Je me retrouve avec un clavier pourri, donc j'écris lentement et je me lasse plus vite... Mais je persévère. J'espère que l'histoire va continuer à plaire :)

Au plaisir,

Tanis : Merci, merci :p J'essaie d'être un minimum réaliste dans les réactions et le contexte... La langue a toujours été quelque chose que les gens oublient ou laissent de côté lorsqu'ils écrivent au sujet d'un changement de monde... Je n'avais jamais vraiment fait attention avant de lire "Les 12 royaumes" de Fuyumi Ono (je ne peux que conseiller ses livres, ils sont extraordinaires). C'est vrai que, pour un auteur, c'est un ostacle de taille. Sinon, je vois que le coup du cheval a fait son effet xD

Elise Mesarowicz : Merci à nouveau ^^ Pour Darren, ce sera expliqué dans quelques chapitres pourquoi il se trouvait à cet endroit à ce moment.


Chapitre 4 : Alité

Les jours passaient, et n'avaient jamais été aussi longs. Anthony restait alité toute la journée, incapable de se mettre assis, et regardait donc le plafond en rêvassant. Il s'imaginait souvent comment serait son retour chez lui, s'il serait à nouveau nu, ou s'il apparaîtrait devant une foule entière, dans un théâtre ou pendant un concert, par exemple. Ces idées le faisaient rire, et donc souffrir, mais il ne pouvait pas faire autrement. S'il s'arrêtait, ses pensées dériveraient vers des sujets qu'il ne voulait pas aborder : famille, amis, Darren. A chaque fois qu'il les revoyait dans sa tête, il avait envie de pleurer. C'était puéril, mais il ne pouvait s'en empêcher.

Heureusement, Hedan était là pour lui changer les idées. Le garçon, toujours plein d'énergie, s'évertuait à lui apprendre des mots simples pour qu'ils puissent communiquer, mais Anthony, malgré toute sa bonne volonté, n'avait pas la force de retenir tous ces mots complètement inconnus. Ce n'était pas comme l'anglais ou l'espagnol, qui se rapprochaient souvent du français par leur sonorité non ! ce vocabulaire était nouveau, il n'arrivait pas à distinguer les mots des phrases, les déterminants des noms, les verbes des mots simples…

Lorsque le garçon n'était pas là, c'était Arian qui le veillait. Plus calme et mesurée que son frère, elle restait dans un coin, assise sur une chaise, et raccommodait de vieux vêtements. De temps en temps, elle jetait un regard attentif au blessé plongé dans ses pensées, puis se reconcentrait sur son travail. Pas très causante, quoi.

Outre ces deux joyeux lurons, Anthony rencontra le père, un homme robuste qui ne ressemblait pas à ses enfants ce n'était pas de lui qu'ils avaient hérité de leurs yeux si bleus, mais Hedan et lui avaient les mêmes cheveux… Le Transféré en conclut que la couleur de leurs iris devait venir de leur mère, mais il ne l'avait jamais vue. Était-elle morte ? Il ne savait pas poser la question…

Le dernier membre de la famille était un garçon d'à peu près son âge, soit dix-huit ans, nommé Eodan. Contrairement au reste de la famille, il ne semblait pas très emballé par la présence d'Anthony et ne lui adressa pas une seule fois la parole. C'était bizarre, mais le convalescent supposa qu'il devait avoir ses raisons.

Après dix jours de lente guérison, le médecin, ou plutôt la guérisseuse, vu le contexte, autorisa Anthony à sortir de son lit. Il le comprit lorsque Hedan poussa un cri de joie en parlant avec elle et se précipita vers son invité pour le forcer à se mettre debout. Le Transféré eut du mal, et se retrouva avec un bras en écharpe et une démarche lente et pas très naturelle.

-Anthony ! criait Hedan en riant. Anthony, viens !

L'intéressé sourit faiblement. Les cours de son professeur commençaient à faire de l'effet… ou pas. Un mot n'allait pas l'aider à converser.

