Chapitre 3 :
J'ai couru jusqu'à chez moi. Déjà parce que je ne voulais pas recroiser une bande de voyou, mais aussi parce que je suis fatigué. Maintenant, je suis effondré sur mon lit, la tête enfouie dans mon coussin, repensant à tout ce qu'il s'était passé ce soir. Tout à coup, mon téléphone se met à sonner. Je me redresse brusquement et décroche.
« Allo ?
_ …
_ Ah, c'est toi…
_ …
_ Non, non. Ne te méprend pas, je suis content de t'avoir au téléphone.
_ …
_ Hinata… »
Je me laisse retomber en arrière.
« …
_ Je suis juste fatigué. Et puis il s'est passé un truc pendant que je rentrais.
_ …
_ Rien de grave, ne t'inquiète pas.
_ …
_ Je me suis fait agresser.
_ …
_ Je n'ai rien ! Juste une égratignure sur la joue.
_ … »
Je ferme les yeux et décroche de son sermon. Mes pensées vagabondent. J'imagine ma meilleure amie, devant moi, tenant le même discours qu'elle me tient au téléphone. C'est qu'elle est aussi timide que moi Hinata. Mais elle, elle tente de s'affirmer, tandis que moi, je ne cherche qu'à disparaître un peu plus. Mais depuis quelque temps, elle cherche à me faire sortir de ma coquille. Et elle trouve toujours un moyen de me faire céder à ses caprices. Vous savez que c'est à cause d'elle que je fais du théâtre ? Elle avait été engagée pour s'occuper des costumes et m'avait demandé de venir l'aider. Et un jour, alors que je pensais y aller pour jouer au modèle come d'habitude, je me suis retrouvé sur scène, à jouer un quelconque rôle.
Suite à ma performance sur scène, le prof de théâtre m'a chaudement félicité et m'a demandé d'adhérer à sa troupe. D'abord réticent, je me suis laissé convaincre par ma meilleure amie. Pourquoi ne suis-je pas parti si cela ne me plaisais pas me direz-vous ? Tout simplement parce qu'au fil du temps, j'ai trouvé ça intéressant. C'est devenu une passion de me mettre dans la peau d'un autre. Et puis d'après Hinata et mon prof de théâtre, j'ai un certain talent pour ça.
« …
_ Je te demande pardon ?
_ …
_ Mais si je t'écoute.
_ …
_ Changeons de sujet, veux-tu ?
_ …
_ Dis, tu connais l'élève qui a joué l'ange gardien dans la pièce ?
_ …
_ Je suis juste curieux.
_ …
_ Sasuke… Uchiwa…
_ …
_ Héritier de… »
Je me redresse brusquement, assimilant ce qu'elle venait de me dire.
« Tu… Tu plaisante j'espère…
_ …
_ N… Non… Ce n'est pas sérieux… Ce n'est pas possible…
_ …
_ Mais quoi calme-toi ? Tu te rends compte de ce que tu m'avoue ?
_ …
_ Bien sûr que c'est grave !
_ …
_ Non je n'arrêterai pas ! Il va… Tu imagine qu'il avoue à son père que je suis là ?
_ …
_ Comment peux-tu en être si sûr ?
_ …
_ Il m'a reconnu !
_ …
_ Je ne veux pas qu'il me ramène là-bas…
_ …
_ C'est ça… Bonne nuit… »
Je raccroche et me laisse tomber sur le martelas, repensant à tout ce qu'elle venait de me révéler. Sasuke Uchiwa… Héritier de l'Uchiwa Corporation, entreprise de mon précédent employeur.
Tout d'abord, je dois vous dire que je ne suis pas quelqu'un de riche. Oui, j'ai un chez moi, mais ce n'est pas un appartement luxueux. Je paye tant bien que mal mon loyer en allant de petit boulot en petit boulot. Mais pour en revenir aux Uchiwa, j'ai travaillé quelque temps comme homme de ménage chez eux. Pas à l'entreprise, hein ? Non, chez eux, dans leur manoir. Mais un jour, il y a eut quelques complications.
Alors que je venais de finir mon service, le grand patron m'a convoqué dans son bureau. Dans ces temps là, je portais un uniforme qui se composait d'une chemise blanche, d'un pantalon noir et de basket blanche. Je ne pouvais pas me cacher sous mon pull à capuche. Bref, je me suis rendu dans son bureau, persuadé que le grand patron avait quelque chose à me reprocher. Toutefois, le grand patron m'a invité à m'asseoir et m'a proposé un verre. J'ai poliment refusé, mais on ne refuse rien au grand patron, et donc je me suis retrouvé avec un verre rempli d'un quelconque alcool dans les mains. Obligé de le boire, je l'ai bu d'une traite, pressé de savoir ce que me voulait le grand patron pour pouvoir rentrer me reposer chez moi. Mauvaise idée… Quelques minutes après avoir bu mon verre, je me suis senti bizarre. Mon corps devenait lourd, et un brutal mal de tête m'envahissait. En face de moi, le grand patron s'est mis à sourire tout en continuant de siroter son verre.
Ce qu'il s'est passé après ? Qui sait… Peut être rien, peut être quelque chose. Je me souviens juste d'avoir signé quelque chose et du sourire triomphant du grand patron.
Quand j'ai repris mes esprits, j'étais évidemment chez moi, dans ma chambre. Et malgré un horrible mal de tête, je me suis levé et suis allé en cours. Le soir même, je suis allé faire mes heures de travail, toutefois, à peine avais-je commencé à nettoyer le salon que le grand patron m'a une fois de plus ordonné que je le suive. Plus nous nous approchions de son bureau, plus je sentais un malaise grandir en moi. Une fois installé dans son bureau, il m'a montré un papier attestant que je lui appartenais corps et âme et que je devais faire tout ce qu'il me dirait. J'ai beau eu hurler, le menacer, rien n'y faisait. J'avais signé un contrat et je devais m'y tenir. Et finalement, je me suis plié aux ordres. J'ai continué mon travail d'homme de ménage, attendant avec beaucoup d'appréhension que le grand patron me convoque.
Et ce jour maudit est arrivé… Je venais de finir ma journée, j'allais pouvoir repartir chez moi sans avoir croisé le grand patron. Pourtant, à peine avais-je atteins la porte d'entrée qu'on m'interpella. Cette voix, je la reconnaissais entre milles. C'était celle qui m'effrayait, rendant mes nuits agitées. En soupirant, je me suis retourné vers le grand patron et l'ai suivit sans un mot.
Trois jours plus tard, je disparaissais du Manoir Uchiwa, laissant une simple lettre de démission derrière moi.
Je n'ai revu aucun Uchiwa après cet épisode. Jusqu'à aujourd'hui… Pourquoi ne m'étais-je pas rendu compte plutôt qu'il y avait un Uchiwa dans l'école ? Dans la classe de ma meilleure amie ! Que me voulait-il ? M'obligerait-il à retourner voir le grand patron ?
C'est sur ses pensées tourmentées que je m'endormis d'épuisement.
