Chapitre Trois, Ou La Prise De Conscience
Dehors, il faisait chaud, terriblement chaud. Le Soleil sécha les dernières larmes du sorcier qui poussa la porte de son appartement. Il empestait l'alcool et les détritus, odeur qui émanait certainement du tas de vaisselle qui se décomposait presque dans l'évier. Le brun resta dans l'encadrement de la porte d'entrée, contemplant son mode de vie, remarquant à quel point il était tombé bas. Il ouvrit son petit réfrigérateur, minuscule mais assez grand pour contenir ce qu'il fallait pour le nourrir et l'hydrater. Il se prit une canette de bière, qu'il ouvrit d'un coup de pouce adepte. Il s'assied sur son lit encore défait qui empestait la sueur et l'alcool et regarda son breuvage. Une bière bon marché, à la limite de l'infecte mais au bout de trois canettes ou quatre, le goût n'avait plus d'importance. Harry posa le métal froid sur son front humide de transpiration. Et il la porta à ses lèvres. Il sentait déjà la boisson pénétrer sa bouche, couler sur sa langue, rafraîchir son palais, sa gorge, lui donner des frissons. Il pouvait suivre le parcours de l'alcool dans son organisme, cette douce brûlure au fond de l'œsophage qui signifiait que bientôt, bientôt, les problèmes seront résolus. Oui, évaporés, les problèmes, la vie de misère, les ennuis, le passé. L'avenir s'ouvrait devant lui ! Mais le goût du breuvage était bien amer. Harry se stoppa, avala péniblement une gorgée et fixa la canette. Qu'était-il en train de faire ? Il noyait ses souvenirs... Il se noyait lui-même. Il balança la boîte contre un mur, faisant gicler le liquide ambré sur le papier peint et la moquette. Il se laissa tomber en arrière, enfouit son visage dans les couvertures et hurla. Il s'époumona, glissant ses jambes jusqu'à sa poitrine, serrant la couverture entre ses mains. Il sanglotait, pleurait toutes les larmes de son corps, criait jusqu'à en perdre la voix.
Il avait trente ans, et voilà à quoi il était réduit : un petit studio bordélique, dans un village perdu au fin fond de la campagne anglaise, loin de tout, ne se servant de sa baguette que par flemme d'aller chercher son petit déjeuner, rentrant ivre tous les matins, ne se souvenant de rien de la veille... et résout à écouter la morale d'une fille de dix ans sa cadette. Lui, le plus grand sorcier du siècle, était tombé au fond du trou, un trou plus profond qu'il ne l'aurait imaginé.
Vingt-et-une heure. L'heure idéale, celle que Harry attendait avec impatience malgré cette boule qui s'était logée dans son ventre, au creux de son estomac, là. Il replaça correctement son sac d'un coup d'épaule et se retourna pour voir ce qu'il laissait derrière lui. Son appartement, ou plutôt l'appartement qu'il avait occupé pendant ces longues années, était redevenu comme avant, lorsqu'il avait franchi la porte pour la première fois avec l'espoir de pouvoir se forger une nouvelle vie dans ce trou paumé. Le canapé-lit était correctement replié et poussé contre le mur pour laisser un maximum d'espace, un plaid rouge soigneusement posé sur l'assise, lavé de toute odeur personnelle. La table brillait sous le dernier rayon de soleil qui réussissait à passer à travers le volet à moitié fermé. Elle était propre pour la première fois depuis si longtemps. La chaise était sagement à sa place en dessous. L'évier était vide et propre aussi, rien ne traînait, la vaisselle était rangée dans le placard du haut. La poubelle avait été vidée, de même que le réfrigérateur qui était débranché. Plus de trace de bière sur la moquette il avait fallu que le sorcier lance un sortilège sur la tâche pour qu'elle parte enfin. Tout était clean et respirait le propre, le vide, le calme... l'impersonnel. Harry ferma la porte sans regret sur cet épisode de sa vie, ce trou dans son existence. Une nouvelle allait bientôt s'ouvrir, sur un autre monde, une nouvelle étape, et c'était tant mieux. Les clés tournèrent dans la serrure et atterrirent dans une enveloppe blanche tout aussi impersonnelle que le mot qui était glissé à l'intérieur, une lettre d'adieu à son propriétaire qu'il n'avait jamais vu face à face. L'enveloppe fut introduite dans la boîte aux lettres sur laquelle l'étiquette « Potter » avait été retirée. Toute trace du passage du jeune homme avait disparue, comme s'il n'avait jamais mis les pieds dans ce foutu village. Mais il restait une dernière chose à faire.
Harry traversa la route sans prendre la peine de regarder des deux côtés, il se savait en sécurité, et puis il entra dans ce bar, ce lieu qui l'avait accueillit tant de fois. Il était déjà ouvert depuis quelques minutes. Le sorcier traversa la pièce déjà enfumée et animée de conversations diverses et de rires. Ici, il connaissait tout le monde, de la jeune prostituée au vieil ivre mort qui avait perdu sa femme dans un accident de moto. Il ne regarda personne, tous ces gens faisaient partie de son passé à présent. Il s'assied à sa place restée vide, ce siège qui l'attendait, près du bar. Derick vint à la rencontre de Harry.
- Ça faisait longtemps ! Qu'est-ce que je te sers ce soir mon gars ? Bière, vodka, whisky ?
Harry sourit et faillit même rire aux souvenirs qui refaisaient surface, alors qu'il commandait, totalement ivre, un Whisky Pur Feu... Il s'ébouriffa les cheveux d'un geste nerveux, comme une vieille habitude.
