha, d'un ton qu'elle espérait magnanime :
- Tu peux y aller, maintenant.
Elle craqua quand le Pokémon fut presque entièrement enfoncé dans les hautes herbes :
- Mais si tu recommences, tu vas le regretter !
Maintenant, songea-t-elle, restait le cas Tirbouchon. La ratte lâcha un « Rattata ! » boudeur mais daigna malgré tout se laisser badigeonner de Potion.
Son devoir accompli, Lily décida qu'il était temps de se reposer. Mine de rien, les combats, ça fatiguait ! Elle alla s'allonger contre le muret un peu plus loin et s'installa confortablement. Pas pour piquer un somme, bien sûr, juste histoire de se reposer quelques instants… De fermer les yeux une poignée de secondes… Elle pourrait demander à Gaspard de monter la garde, il ne refuserait pas, son gentil Sa…
- … Lamèche ! Sala, salamèche !
- Hein ? Qu'est-ce qu'il se passe ?!
Lily regarda autour d'elle, affolée.
- Salamèche ! répéta le dinosaure, un bras pointé vers le ciel.
Les yeux encore tout sableux, la dresseuse fixa automatiquement la direction indiquée par son Pokémon. Pour se couvrir le visage d'un bras immédiatement après.
- Je sais que c'est le soleil ! protesta-t-elle d'une voix pâteuse.
- Sala !
- Mais qu'est-ce que tu…
Elle se figea.
Ah ben oui, tiens, c'était le soleil. Et, comme le faisait remarquer son cracheur de feu préféré, il était drôlement haut, le soleil. Drôlement comme dans beaucoup.
Beaucoup beaucoup.
Le zénith, par exemple.
Lily se releva d'un bond, empoignant son sac d'une main – pour se replier immédiatement avec un couinement de protestation. Gaspard lâcha un « Sala » qui ressemblait à s'y méprendre à un « Pfeuh ! » : effectivement, quand on fait la sieste contre un mur en pierre, on a des courbatures. Leçon basique du dresseur en vadrouille. Son humaine n'avait-elle donc aucune expérience de la vie ?
Ha, la nouvelle génération. C'est plus c'que c'était, ma bonne dame. Gaspard secoua la tête, pattes croisées.
Pendant ce temps, la gamine s'était redressée, avec de multiples précautions, et cherchait dans son sac de quoi calmer une Tirbouchon à l'estomac grondant. La ratte pouvait jouer la fière quand ils marchaient et refuser de répondre à Gaspard, elle faisait partie de l'équipe quand il s'agissait de manger, pas de doute là-dessus ! Ha !
Lily lui donna quand même une boulette.
- Bon, on y va, grogna-t-elle finalement alors que Piaf revenait se percher sur son épaule. La surprise de M'sieur Ben a intérêt à être bonne !
- Très bonne, même, rajouta-t-elle après un quart d'heure de marche.
La sueur lui coulait le long de la colonne vertébrale, l'air devenait irrespirable et seul Gaspard, naturellement insensible à la chaleur, avançait d'un air gaillard : les trois autres traînassaient derrière. Tirbouchon, cette traîtresse, avait abandonné l'épaule de Lily pour se réfugier au ras du sol : petite comme elle l'était, l'ombre des hautes herbes la recouvrait complètement. Lily et Piaf n'avaient pas cette chance.
- Rrrrrrrou, roucoula tristement Piaf.
Ce qui Lily traduisit par J'ai chaud.
Le litre d'eau qu'elle avait emmené était épuisé depuis dix minutes. Quelle idiote elle avait été, quand même. Choisir Salamèche comme premier Pokémon ? Pourquoi, oh Kyogre tout-puissant, pourquoi n'avait-elle pas pris le Pokémon eau ?
Quelle stupidité. La prochaine fois, elle se souviendrait que l'eau est un besoin vital et elle demanderait un fichu Carapuce au lieu de ce radiateur vivant de Salamèche… Sauf qu'il n'y aurait pas de prochaine fois et que pour l'instant, les trois filles avaient l'impression que même l'atmosphère cherchait à les écraser. Les Pokémon sauvages eux-mêmes avaient battu en retraite : la petite équipe n'avait pas eu d'adversaire depuis leur entrée dans le champ de hautes herbes.
Piaf poussa un pauvre roucoulement et, prise de pitié, Lily déplaça la visière de sa casquette pour lui faire de l'ombre. Tant pis si elle avait le soleil dans les yeux : il fallait faire un peu d'effort pour ses Pokémon.
- Est-ce que quelqu'un peut éteindre ce soleil ? geignit-elle en s'essuyant le front.
Ils finirent par sortir des hautes herbes et retrouver la terre battue caractéristique des chemins du coin ; leurs pas déplaçaient des nuages de poussière et Tirbouchon rejoignit rapidement Gaspard en tête, fatiguée de se prendre de la poudre brune en pleine figure. Leur petite rivalité de départ semblait avoir disparu : les deux coéquipiers discutaient à coup de « Sala ! » et « Rattata » plus ou moins vifs. Lily se demanda de quoi ils parlaient.
La parole chez les Pokémon avait l'air très particulière. Chen avait fait des études là-dessus, d'après l'assistant, mais elle ne s'était jamais vraiment penchée sur ce sujet (il faut dire que les bouquins de Chen étaient aussi énormes que barbants, de son humble point de vue, peu importe ce que déclamait un assistant débordant d'admiration). D'après ce qu'elle avait remarqué, la compréhension progressait au fil du temps : traduire les « Salamèche, mèche » de Gaspard devenait de plus en plus simple, le ton et les mimes du dinosaure l'aidant énormément à saisir les subtilités. Cela dit, toujours d'après Chen, tous les Pokémon n'avaient pas autant de facilité à communiquer avec les humains. Ainsi, Piaf transmettait aisément ses points de vue alors que Tirbouchon, pour ce que Lily en avait vu, se montrait plus réticente au dialogue.
En tout cas, elle ne captait pas un traître mot de ce que les deux éclaireurs se racontaient. Ils étaient trop loin et elle trop fatiguée.
- Sala ! s'exclama soudain Gaspard. Mèche !
Lily vit Tirbouchon se mettre en position d'attaque, le poil hérissé.
- Tu peux aller voir ce qui se passe ? demanda-t-elle à la boule de plumes sur son épaule.
Docile, Piaf s'éleva dans les airs pour revenir aussi sec, poussant des « Roucool ? » interrogateurs. La dresseuse pressa le pas jusqu'au tournant.
Oh oh.
- Alors, minable, tu t'es perdue ?
Yan baissa lentement ses lunettes de soleil.