-Oui, répondit-il maladroitement.

Le garçon sourit largement, l'attrapa par son bras valide et l'emmena à l'extérieur de la maison. Le jeune homme plissa les yeux devant la lumière du soleil et mit sa main en visière. Le village n'était pas très grand et terriblement moyenâgeux. Il n'y avait aucune touche de modernité, rien. Les gens, habillés en toile grossière et décolorée, vaquaient à leurs occupations mais, en le voyant, s'en désintéressèrent immédiatement et vinrent l'entourer. Anthony, gêné, bissa la tête pour ne pas les regarder ils avaient tous l'air pauvre, certains semblaient ne pas manger à leur fin. Quel était ce monde si difficile ?

-…

-… !

-… ?

-… !

Ils parlaient entre eux, sans le lâcher des yeux. Qu'avait-il de si impressionnant ? Ces gens ne pouvaient pas savoir qu'il venait d'un autre monde !

-…

-… !

-Hedan !

L'intéressé se retourna vers son père, apparemment mécontent. Le garçon gonfla les joues, vexé, puis tira Anthony à l'intérieur de sa maison. Le jeune homme se laissa faire, perdu. Il avait l'impression que l'engouement des villageois n'était pas seulement dû à l'arrivée d'un étranger… Mais à quoi, alors ? Le paternel engueula copieusement son fils puis ramena le convalescent dans sa chambre en marmonnant ce qui devait être des excuses. Le jeune homme comprenait de moins en moins ce qui se passait, mais se laissa faire sans rien dire. Une fois recouché, il tenta de ne plus y penser, en vain, et finit par tomber dans un état de demi-sommeil.

-Tu ne peux pas les comprendre.

Peter parlait avec un sourire presque joyeux.

-J'y arriverai, répliqua Anthony. Je… vais bientôt y arriver.

-Ils ne sont pas comme toi ! Pourquoi leur faire confiance ?

-…Parce qu'ils m'ont sauvé.

-Et Darren, pourquoi lui avoir fait confiance ?

-Il m'a sauvé.

Le blondinet secoua la tête.

-Il t'a ramassé au beau milieu de nulle part. Que faisait-il là ? Pourquoi t'a-t-il aidé ? Tu ne t'es même pas posé la question.

-J'étais perdu, se défendit le Transféré.

-Et maintenant ? Tu t'es reposé, tu vas mieux...

-Je…

-Tu as vu leur pauvreté. Pourquoi t'aident-ils alors que cela ne leur apporte rien ?

-Par altruisme ?

Peter éclata de rire et s'effaça lentement. Eodan prit sa place, le regard dur.

-Tu paieras bientôt pour notre aide.

-Comment ça ?

-Tu pourrais travailler pour nous… Nous pourrions te vendre, aussi. Les monstres de ce monde aiment peut-être avoir des humains comme esclaves ! Tu pourrais même retrouver Darren, qui sait ?

-Vous n'êtes pas comme ça, nia Anthony. Vous m'avez sauvé.

-Pas moi, rétorqua l'autre. Tu es une plaie. Je te hais.

-Non…

-Tu vas bientôt descendre de ton petit nuage, imbécile.

Anthony se réveilla brusquement. Il était en sueur malgré la température clémente et ne se sentait pas très bien. Ces rêves étaient si bizarres… ! Et pourquoi voyait-il Peter à chaque fois ? Son ami lui manquait, bien sûr, mais ça aurait tout aussi bien pu être sa sœur ou sa mère, voir même quelqu'un d'autre. Mais ce qu'il ne comprenait pas du tout, c'était la raison pour laquelle, dans ses rêves, Peter était un gros connard. Dans la vraie vie, c'était un garçon plus qu'adorable paradoxe.

-Peter… soupira-t-il en remontant sa couverture rêche contre son menton.

Il lui manquait, sa famille lui manquait, son monde lui manquait !

-Anthony ?