- Non merci Derick, pas d'alcool ce soir. Sers-moi une citronnade s'il te plaît.
Alors qu'il préparait la boisson de son meilleur client depuis des années, étonné de son choix bien sage, le barmaid fixait le jeune homme.
- Qu'est-ce qui t'arrive mon gars ? T'as l'air différent !
- Je sais. Je change de vie.
- De toi à moi, en mettant de côté mon métier et mon enseigne, la vie que tu menais n'étais pas faite pour toi. Regarde ce pauvre Sam' ! Il a débuté comme toi, et le voilà presque cloué à sa chaise, à regarder son reflet d'alcoolique dans le fond de son verre de Whisky ! Il a littéralement raté sa vie. T'es bien trop jeune pour le prendre pour exemple !
- Merci Derick.
- De rien bonhomme ! Tiens ta boisson, cadeau d'adieu offerte par le patron.
L'homme fit un clin d'œil à Harry et reprit le torchon qu'il avait balancé sur son épaule pour essuyer des verres encore humides. Le vieux bougre avait toujours été là pour Harry dans les moments d'ivresse à n'en plus tenir debout et il ne le remerciera jamais assez de ne pas l'avoir laissé crever sur le bord de la route par trop grande quantité d'alcool dans le sang. L'ancien Gryffondor sirota tranquillement sa boisson. Cela faisait maintenant deux semaines qu'il n'avait pas bu une goutte d'alcool. Il se le refusait, quitte à trembler de tous ses membres dans les moments de faiblesse comme lors de la première semaine. Il n'avait pas cédé, refusant de toucher une seule des canettes qui trônaient fièrement dans son frigo. Non, pas une seule goutte n'avait traversé ses lèvres depuis son anniversaire. Il vida son verre, croqua dans la chair acide du citron qui ornait son verre encore frais avec une grimace et se leva. Il avait fait ses adieux à cet endroit, le dernier qu'il avait eu envie de voir dans ce bled pourri. Il y laissait là sa tristesse, sa douleur et ses mauvais souvenirs. Il prit son sac, où étaient rangées les seules affaires personnelles qu'il avait gardé, à savoir quelques vêtements, l'album photo que lui avait offert Hagrid lors de sa première année à Poudlard, sa cape d'invisibilité, la carte des Maraudeurs, la photo de la première génération de l'Ordre du Phœnix, et la dernière lettre reçue de son parrain. Quelques gallions accompagnaient le tout, enfermés depuis tout ce temps dans une boite en métal. C'était tout. C'était suffisant. Il arriva jusqu'à la porte de sortie, la dernière porte de son passé qu'il fermera, pour certainement ne plus y revenir. Il la poussa sans un regard en arrière et partit au loin, alors que le Soleil déclinait à l'horizon, colorant le ciel d'un orange Jus de Citrouille.
Le sorcier marcha longtemps, juste le temps qu'il lui fallut pour être assez sûr de lui. Où aller, il ne le savait pas. Il n'avait prévenu personne, puisque personne ne l'attendait, et savait que son avenir était totalement aléatoire. Pourtant, cela ne le découragea pas. Il y avait trois semaines, il n'aurait jamais pensé être capable d'arrêter du jour au lendemain d'ingurgiter de l'alcool. Maintenant que c'était fait, il se sentait comme galvanisé... mais à quoi est-ce que ça allait le mener ? Il ne voulait pas y penser tout de suite et puis, de toute façon, rien ne pouvait être pire que la misère qu'il avait vécu là ! Il s'arrêta, se retourna pour vérifier que personne ne l'avait suivit et que le village était assez loin et s'engouffra dans le champs de blé qui n'était heureusement pas encore moissonné. Les épis le recouvraient totalement, de la tête aux pieds, il avait disparu de la surface de la Terre. Août était déjà bien entamé, la chaleur était dense, mais là, à l'ombre de la végétation, Harry se sentait bien. Il respira l'air de la campagne, dernière bouffée d'air pur qu'il allait recevoir. Bientôt, la ville l'étoufferait de sa chaleur pesante. Le sorcier se promit de revenir de temps en temps se ressourcer loin de l'agitation urbaine. Il caressa le haut des épis et ferma les yeux. Destination... Penser à un point fixe. Où aller ? Un seul endroit lui venait à l'esprit : Poudlard, mais il n'y serait certainement pas le bienvenu. Il se concentra donc sur un endroit qu'il connaissait bien pour avoir commencé à y boire après son divorce. Il contrôla sa respiration jusqu'à sentir cette sensation d'aspiration. Surtout, ne pas relâcher sa concentration, ne pas penser à autre chose que le lieu voulu. Et puis le sol réapparut sous ses pieds. Son sac avait glissé le long de son bras pour rester coincé au pli de son coude, fort heureusement. Il ouvrit les yeux et prit conscience de là où il était.
Je suis légèrement en retard, je m'en excuse, j'ai eu beaucoup de devoirs à faire. Cependant, voilà la suite ! Le titre est bof bof mais je n'ai pas le temps de trouver quelque chose de potable. J'ai l'impression que cette année va être épuisante ! M'enfin, je vais tâcher d'être régulière. C'est pourquoi je profite de ce mercredi sans cours pour faire la mise à jour.
Prochain chapitre : le 23 Octobre. En attendant, profitez des derniers rayons de soleil, et pensez déjà à votre costume d'Halloween !