Le jeune homme se retourna vers Arian, visiblement inquiète. Ses deux frères et leur père était également présents, et semblaient eux aussi préoccupés. Par quoi ? Le paternel s'écarta, laissant s'approcher un homme à l'air un peu arrogant, bien coiffé, rasé et habillé.

-Anthony… Westwood ?

-Oui ? répondit machinalement l'intéressé avant d'ouvrir de grands yeux stupéfaits. Comment… ?

-Les rumeurs seraient donc vraies ? poursuivit l'homme, légèrement étonné. Tu es…

-Vous parlez Français ! s'écria le convalescent en se redressant vivement, ignorant la douleur. Qui êtes-vous ?

-Tu es le fils d'Edouard ?

-...Comment le savez-vous ?

L'inconnu porta une main à son cœur et marmonna des choses dans la langue locale, déclenchant un étonnement sans précédent dans la petite famille. Hedan lança un regard admiratif à son nouvel ami, alors que celui d'Eodan laissait transparaître une véritable incrédulité.

-Qu'est-ce qui se passe ? demanda le Transféré.

-Ton père sera certainement ravi de te voir, sourit l'homme en l'aidant à se lever. Enfin, il sera triste, mais aussi ravi !

-Vous le connaissez ?

-C'est un très bon ami. Allons-y, il n'y a pas une minute à perdre !

-Attendez !

Anthony se dégagea de son étreinte et recula.

-Expliquez-moi ! Qui êtes-vous ? Comment m'avez-vous trouvé ?

L'inconnu soupira d'impatience.

-Je me nomme Theredun, fils de Detheorn. Je suis un ami de ton père, et si je suis ici, c'est pour te ramener à Osgiliath, ou il vit actuellement. Je t'ai trouvé grâce aux rumeurs faisant part de l'arrivée d'un sans-parole dans le royaume.

-Mon père…

-Viens le retrouver.

Le jeune homme se sentit défaillir. Son père, disparu depuis si longtemps, était donc en vie ! Et il devait aller bien, apparemment. Dire qu'il pensait être seul et abandonné de tous… ce n'était plus le cas, avec son père il pouvait reformer une famille. Son regard se porta sur celle qui, justement, l'avait accueilli. Hedan et Arian paraissaient tristes, Eodan s'en fichait visiblement. Il pensa un instant à rester avec eux… mais pour quel futur ? Ils n'avaient fait que le recueillir, et vu leur train de vie, une bouche en moins à nourrir serait une bénédiction !

Il avait été un poids pour eux.

Une plaie.

-Très bien, dit-il finalement. Je viens avec vous.

Theredun sourit, satisfait.

-J'en connais un qui va avoir une surprise, rit-il doucement.

Anthony hésita, puis s'approcha d'Hedan.

-Merci, lui dit-il dans sa langue. Au revoir.

La lèvre inférieure du petit garçon trembla, mais il ne pleura pas, il se contenta de hocher la tête. Sa sœur le prit par la main et sourit, encourageant son ami tacite du regard. Le Transféré la remercia également, puis se tourna vers le père. Ce dernier, mal à l'aise, saisit Eodan par l'épaule et apostropha Theredun d'une voix à la fois forte et hésitante. Son fils aîné protesta légèrement, mais ses yeux brillaient d'excitation. Les deux adultes échangèrent quelques mots puis le nouveau venu, ennuyé, se tourna vers Anthony.

-Il aimerait que son fils parte pour Osgiliath avec nous.

-Pourquoi ? s'étonna le jeune homme.

-Pour trouver un travail, avoir une meilleure vie… tous les paysans veulent la même chose, c'est connu. Je te laisse décider.

Le Transféré se tourna vers Eodan, pensif. Ce dernier ne l'appréciait pas beaucoup, il le savait, mais avait-il le droit de ficher sa vie en l'air pour autant ? Surement pas, tout le monde devait avoir sa chance.

-J'accepte, dit-il finalement.